L'Union calédonienne (UC) est un parti politique calédonien fondé en 1953 et qui milite aujourd'hui pour l'indépendance de ce territoire vis-à-vis de la France en étant une composante du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

Histoire

Formation et premières réussites L'Union calédonienne (UC) est un parti politique français de Nouvelle-Calédonie fondé en par le député Maurice Lenormand ainsi que par les deux principaux partis politiques kanak confessionnels fondés en 1946 à la suite de l'obtention des droits civiques par les populations mélanésiennes : l'Union des indigènes calédoniens amis de la liberté dans l'ordre (UICALO) de Rock Pidjot, d'inspiration catholique, et l'Association des indigènes calédoniens et loyaltiens français (AICLF) de Doui Matayo Wetta, d'inspiration protestante.

Il s'agit tout d'abord essentiellement d'une liste commune formée en vue des élections territoriales qui doivent se tenir ce mois-là.

vignette|droite|Le drapeau de l'Union calédonienne, toujours utilisé : la croix verte des pharmaciens sur fond orange. Avec le slogan « Deux couleurs, un seul peuple » et pour signe distinctif une croix verte sur fond orange (reprenant la croix verte des pharmaciens, profession de Maurice Lenormand, sur les bulletins de vote comme signe distinctif destiné à un électorat pas toujours alphabétisé), le parti prône alors l'entente entre les communautés blanche et mélanésienne et ne revendique pas l'indépendance du territoire, mais une certaine forme d'autonomieSORIANO, Éric. « Tisser des liens politiques. Mobilisation électorale et vote mélanésien (1946-1958) » In : En pays kanak : Ethnologie, linguistique, archéologie, histoire de la Nouvelle Calédonie [en ligne. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2000 (généré le 16 décembre 2021). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionsmsh/2790>. . DOI : https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.2790..

Dès les élections au conseil général de Nouvelle-Calédonie de 1953 le parti remporte sur 25 dont 9 autochtones. Il gagne même la totalité des sièges dans trois circonscriptions sur cinq.

Lors des sénatoriales, en 1955, c'est Armand Ohlen de l'UC qui devance le sortant républicain indépendant Henri Lafleur et en Maurice Lenormand est très largement réélu député devant le gaulliste Georges Chatenay.

En 1956, lors du premier congrès du parti qui se déroule les 12 et sur la propriété du sénateur Armand Ohlen à la Vallée des Colons à Nouméa, l'UC se dote de statuts fixes. Rock Pidjot devient président de l'Union et Maurice Lenormand son commissaire général.

Domination du « parti à la croix verte » Lors des premières élections à l'Assemblée territoriale de Nouvelle-Calédonie, assemblée au pouvoir accru né de la loi-cadre Defferre, le , l'UC obtient 18 des à pourvoir. Armand Ohlen devient président de cette assemblée et Maurice Lenormand forme le conseil de gouvernement de l'archipel, mais doit démissionner en à la suite de sa réélection comme député.

L'arrivée au pouvoir en métropole du général de Gaulle marque un tournant dans l'histoire statutaire : en effet, le gouvernement gaulliste opère une politique de centralisation et d'ores et déjà l'UC se divise entre partisans et opposants de celle-ci. Maurice Lenormand et la majorité de l'Union optent pour l'autonomie mais certains, suivant ainsi Michel Kauma, alors à la tête du conseil de gouvernement du Territoire depuis 1959, ou l'AICLF, soutiennent la politique gaulliste et quittent ainsi l'UC. La loi Jacquinot de , qui retire pratiquement tout pouvoir au conseil de gouvernement (en supprimant notamment la fonction de vice-président, qui correspondait à un chef de gouvernement) et renforce les pouvoirs du représentant de l'État, puis les lois Billotte de 1969, retirant pratiquement toute autorité au conseil de gouvernement et à l'assemblée locale en matière de politique de nickel, sont perçues comme des trahisons de l'État français et particulièrement du général de Gaulle, renforçant ainsi la position autonomiste de l'UC qui traverse à la même époque une véritable crise.

Les premières difficultés Le clivage entre Européens et Kanak risque de faire éclater l'union. D'un côté les tendances les moins autonomistes sentent que l'union, déçue, évolue vers une revendication d'indépendance de plus en plus radicales, une dissidence se crée : le Mouvement libéral calédonien (MLC), emmené essentiellement par des Caldoches tels que Jean Lèques ou Georges Nagle. D'un autre côté Yann Céléné Uregeï fonde l'Union multiraciale de Nouvelle-Calédonie (UMNC). Celui-ci est soutenu à l'extérieur de l'Union par des mouvements de jeunesse d'extrême gauche, dont les foulards rouges, fondés par Nidoïsh Naisseline, le premier mouvement à revendiquer ouvertement l'indépendance, ou encore l'Union de la jeunesse calédonienne (UJC) des Européens Max Chivot, Jean-Paul Caillard et Jean-Pierre Deteix. De plus, les déboires judiciaires de Maurice Lenormand (condamné à un an d'emprisonnement avec sursis et déchu de son mandat de député en 1964 pour "omission volontaire d'empêcher un crime" dans l'affaire liée au dynamitage en 1963 des locaux du journal de l'UC) et son autorité de plus en plus remise en question provoque le départ du mouvement de beaucoup de ses poids lourds.

Cette désagrégation de l'union la conduit à la défaite lors des élections territoriales de 1972 avec sur 35. L'Union calédonienne reste alors durablement dans l'opposition, tout en restant en voix le premier parti du territoire.

La prise de position pour l'indépendance

Le le congrès réuni à Bourail voit s'opposer les partisans (menés par Jean-Marie Tjibaou) et les adversaires (emmenés par Jean-Pierre Aïfa) de l'indépendance. Une nouvelle génération kanak se fait entendre parmi lesquels Jean-Marie Tjibaou ou Éloi Machoro, et la ligne de l'indépendance, reprise par Maurice Lenormand (qui redevient pendant un temps vice-président du conseil du gouvernement de à ) et Rock Pidjot (toujours président de l'UC alors), est adoptée. Jean-Marie Tjibaou devient alors vice-président du parti et Pierre Declercq, l'un des dirigeants indépendantistes européens, succède à Jean-Pierre Aïfa (qui a fait dissidence et finit par créer son propre mouvement, la Fédération pour une nouvelle société calédonienne ou FNSC, qui se bat contre l'indépendance mais aussi pour une certaine autonomie) comme secrétaire général. En 1979, l'UC participe à la création du Front indépendantiste qui se transforme en 1984 en Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) dont Jean-Marie Tjibaou est élu président.

Durant les évènements des années 1980 L'UC constitue la partie la plus importante du FLNKS mais aussi sa composante la plus modérée, appelant le plus possible au calme, même si certains de ses membres adoptent aussi des positions assez radicales (Éloi Machoro, qui a succédé en 1981 à Pierre Declercq comme secrétaire général de l'UC à la suite de son assassinat, deviendra célèbre en cassant une urne de vote avec une hache lors des élections territoriales de 1984 que les indépendantistes avaient appelé à boycotter, puis organisateur du « siège de Thio », il sera lui-même abattu par les forces de l'ordre en 1985). Quoi qu'il en soit, l'UC soutient activement les Accords de Matignon signés entre partisans et opposants de l'indépendance en 1988 à Paris sous l'égide du Premier ministre Michel Rocard.

De la modération au respect à la lettre des accords

Au début des années 1990, l'UC, avec ses nouveaux dirigeants (François Burck, Léopold Jorédié, Roch Wamytan, Richard Kaloï), continue à incarner l'aile modérée du FLNKS, favorable à une « indépendance négociée » (objectif officiellement adopté en 1993, et qu'il fait entériner par le Front en 1994) et à la création d'un « État associé » avec la France (notion surtout développée à partir de 1995), face au Palika qui lui désire au départ une indépendance totale et un régime de type collectiviste (avec une économie planifiée) dès 1998. Cependant, un basculement a lieu à partir de 1996-1997, avec le remplacement de la direction du parti par une tendance plus dure sous la conduite de Bernard Lepeu, président de l'UC à partir de 1996. Le mouvement est alors en première ligne de la revendication pour le « préalable minier » (à savoir l'obtention pour la SMSP, propriété de la Province Nord, du massif de Koniambo pour l'alimentation de l'usine du Nord en projet) fixé par le FLNKS à partir de à toute reprise des négociations avec l'État et le RPCR pour une sortie négociée de la période référendaire des accords de Matignon en 1998. Or, le Palika (même s'il est lui-même divisé sur la question), se montre à partir de la fin de l'année 1997 partisan d'une reprise rapide des discussions, sans préalable, tandis que plusieurs des figures de l'aile modérée (surtout François Burck et Léopold Jorédié) participent, avec le LKS et le Front pour le développement des îles Loyauté (FDIL, créée en vue des élections provinciales de 1995 par des dissidents loyaltiens de l'UC emmenés par l'ancien maire de Lifou Cono Hamu) à un « Comité de coordination pour l’indépendance » qui commence en à négocier directement avec Jacques Lafleur et le RPCR. Cela leur vaut d'être exclus de l'UC, et ils créent en la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI), alliée dans les institutions avec le RPCR à partir de cette date. Les revendications de la direction de l'UC étant obtenues en sur la question du « préalable minier », le processus est relancé pour la préparation de l'accord de Nouméa signé le , la délégation du FLNKS étant emmenée par son président unitaire, Roch Wamytan.

Par la suite, entre 1999 et 2001, les divisions internes entre modérés (Roch Wamytan qui a pris à Bernard Lepeu la présidence de l'UC en 1999, ainsi que les Loyaltiens Richard Kaloï et Robert Xowie) s'opposent aux radicaux (Bernard Lepeu ainsi qu'une nouvelle génération faisant son entrée dans les institutions, tels Pascal Naouna ou Charles Pidjot) favorables à une opposition plus combattive à l'égard de la majorité RPCR-FCCI dans les institutions et hostiles à l'UNI (coalition des autres composantes du FLNKS emmenée par le Palika). Le , les sept élus de cette dernière tendance, sur les dix de l'UC au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, issus du Sud et du Nord, forment un groupe UC distinct du reste du FLNKS. Ils sont baptisés le « G7 », composé de Charles Pidjot, Nicole Waïa et Gérald At-Chee dans le Sud ainsi que Bernard Lepeu (président du groupe), Cézelin Tchoeaoua, Yannick Weiry et Pascal Naouna dans le Nord.