John Suckling, né à Twickenham en 1609 et mort à Paris en 1642, est un poète, un dramaturge et un courtisan anglais de l'époque de Jacques Ier et de Charles Ier d'Angleterre.
Biographie Ascendants Grand-père et oncle John Suckling est né dans la maison familiale à Whitton, dans la paroisse de Twickenham dans le Middlesex, et y est baptisé le . Son grand-père, , descendant d'une vieille famille du Norfolk, a été maire de Norwich et a représenté cette cité au Parlement en 1586. Son oncle, Edmond Suckling, a été doyen de Norwich de 1614 jusqu'à sa mort en 1628.
Père Son père, nommé John Suckling également, entre à Gray's Inn en 1590, et est élu député du borough de Norwich en 1601. En 1602, il sert de secrétaire au lord Trésorier, et, en , il devient receveur des taxes pour aliénation dans la succession de sir . Dans le Parlement de 1614, il semble représenter Reigate. Il est fait chevalier par Jacques à Theobalds House le . En , il devient maître des requêtes, et en 1622, il est nommé contrôleur de la maison royale, « poste rémunérateur ». Cette fonction se révèle sans conteste très lucrative pour cet homme qui jusque-là n'a jamais laissé échapper une occasion d'accumuler manoirs, fermages, avoueries en divers endroits du pays. En , il est désigné comme le plus sérieux adversaire de Richard Weston pour le poste de Chancelier de l'Échiquier, et en , il est promu secrétaire d'État, tandis que Jacques , à son accession au trône, le nomme conseiller privé. En 1623, il choisit de représenter le Middlesex au Parlement, ayant aussi été élu à Lichfield et à Kingston-upon-Hull. En 1625, il représente Yarmouth, et en 1626, il siège pour Norwich de préférence à Sandwich. Il meurt le .
Mère Sa mère, Martha, est la fille de Thomas Cranfield, citoyen et négociant en tissus de Londres. Elle est ainsi la sœur de Lionel Cranfield, qui, en 1622, est créé premier . Elle meurt le à l'âge de trente-cinq ans, laissant son fils John âgé de quatre ans et demi et quatre filles. Devenu veuf, John Suckling senior se remarie avec Jane, veuve de Charles Hawkins. À la demande de celle-ci, il achète le domaine de Rose Hall près de Beccles, qu'il lui laissera ainsi que sa maison de Fleet Street à Londres.
Jeunesse À seize ans, John Suckling entre à Trinity College de l'université de Cambridge le , mais il n'obtient aucun diplôme, même si Davenant parle avec excentricité de sa compétence universitaire. Suckling est admis à Gray's Inn le . La mort de son père le de la même année le fait héritier de riches domaines dans le Suffolk, le Lincolnshire et dans le Middlesex, lui permettant de mener grand train à la cour. Parmi ses amis, on peut citer le député et pasteur, sir , le dramaturge Thomas Nabbes, qui lui dédie sa pièce Covent Garden en 1638, le poète et traducteur Wye Saltonstall, qui lui dédie sa traduction des Epistolae de Ponto d'Ovide en 1639, Richard Lovelace et le juriste et député . Il est plus intimement lié avec William Davenant, à qui il adresse plusieurs copies de vers et qui lui a inspiré une vénération toute spéciale pour Shakespeare, et le « très mémorable » John Hales, théologien et écrivain, à qui il adresse aussi des vers.
Campagne des Pays-Bas Ses relations avec sa famille du Middlesex lui servent à s'introduire dans des cercles officiels plus élevés. Mais le séjour du jeune galant à la cour est interrompu avant la fin 1628, quand il se met à voyager. Il s'arrête tout d'abord à Paris, puis passe en Italie. Mais pour le , il se trouve de nouveau en Angleterre, où il est fait chevalier par le roi à Theobalds House. Il rassemble en une force de six mille hommes, qui part de Yarmouth pour les Pays-Bas sous le commandement du marquis d'Hamilton, afin de renforcer l'armée de Gustave Adolphe. Sous leur direction, il prend part à la défaite du comte de Tilly devant Leipzig le et est présent au siège de Crossen en Silésie, celui de Guben dans le Brandebourg, de Glogau en Pologne et de Magdebourg en Saxe-Anhalt. Rentrant en 1632 après ces aventures, Suckling se jette avec passion et prodigalité dans tous les plaisirs de la cour : cartes, dés et femmes exercent sur lui une irrésistible fascination, et il admet volontiers que ce qu'il estime le plus au monde sont une paire d'yeux noirs ou un coup heureux aux boules. Ainsi à Tunbridge Wells, il gagne deux mille £ à un certain lord Dunhill au jeu de quilles.
Un incident vient gâter sa carrière de joyeux courtisan. Il fait une cour assidue à la fille de sir Henry Willoughby, une très riche héritière, et ses prétentions sont approuvées par le roi Charles, dont il est un favori. L'avancée des négociations est vue d'un mauvais œil par la demoiselle, qui est déterminée à contrecarrer le projet. Pour cela, elle fait appel à un autre soupirant, sir John Digby, à qui elle assigne la tâche d'obtenir la signature de Suckling au bas d'une renonciation manuscrite à sa main. Digby, qui est un homme d'une grande force physique et un escrimeur expérimenté, se met en quête de son rival à Londres. Ils se rencontrent sur la route, et après une brève dispute, en viennent aux mains. L'infortuné poète est bastonné, sans qu'il sorte son épée. Le fait qu'il se soumette aussi platement à ce grossier outrage libère les langues de nombreux détracteurs à la cour, et ces commérages le conduisent à préférer la fréquentation d'hommes pondérés comme Lucius Cary, Falkland, Roger Boyle, Thomas Stanley et d'autres philosophes ou universitaires. Il se trouve ainsi avec Falkland et d'autres au débat officiel, qui se tient dans les salons de John Hales à Eton, pour comparer les mérites de Shakespeare à ceux des poètes classiques. À l'unanimité, la préférence est donnée à Shakespeare. Suckling assemble avec une joyeuse ingénuité les noms de ses contemporains les plus intéressants dans son Session of the Poets, qui circule sous forme manuscrite au début de 1637. Par la suite, cette forme littéraire sera souvent reprise, par exemple par lord Rochester (Trial for the Bays), par Sheffield, duc de Buckingham et Normanby, (Election of a Poet Laureate), et par beaucoup d'autres, dont le meilleur est peut-être Feast of the Poets de Leigh Hunt.
Première pièce La même année, Suckling fait avec Davenant un voyage à Bath. Selon John Aubrey, Suckling y arrive dans un équipage de prince avec un plein chariot de livres. C'est là qu'il écrit son petit traité sur le socinianisme. L'hiver suivant, il écrit sa première pièce Aglaura, au sujet de laquelle le révérend George Garrard écrit à Thomas Wentworth, comte de Strafford : « Deux serviteurs du roi, John Sutlin [sic] et Will Barclay, ont chacun écrit une pièce, qui a été jouée avec grand succès à la cour et au Blackfriars Theatre. La pièce de Sutlin a coûté trois ou quatre cents livres pour la mise en scène, et il a donné huit ou dix costumes neufs aux acteurs, une prodigalité sans précédent ». Le roi est certainement présent, et il exprime son regret que l'intrigue se finisse tragiquement, si bien que Suckling la change, transformant sa tragédie en tragi-comédie. Le succès est probablement dû dans une large mesure au décor, qui n'a jamais été aussi somptueux sur une scène de théâtre et ne se rencontre que pour les spectacles de masques à la cour. Cette pièce a été reprise à la Restauration, mais Pepys la juge « mauvaise », tandis que Flecknoe dans son Short Discourse on the English Stage n'est guère plus enthousiaste, écrivant « qu'elle est pleine de fleurs, mais de fleurs piquées, et non poussant naturellement ». Aglaura est publiée en 1638 avec une préface en vers de Brome. Les larges marges provoquent les sarcasmes des gens d'esprit, qui comparent le texte sur sa page à un enfant dans un grand lit.
Campagne d' Écosse Lorsque la campagne d'Écosse débute, Suckling et son ami George Goring proposent d'amener chacun une centaine de cavaliers, si nécessaire dans les trois jours. Le contingent de Suckling est réuni à la date prévue, à un coût estimé à , et il accompagne Charles dans sa marche jusqu'à la frontière en . Bien qu'il se retire précipitamment de Kelso avec Henri Rich, comte de Hollande, aucun acte de lâcheté ne peut être retenu contre lui. Ce qui l'expose aux railleries des rimailleurs est la magnificence coûteuse des vestes et des plumets écarlates, ainsi que des pourpoints blancs, dont il pare ses soldats. L'auteur des vers primesautiers Upon Sir John Suckling's Most Warlike Preparations for the Scottish War (« Sur les préparations les plus belliqueuses de sir John Suckling pour la guerre d'Écosse ») aurait été encore plus sarcastique, s'il avait appris comment Alexander Leslie avait capturé le carrosse privé de Suckling, qui contenait une grande quantité de vêtements somptueux et en espèces. Pourtant, grâce à sa conduite pendant la campagne, Suckling progresse dans l'estime du roi plutôt que l'inverse. Le , il obtient une charge de capitaine des carabiniers, et c'est vers cette époque qu'apparaît sa pièce The Discontented Colonel, dans laquelle il met en lumière la déloyauté des Écossais. La première ébauche de cette pièce sera imprimée en 1646 sous le titre de Brennoralt.
Projet de complot et fuite C'est sans doute durant l'hiver 1640 qu'il rédige sa lettre de conseil au roi, sous la forme d'une lettre à sir Henry Jermyn, confident de la reine. Son avis assez confus est qu'avant tout Charles quitte son attitude passive et qu'il fasse quelque chose d'extraordinaire. Selon lui, le roi doit enchérir sur les leaders de l'opposition en accordant tout ce qui est désiré, et même plus que tout. À la mi-mars, le poète complète son avis par un projet de « coup de force ». C'est le premier complot de militaires pour s'assurer le commandement de l'armée du roi. Mais des dissensions apparaissent parmi ses promoteurs. réussit provisoirement à convaincre le roi d'abandonner le plan de Suckling et de Jermyn pour le sien. Des tentatives sont faites, à la suggestion du roi, pour concilier les deux groupes lors de plusieurs réunions à Whitehall, mais elles échouent, et Charles finit par rejeter les plans de deux groupes : « toutes ces solutions sont folles et vaines … et je ne les envisagerai désormais plus ». Un des conspirateurs, George Goring, fâché que sa proposition de marcher sur Londres et le Parlement ne soit pas retenue, révèle volontairement les détails du plan aux leaders de l'opposition au Parlement.
Après l'exécution de Strafford le , un comité est rapidement mis en place pour enquêter sur le complot. Les leaders de l'opposition sont spécialement exaspérés par Suckling, lorsqu'ils apprennent que durant la quinzaine précédente, celui-ci était très occupé à recruter des hommes soi-disant pour le Portugal, que le , des agents du roi avaient essayé de donner à une centaine d'hommes accès à la Tour de Londres, sans doute pour libérer Strafford, et enfin que ce même jour, Suckling avait réuni dans une taverne de Bread Street une soixantaine d'hommes armés. Le , on s'attend que Suckling et ses complices soient inculpés devant le comité des lords, mais ils ne se présentent pas, et, le , un mandat d'arrêt est lancé contre eux.