La Bretagne (en latin ) est une province de l'Empire romain créée au et disparue au début du , dont le territoire couvrait le sud de l'île aujourd'hui appelée Grande-Bretagne. Composée des territoires actuels de l'Angleterre et du pays de Galles ainsi que le sud de l'Écosse, la province romaine de Bretagne (appelée dans l'historiographie anglo-saxonne) était délimitée par deux murs successifs, le mur d'Hadrien et le mur d'Antonin.
La Bretagne avant la conquête
Connaissance des îles Britanniques par les auteurs antiques Les îles Britanniques sont connues des peuples méditerranéens plusieurs siècles avant la conquête romaine, sous les noms d'Hierne (l'Irlande) et dAlbion (La Grande-Bretagne). À la fin du , l'explorateur carthaginois Himilcon atteint leurs côtes. Deux siècles plus tard, Pythéas navigue à son tour dans les eaux britanniques. Il désigne les îles Britanniques comme « îles Prétaniques »d'Arbois de Jubainville, « L’île Prétanique, les îles Prétaniques, les Brittones ou Brittani », Revue Celtique, , 1892, p. 398–403 en ligne sur le site Codecs. (αἱ Βρεττανίαι soit ai Brettaníai et . Les peuples de ces îles sont désignés comme Πρεττανοί (Prettanoí), Priteni, Pritani ou Pretani, peut-être transmis à Pythéas par les gaulois. et peut-être de même étymologie que πρυτανεία (prytania : « élite », qui est aussi l'une des significations possibles du mot « celtes »P. De Bernardo Stempel, « Linguistically Celtic ethnonyms : towards a classification » in : L. García Alonso (ed.), Celtic and Other Languages in Ancient Europe, éd. de l'Université de Salamanque 2008, .). Ces noms deviennent « îles Britanniques » chez StrabonStrabon, Géographie, I, 4, 2-3 et II, 5, 8., Ératosthène, Polybe Polybe, Histoire générale, , livre XXXIV, , trad. Félix Bouchot, 1847., Diodore de Sicile, Pline l'Ancien et, par eux, chez les Romains.
Les récits plus ou moins fantastiques des voyageurs pré-romains, ainsi que les écrits d'auteurs plus tardifs comme Strabon et Diodore de Sicile, décrivent ces îles comme « regorgeant d'étain ».
Outre l'étain de Cornouailles par exemple, les îles Britanniques étaient riches en minerais tels que l'or d'Irlande. Cela explique les relations commerciales avec les Grecs et les Phéniciens dès l'époque archaïque, car les ressources en étain constituaient un élément essentiel pour produire du bronze, mais elle étaient limitées autour du bassin méditerranéen. Hérodote parle des îles Cassitérides, « îles de l'étain », du grec Κασσίτερος, et les Romains citent aussi les mines de stannum. Les Romains connaissaient aussi l'Irlande (Hibernia) sans la coloniser et appelaient les îles Britanniques (au pluriel insulae Britannicae) « les terres les plus écartées ». Tacite écrit : « Il n’y a plus de peuples au-delà, rien que des flots et des rochers ».
Peuplement des îles Britanniques au Ouvertes aux influences continentales, notamment laténiennes et hallstattiennes, les îles Britanniques ne s'articulent pas pour autant autour d'une culture uniforme. Certaines zones de l'ouest et du nord semblent avoir été peu perméables à ces influences. Les populations du sud de la Grande-Bretagne entretenaient des liens étroits avec les Belges de Gaule. Les îles Britanniques comptaient deux principaux groupes linguistiques appartenant à la famille des langues celtiques. Il s'agit des langues goïdéliques en Irlande, et les dialectes brittoniques, en Grande-Bretagne.
Le commerce de la Bretagne avec le monde méditerranéen Au siècle , des itinéraires réguliers existent entre la Bretagne et la Méditerranée. Des marchands gaulois, les Vénètes en particulier, servent d'intermédiaires. Certains auteurs parlent du port gaulois de Corbilo, non identifié précisément, peut-être situé sur l'estuaire de la Loire. Des routes commerciales existent aussi avec la Gaule du nord.
Des relations de longue date existent avec les civilisations méditerranéennes pour le commerce de chiens de chasse, d'esclaves et de métaux.
Grâce aux vestiges du site, on estime qu'Hengistbury Head (Dorset, près de l'actuelle Bournemouth) est un centre commercial important au
Conséquences pour la Bretagne de la conquête de la Gaule Les Romains achèvent la conquête du sud-est de la Gaule en -118 et y établissent la province de Gaule narbonnaise. Cela renforce l'influence romaine dans le reste de la Gaule, à travers le commerce et les alliances avec certains peuples, notamment les Éduens. En -58, Jules César, qui après avoir été consul, est nommé gouverneur proconsul de la Narbonnaise, et intervient dans un conflit entre les Éduens et les Helvètes, puis contre une offensive germaine (Arioviste) : c'est le début de la guerre des Gaules, qui va permettre aux légions de César de conquérir tout le pays.
Les opérations de César en Gaule lui font prendre conscience des relations étroites qui existent entre Gaulois et Bretons. Les Bretons sont mentionnés à plusieurs reprises dans la Guerre des Gaules. Un roi suession, Divitiacus, est décrit comme ayant régné aussi sur l'île de Bretagne. Les commentaires de la Guerre des Gaules affirment que de nombreux Gaulois se sont réfugiés chez les Bretons, qui étaient intervenus auprès des Vénètes contre les forces romaines. À cela, il faut ajouter l'image que dressent les récits de l'époque à propos des îles Britanniques, territoire riche et mal connu. Strabon indique que vers cette époque, Publius Crassus, probablement l'un des lieutenants de César, est le premier Romain à découvrir la « route des Cassitérides » et qu'il reconnait la richesse de leurs gisements d'étain.
L'idée d'une conquête de l'île de Bretagne a probablement germé dans l'esprit de César dès -57, mais la révolte des Armoricains en -56 et la nécessité de soumettre définitivement les Morins et les Ménapiens qui contrôlent les côtes du Pas de Calais l'empêchent de lancer son expédition dans l'immédiat. Ce n'est finalement qu'à la fin du moins d'août 55 av. J.-C. que César débarque pour la première fois sur l'île de Bretagne.
La conquête romaine
Jules César en Bretagne Au cours de la conquête de la Gaule cheveluePar opposition à la Gaule narbonnaise, conquise dès - 118. (-58/-52), Jules César débarque à deux reprises en Bretagne, en et en . Ces deux débarquements aboutissent au ralliement à César de plusieurs rois celtiques de Bretagne qui lui laissent des otages (les Trinovantes, les Cantiaci, etc.), mais aucun territoire n'est annexé. Le chef gaulois des Atrébates, Commios, quitte la Gaule pour s'établir en Bretagne.
De César à Caligula : un début de romanisation La protection offerte par les légions romaines contre les raids des Pictes, peuple du nord de l'île, a favorisé le protectorat romain sur les royaumes bretons : au de notre ère, des marchands romains s’y installent ; plusieurs rois bretons sont fastueusement reçus à Rome par l'empereur Auguste puis par ses successeursDion Cassius, Res Gestae Augusti.. L'archéologie montre un fort développement de l'artisanat du cuir, des textiles, de la métallurgie, de la joaillerie, de la verrerie, de la poterie, de la charpenterie et de la sculpture d'art à la mode de Rome, surtout au sud-est de l'île et le long de la côte sud où les inscriptions attestent d'un début de romanisation et où de vraies villes fortifiées apparaissent, remplaçant les gros villages de torchis et de bois caractéristiques de l'époque précédente. Le port de Douvres (Dubris) se développe, en lien avec le port continental de Gesoriacum (l'actuelle Boulogne-sur-Mer)..
Projets d'invasion d'Auguste et de Caligula Un temps, l'empereur Auguste (qui règne de 26 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.) envisage d'envahir l'île de Bretagne, mais ne dispose pas de la logistique nécessaire pour acheminer des légions ni d'une flotte suffisante : il renonce vers , d'autant qu'en l'an 9 en Germanie, la défaite romaine de Teutoburg anéantit trois légions menées par le gouverneur Varus.
En 39, Caligula masse des troupes près de Gesoriacum (actuelle Boulogne-sur-Mer) et y fait édifier un phare, mais doit lui aussi renoncer pour des raisons budgétairesCrise financière romaine de l’année 39 relatée par Dion Cassius, Histoire romaine, p. 10..
Le règne de Claude et le début de la conquête L’empereur Claude souhaite neutraliser les cultes druidiques dont les bases subsistent en Bretagne, et qui sont susceptibles d’être un appui pour les opposants gaulois. L'intérêt des commerçants romains a également pu influer sur sa décision.
Claude se sert du conflit entre le roi Verica et ses sujets, les Catuvellaunes, comme prétexte à l'invasion. Il envoie en Bretagne quatre légions : les Augusta, Hispana, Gemina et la Valeria Victrix, commandées par Aulus Plautius, ancien gouverneur de la Pannonie, Flavius Vespasien, futur empereur, et Osidius Geta. Les historiens estiment à environ le corps de débarquement qui mena la conquête du sud de la Bretagne de 43 à 47.
Une bataille décisive a lieu contre les Cantiaci (ou Cantii) sur la Mediovia (près de l'actuelle Rochester dans le Kent)Jean-Philippe Genet, Les Îles Britanniques au Moyen Âge, Hachette, 2005, .. Cette victoire romaine encourage les rois Bretons à s'allier aux Romains. Claude se rend lui-même en Bretagne, y tisse des alliances puis revient à Rome célébrer son triomphe, prenant le titre de Britannicus, transmis à son fils.
Sous le règne de Néron : la révolte des Icènes En 60, Néron fait occuper l’île de Mona (Anglesey) et détruire le sanctuaire druidique.
En 60 et 61, à la suite du legs à Rome de son royaume par le roi des Icènes, Prasutagos, un conflit éclate entre les commerçants et les administrateurs romains et sa veuve, la reine Boadicée, dont les Icènes prennent le parti. Leurs troupes prennent plusieurs villes, massacrent les garnisons romaines et pillent Camulodunum, Verulamium et Londres (Londinium). Selon Suétone, Néron envisage d’évacuer l’île, mais Suetonius Paulinus mate la révolte. Les historiens romains annoncent un bilan terrible : massacrés au début de la révolte, et sûrement beaucoup plus de Bretons.
Sous le règne des Flaviens Sous Vespasien, Titus et Domitien, la conquête romaine reprend : de 71 à 74, Quintus Petillius Cerialis soumet les Brigantes dans la chaîne Pennine de 74 à 77, Frontin conquiert le pays de Galles (Cymrus ou Cambrie), sauf Anglesey (fort de Segontium) et Holy Island (fort de Caer Gybi) qui sont conquises par Agricola en 77. de 78 à 84, Julius Agricola s’attaque aux Highlands et envahit la Calédonie, mais Domitien le rappelle avant qu’il n’en achève la conquête.
Sous les Antonins : la construction des murs L'occupation romaine s'arrête d'abord au mur d'Hadrien (), dans le nord de l'actuelle Angleterre, puis au mur d'Antonin dans le sud de l'actuelle Écosse. La protection et la surveillance des peuples bretons soumis à Rome exige le maintien de trois légions et de troupes auxiliaires, soit de . Une grande partie de ces dernières était recrutée sur place. La Bretagne est une province impériale, dont le responsable, légat proconsul (ancien consul) nommé par l'empereur (et non pas par le Sénat), réside .
La Bretagne aux
Organisation de la province Au cours des , la province de Bretagne est organisée en différentes zones : la province proprement dite, répartie entre une zone militarisée et une zone pacifiée, divisée en cités ; des royaumes-clients, incorporés à la province seulement au cours de la seconde moitié du (Togodumnus au sud, Prasutagos à l'ouest...).
Tandis que les royaumes-clients gardent une forme d'autonomie, le reste du territoire se fond dans le schéma impérial général des cités, constituées en fonction des tribus préexistantes, comme en Gaule (Catuvellaunes, Atrébates, etc.). Les cités romaines sont créées sur la base des tribus existantes telles que les Atrébates, les Trinovantes, les Icènes, les Coritanes, les Ordovices, les Silures, les Démètes et les Brigantes. La cité est formée par le chef-lieu et un territoire plus ou moins étendu.