vignette|Réfugiés juifs yéménites évacués vers Israël lors de l'opération Tapis volant (1949-1950).
L'exode des Juifs des pays arabes et musulmans fait référence à l'émigration contrainte d'environ Malka Hillel Shulewitz, The Forgotten Millions: The Modern Jewish Exodus from Arab Lands, Continuum, 2001, . Juifs hors des pays arabes et musulmans au , plus particulièrement après la création d'Israël en 1948 et l’indépendance de nombreux pays arabes.
Cet exode marque la fin d'une présence souvent plurimillénaire, notamment en Irak ou en Égypte. Plusieurs facteurs expliquent cet exode : les persécutions dans le contexte du conflit israélo-arabe, dont les pogroms, l'antisémitisme, les expulsions et l'instabilité politique. Mais aussi des facteurs politiques tels que la montée du nationalisme arabe qui mène, lors de la décolonisation, à l'exclusion sociale de certaines populations minoritaires, développement concomitant du sionisme qui pousse certains Juifs à s'installer en Israël par idéal politique et/ou religieux, paupérisation qui conduit les Juifs à rechercher un avenir meilleur à l'étranger, ainsi que l'identification des Juifs aux puissances coloniales qui incite certains à rejoindre les métropoles au moment de la décolonisationhttp://www.meforum.org/263/why-jews-fled-the-arab-countries. Les pays d'accueil de ces Juifs sont principalement Israël, où près de d'entre eux, soit 75 %, émigrent, et les pays occidentaux : France, Italie, Royaume-Uni, mais aussi le Canada, les États-Unis ou le Brésil.(voir notamment sur ce sujet les travaux de source et de synthèse effectués par Shmuel Trigano: l'exclusion des juifs de pays arabes; la fin du judaïsme en terre d'islam; voir aussi Bat Yeor et l'étude sur la condition sociétale des juifs et des chrétiens en terre d'islam avant et pendant la colonisation, et la conséquence de la décolonisation sur ces populations: Chrétientés d'orient entre Jihad et Dhimmitude, et son autre livre The Dhimmi, voir aussi Pierre Vermeren: le choc des décolonisations.
Bien que des migrations des Juifs des communautés d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient aient commencé à la fin du , celles-ci ne menacent la pérennité des communautés qu'au début de la guerre israélo-arabe de 1948. Dans les quelques années qui suivent, entre et Juifs des pays arabes « émigrent, sont poussés à la fuite ou sont expulsés »Benny Morris, 1948, Yale University Press, 2008, .. Parmi ces derniers, la majorité ( entre 1948 et 1951 Shindler, Colin. A History of Modern Israel, Cambridge University Press, 2008, ; au total jusqu'en 1972http://www.adi-schwartz.com/israeli-arab-conflict/all-i-wanted-was-justice/http://www.hsje.org/forcedmigration.htm) s'installent en Israël ; le restant se réinstallant en France, au Royaume-Uni et dans les autres pays occidentaux. La plupart des membres de la communauté juive d’Égypte fuit durant la crise du canal de Suez et les Juifs des autres pays d'Afrique du Nord dans les années 1950 ou 1960. Après la guerre des Six Jours en 1967 et la guerre du Kippour en 1973, la majorité des communautés juives à travers le monde arabo-musulman, ainsi que du Pakistan et l'Afghanistan, ont disparu. La dernière vague se produit en Iran dans les années 1979-1980, à la suite de la révolution iranienne.
Histoire vignette|Camps d'immigration et de transit, ma'abarot : : « Pour contenir les risques d'immigration de masse, Ben Gourion a chargé un groupe d'experts de préparer le « Plan un million », qui comprenait une conception complète d'un système de camps pour abriter l'afflux de réfugiés jusqu'à ce qu'ils puissent être installés et employés. Le plan a été élaboré avec beaucoup de détails, calculant même la valeur calorique des repas qui devaient être préparés dans les cuisines des camps. L'existence du "Plan Un Million" nous oblige à réévaluer la manière dont l'histoire des ma'abaras a été racontée, puisqu'il apparaît maintenant que le concept de la ma'abara était en fait la condition préalable, et non l'effet de l'immigration de masse. » : « On pourrait soutenir que l'État d'Israël, avant et immédiatement après sa déclaration, traversait de telles épreuves qu'il n'y avait pas d'autres options pour « absorber » autant de milliers d'immigrants arrivant dans le pays qu'en les plaçant dans ces hébergements précaires. installations. Néanmoins, je suis d'avis que la question la plus controversée à cet égard n'est pas le résultat (par exemple le ma'abarot) du choix, mais plutôt le choix en soi d'amener en Israël autant de milliers d'immigrants, suivant l'idée du « Un million de plan » dévoilé par Ben Gourion en 1944. ».
En 1922, la Société des Nations confia aux Britanniques un mandat en Palestine, occupée dès fin 1917 par l'armée britannique, dont un des buts est d'y faciliter l'immigration juive et d'y établir un « foyer national juif », faisant suite à l'engagement des Britanniques affirmé dès lors de la déclaration faite par Lord Balfour, alors ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni envers le mouvement sioniste. Mais 25 ans de conflit en Palestine entre Arabes musulmans et chrétiens d'une part, et sionistes juifs d'autre part, mirent un terme au mandat, et amenèrent l'ONU à voter en faveur du partage du pays le en deux États, l'un juif, l'autre arabe et en une zone internationale, fixée à Jérusalem et aux communes limitrophes. La saisine de l'O.N.U. fait suite aussi à la volonté exprimée des Britanniques dès fin 1946 de quitter la Palestine et de faire gérer ce que l'on appelait alors « le problème de la Palestine » par des structures internationales plus à même de gérer la fin du mandat britannique.
Dès le , au lendemain du vote fait par l'O.N.U., qui avait suivi l'avis de sa Commission Spéciale relative à la Palestine, qui avait été créée en et qui avait enquêté notamment sur place, le conflit s'enflamma. Le pays entra en guerre civile et cette guerre civile eut un bilan d'environ (environ 6000 Juifs tués, et 12000 Arabes de Palestine tués). À la suite de ces événements, succéda la première guerre israélo-arabe le quand Israël déclara son indépendance de façon unilatérale le . Aucun pays arabe voisin ne voulait reconnaître l'État juif naissant et les armées de la Jordanie, de l'Égypte, de Syrie et de l'Irak envahirent la Palestine, pour protéger le droit des palestiniens, à la suite notamment du massacre de Deir Yassin du . Les armées des pays arabes étaient aidés par des Arabes palestiniens, organisés en petites bandes armées, indépendantes les unes des autres.
Ce premier conflit ouvert entre Israéliens et Arabes provoqua l'exode d'environ palestiniensUnited Nations Conciliation Commission for Palestine, Official Records: Fifth Session, Supplément No. 18 (A/1367/Rev.1), 1951.Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, . dans le contexte de l'application du plan Daleth, visant à expulser les arabes palestiniens,dont les descendants devinrent réfugiés.
La fin des empires coloniaux britanniques et français a également entraîné la construction d’États arabes indépendants. Dans d’autres cas, par exemple en Algérie, l’accession à l’indépendance a provoqué l’émigration des populations juives (en Algérie, les populations juives avaient reçu la nationalité française dès le décret Crémieux en contrairement aux populations musulmanes, qui attendent pour devenir Français l'ordonnance du général de Gaulle en 1944, pour les hommes et seulement en 1958, pour les femmes). Après , la quasi-totalité des juifs d'Algérie (plus de 85 %) gagnèrent la France métropole, au même titre que la population d’origine européenne.
Près de vivaient encore en 1948 dans les territoires qui allaient devenir des États arabes indépendants. Les communautés d’Afrique du Nord augmentèrent avec l’afflux des Juifs persécutés dans la péninsule Ibérique à partir du . Les relations avec les populations arabes ont été bonnes ou mauvaises suivant les lieux et les époques.
Un cas particulier est celui des Juifs marocains sous le sultan du Maroc (qui se proclame Roi à compter de l'indépendance du pays en 1956) durant la Seconde Guerre mondiale alors que le pays était sous le protectorat français dirigé par Vichy. Robert Assaraf estime qu'il est « évident [que] a sauvé des vies juives » ; le sultan a refusé de livrer les Juifs marocains aux nazis et le Maroc est devenu « [un refuge] pour les nombreux juifs d'Europe centrale, qui [fuyaient] les persécutions »Des camps de concentration au Maroc. Cependant, selon Georges Bensoussan, la protection des Juifs par ne serait qu’une légende dorée, construite tant par les Juifs marocains mal accueillis dans un État d’Israël majoritairement dirigé par des Juifs ashkénazes, que par leurs anciens voisins musulmans désireux de mettre le départ des Juifs sur le compte de la propagande sioniste ; la mesure de protection dont auraient bénéficié les Juifs du Maroc ne résulterait en réalité que de la volonté affichée du sultan alaouite de démontrer au régime de Vichy son plein pouvoir sur ses sujets, . Le sultan du Maroc signa également des dahirs instaurant une discrimination envers ses sujets juifs et n'empêcha pas l'installation de « camps de concentration [de prisonniers] » pour les Juifs et les étrangers. Après la guerre, l'attitude de la communauté juive marocaine était en définitive divisée à son égard et « seules les franges les plus pauvres [restèrent] liées au sultan ».
Durant le conflit entre 1947 et 1948, certains des Juifs de certains pays arabes furent l’objet de persécutions et leurs biens furent confisqués.
Il y eut des pogroms (massacres) anti-juifs à AdenReuben Ahroni, , Brill, 1994, ., en ÉgypteAll I wanted was justice http://www.haaretz.com/hasen/spages/941518.html, en LibyeNorman Stillman, Jews of Arab Lands in Modern Times, Jewish Publication Society, Philadelphie, 2003, , ., en Syrie Daniel Pipes, Greater Syria : The History of an Ambition, New York, Oxford University Press, 1990, , records 75 victims of the Aleppo massacre, au Yémen et en Irak« Les Réfugiés juifs originaires des pays arabes », par Maurice Konopnicki.Abraham H. Miller, « Se souvenir du pogrom contre les Juifs d'Irak », FrontPageMagazine.com le juin 2006. Traduit par Albert Soued pour nuitdorient.com..
Une série de pogroms avait déjà éclaté auparavant dans plusieurs capitales : en Irak en 1941 (le Farhoud, équivalent local du pogrom)Juif d’origine et de culture arabes, Naïm Kattan à Tripoli en Libye : le pogrom de 1945 et celui de 1948, au Maroc (notamment les pogroms d'Oujda et Jérada en 1948)Les Juifs en Afrique du Nord, dafina.net, en Syrie en 1944 (la majeure partie des Juifs quitta alors le pays)Le péché originel des États arabes, Shmuel Trigano dans Le Figaro du lors du pogrom d'Alep en 1947 et le pogrom d'Aden la même année. En Irak, en 1948, le sionisme fut rangé dans la catégorie des crimes d’opinion, passibles de sept ans de prison et d’une amende. Dans un premier temps, il fut interdit aux Juifs de quitter le pays, pour ne pas renforcer Israël.
Par vagues d'expulsion
Première vague (1948-1951) : suite à la création de l'Etat d'Israël