La bataille du Haut Sebaou désigne une série d'engagements qui eurent lieu entre le et le , lors d'une expédition française en Kabylie, au cours de la conquête de l'Algérie par la France.
Contexte La Guerre de Crimée En , l'Empire ottoman déclare la guerre à l'empire russe, initiant ainsi la guerre de Crimée. Le , la France et le Royaume-Uni déclarent à leur tour la guerre à la Russie, à la suite d'un ultimatum ignoré par cette dernière..
Entre et , l'effectif des troupes françaises stationnées en Algérie passe de à , tandis que sont embarqués depuis les ports de la colonie pour être déployés en Crimée. Ayant toujours bénéficié depuis 1830 d'une paix relative en Europe, les Français avaient théorisé avec crainte la possibilité d'un soulèvement général dès lors que la France serait engagée dans une guerre majeure.
L'insurrection du Chérif Boubaghla Le chérif Boubaghla fait son apparition en Kabylie dans le courant de l'année 1849, et commence à y prêcher la guerre sainte contre l'envahisseur français. Début 1851, il a amassé suffisamment d'influence dans certaines tribus du cercle d'Aumale pour que les Français commencent à s'inquiéter de ses agissements.
Le , à la tête d'environ kabyles, il tente en vain de capturer Béjaïa, mais son assaut est repoussé par la garnison française de la ville. Boubaghla et ses hommes mènent ensuite plusieurs combats infructueux contre le général Camou dans la région de l'Oued Sahel en et . Par la suite, Boubaghla instigue la révolte des Guechtoula, qui est réprimée par le général Pélissier à l'. En , Boubaghla est sérieusement blessé lors d'un combat contre les contingents kabyles du .
Boubaghla et ses contingents mènent de nombreux raids contre les tribus soumises aux Français (particulièrement les Aït Abbas, leur cible privilégiée), pillant et brûlant un certain nombre de villages.
Vers la fin de l', Boubaghla se fait construire une maison au sud du village de Taourirt-n-Aït Hidjer, chez les Aït Idjer, et s'y installe de manière permanente. Durant plusieurs mois, une trêve plus ou moins explicite est entendue entre Boubaghla et les tribus soumises à la France, durant laquelle aucun raid ou affrontement n'a lieu.
Cette trêve est rompue en , à la suite d'un différend entre Boubaghla et la tribu des Amraoua. En plus des Aït Idjer, Boubaghla parvient à rallier les Aït Djennad et les Ait Ghobri à sa cause. Avec le retour des hostilités, , le chef des Amraoua, demande des renforts au général Randon, le gouverneur général d'Algérie. Ancien compagnon d'armes de l'émir Abdelkader, Belkacem Oukaci collabore depuis 1847 avec les Français, qui l'ont nommé bachagha du Sébaou.
Ne pouvant envoyer de renforts conséquents à cause des préparatifs de la guerre de Crimée, Randon envoie tout de même le capitaine Wolff, à la tête de , afin d'aider le bachagha Oukaci à organiser la lutte contre les tribus rebelles.
thumb|250px|Carte des différentes tribus kabyles au . Le , avec ses , ainsi que et du contingent kabyle du bachagha Oukaci, le capitaine Wolff attaque Azazga, où se trouve alors Boubaghla. L'un des villages est pris et brûlé, mais les troupes de Wolff et Oukaci sont forcées de se retirer après avoir épuisé leurs munitions. Boubaghla est gravement blessé à la tête durant cet engagement, tandis qu'il tente de rallier ses hommes contre l'ennemi.
Le , craignant d'être livré aux Français par les Ait Ghobri qui ont entamé des démarches de soumission, Boubaghla quitte Azazga et va s'installer chez les Aït Djennad. À la suite de l'envoi de munitions depuis Alger, les forces du capitaine Wolff et du bachagha Oukaci lancent, le , une nouvelle attaque sur Azazga et capturent cette fois tous les villages, amenant à la soumission de la tribu.
Conscient que les maigres forces du capitaine Wolff et du bachagha Oukaci ne pourront pas à elles seules venir à bout de puissantes tribus comme les Aït Djennad et les Aït Idjer, le général Randon décide d'organiser une expédition afin d'aller mettre un terme à la révolte de ces tribus avant que l'insurrection ne prenne plus d'ampleur.
Déroulement de l'expédition Selon les plans du général Randon, il est prévu que l'expédition engagera deux divisions, qui pénétreront simultanément dans la Grande Kabylie par l'ouest et l'est, puis se rejoindront sur le territoire des Aït Djennad.
La division d'Alger, provenant des contingents d'Alger et d'Oran et commandés par le général Camou, est progressivement échelonnée sur le bordj de Tizi Ouzou entre le et le . Le , la division campe à Chaoufa, aux portes du territoire des Aït Djennad. Elle y est rejointe le par le général Randon, qui prend en personne les commandes de l'expédition.
Le général Mac Mahon quitte Sétif le avec une seconde division, forte de et et mulets provenant du contingent de Constantine, et vient bivouaquer à Kebouche le .
Combats d'Aghribs Réalisant l'imminence de l'attaque française, les Aït Djennad font évacuer Aghribs et les villages environnants. Les femmes, enfants et autres non-combattants , ainsi que les troupeaux et les biens les plus précieux, sont emmenés vers des villages en retrait de l'autre côté de la montagne. Aghribs est fortifié à l'aide de grosses pierres et les guerriers des Aït Djennad et de leurs alliés, au nombre de environ, y sont regroupés.
Boubaghla, désormais remis de sa blessure d'avril, propose de diriger la défense. Cependant, le marabout Si Cherif ben El-Arbi le convainc de prendre la fuite. En effet, le bachagha Belkacem Oukaci a offert une forte récompense à quiconque lui remettrait Boubaghla, et Si Cherif ben El-Arbi craint que certains de ses hommes puissent succomber à l'appât du gain.
Dans la nuit du au , Boubaghla, sans bagages et accompagné de seulement deux cavaliers, quitte le territoire des Aït Djennad pour rejoindre celui des Aït Idjer, au sud-est. L'opération est risquée, car il doit pour cela traverser le territoire des Aït R'obri, tribu récemment soumise à la France et que la présence angoissante des colonnes françaises à ses portes pourrait pousser à un excès de zèle. Néanmoins, aucun incident n'a lieu et il arrive sans complications chez les Aït Idjer.
Le à du matin, la division Camou lève le camp de Chaoufa et se dirige sur le territoire des Aït Djennad. Elle parvient aux abords du village d'Aghribs aux environs de et demie.
Trois colonnes d'attaque sont alors formées. Sur la gauche, sous les ordres du général Rivet, une colonne composée du contingent kabyle de Belkacem Oukaci, de toute la cavalerie française et d'un bataillon du , a pour ordre de décrire un arc de cercle afin de contourner le village par le col d'Agouni Cherki. Au centre, une colonne composée d'un bataillon de zouaves et d'un bataillon du , se porte frontalement sur le village. La troisième colonne, sur la droite, est composée de deux bataillons du et de deux compagnies de tirailleurs algériens.
En dépit de ses retranchements, Aghribs est rapidement enlevé par l'assaut des Français. Les Kabyles paniquent en voyant leur ligne de retraite menacée par le mouvement tournant de la colonne de gauche et fuient de manière désordonnée en direction du mont Tamgout, à l'est. Le combat est terminé en moins de deux heures, et les Français installent leur camp au Tnine (emplacement du marché du lundi) des Aït Djennad, légèrement au sud-ouest d'Aghribs. Les pertes françaises sont de et . Les Kabyles eurent de leur côté une cinquantaine de morts et de nombreux blessés.
Les villages Aghribs, Taguercift, Ikherbane et Tazerout, qui avaient été désertés par leurs habitants avant les combats, sont incendiés par les Français. De leur côté, les contingents kabyles de Belkacem Oukaci brûlent Tala-Tegana, Azrou et Adjarar. Ayant appris qu'une partie des Aït Djennad s'est réfugiée au village de Iagachene, sur l'autre versant de la montagne, le général Randon y envoie une colonne. Les habitants aperçoivent les Français et prennent la fuite avant leur arrivée. Le village est ensuite pillé, puis brûlé par les troupes françaises.
Le lendemain, , les Français vont incendier les villages de Taboudoucht, Tiouidiouine et Bu Beker, au nord de Iagachene. Vers dans la soirée, Hamniou ben Hammou, un des chefs du bachagha Belkacem Oukaci, est assassiné au campement des contingents kabyles. Son assassin, un Kabyle, ne peut être identifié et parvient à s'enfuir. À la suite de cet événement, le général Randon décide que les contingents kabyles (à l'exception du bachagha lui-même) ne prendront pas part à la suite de l'expédition.
Dans la journée du , les Aït Djennad, les Iflissen Lebhar et les Izer'Faouen viennent présenter leur soumission. Il leur est requis de s'acquitter du paiement d'un impôt de guerre. Les possessions de Boubaghla, dont son esclave mulâtresse nommée Halima bent Messaoud, sont également remises aux Français.
Mac Mahon contre les Aït Hassaïn Le général Mac Mahon, pensant devoir attaquer en priorité les Aït Idjer, avait commencé à diriger sa colonne vers Tifrit n'ath Oumalek. Cependant, il reçoit le une dépêche du général Randon lui ordonnant d'aller se porter contre les Aït Hassaïn, plus au nord. La colonne change de direction, et elle campe le lendemain au Haad (emplacement du marché du dimanche) de Zekri.
Les guerriers des Aït Hassaïn et de quelques tribus environnantes, environ un millier d'hommes, sont rassemblés sur le col de Sidi-Aïssa. Il s'agit d'un escarpement rocheux couvert de chênes et de broussailles, qui domine la position française et la sépare du territoire de la tribu Aït Hassaïn. Mac Mahon envoie un cavalier pour parlementer, mais celui-ci est reçu à coups de fusils. Après avoir pris leur repas, les Français se lancent à l'attaque du col vers midi et demi.
Après une brève fusillade, les troupes françaises enlèvent la crête par un assaut général couvert par l'artillerie. Les guerriers kabyles sont repoussés sur le versant opposé, puis poursuivis. Des bataillons de zouaves et du s'emparent des villages d'Agueni-Aïssa, et Aguemmoun. Le de chasseurs à pied capture les villages de Tizeghouine et Tahriqth b aâmara, tandis que des bataillons de tirailleurs algériens prennent le village de Tala Mala. Le futur général Japy, alors simple lieutenant de au de zouaves, s'illustre durant ces combat.
Les villages sont pillés, et vers , le général Mac Mahon donne l'ordre de rentrer au camp. Le soir même, deux marabouts des Aït Hassaïn viennent indiquer la soumission de leur tribu. Le lendemain, la colonne française établit son camp sur le territoire des Aït Hassaïn, et les quatre autres tribus qui avaient pris part aux combats de la veille viennent présenter leur soumission.
Réunion des deux divisions françaises La division de Mac Mahon reste chez les Aït Hassaïn jusqu'au , afin de percevoir l'impôt de guerre des tribus qu'elle vient de soumettre. Le , elle va installer son camp sur la rive droite de l'oued Sidi Ahmed Youcef, à de la mer, et y est ravitaillée en vivres et en munitions par un navire à vapeur.
Le , le général Camou, escorté par un piquet de spahis, vient visiter le camp de Mac Mahon. Le , la division de Camou et la division de Mac Mahon se rejoignent aux alentours de Freha, puis établissent leur camp sur les bords d'un ruisseau des environs nommé Ighzer Oudeles (Oued Diss). Le général Randon passe en revue les troupes de la division de Mac Mahon.
Le , les blessés et les malades des deux divisions sont évacués vers le poste de Tizi Ouzou à l'ouest, tandis que le général Randon, escorté par la cavalerie de la division Camou, va effectuer une reconnaissance aux abords du territoire des Aït Idjer, à une vingtaine de kilomètres au sud-est.
Le , les deux divisions remontent le Sébaou sur une vingtaine de kilomètres et établissent leur camp à Boubhir, sur le territoire des Aït Bou Chaïeb. La cavalerie est envoyée fourrager dans les champs des Aït Idjer voisins, mais ne rencontre aucune résistance, les habitants ayant gagné les hauteurs en prévision des combats à venir.