Joseph Dacre Carlyle, né à Carlisle le et mort à Newcastle upon Tyne le , est un orientaliste anglais.
Après des études à l'université de Cambridge, il y devint professeur d'arabe. En 1799, il fut attaché par le gouvernement britannique à l'ambassade de Lord Elgin dans l'Empire ottoman. Il était chargé d'explorer les bibliothèques de la région (principalement celle du Sérail) pour y découvrir (et y acquérir) des manuscrits inédits de textes antiques. Il se rendit aussi en Égypte, en Terre sainte et au mont Athos. Sa mission fut, de son point de vue, un échec. Il acheta quelques centaines d'ouvrages, principalement dans les bazars de Constantinople, mais aucun ne contenait de texte inédit.
Cependant, la façon dont certains manuscrits avaient été acquis, principalement ceux du patriarche de Jérusalem Anthème , ainsi que la querelle entamée sur la plaine de Troie entre Carlyle et un autre professeur de Cambridge, Edward Daniel Clarke, allaient être utilisées, après la mort de Carlyle, contre Lord Elgin, dans les controverses autour de l'acquisition des « marbres d'Elgin ».
De retour en Grande-Bretagne à l'automne 1801, Joseph Dacre Carlyle entama une traduction en arabe de la Bible. Sa mort en coupa court à ce travail.
Famille et études Joseph Dacre Carlyle est le fils d'un médecin, George Carlyle (1715-1784), et de Dorothy Appleby (fille de John Dacre Appleby). Il naquit le Les dates de naissance varient selon les sources. Le est celle donnée par la version révisée de l'Oxford Dictionary of National Biography . Cependant, la version de 1887 du même ODNB suggère 1759 comme année de naissance, tout comme Richard Henry Spencer, « The Carlyle Family », The William and Mary Quarterly. à Carlisle. Il avait au moins une sœur : Susanna Maria. Joseph Dacre Carlyle épousa Margaret Kerr, originaire du comté de Fife. Ils eurent deux enfants : George (1787-1798) et Eleanor. Celle-ci vécut jusqu'à l'âge adulte : elle épousa Henry Dundas Maclean, lieutenant-colonel dans l'armée britannique.
Joseph Dacre Carlyle commença ses études dans une école primaire de Kirkby Lonsdale puis à la grammar school de Carlisle. Il entra au Christ's College (Université de Cambridge) le . Il passa au Queens' College en . Il obtint son BA en 1779. Il fut alors élu Fellow du Queens' College. Il obtint son MA en 1783 et son BD en 1793. Il fit alors la connaissance de David Zamio ou Zamir (nom qu'il se donnait), qui se disait originaire de Bagdad. Zamio lui enseigna l'arabe, .. Cette connaissance lui permit de devenir professeur d'arabe à l'université de Cambridge (1795).
Il avait précédemment été nommé pasteur d'une des deux paroisses du diocèse de Carlisle et, en 1793, il avait remplacé William Paley comme chancelier de ce même diocèse. Il fut enfin élu membre de la Royal Society of Edinburgh le ..
Dans l'Empire ottoman Constantinople thumb|left|upright=0.7|alt=Portrait d'homme en pied. Il porte une veste rouge|Thomas Bruce, Lord Elgin, que Carlyle accompagne à Constantinople. En 1799, Joseph Dacre Carlyle accompagna Lord Elgin dans son ambassade à Constantinople. Les évêques de Lincoln (George Pretyman Tomline) et de Durham (Shute Barrington) avaient suggéré d'envoyer un érudit à la recherche de manuscrits anciens dans les bibliothèques de l'Orient, à Constantinople, au mont Athos ou ailleurs. Le gouvernement britannique accepta de financer ce projet. Les évêques suggérèrent d'abord d'envoyer Richard Porson. Finalement, Joseph Dacre Carlyle fut attaché à l'ambassade Elgin. Une légende tenace courait en effet en Occident à propos de la bibliothèque du Sérail : comme le palais avait été celui des Empereurs byzantins et que les Ottomans avaient fait peu de transformations, alors, la bibliothèque impériale devait encore s'y trouver. Le problème était bien sûr que le Sérail était interdit aux chrétiens. Elgin devait donc faire en sorte d'en obtenir l'accès pour Carlyle.
Il semblerait que Carlyle se fût donné en plus une mission personnelle : il serait parti avec l'ambassade Elgin en vue de convertir au christianisme les populations indigènes de l'Empire ottoman, grâce à la distribution de de la Bible traduite en arabe. Ces bibles avaient été envoyées vers Alexandrie quelques mois avant le départ de l'ambassade. Elles ne seraient jamais arrivées ; en tout cas, Carlyle n'en eut jamais aucune nouvelle et il aurait renoncé à ce travail missionnaire.
En , l'ensemble des membres de l'ambassade était réuni à Portsmouth pour embarquer sur la frégate , commandée par . En effet, le Royaume-Uni étant en guerre, il fallait protéger l'ambassadeur et sa suite. Le navire était d'ailleurs armé en guerre et était fort peu confortable pour l'ensemble de ses passagers. Le chapelain Philip Hunt raconte, dans une lettre, comment les cinq hommes de la suite partageaient un compartiment avec treize grosses malles et de très nombreuses petites, la bibliothèque de voyage, des couvertures, des tapis, des balais et un canon de et ses munitions. Le , le navire appareilla. À bord, Lord Elgin montra très rapidement une préférence marquée pour Carlyle parmi sa suite. Lors de l'escale à Palerme, en , Carlyle, Hunt et Lord Elgin passèrent cinq jours à explorer les ruines de Taormine et étudier les courants du détroit de Messine pour y comprendre la légende de Charybde et Scylla. En , alors que le Phaeton attendait à l'entrée des Dardanelles des vents favorables, Carlyle participa avec le reste de la suite de l'ambassadeur à une excursion sur un site qui fut identifié comme celui de Troie. Joseph Dacre Carlyle faisait, bien entendu, partie des immenses cortèges qui accompagnèrent les réceptions de l'ambassadeur par le Caïmacan pacha puis par le sultan Sélim III lui-même en .
Dès l'arrivée à Constantinople, un firman avait été sollicité auprès de la Sublime Porte afin de permettre à Carlyle d'entrer au Sérail pour y explorer la bibliothèque. En , il n'avait toujours pas été accordé. Des cas de « peste » ayant été signalés dans le quartier du Palais, celui-ci fut alors interdit. Carlyle se rabattit sur les rares bibliothèques publiques de la capitale et les rares librairies du grand bazar. Il se rendit chez le patriarche de Constantinople Néophyte et le patriarche de Jérusalem Anthème (qui résidait aussi à Constantinople), sans grand succès. La bibliothèque constantinopolitaine du patriarche de Jérusalem ne comprenait que 130 volumes, des textes religieux récents. Carlyle visita Sainte-Sophie avec Hunt, dans le vain espoir d'y trouver une bibliothèque.
Égypte et Terre sainte Dans le cadre du rapprochement anglo-ottoman lié à la campagne d'Égypte, une mission militaire, commandée par le général Koehler, avait été envoyée pour moderniser l'armée ottomane. La petite troupe quitta Constantinople en pour rejoindre l'armée du Grand Vizir qui affrontait les Français en Syrie. Carlyle, qui avait compris qu'il n'accéderait pas de sitôt au Sérail, demanda, et obtint, l'autorisation d'accompagner les soldats (qui assureraient alors aussi sa sécurité). Il désirait explorer les bibliothèques de la Terre sainte.
L'expédition était composée d'une trentaine d'hommes dont le général, deux officiers, un dessinateur militaire et Carlyle. Fortement armés, mais habillés à la turque, ils traversèrent l'Asie mineure, ce qui n'avait pas été tenté par des Occidentaux depuis plus de cent ans. Le principal problème était pour eux le déclin du pouvoir central ottoman : les pachas locaux étaient de plus en plus autonomes et donc de moins en moins susceptibles de bien les accueillir. Le voyage dura un mois, avec de nombreuses étapes archéologiques. Le dessinateur copia de nombreuses inscriptions et dessina de nombreuses ruines. Des relevés géographiques de l'itinéraire, en vue de l'établissement d'une carte furent aussi réalisés. Tous les faits furent consignés dans le journal, conservé, de Carlyle. On y trouve aussi les vers que le voyage, les paysages et les villages lui inspirèrent.
Arrivé au sud-est de l'Asie mineure, Carlyle effectua la traversée jusqu'à Chypre. Là, l'amiral William Sidney Smith l'informa de la signature de la convention d'El Arish. Croyant la paix revenue, il décida de tenter la traversée directe pour Alexandrie, où il arriva au moment de la bataille d'Héliopolis, conséquence de la dénonciation de la convention. Il décida malgré tout de débarquer. Il fut très bien accueilli par les officiers français qui lui offrirent à dîner. Ceux-ci auraient organisé pour lui une revue de troupes et lui permirent surtout de rencontrer des membres de la Commission des sciences et des arts qui accompagnait l'expédition militaire.
D'Alexandrie, Carlyle se rendit à Jérusalem. De là, il visita le monastère Mar Saba. Il raconte comment, deux semaines avant sa visite, le monastère avait été attaqué et pillé par des bandits. Il put cependant s'y rendre, grâce à une escorte que le gouverneur de Jérusalem lui fournit ; escorte composée des mêmes bandits que ceux qui avaient attaqué le monastère. La bibliothèque le déçut, malgré ses trois cents volumes. Il obtint cependant d'emporter cinq des plus vieilles copies des Évangiles et un manuscrit de Libanios, l'auteur antique le plus ancien qu'il y ait trouvé. De Jérusalem, il gagna Jaffa puis Constantinople via les îles de l'Égée.
La bibliothèque du Sérail thumb|left|alt=salle décorée de carrelage bleu ; trois arches ; des divans au sol|Intérieur de la bibliothèque d'Ahmet III, au Sérail, dont le contenu le déçut.
De retour à Constantinople, Carlyle reprit ses démarches pour accéder à la bibliothèque du Sérail. Il se heurta aux atermoiements des Ottomans. Il lui fut d'abord répondu qu'il n'y avait pas de bibliothèque au Sérail. La réponse suivante fut qu'il y avait deux bibliothèques et qu'il devait préciser celle qu'il voulait explorer. Ensuite, on lui annonça que les ouvrages avaient été transférés après la conquête de la ville dans un petit bâtiment près de Saint-Sophie ; un bâtiment qui n'avait pas été ouvert depuis. Carlyle rencontra alors un Français qui lui affirma que son frère avait vu de ses propres yeux des manuscrits grecs et latins au Sérail. Carlyle pressa alors Elgin de renouveler les démarches pour l'obtention d'un firman. En attendant une hypothétique autorisation, il explora avec Philip Hunt les bibliothèques des nombreux monastères de la capitale, ainsi que des îles des Princes. Les deux hommes n'y découvrirent aucun manuscrit inédit d'auteur ancien : les bibliothèques des monastères ne contenaient que des textes religieux ; et les moines avaient souvent remplacé leurs manuscrits par des versions imprimées. Carlyle dut se contenter d'acheter vingt-huit manuscrits de textes médiévaux au patriarche de Jérusalem. Une partie d'entre eux n'avait été que « prêtée » par le patriarche, à la demande insistante de Carlyle. Anthème les lui avait confiés pour lui permettre de réaliser une nouvelle édition du Nouveau Testament ; Carlyle avait promis de les rendre dès que ce travail aurait été achevé.
Carlyle tenta alors deux approches non-officielles parallèles pour accéder au Sérail. Le Capitan pacha était un ami personnel du couple Elgin. Il avait été esclave pendant trente ans au Sérail où il était devenu un des proches de celui qui devint ensuite le sultan Sélim III (ce fut aussi grâce à cette proximité qu'il avait été nommé grand amiral de la flotte ottomane). Carlyle décida d'utiliser ces connexions. Il entreprit en parallèle de faire sa cour à Youssouf Aga. Celui-ci, Crétois d'origine, était le favori et l'intendant de la femme la plus puissante de l'Empire, la mère du Sultan, ce qui faisait de lui l'un des hommes les plus puissants de l'Empire. À force de cadeaux, Carlyle finit par obtenir de Youssouf Aga une lettre d'introduction pour le gouverneur du Sérail. Il put enfin y entrer en , un an après son arrivée à Constantinople.