La biologie participative désigne une approche de la biologie contributive, indépendante ou collaborative avec des laboratoires académiques ou industriels. Il s'agit d'individus (néophytes, amateurs, ou expérimentés), d'associations ou de petites entreprises dont les visées sont souvent non lucratives, dans une démarche de science ouverte ou éducative, ou lucratives.
Le terme bio-hacker (néologisme construit à partir des mots biologie et hacker) est parfois utilisé pour désigner un individu expérimentant, par exemple couramment utilisé, les propriétés de l'ADN et d'autres aspects de la génétique, dans le cadre ou en dehors du cadre académique, gouvernemental ou commercial. Les bio-hackers sont comparables aux hackers informatiques dans leur approche ouverte de leur champ d'étudeYves Eudes, « Biohackers : les bricoleurs d'ADN », Le Monde, 4 septembre 2009 (consulté le 22 juin 2014)..
Le est l'une des pratiques phares de la biologie participative depuis le début des années 1990. Il consiste en une articulation de pratiques appuyées par une philosophie libertaire que l'on pourrait résumer par : libre accès à l'information et la connaissance ; étude et compréhension des phénomènes et fonctionnements du vivant ; déconstruction des outils d'étude et d'analyse du vivant ; détournement des méthodes et outils de travail ; détournement des fonctionnements du vivant dans des finalités nouvelles ; fabrication d'outils pour réaliser des expériences scientifiques et artistiques.
L'un des textes fondateurs de la biologie participative est le rédigé par et déclamé le lors du symposium du Centre pour la société et la génétique de l'Université de Californie à Los Angeles, intitulé « Outlaw Biology ? Public Participation in the Age of Big Bio ».. Ce manifeste et son autrice revendiquent une filiation avec . d'Eric Hughes (1993). Le courant Biopunk était alors déjà un mouvement littéraire depuis les années 1990.
vignette|Atelier « Biopanique cuisine et féminisme » à l'Hôtel Pasteur à Rennes en 2017, encadré par le Biome hackLab.
Histoire
Les sciences participatives apparaissent au tout début du , notamment avec un comptage d'oiseaux. Elles seront institutionnalisées en France en 1989 avec le premier observatoire coordonné par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN)OPEN, le portail des sciences participatives Site web du MNHN.
Le terme « biohacking » ainsi que le concept de biologie à faire soi-même () apparaissent en 1988...
Selon le sociologue Everett Rogers, La prédiction d'Everett Rogers est formalisée et diffusée au travers du film Bienvenue à Gattaca sorti en 1997. La place de la biologie dans la science-fiction est elle largement étendue depuis au moins 1932, voir notamment les chapitres 2, 3 et 4..
Dimensions de la biologie participative
La biologie participative est liée aux pratiques dites de « », de « biologie de garage », de « bio-design »Bio art - bio design, enjeux culturels et sociétaux de la biologie de synthèse, Observatoire Leonardo des Arts et Techno-Sciences, Journée d'études organisée par Décalab en partenariat avec Leonardo/Olats, 6 mars 2014., de « bio-art » et également à certaines pratiques des sciences participatives, comme les BioBlitz. Cet ensemble de dénominations liées à des variations des pratiques des sciences et techniques s'ancre dans des par lesquelles la biologie participative se constitue en « Codes », congrès DIYbio, 2011 Todd Kuiken, Governance: Learn from DIY biologists, Nature, 9 mars 2016. Stefano Golinelli et Guido Ruivenkamp, Do-it-yourself biology: Action research within the life sciences?, , Action Research, volume 14, numéro 2, mai 2015.. Cette prise de position était illustrée, entre autres, par les contenus du site web BiOS ()BiOS (Biological Open Source)..
Ce mouvement vise explicitement le retournement de l'idée préconçue selon laquelle seul un niveau universitaire élevé permet d'apporter une contribution significative à la communauté des biologistes et des sciences. Cette approche de la contribution aux savoirs passe par une acceptation de l'accès à l'information et à la connaissance comme un droit inaliénableGuillaume Bagnolini, À la marge des sciences institutionnelles, philosophie et anthropologie de l'éthique du mouvement de biohacking en France , thèse de doctorat en philosophie, université de Tours, 2019.. souligne ainsi :
Le mouvement de biologie participative cherche à permettre et outiller un grand nombre de personnes, de petite organisations, pour une participation à la recherche et développement, arguant que la diffusion des connaissances est plus importante que la réalisation de bénéfices financiers. Le projet , fondé en 2005, en est un exemple. La réduction des coûts économiques d'accès à tout type de matériel (informatique, mécanique, biologique…) est une revendication portée par les communautés de biologie participative. Cela devient aussi en enjeu de diffusion et de partage de ces matériaux. Meredith L. Patterson précise ainsi : La création et l'usage de licence libre ou open source, notamment, sont incités par les communautés de biologie participative, celles pour les fabrications, les données et les publications Blog, Diybio.org, notes de 2010 à 2014. Carina Dennis, Biologists launch ‘open-source movement’, Nature, volume 431, 2004, ..
L'inclusion et la diversité des personnes au sein de ces communautés, la défense de libertés et droits fondamentaux, l'attention portée sur l'accessibilité à ces droits et libertés sont des points régulièrement soulevés et des actions fréquentes dans les communautés de pratique de biologie participative. Selon Meredith L. Patterson,
Positionnements politiques
La biologie participative soulève des débats politiques autour de l’accès aux technologies du vivant, de la régulation des biotechnologies et des droits des citoyens à mener des expérimentations en dehors des institutions.
Démocratisation et accès libre Le biohacking défend un accès libre et ouvert aux savoirs scientifiques, en opposition aux restrictions imposées par les grandes institutions et les brevets industriels. Le mouvement DIYbio.org milite pour que les outils et connaissances en biologie soient accessibles à tous, sans être exclusivement réservés aux chercheurs institutionnels..
Régulation et sécurité L’essor des techniques de modification génétique, comme CRISPR, a conduit les autorités à surveiller de plus près les pratiques de biohacking. En 2018, l’arrestation d’Aaron Traywick, qui avait testé un traitement expérimental sur lui-même, a suscité des interrogations sur la nécessité d’un cadre légal plus strict..
Toutefois, certains experts estiment qu’un encadrement trop rigide pourrait freiner l’innovation et restreindre l’accès aux technologies du vivant pour les amateurs et chercheurs indépendants..
Luttes contre les brevets et monopoles Le biohacking s’oppose également à la brevetabilité du vivant, qui limiterait la diffusion des découvertes biologiques. La Cour suprême des États-Unis a, en 2013, statué contre la brevetabilité des gènes humains, considérant qu’ils sont une création de la nature et non une invention brevetableDécision de la Cour suprême des États-Unis.
Dans ce contexte, les défenseurs du biohacking encouragent la recherche en open-source et le partage des connaissances en biologie afin d’éviter la monopolisation des innovations par de grandes entreprises.
Configuration en communautés vignette|redresse=1.2|BioLab d'OpenFactory dans l'université de Bretagne Occidentale de Brest, lors du tour de France LabOSe 2017https://www.mixcloud.com/xavier-coadic/labose-mathieu-cariou-nous-parle-dun-lieu-dinnovation-ouverte-et-fabrication-pluridisciplinaire/ Interview de Mathieu Cariou, FabManager Openfactory de Brest.. Projet de pile bactérienne depuis culture aquatique.
Usages du libre et de l'open source
Laboratoires de biologie participative vignette|redresse=1.2|Garage de biologie participative, à la MYNE.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Bio-informatique Biotechnologie Génétique Sciences participatives Bio-art Convention ouverte MTA Hackerspace Les Petits Débrouillards
Liens externes
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