Carl Gustaf Verner von Heidenstam, né le , mort le , est un écrivain et poète suédois. Il fut membre de l'Académie suédoise de 1912 à 1940 et lauréat du prix Nobel de littérature en 1916.
Heidenstam commence sa carrière d'écrivain en 1888 avec la publication d'un recueil de poèmes, Années de pèlerinage et de vagabondage (Vallfart och vandringsår). Cet ouvrage, qui fait la part belle au romantisme, à l'individualisme et au sensualisme, marque une rupture avec la tradition littéraire réaliste et naturaliste de l'époque. Il constitue une référence pour de nombreux écrivains suédois au cours des années 1890 et au début du . Heidenstam devient ainsi la figure de proue du courant fin-de-siècle en Suède. Son œuvre est traversée par des thématiques nationalistes et historiques.
Jeunesse
Le membre fondateur de la lignée des von Heidenstam est Per Petersen (1708-1783). Médecin personnel du roi, il est anobli en 1770 et, étant né à Heide, prend le nom de von Heidenstam. Il est le père du grand-père paternel de Verner von Heidenstam. Verner est le fils unique de Nils Gustaf von Heidenstam, ingénieur spécialisé dans la construction de phares, et de Magdalena Charlotta Rütterskjöld. Dans son enfance, il passe ses étés au manoir d'Olshammar (Olshammarsgården), au bord du lac Vättern, à 250 kilomètres à l'ouest de Stockholm. C'est aussi à Olshammar qu'il est né, le . En hiver, la famille Heidenstam vit à Stockholm, mais Verner considèrera toujours Olshammar comme la maison de son enfance, et il y retournera souvent à travers ses écrits Ronny Ambjörnsson. Där barn vi lekt. Dagens Nyheter. 7 juillet 2006.. Dans son roman autobiographique Hans Alienus, il dépeint une enfance solitaire - alienus signifiant du reste étranger en latin. Le manoir d'Olshammar renferme une grande bibliothèque avec des classiques tels que Xénophon, Tacite ou Plutarque. Parmi les auteurs suédois, il lit Tegnér, Runeberg et Wallin. À Stockholm, la famille Heidenstam vit d'abord rue Johannis Östra Kyrkogata, puis à partir de 1876 au numéro 7 de la rue Karlavägen, en face du parc Humlegården. Heidenstam fréquente l'école Beskowska, située aux numéros 9 et 11 de la rue Engelbrektsgatan, également aux abords du parc Humlegården. Il est d'abord un élève doué, mais en raison de sa mauvaise santé, ses résultats vont en se dégradant. Heidenstam est dyslexique, et il éprouvera toute sa vie des difficultés en orthographe Gedin (2006). ..
En , il a l'occasion de voyager à l'étranger avec son cousin Ernst. Ils se rendent d'abord à Alexandrie, puis au Caire où ils demeurent jusqu'au printemps 1877. Ils retournent ensuite en Suède via la Grèce et l'Italie. En automne 1877, Heidenstam voyage de nouveau, cette fois à Beyrouth, Jérusalem puis une nouvelle fois au Caire. Dans une lettre qu'il adresse à sa mère, il affirme vouloir devenir peintre, un choix de carrière qui lui est vivement déconseillé. Dans ses carnets, il dessine et peint avec application, mais il commence aussi à écrire quelques vers Gedin (2006). ..
Après son mariage avec Emilia Uggla en 1880, il se rend à Rome avec l'ambition de devenir artiste. Le jeune couple est apprécié dans la communauté scandinave locale. En , les deux époux quittent Rome pour Paris, Heidenstam souhaitant étudier la peinture à l'École des Beaux-Arts sous la direction de Jean-Léon Gérôme. Il renonce toutefois rapidement à devenir peintre et en 1882, il se rend avec Emilia à Sanremo où il se consacre à la poésie. Après une courte visite en Suède, d'abord chez ses parents puis à Olshammar à l'été 1883, le jeune couple s'installe dans le canton d'Appenzell en Suisse Carlquist, Gunnar. Svensk uppslagsbok, , .. À partir de leur domicile de Bühler, ils effectuent de longs séjours en France et en Italie, que Heidenstam relatera dans son livre Du col de Tende à Blocksberg (Från Col di Tenda till Blocksberg) Gedin (2006). ..
Au début des années 1880, Heidenstam envoie quelques carnets de poèmes à Zacharias Topelius, et sollicite son opinion. Ses poèmes sont alors essentiellement influencés par le post-romantisme, et notamment par Johan Ludvig Runeberg Carlquist, Gunnar. Svensk uppslagsbok. Volume 12 ..
vignette|Heidenstam aux environs de ses vingt ans.
Il ne fait guère de doute que la publication par Strindberg du Nouveau Royaume (Det nya riket) en 1882 a un impact considérable sur Heidenstam et l'influence de façon radicale. Ce livre est une attaque en règle contre la société de l'époque. En , un peu après la fin du procès qui fait suite à la publication de Mariés (Giftas), Heidenstam écrit à Strindberg, qui vit alors en Suisse, pour lui faire part de son admiration et pour lui demander son avis sur ses propres poèmes. En , Strindberg rend visite aux Heidenstam à Bühler, et tous trois voyagent à Rome. C'est le début d'une amitié entre les deux hommes qui va durer plusieurs années. Heidenstam souffre du manque de soutien de sa famille dans ses ambitions d'écrivain, et Strindberg se sent en exil en Suisse. Ensemble, ils séjournent à Paris et dans la colonie artistique suédoise de Grez-sur-Loing. Strindberg lit ses manuscrits à son protégé, mais ce n'est qu'en qu'il a pour la première fois l'occasion de lire un texte de Heidenstam. Il fait part de ses réserves dans une lettre qui n'a pas été conservée, mais dont le contenu est certainement dévastateur. Dans sa réponse, Heidenstam tente de se montrer conciliant, mais le ton des échanges devient dès lors moins familier. Lorsque Heidenstam rentre en Suède au printemps 1887, la correspondance s'arrête, et ne reprend que l'année suivante Gedin (2006). ..
Heidenstam a de plus en plus le mal du pays et, son père étant tombé malade, il prend la décision de rentrer en Suède. Il s'installe avec Emilia dans la maison familiale de la rue Karlavägen. La relation père-fils, si difficile pendant sa jeunesse, est à présent apaisée. Son père, qui a longtemps souffert des reins, se suicide le . À l'automne 1887, Heidenstam vit toujours rue Karlavägen, et c'est là qu'il achève la rédaction de son premier recueil de poèmes Gedin (2006). ..
Débuts
Le , l'éditeur Albert Bonniers reçoit la visite de Heidenstam, qui lui affirme que Topelius a lu plusieurs de ses poèmes, et qu'il en pense le plus grand bien. Heidenstam dit également connaître Strindberg. Il laisse un manuscrit, que Karl Otto Bonnier lit en compagnie de son épouse Lisen à son domicile : « Dès la première page, et jusqu'à la dernière, il ne faisait aucun doute que c'est à un poète de premier ordre que nous avions affaire. Cet après-midi fut l'un de ses moments qu'un éditeur n'oublie jamais, mais qui trop peu souvent le gratifie ! »
Le recueil Années de pèlerinage et de vagabondage (Vallfart och vandringsår), publié en 1888, suscite un énorme intérêt. Il représente un véritable attentat contre le naturalisme, prévalent jusqu'alors. Plutôt que la misère sociale et la monotonie du travail industriel, Heidenstam évoque l'amour et l'appétit de jouissance. Les critiques ne tarissent pas d'éloges, Georg Nordensvan affirmant par exemple que « Heidenstam fait preuve avec ce premier recueil d'un art si remarquable, qu'il est d'ores et déjà assuré d'une place parmi les plus grands auteurs suédois Gedin (2006). .. »
Au printemps 1889, Heidenstam publie un roman, Endymion, qu'il décrit dans une lettre adressée à Strindberg comme « une tragédie sans coulisse ni rideau ». L'intrigue en est simple : un père et sa fille, originaires des États-Unis, voyagent au Moyen-Orient en compagnie d'un médecin, chacun des trois personnages incarnant un trait particulier : le père symbolise le réalisme, le docteur agit avec cynisme et juge l'Orient avec mépris, tandis que la fille fait preuve d'un esprit ouvert et romantique. Elle fait la rencontre d'un jeune homme, nationaliste et révolutionnaire, pour qui elle éprouve une attraction semblable à celle qu'elle ressent pour l'Orient tout entier. Pour Heidenstam, l'Orient est un lieu où on l'on vit au jour le jour, tandis que le futur appartient au réalisme occidental Gedin (2006). ..
En 1889, Heidenstam publie un manifeste intitulé Renaissance (Renässans) dans lequel il affirme que le naturalisme (qu'il appelle « réalisme de cordonnier », skomakarrealism) a vécu. Pour l'écrivain, un auteur désireux d'innover doit s'affranchir des formes stylistiques surannées et n'a pas besoin de se répéter. En filigrane, Heidenstam se pose en porte-parole et leader d'un nouveau mouvement littéraire Gedin (2006). ..
Écrivain
vignette|Heidenstam au début du .
Pour Heidenstam, les années 1890 représentent une décennie de travail intense, consacrée tant à l'écriture de livres qu'à la rédaction d'articles dans les journaux. En , il écrit à son éditeur Karl Otto Bonnier, affirmant qu'étant pleinement occupé par l'écriture d'un nouveau livre, Hans Alienus, il a besoin d'une avance conséquente. Même si ses livres précédents ne se sont vendus qu'à quelques milliers d'exemplaires, Albert Bonniers consent à lui verser . Écrit dans un mélange de poésie et de prose, Hans Alienus se refuse à toute classification dans un genre littéraire bien défini. De toute évidence, le livre est basé sur la propre vie de Heidenstam qui, menant un jour une vie paisible en Suisse avec son épouse, se voit propulsé le lendemain sur le devant de la scène littéraire et mondaine. Hans Alienus est un être à part, qui prend la route pour fuir un père trop rigide. Arrivé à Rome, il est chargé par le pape d'aller représenter le Saint-Siège au royaume souterrain du roi Sardanapale. Les siècles s'écoulent, et il devient empereur de Rome et seconde Dieu quand celui-ci est en congé. Mais le bonheur lui échappe : les biens matériels ne lui procurent aucune satisfaction, et l'épicurisme dont il se revendique se révèle vide de sens. Il retourne finalement au domicile familial, pour se réconcilier avec ce père qui l'a tant fait souffrir. La critique réserve un accueil plus que mitigé au livre, mais personne, en dehors de l'académicien Carl David af Wirsén, ne veut affirmer qu'il est mauvais. Pour l'éditeur, ce n'est en tout cas pas une affaire glorieuse : le premier tirage de 2500 exemplaires mettra 18 ans à s'écouler Gedin (2006). ..
Au printemps 1896, Heidenstam voyage sur les traces du roi Charles XII à Constantinople, Bendery, Poltava, Moscou et Saint-Pétersbourg, avant de s'attaquer à son nouveau projet, un livre en deux tomes consacré au monarque. À l'été 1896, il demande une avance de à son éditeur Karl Otto Bonnier, qui qualifie ce montant de « fabuleux ». Le livre, intitulé Les Carolins (Karolinerna), est publié en 1897 et connait un grand succès, les différentes éditions se vendant à plus de . Heidenstam y décrit la campagne de Charles XII en Russie, la défaite à Poltava et l'exil à Constantinople. Il y décrit cette campagne au travers de ceux qui y ont participé, allant du roi jusqu'au simple soldat. En lieu et place du héros de légende créé par Esaias Tegnér, Heidenstam donne au roi Charles XII un visage humain. Le premier livre est accueilli par des critiques essentiellement négatives, tandis que le deuxième reçoit un accueil plus positif. Avec les années, Les Carolins deviendront une lecture obligée pour les écoliers suédois. Avec ce livre, Heidenstam devient la figure de proue du mouvement fin-de-siècle en Suède Gedin (2006). ..
Heidenstam enchaîne alors avec d'autres récits historiques. Sainte Brigitte, dont il a entendu conter les aventures dans son enfance à Olshammar, devient le personnage principal de son roman Le Pèlerinage de Sainte Brigitte (Heliga Birgittas pilgrimsfärd). Dans ce livre, il décrit la religieuse comme une femme sans scrupule qui trahit famille et amis pour atteindre ses buts. Heidenstam se reconnait sans doute dans cette description, car il accompagne l'exemplaire qu'il envoie à l'écrivain Axel Lundegård de l'annotation « portrait de l'auteur en bonne femme ». Lorsque le livre est publié en 1901, l'accueil est une fois de plus mitigé Gedin (2006). ..