L’Homme de Petrálona est le nom donné à un crâne fossile du genre Homo, découvert en 1960 dans la grotte de Petrálona, en Chalcidique (Grèce). Le paléoanthropologue grec Aris Poulianos l'a décrit en 1976 et l'a attribué à l'époque à une nouvelle espèce, Archanthropus europaeus petraloniensisPara Conocer al Hombre - chapitre 3 : In Honour of Santiago Genovès, Archanthropus europaeus petraloniensis, par A. N. Poulianos, . Ce livre est un recueil de textes écrits par de multiples auteurs, 1990, .. Il est cependant généralement attribué aujourd'hui à l'espèce Homo heidelbergensis. Après plus de 12 années de recherches et d'études approfondies, Aris Poulianos a pu dater le fossile d'environ . Il a fondé en 1971 la Société anthropologique de Grèce. Son fils, Nickos Poulianos, a poursuivi l'étude du fossile après son père.

Découverte

Découvert en septembre 1960 dans un compartiment de la grotte appelé « le mausolée », le crâne était recouvert de calcite brune qui semble l'avoir enveloppé assez rapidement ; le dépôt aurait commencé dans les mille ans tout au plus après que le crâne s'est retrouvé contre la paroi de la grotte (le crâne ne porte pas de moisissure), et aurait duré au maximum deux mille à trois mille ans - ce qui est montré par la minceur de la couche de calcite, épaisse de seulement 1 à et non laminée. Le fossile appartient à un individu mâle d'environ trente ans (quoique Kannellis et Savva pensaient en 1964 qu'il pourrait s'agir d'un individu féminin à cause de la capacité crânienne A comparison of the Rhodesian and Petralona upper jaws in relation to other Pleistocene hominids, par Rupert I. Murrill, dans Zeitschrift für Morphologie und Anthropologie, Bd. 66, H. 2, janvier 1975.), et présente une combinaison de traits morphologiques anciens et modernes Poulianos' discoveries and corresponding opposition..

Position phylogénétique

Avant sa publication de 1976, Aris Poulianos avait classé l'Homme de Petralona comme Homo erectus Once more on the age and stratigraphy of the petralonian man, par Aris Poulianos, dans Anthropological Association of Greece, avril 1984., selon l'usage en vigueur à cette époque History of Physical Anthropology: An Encyclopedia, par Taylor & Francis Spencer, , 1997, . La majorité des auteurs le classent aujourd'hui parmi les Homo heidelbergensis. Selon Runnels et van Andel, il pourrait être un représentant de la lignée humaine ayant laissé des vestiges lithiques sur les sites du Paléolithique moyen de Thessalie The Lower and Middle Paleolithic of Thessaly, Greece, par Runnels et van Andel, ..

Controverses autour de la datation

vignette|300px|L'entrée de la grotte de Petralona. vignette|160px|Aris Poulianos.

À cause de la combinaison de traits morphologiques anciens et modernes, la datation du crâne fossile isolé de son contexte est difficile, voire pratiquement impossible. Breitinger et Sickenberg en 1964 lui attribuent seulement , tout en affirmant que du point de vue anthropologique le crâne est tellement similaire à certaines découvertes réalisées en Afrique qu'il peut être considéré comme le « premier Africain hors d'Afrique ». Le Département de Géologie de l'université de Thessalonique adopte ses conclusions, et suggère de plus que le crâne est arrivé dans la grotte par hasard, et que donc aucune donnée paléontologique ou stratigraphique de son environnement ne peut être prise en compte.

En 1971-1975, Sickenberg réexamine le crâne et les fossiles associés, et s'aligne sur les conclusions d'Aris Poulianos pour une datation d'environ . L'université, quant à elle, choisit de rester sur une datation plus récente et moins sujette à controverse.

Aris Poulianos, fouillant la grotte à partir de 1965, trouve des preuves d'occupation humaine depuis le début du Pléistocène moyen. C'est seulement après trois ans de fouilles qu'il peut annoncer en 1968 un âge bien antérieur, basé principalement sur les données de l'environnement du crâne. Il lui attribue une date de plus de "Pre-Sapiens Man in Greece", par Aris N. Poulianos, dans Current Anthropology, Vol. 22, No. 3, juin 1981, . History of Physical Anthropology : An Encyclopedia, par Francis Spencer et al., 1997, . ..

Le crâne et le squelette trouvés en 1960 étaient dans la stratigraphique de la grotte, celle contenant le plus d'outils et de traces d'habitation, qu'Aris Poulianos date d'environ sur la base d'analyses par résonance de spin électronique, de datation par l'uranium-thorium, et surtout de l'analyse de la faune et de la microfaune associées aux fossiles.

Des fouilles plus amples de la grotte révèlent deux squelettes humains datés d'environ .

La première description de la faune de la grotte de Petralona, par O. Sickenberg en 1964 Die Sauqetier-Fauna der Hohle Petralona bei Thessaloniki, par O. Sickenberg, Geol. Geophys. Res. Inst. Geol. Athens 9: 1-16. 1964., amène une datation remontant au Pléistocène supérieur (maximum ). En 1971, Schutt identifie des carnivores du début du Pléistocène moyen Die Hvanen der Mosbacher Sande (Altpleistozan, Wiesbaden/Hessen) mit einem Beitrag zur Stammesgeschichte der Gattung Crocuta, par G. Schutt, Mainz. Naturw. Arch. 10: 29-76. 1971. (aux environs de ans). Sickenberg révise sa datation en accord avec les découvertes de Schutt<ref> Revision der Wirbeltierfauna der Hohle Petralona (Griech. Mazedonien), par O. Sickenberg, Ann. Geol. Pays Hellen. 23.: 230-264. 1971.</ref>. Dans les années 1970, de nombreux fossiles de faune sont mis au jour par Aris Poulianos. Leur étude confirme la datation plus ancienne Dicerorhinus cf. hemitoechus (Mammalia Perissodactyla) from the middle Pleistocene cave at Petralona - Chalkidiki - North Greece, par M. Fortelius et Aris Poulianos, dans Anthropos, vol. 5, . 1978. The fauna of small vertebrates of the middle Pleistocene at Petralona, par M. Kretzoi, dans Anthropos, vol. 4, , 1977. New stratigraphic and faunal material from Petralona Cave, with special reference to the Carnivora, par B. Kurten et Aris Poulianos, dans Anthropos, vol 4, . 1977. En 1974, Stringer soutient lui aussi une datation antérieure au Pléistocène supérieur A multivariate study of the Petralona skull, par C.B. Stringer, dans Journal of Human Evolution, volume 3, issue 5, , septembre 1974..

En 1981, l'équipe de Hennig, Herr, Webert et Xirotiris utilisent la résonance de spin électronique pour dater le fossile entre ans et ans ESR-dating of the fossil hominid cranium from Petralona Cave, Greece, par G. J. Hennig, W. Herr, E. Webert and N. I. Xirotiris, dans Nature , , 06 août 1981. doi:10.1038/292533a0.. Ils ne tiennent pas compte de la faune associée. En 1982, Wintlea et Jacobs critiquent les méthodes employées par Aris Poulianos et remettent eux aussi en cause sa datation A critical review of the dating evidence for Petralona cave, par A.G. Wintlea et J.A. Jacobs, dans Journal of Archaeological Science, volume 9, issue 1, . Mars 1982..

En réponse à ces critiques et autres datations, Aris Poulianos souligne en 1983 que la microfaune comporte notamment Microtus, Lagurus et Pliomys (une espèce disparue dArvicolinae, ou campagnol) ; ceux-ci, avec les fossiles de carnivores présents, confirment une datation du fossile remontant à la fin du Pléistocène inférieur (plus vieux que ne le pensent les précédents). Il note également, en faveur d'une longue occupation de la grotte, que les outils deviennent plus nombreux à partir de la Faunal and tool distribution in the layers of Petralona cave, par Aris Poulianos, dans Journal of Human Évolution, volume 12, issue 8, , décembre 1983..

Datation par la faune La succession des carnivores dans la faune de la grotte, établie par Kurten, est un élément essentiel de la datation de l'homme de Petralona.

En 1983, Kurten analyse spécimens de carnivores (morceaux d'os fossilisés) provenant de la grotte. Les carnivores forment une part importante de la faune et comprennent 15 espèces. Leur distribution dans les sédiments de la grotte permet de distinguer trois différentes superpositions dans la faune locale, nommées Crénien, Petralonien, et Thermaecien (de la plus ancienne à la plus récente). Ces trois ensembles sont antérieurs à la fin du Pléistocène moyen, et le crâne d'humanoïde est associé à l'ensemble le plus ancien Faunal sequence in Petralona cave. Par Bjorn Kurten, du Département de Géologie, Université de Helsinki, Finlande. 1983..

Toutes les espèces de carnivores appartiennent au Pléistocène inférieur (2,588 Ma à ans) et moyen ( ans à ans).

D'autre part, dans tous les sites d'Europe où il est rencontré, Crocuta crocuta petralonae, ancêtre de la hyène tachetée, n'a pas été daté à moins de ans. Or à Petralona il a été trouvé dans la première couche (la plus superficielle). On peut donc en déduire que la grotte s'est scellée il y a plus de ans.

Deux espèces de hyènes, Pachycrocuta brevirostris et Pachycrocuta perrieri, sont également significatives. Le P. brevirostris de la grotte vivait pendant la période appelée petralonienne, correspondant à peu près au Pléistocène moyen (780 ka à 130 ka). Kukla a déterminé en 1970 que le P. brevirostris de Stránska Skála en Tchécoslovaquie remonte à environ ans. Cela implique que la période petralonienne a commencé plus tôt, et que la fin de la période crénienne, dans laquelle vivait le spécimen, s'approche des ans.

Certaines différences entre les trois ensembles concernent des espèces rares (par exemple Panthera pardus, Felis silvestris et Homotherium) et peuvent être dues à des variations d'échantillonnage. Les différences dans la composition des Hyaenidae permettent cependant de poser un diagnostic. Sur cette base, les trois ensembles peuvent être caractérisés comme suit : Crénien (couches géologiques 11 à 27) : association de Hyaena perrieri et de Crocuta crocuta praespelaea. Hyaena perrieri est endémique à l'Europe à l'époque du Pliocène, alors que Crocuta crocuta praespelaea est un immigrant ayant des antécédents en Inde et en Afrique. Les deux espèces sont très courantes dans les dépôts du Crénien supérieur (couches géologiques 11 à 15 ou 16) mais jusqu'alors n'ont pas été trouvées dans les couches du Crénien inférieur (de 17 à 27) pour lesquelles on ne connaît que peu de fossiles. Les couches du Crénien ont permis d'identifier 12 espèces de carnivores. Petralonien (couches 2 à 9) : association de Hyaena brevirostris et de Crocuta crocuta praespelaea. Crocuta crocuta persiste sans changement sur tout le Crénien et demeure une espèce fréquemment rencontrée ; Hyaena brevirostris est rare. Il ne reste plus de traces de Hyaena perrieri. Le Petralonien contient 12 espèces de carnivores. Thermaecien (surface de la couche 2) : la faune y est comparativement pauvre en fossiles de carnivores, mais en comprend malgré tout 6 espèces. Le seul hyénidé présent est Crocuta crocuta petralonae, une très grosse espèce.

Les herbivores de la grotte (rhinocéros, équidés, bovidés, etc.) confirment l'âge indiqué par les carnivores ; dans certains cas, comme pour les mégacéros, l'âge est encore plus ancien. La microfaune (petits mammifères, rongeurs, oiseaux, reptiles, etc.) est circonscrite dans le Pléistocène inférieur et moyen.

Des analyses de la faune associée à l'homme de Petralona, Kurten déduit qu'il est très improbable que le spécimen soit aussi récent que l'affirment Hennig et al. et autres partisans de leur datation - soulignant le fait que ces derniers s'appuient sur une méthode de datation dont ils disent eux-mêmes qu'elle est peu sûre lorsqu'il s'agit pour eux de mettre en doute les résultats de Poulianos, et faisant abstraction des autres méthodes utilisées par Poulianos. Kurten note enfin que la morphologie du crâne est archaïque et qu'elle est anachronique avec le type de morphologie connu au Pléistocène supérieur.