vignette|Spectacle de chansigne en langue des signes française (LSF) à l'occasion de la Journée mondiale des sourds, à Grenoble en 2024. La culture sourde est la culture, c'est-à-dire l'ensemble des représentations sociales, valeurs, savoirs, pratiques, normes sociales, comportements et appareils partagés, que les Sourds se transmettent de génération en génération par l'apprentissage, qui leur permettent de vivre ensemble et s'entraider dans une société très majoritairement entendante, et qui sont propres à leur groupe social, constitué par différentes communautés de Sourds, c'est-à-dire l'ensemble des personnes atteintes de surdité ou de déficience auditive ainsi que leurs proches qui communiquent avec eux en utilisant une langue des signes et partagent un même référentiel culturel, de mêmes lieux associatifs, de mêmes coutumes.

Dans le contexte de la culture sourde, le mot Sourd est souvent écrit avec un S majuscule pour désigner les membres de ces communautés ; il est au contraire écrit avec un s minuscule pour désigner des personnes atteintes de déficience auditive, sans indication sur leur culture.

Le linguiste sourd Carl Croneberg a été un des premiers chercheurs à étudier et comparer les cultures sourdes et entendantes, dans ses annexes C et D du Dictionary of American Sign Language de 1965.

Représentations de la déficience auditive et de la culture sourde vignette|Une introduction à la culture sourde en langue des signes américaine (ASL), avec sous-titres en anglais Il existe différents points de vue sur les déficiences auditives et la culture sourde qui conditionnent la place des personnes sourdes dans la société.

Les sourds intégrés dans une communauté communiquant en langue des signes ne se considèrent pas comme malades ou handicapés, mais comme une minorité ethnolinguistique, à la fois linguistique et culturelle.

Au contraire, la majorité des gens, par méconnaissance des spécificités de cette culture et des langues des signes, réduisent les Sourds à des personnes souffrant d'un handicap audiologique et social.

Entendants et Sourds

La majorité des entendants définissent les sourds en fonction de leur seule condition audiologique en ignorant presque tout de leur culture. Ils ont souvent une perception erronée de la culture sourde, qui les amène à juger les personnes sourdes, avec une forme de pitié condescendante et paternaliste, comme socialement irresponsables, immatures ou déviantes, et ne comprennent pas qu'elles puissent refuser d'être médicalement appareillées.

Au contraire, les Sourds, c'est-à-dire les personnes intégrées dans une communauté sourde communiquant en langue des signes, distinguent les individus en fonction de leur mode de communication : ceux qui communiquent à l'aide d'une langue des signes d'une part, et les autres.. De ce point de vue, il s'agit d'une différence culturelle et non physiologique : en effet, un entendant peut être désigné comme Sourd s'il est CODA (issu de parents sourds), a appris la langue des signes en tant que langue maternelle et a souvent vécu dans un environnement social de culture sourde ; au contraire, certains malentendants équipés de prothèses auditives et ayant eu une rééducation orthophonique oraliste peuvent ne pas être considérés comme Sourds s'ils n'ont pas intégré la culture sourde mais participé davantage à la culture entendante, s'ils n'ont pas ou peu appris la langue des signes et vécu presque exclusivement avec des entendants plutôt qu'avec des Sourds.

Point de vue médical : une maladie à traiter thumb|Une audioprothèse moderne : derrière l'oreille, seul le tube qui relie l'embout à l'appareil auditif est à peine visible.

Du point de vue de la majorité des entendants et d'un point de vue médical, la déficience auditive est considérée comme une maladie. Ce point de vue se concentre uniquement sur ce qui manque aux sourds par rapport aux entendants, c'est-à-dire la capacité à entendre, en négligeant la richesse communautaire de la culture sourde.

À partir de cette prémisse, il est présupposé que les conséquences de cette maladie sont forcément négatives, et la vie des personnes sourdes est décrite comme presque inévitablement condamnée à l'isolement, la dépression, un faible niveau d'éducation et un faible taux d'emploi, qui sont des tendances observables dans les populations sourdes par rapport aux populations entendantes. Selon ce point de vue très répandu, quand les parents apprennent que leur enfant est sourd, ils doivent bénéficier d'une aide médico-psychologique pour qu'ils puissent surmonter les difficultés qu'ils rencontreront avec leur enfant handicapé et à faire un travail de deuil de la vie normale qu'ils ne peuvent avoir ni pour leur enfant ni pour eux.

En conséquence, les enfants sourds sont souvent encouragés à utiliser une audioprothèse pouvant nécessiter une opération chirurgicale si elle est médicalement possible, et à suivre une rééducation orthophonique aussi intensive que possible.

Ce point de vue a incité, surtout avant le , à décourager l’utilisation des langues des signes, accusées de nuire au développement de la communication orale par la parole, et des capacités auditives, cognitives et sociales en général.

Point de vue social : un handicap à compenser

Du point de vue des sourds et d'un point de vue social, les personnes sourdes ont le droit de participer à la société, de la même manière que tout autre individu, telles qu'elles existent, en étant libre de choisir une prothèse auditive ou pas. Ce point de vue réfute l’idée selon laquelle les personnes sourdes ou malentendantes seraient malades et auraient systématiquement besoin d’un traitement médical.

Ce point de vue social encourage souvent à apporter des aménagements à la société, en faveur des personnes sourdes, afin qu’elles puissent y participer pleinement, de la même manière que pour d'autres formes de handicap qui bénéficient de compensations. Ces aménagements incluent le recours à des interprètes, des services de relais vidéo ou à des systèmes de sous-titrage adaptés.

Certains estiment que cette vision sociale ne reconnaît pas les qualités uniques des personnes sourdes et de la culture sourde. Ils croient que cette perspective demande aux personnes sourdes de s’intégrer malgré leur handicap et de trouver leur propre chemin dans une société à prédominance entendante, au lieu de reconnaître leurs propres cultures et capacités.

Point de vue ethnolinguistique : une expérience communautaire différente vignette|Des Sourds applaudissent visuellement en levant les mains, lors d'une réunion de l'Association des Sourds de Pittsburgh.

Les Sourds, c'est-à-dire les membres de la communauté sourde, considèrent fréquemment la surdité comme une expérience humaine différente plutôt que comme un handicap ou une maladie. De nombreux Sourds sont fiers de leur identité sourde.

Selon cette perspective ethnolinguistique, à la fois culturelle et linguistique, les personnes sourdes doivent être reconnues comme une minorité culturelle, ayant sa propre langue et ses propres normes sociales. Ce point de vue promeut le droit des personnes sourdes à un espace collectif au sein de la société, pour qu'elles puissent transmettre leur langue et leur culture aux générations suivantes.

Il a été démontré que le fait d’être impliqué dans la communauté Sourde et de s’identifier culturellement comme Sourd contribue de manière significative à une estime de soi positive chez les personnes sourdes. La communauté peut offrir un soutien, une interaction sociale facile et un « refuge contre les frustrations écrasantes du monde des entendants ».

À l'inverse, les personnes sourdes qui ne font pas partie de la communauté des Sourds peuvent ne pas bénéficier du même soutien dans le monde des entendants, ce qui entraîne une baisse de l'estime de soi. Les stéréotypes, le manque de connaissances et les attitudes négatives à l’égard de la surdité entraînent une discrimination généralisée. Cette exclusion participe au fait que le niveau d’éducation et le statut économique des personnes sourdes sont en moyenne nettement inférieurs à ceux des entendants, notamment en raison du manque de formation des enseignants spécialisés pour sourds. et d'un défaut de sensibilisation des employeurs sur l’inclusion et l’accessibilitéhttps://www.fondationpourlaudition.org/inclusion-des-surdites-en-entreprises-nos-actions-1087.

Caractéristiques de la culture sourde

Identité linguistique : les langues des signes

vignette|L'interprète Lee Dan en train de traduire un discours en langue des signes israélienne lors d'une cérémonie sur la place Rabin à Tel Aviv-Jaffa|alt=Femme aux cheveux longs en train de s'exprimer en langue des signes Les membres des cultures sourdes communiquent via une langue des signes. Les langues des signes transmettent le sens par la communication manuelle et le langage corporel plutôt que par des schémas sonores transmis acoustiquement. Cette forme de communication utilise des combinaisons simultanées de signes des mains, d'une orientation et d'un mouvement des mains, des bras et du corps, et des expressions faciales pour exprimer toutes les nuances de la pensée d’un locuteur. L'Institut national de la surdité et des autres troubles de la communication des États-Unis explique que les langues des signes « sont basées sur l'idée que la vision est l'outil le plus utile dont dispose une personne sourde pour communiquer et recevoir des informations ».

Comme l'ont établi plusieurs recherches dans les années 1960, notamment à partir de celles du linguiste William Stokoe, les langues des signes utilisées par les Sourds sont des langues à part entière, utilisant une double articulation et possédant des structures sémantiques et syntaxiques qui leur sont propres et permettent des nuances d'expression différentes des langues parlées : elles ont leur propre humour, poésie, registre familier, etc. De plus, les signes, comme les mots, possèdent de multiples sens dérivés ou métaphoriques.

Il existe plus de 200 langues des signes distinctes dans le monde selon la base de données Ethnologue : 114 y sont répertoriées en tant que langues et 157 autres comme systèmes et dialectes. Bien que le Royaume-Uni et les États-Unis soient tous deux majoritairement anglophones, les langues des signes prédominantes utilisées dans ces pays sont très différentes ; en effet, la langue des signes britannique (BSL) a commencé à se développer quelques années avant la langue des signes française (LSF), tandis que la langue des signes américaine (ASL) est dérivée de la LSF (voir la section sur les précurseurs de l'éducation des sourds).

Dans la culture sourde, le terme « sumain » désigne les personnes qui communiquent entre elles en utilisant leurs mains. Marla Berkowitz, interprète pour sourds, le décrit comme « un mot inventé à partir de deux langues : Su – vos ; main – vos mains ».

L'utilisation de la langue des signes est au cœur de l'identité culturelle des sourds. L'éducation des enfants sourds par des méthodes oralistes est souvent perçue comme une menace pour la perpétuation de la culture et l'identité sociale sourdes. Certains membres des communautés sourdes peuvent également s'opposer à des innovations technologiques comme les implants cochléaires pour la même raison.