Don Filippo De Nobili surnommé Pippo De Nobili (, Catanzaro - , Catanzaro), de Magliacane, est un intellectuel, écrivain, bibliothécaire, poète, historien, journaliste et lexicographe italien.
Disciple du marxiste Antonio Labriola puis du poète Giovanni Pascoli, il fut responsable d'un mouvement étudiant, causant son expulsion de l'université de Rome « La Sapienza » en 1896, en faveur de l'ex-ministre Guido Baccelli et contre le nouveau ministre de l'Instruction publique Emanuele Gianturco. Filippo De Nobili est connu pour son engagement dans la lutte contre le fascisme (auprès notamment de Francesco Maruca) et pour ses qualités intellectuels qui formèrent une génération d'historiens et d'écrivains en Italie du Sud (parmi lesquels Corrado Alvaro et Umberto Bosco). En fin de vie, il adhère à l'anarchisme révolutionnaire.
Il a donné son nom à la bibliothèque municipale Filippo-De-Nobili de Catanzaro qu'il a dirigé de 1908 à 1958. En 1959, il reçoit la médaille d'or de l'ordre du Mérite à la Culture et aux Arts (ayant déjà refusé en 1934 la distinction de chevalier de l'ordre de la Couronne d'Italie).
Famille Les De Nobili La famille De Nobili était une des lignées les plus influentes de la ville de Catanzaro avec celle des Marincola et celle des Grimaldi de Calabre. Originaire de l'île de Lipari, elle se divisait en quatre branche : celle de Pescara (éteinte au ), celle de Naples (éteinte également au , elle portait le titre de marquis), celle de la Bagliva (qui portait le titre de baron du bailliage de Catanzaro, elle fut représentée par le grand chambellan Emanuele De Nobili qui était propriétaire de 40 % des biens expropriés à l’Église en Italie du Sud, et par ses fils qui s'exilèrent sur l'île grecque de Corfou à la suite de l'affaire De Nobili) et celle des barons de Magliacane dont faisait partie Filippo De Nobili. Cette branche descendait d'Ottavio De Nobili (1628-1697) qui avait été baron de Magliacane dès 1692 et de Stalettì...
Les De Nobili furent en possession de nombreux fiefs en Calabre : dans la province de Vibo Valentia (la ville même de Vibo Valentia ainsi que celle de Tropea), dans la province de Reggio de Calabre (la ville de Reggio de Calabre), dans la province de Catanzaro (le bailliage de Catanzaro et de nombreux autres fiefs), dans la province de Crotone et dans la province de Cosenza (la ville de Cosenza) ainsi que quelques fiefs en Sicile (l'île de Lipari et Mazara del Vallo)..
Filippo De Nobili était le fils de Carlo De Nobili (1845-1908), baron de Magliacane, le petit-fils du baron Filippo De Nobili (qui fit partie des 171 donateurs de la ville de Catanzaro pour soutenir le Risorgimento.) et l'arrière-petit-fils de Carlo De Nobili (1777-1831). Ce dernier avait été le maire de Catanzaro, nommé durant la période napoléonienne tandis que son cousin Emanuele devenait grand chambellan du royaume. Par la suite, il fut également Président pendant une décennie de la Société économique de Catanzaro (réélu en 1830, il refusa la charge), conseiller d'intendance du royaume pendant le règne des Bourbon-Siciles et également chevalier de Malte..
Le père : Carlo De Nobili thumb|Carlo De Nobili. Carlo De Nobili nait à Catanzaro en 1845 du baron et écrivain Filippo De Nobili (1811-1863) et de la noble Giulia Marincola de San Calogero. En 1863, il hérite des terres familiales (dont celle de la Madonna dei Cieli, où poussaient à l'époque des fougères, du genêt et des figuiers de Barbarie et qui se trouve aujourd'hui dans le centre de Catanzaro et dont une partie est occupée par l'hôpital Pugliese Ciaccio, du nom d'un beau-frère de Filippo De Nobili, et une autre par l'église de la Madonna dei Cieli) et du titre de baron de Magliacane..
Carlo fut un homme politique de centre droit (contrairement à son fils qui était socialiste et anarchiste en fin de vie) qui jouissait d'une grande influence dans la province de Catanzaro grâce à ses connaissances à travers le Cercle de Catanzaro (cercle nobiliaire dont firent partie diverses personnalités politiques dont le ministre de gauche Bernardino Grimaldi qui était également cousin au du De Nobili). Il s'opposa dans les années 1870 à la politique du patriote et ministre de gauche Giovanni Nicotera (1828-1894). Le , il est nommé directeur du personnel du Cercle de Catanzaro, dont il avait été un des fondateurs en 1871 aux côtés de Menotti Garibaldi, le fils du « père de la patrie italienne »..
Écrits à partir des années 1870, les journaux personnels de Carlo De Nobili servirent de bases à de nombreux ouvrages d'histoire parmi lesquels celui d'Umberto Ferrari, Socialità d'élite in Calabria dal 1872 al 2012, publié en 2013 aux éditions Sensazioni Mediterranee..
Dans la première moitié des années 1890, Carlo De Nobili fonde une banque à Catanzaro. Cet investissement contribua à sa propre faillite économique qui l'obligea à quitter le Cercle de Catanzaro et à vendre une partie de la baronnie de Magliacane. Il se retire alors dans l'écriture d'ouvrages historiques et en 1908, il devient directeur de la bibliothèque municipale de Catanzaro (futur bibliothèque municipale Filippo-De-Nobili)...
Il est également un des tout premiers membres du Club alpin italien (fondée en 1863) auquel il adhère en 1879, date de la création de la section de Catanzaro.. On retrouve parmi les œuvres littéraires de Carlo De Nobili ses deux journaux personnels : Diario di Carlo De Nobili (de 1874 à 1883). Diario di Carlo De Nobili (de 1889 à 1900). Ainsi que plusieurs ouvrages d'histoire dont : Sulle origini di Catanzaro (1907).. Cronaca della Città di Catanzaro, écrite par Carlo De Nobili et Tommaso de Domenico Marincola. Cronaca catanzarese del 1883, écrite par Carlo De Nobili et son fils Filippo De Nobili. Elenchi degli amministratori di Catanzaro.
Biographie Enfance Filippo De Nobili nait sous le nom de Filippo, Maria, Francesco De Nobili le à Catanzaro dans le Palazzo De Nobili di Magliacane (palais nobiliaire appartenant à la famille depuis la fin du ), qui donne sur la place Grimaldi dans le centre histoire historique de la ville.. Il est le deuxième enfant du baron Carlo De Nobili (1845-1908) et de Concetta Pugliese (1845-1924) après Giulia I De Nobili (-) et avant Giulia II (1877-1968), qui épousera Clemente Scandale (un cousin du peintre napolitain Achille Talarico et neveu du député Filippo Marincola) et qui compte parmi sa descendance le fondateur du hameau de Copanello, Maria Stella, Francesco di Paola (1882-1897), Rosa (1885-1959) qui épousera un petit-fils du gynécologue et obstétricien Domenico Tarsitani (né à Cittanova en 1817 et mort à Torre del Greco en 1873), Ottavio (1887-1914), Alberto (1889-1893) et Maddalena De Nobili (née en 1891) qui épousera l'avocat Francesco Saverio Pugliese (créateur de l'hôpital Ciaccio Pugliese de Catanzaro).
Sa mère, Concetta Pugliese, descend d'une famille originaire de Feroleto et Pianopoli et Filippo De Nobili est ainsi le cousin de Giovanni Pugliese Carratelli (1911-2010), historien de l'Antiquité et directeur de l'École normale supérieure de Pise, qui lui rendra hommage en se souvenant de lui comme d'un « bibliothécaire républicain ayant été expulsé de l'université de Rome pour avoir sifflé le roi Humbert »..
Pendant sa jeunesse, il rencontre Nicola Lombardi (né à Mileto le ), futur député de la XXIV à la du royaume d'Italie puis sous-secrétaire d’État du ministère des Travaux publics de à , dont il restera un grand ami... Parmi ses compagnons d'enfance on retrouve aussi le philosophe et poète Giuseppe Casalinuovo (né à San Vito sullo Ionio en 1885 et mort à Catanzaro en 1942), un des fondateurs du Parti socialiste italien en Calabre, qui fut le père du ministre des Transports Mario Casalinuovo..
Mouvements estudiantins thumb|Portait d'Antonio Labriola. Filippo De Nobili est envoyé par ses parents à la Faculté de Jurisprudence de l'université de Rome « La Sapienza » où il rencontre le philosophe marxiste Antonio Labriola (1843-1904) dont il devient le discipleAntonio Labriola était un ami personnel de Friedrich Engels et l'un des diffuseurs principaux du marxisme en Italie. Il influença tout particulièrement Benedetto Croce, le fondateur du Parti libéral italien, et en moindre mesure Antonio Gramsci, un des membres fondateurs du Parti communiste italien.. À cette époque, qui concorde approximativement avec la ruine de son père, il devient un des trois chefs qui dirigent les mouvements estudiantins de Rome et qui sont appelés le triumvirat de la goliardia romaine.. De plus, le De Nobili avait fondé un mouvement antimonarchiste (opposé au pouvoir royal de l'époque et favorable à la constitution d'une république) soi-disant inspiré par la vie de Jésus-Christ.
Le , le ministre de l'Instruction publique Guido Baccelli (1830-1916), membre de la gauche historique, est démis de ses fonctions par le président du Conseil Antonio di Rudinì, partisan de la droite historique, dans le cadre de la formation du gouvernement Rudinì, et pour être remplacé par Emanuele Gianturco (1857-1907), un modéré catholique. La substitution de Baccelli par Gianturco ne provoquant aucune réaction dans les milieux estudiantins, celui-ci vint en personne trouver le triumvirat dont faisait partie Filippo De Nobili pour leur demander d'organiser une quelconque manifestation pour faire sentir leur désagrément. Ceux-ci acceptèrent et une longue grève d'étudiant se propagea rapidement à travers l'université de Rome en menaçant de s'étendre à tous le royaume d'Italie. De nombreuses insultes sont proférées et des chansons paillardes tournant en dérision le ministre Gianturco et différents professeurs d'université sont écrites. Pour clore la grève, le gouvernement fait donc arrêter les chefs de la révolte. Filippo De Nobili est expulsé à vie de l'université de Rome « La Sapienza » et il est suspendu pendant deux ans, ainsi que les deux autres chefs du triumvirat, de toutes les universités d'Italie..
L'ex-ministre Guido Baccelli ne procura aucune aide aux étudiants arrêtés mais ceux-ci réussirent à obtenir un recours au sénat académique grâce à l'appui d'Antonio Labriola. Ils comparaissent donc devant le Conseil supérieur de l'instruction publique qui se tient dans les bâtiments de la Minerva de l'université. Parmi les gens présidant l'assemblée devant juger le triumvirat se trouvent le prix Nobel de littérature Giosuè Carducci (1835-1907), personnalité qui influença énormément le De Nobili par la suite, ainsi que le philologue et critique littéraire Francesco D'Ovidio (1849-1925). Le verdict initial fut finalement maintenu à la suite d'un vote du conseil.
Filippo De Nobili reprend donc ses études en 1898, deux ans plus tard, à l'université de Messine où il rencontre le poète Giovanni Pascoli (treize fois médaille d'or au Concours universel de poésie latine d'Amsterdam) avec qui il entretiendra un rapport épistolaire tout au long de sa vie. Filippo accueillera par ailleurs Pascoli chez lui à Catanzaro en 1899. Il obtient finalement son diplôme en droit en devenant ainsi avocat avant de retourner dans sa ville natale à Catanzaro..
Vie à Catanzaro Bibliothécaire municipal
thumb|right|upright 1.05|Bibliothèque municipale Filippo-De-Nobili. En 1908, à l'âge de 32 ans, Filippo De Nobili succède à son père Carlo dans la direction de la bibliothèque municipale Filippo-De-Nobili qui s'appelait alors bibliothèque municipale de Catanzaro « Honnêteté et Travail » (biblioteca municipale di Catanzaro “Onestà e Lavoro” en italien). À l'époque, elle se trouvait au premier étage de la mairie de la Catanzaro, l'ancien palazzo De Nobili de la Bagliva, construit par le baron Emanuele De Nobili et vendu à la commune en 1863. Elle avait été fondée le sur demande du sénateur et maire Giuseppe Antonio Rossi..
En 1910, deux ans après que Filippo en soit devenu le directeur, la bibliothèque fusionne avec la bibliothèque populaire de Catanzaro (qui elle avait été fondée en 1868).