vignette|redresse=1.4|Étendue de l'esclavage contemporain, exprimée en pourcentage de la population, d'après la (2013).
Alors qu'à la fin du , l'esclavage ancien « classique » (où l'esclave est une personne légalement non libre, un bien, une marchandise, un instrument économique pouvant être vendu ou acheté ; un esclavage que l'on pourrait qualifier de « physique ») semble définitivement aboli dans la plupart des pays du monde, quelques personnes s'inquiètent de nouvelles formes d'esclavage qui semblent resurgir. C'est dans ce contexte que des délégués de la première conférence pan-africaine de Londres font parvenir à la reine Victoria un mémoire dénonçant . Pour la première fois, la notion d'esclavage moderne apparaît, dont le travail forcé serait l'un des avatars.
Selon la fondation Walk Free, à l'époque contemporaine, environ d'humains seraient maintenus en esclavage dans le monde en 2016, dont environ 50 % en Inde, en Chine et au PakistanRadio-Canada avec Agence France-Presse. 2700 Personnes victimes de trafic humain libérées en Amérique Latine. 28 juillet 2016. ..
Aperçu historique Le , la Société des Nations adopte une convention préconisant notamment la répression de l'esclavage et faisant référence au travail forcé, bien que ce dernier ne soit que partiellement condamné puisqu'on reconnaissait qu'il ne pouvait Article 5 de la Convention relative à l'esclavage.. Cette convention sera amendée par l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies dans sa résolution 794(VIII) du Protocole amendant la Convention relative à l'esclavage signée à Genève le .
En 1930, le Bureau international du travail adopte une convention visant à supprimer le travail forcé . En 1948, les Nations unies proclament dans l'article IV de la Déclaration universelle des droits de l'homme que .
En 1949, l'ONU adopte également une « Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui », renforcée en 1956 par une nouvelle Convention qui de la servitude pour dettes, du servage, du mariage forcé, de la vente ou cession d'une femme par ses parents, son tuteur ou sa famille, de sa transmission par succession, de la mise à disposition d'un enfant ou d'un adolescent en vue de l'exploitation de sa personne ou de son travail.
En 1957, c'est l'Organisation internationale du travail qui adopte une convention visant à « supprimer le travail forcé ou obligatoire et à n'y recourir sous aucune forme ». Dès lors, l'arsenal législatif et réglementaire visant à abolir l'esclavage moderne n'a cessé de s'élargir, pour y englober toutes ses nouvelles formes. La diversité des formes d'asservissement rend difficile une définition claire de ce qu'est l'esclavage moderne. Ainsi les divers textes visant à la réprimer ont des champs d'actions plus ou moins larges : certains n'intègrent que les formes contemporaines de l'esclavage « classique », d'autres ont des préoccupations plus étendues. Quelques constantes permettent toutefois de dresser un premier contour de ce que l'on désigne par « esclavage moderne », il est notamment (mais pas exclusivement) caractérisé par : le travail forcé, sous la menace de sévices corporels ou psychologiques ; une relation de propriété ou de quasi-propriété d'un esclave par un « employeur », où l'esclave est maintenu dans cette relation de dépendance par des sévices, ou menaces de sévices, corporels ou psychologiques ; une déshumanisation de l'esclave qui n'est plus traité comme un être humain, mais comme une marchandise, et acheté ou vendu comme tel (ici l'esclavage moderne apparaît en fait comme la version contemporaine de l'esclavage classique) ; des entraves physiques ou une liberté de mouvement restreinte.
Même si de nombreux textes légaux ou conventions internationales vont dans le sens de l'abolition, les situations d'asservissement sont nombreuses dans le monde. L'Organisation des Nations unies (et ses institutions spécialisées que sont le Bureau international du travail et L'Organisation internationale du travail) estime qu'il y aurait aujourd'hui 200 à d'esclaves adultes à travers le monde auxquels s'ajouteraient 250 à d'enfants de 5 à au travailselon Maurice Lengellé-Tardy dans L'esclavage moderne (« Que sais-je ? » PUF).. Ces chiffres recouvrent toutefois des situations très diverses dans le monde.
Union européenne Le , le Parlement européen a voté pour interdire les produits issus du travail forcé. Le texte a été adopté à une majorité de député (555 pour, 6 contre, 45 abstentions)Feu vert des eurodéputés pour l'interdiction des produits issus du travail forcé, TV5 Monde, 23 avril 2024Textes adoptés. Interdire sur le marché de l'Union les produits issus du travail forcé, Parlement européen (référence P9_TA(2024)0309). Le lendemain , les députés adoptent un texte pour imposer un "devoir de vigilance" aux multinationales par 373 pour et 235 contre. Les entreprises concernées sont celles qui ont plus de salariés, avec un chiffre d’affaires d’au moins 450 millions d’euros. Elles sont tenues de prévenir, d’identifier, et de corriger les violations des droits humains et sociaux comme le travail des enfants, les manquements à la sécurité, mais aussi les dommages environnementaux (déforestation, pollution…) dans leurs usines mais aussi chez leurs fournisseurs, sous-traitants et filiales partout dans le monde. La rapporteuse du texte a été faîte par la députée Lara WoltersLe Parlement européen impose un "devoir de vigilance" aux entreprises, Radio France, 24 avril 2024. Les nouvelles règles (hormis les obligations en matière de communication) s’appliqueront progressivement aux entreprises européennes (et aux entreprises non européennes atteignant les mêmes seuils de chiffre d'affaires dans l'UE) : à partir de 2027 pour les entreprises de plus de employés et réalisant un chiffre d’affaires mondial de plus de millions d’euros ; à partir de 2028 pour les entreprises de plus de employés et réalisant un chiffre d’affaires mondial de plus de 900 millions d’euros ; à partir de 2029 pour toutes les autres entreprises relevant du champ d’application de la directive (y compris celles de plus de salariés et un chiffre d’affaires mondial supérieur à 450 millions d’euros)Devoir de vigilance des entreprises : les députés européens adoptent la directive, Le Monde Du Droit.fr.
Initialement, cela concernait les groupes de plus de 500 salariés avec un chiffre d'affaires mondial net d'au moins 150 millions d'euros, et les entreprises dès 250 employés si leurs ventes dépassent 40 millions d'euros et proviennent pour moitié de secteurs à risque, soit entreprises concernées. Mais après un lobbying économique de plusieurs secteurs, et de gouvernements, les seuils ont été modifiés dans le texte final avant le vote, et les directives concernent désormais entreprises européennes"Devoir de vigilance" des entreprises : les associations humanitaires saluent une avancée importante mais regrettent le peu d'entreprises concernées, France Info, 24 avril 2024.
Formes contemporaines de l'esclavage classique
L'esclavage classique perdure toujours aujourd'hui, bien qu'officiellement aboli dans tous les pays du monde depuis plus de (la Mauritanie y a officiellement mis fin par décret le ). Certains auteurs font état de rumeurs concernant la persistance de marchés aux esclaves dans certains pays, notamment au Soudan et en Mauritanie
En 2021, Furukawa Plantaciones, une compagnie équatorienne aux capitaux japonais, productrice de fibre d'abaca, est condamnée pour esclavage moderne : comme des serfs du Moyen Âge, ses ouvriers dont certains sans existence légale, étaient attachés à une glèbe, le domaine avec lequel ils étaient vendus qu'ils ne pouvaient quitter, et y travaillaient sans sécurité, ni accès à l’eau potable dans des baraquements insalubres, avec des enfants privés d’éducation.
La traite des êtres humains
Fortement liée à l'esclavage traditionnel, la traite des êtres humains et des marchés d'esclaves existent encore aujourd'hui. On peut la définir comme le déplacement ou le commerce d'êtres humains, à des fins commerciales, par la force ou la ruse. Ce sont le plus souvent les femmes et les enfants qui sont victimes de ces pratiques. Les migrantes sont ainsi forcées à travailler comme employées de maison ou comme prostituées de force. Des statistiques officielles américaines d' estiment qu'environ personnes feraient l'objet de traite entre deux pays chaque année (ces chiffres excluent donc la traite à l'intérieur d'un pays).
La traite des êtres humains peut servir à alimenter des filières de prostitution dans le monde entier : on estime à le nombre d'esclaves prostitués en Thaïlande, pour répondre notamment aux besoins du tourisme. La traite sert également à alimenter des ateliers de production et des activités économiques, ainsi en Afrique de l'Ouest, des enfants sont recrutés pour du travail dans des conditions d'exploitation forcée, par exemple pour récolter le cacao dans les plantationsTrafic d’enfants en Côte d’Ivoire : dans l’enfer des plantations de cacao (reportage de Franceinfo Afrique, 2017) ; https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/trafic-denfants-en-cote-divoire-dans-lenfer-des-plantations-de-cacao_3057285.html, et peuvent même être ainsi transportés clandestinement d'un pays à un autre dans l'ensemble de la région. En Chine et au Vietnam, des femmes sont emmenées dans des îles du Pacifique pour y travailler dans des ateliers clandestins à la fabrication de produits destinés au marché nord américain. Au Mexique, des hommes font l'objet de traite et sont emmenés aux États-Unis pour y travailler dans des exploitations agricolesstophumantraffic.org..
Les enfants sont des victimes importantes des traites contemporaines, aussi bien pour être exploités comme travailleurs que comme esclaves sexuels. Selon le BIT et Interpol on peut distinguer 5 grands courants internationaux d'enfants destinés à la prostitution : de l'Amérique Latine vers l'Europe et le Moyen-Orient ; d'Asie du Sud et du Sud-Est vers l'Europe du Nord et le Moyen-Orient ; de l'Europe vers le monde arabe ; d'Afrique subsaharienne vers l'Europe, le Canada et le Moyen-Orient ; et enfin le trafic transfrontalier à l'intérieur de l'Europe.
La servitude pour dettes
La servitude pour dettes touche plus de de personnes dans le mondeL'Histoire, , octobre 2003.. Les circonstances qui conduisent à de telles situations sont diverses : emprunt destiné à financer un traitement médical, une dot, etc. L'emprunteur est ensuite astreint à travailler sans congé pour le compte du prêteur jusqu'au remboursement de la dette. Les rémunérations étant toujours très basses, il arrive régulièrement que la dette ne soit pas éteinte avant le décès de l'emprunteur et passe ainsi aux générations suivantes. D'autres personnes peuvent s'être engagées à payer leur entrée clandestine dans un pays par leur travail jusqu'à ce que leur dette soit remboursée. Toutefois les « salaires » sont tout juste suffisants pour survivre, si bien que le remboursement peut s'étendre sur des années.
La servitude pour dette est théoriquement abolie dans le monde entier, toutefois cette pratique est encore généralisée dans certaines régions du monde. Ainsi l'Inde a aboli la servitude pour dette en 1975, sous l'impulsion d'Indira Gandhi et le Pakistan a voté une loi en ce sens en 1992, pourtant ces législations demeurent peu appliquées. Le Comité Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) estime à plusieurs dizaines de milliers de personnes en France contraintes de travailler dans des ateliers clandestins pour rembourser une dette exorbitante contractée le plus souvent pour prix de leur entrée dans le pays.
Le travail forcé 300px|vignette|droite|Parlement français.- Loi n° 46-645 tendant à la suppression du travail forcé, 11 avril 1946. Il existe différents types de travail forcé dans les pays démocratiques :