Piotr Pavlenski (), né le à Léningrad (alors en Union soviétique), est un artiste contemporain russe connu pour ses actions controversées. Il est réfugié politique en France depuis 2017. En 2026, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a initié une procédure visant au retrait de son statut de réfugié, au motif qu'il a réalisé les événements Éclairage et Pornopolitique sur le territoire français.

Mis en cause dans le cadre de plusieurs affaires judiciaires, il est condamné en 2024 pour violences avec arme.

Biographie Né à Léningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg) en 1984, Piotr Pavlenski étudie l'art monumental à l'académie d'art et d'industrie Stieglitz de Saint-Pétersbourg et l'art contemporain à la .

Accusé d'agression sexuelle avec sa compagne Oksana Chaliguina, ils se réfugient en France, où ils obtiennent l'asile politique le ... Pavlenski dénonce une manœuvre du Kremlin à son encontre, ayant pour but de l'obliger à fuir la Russie.

En 2016, la chaîne de restauration rapide Burger King crée un menu de hamburgers en édition limitée inspiré des performances de Pavlenski les plus célèbres.

En 2021, son ex-compagne Oksana Chaliguina le décrit à son tour comme pervers et violent ; selon elle, Piotr Pavlenski qualifie ces accusations de .

Parcours artistique Dans ses événements, il expose de manière explicite les « mécaniques de pouvoir » et force les autorités à « faire de l'art » en participant à ses « évènements d'Art Sujet-Objet ».. (précédemment « évènements d'art politique »..). Il assure faire de l'« Art Sujet-Objet », qu’il décrit comme « l'art qui intervient dans la mécanique du pouvoir et qui la rend visible » par le biais d'« évènements » qui transforment les sujets en situation de pouvoir politique en objets de l'art..

Il s'inscrit dans la tradition artistique de l'actionnisme viennois des années 1960 et des actionnistes russes contemporains comme Oleg Kulik et Alexander Brener..

Ses œuvres impliquent souvent la nudité et l'automutilation.

Piotr Pavlenski se considère comme un artiste et non comme un activiste politique.. Il se distancie strictement de l'activisme, considérant que « les objectifs de l'art et ceux de l'activisme politique sont fondamentalement incompatibles » et que « tout ce qui compte pour l'artiste n'a pas de sens pour l'activiste et vice versa... »

Il considère « l'anarchie [comme] sans doute un modèle idéal. [Mais dont] l'idéal est basé sur l'impossibilité de le réaliser. » Il la considère comme « un travail sur la notion de pouvoir ».. En 2022, il clarifie sa position en déclarant : « Je ne suis pas anarchiste. Je ne l'ai jamais été. L'existence des États et de leurs appareils de pouvoir sont absolument nécessaires pour moi puisque sans eux, l'Art Sujet-Objet ne pourrait tout simplement pas exister. »

Suture (2012) Pour sa première action médiatisée, Suture, il se coud les lèvres, en soutien aux Pussy Riot, condamnées pour une « prière punk » interprétée dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Le , il apparaît à la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan de Saint-Pétersbourg avec ses lèvres cousues, tenant une bannière avec l'inscription suivante : « L'action de Pussy Riot était une réplique de la célèbre action de Jésus Christ (Matthieu 21: 12-13)... » La police appelle une ambulance et l'envoie pour un examen psychiatrique ; le psychiatre le déclare sain d'esprit et il est libéré peu de temps après l’événement.. L'artiste affirme qu'il mettait en évidence le manque de respect pour les artistes en Russie, disant : « Mon intention n'était pas de surprendre qui que ce soit ou de proposer quelque chose d'inhabituel. Je pensais plutôt que je devais faire un geste qui refléterait fidèlement ma situation.. »

Suture ferait référence à une action de David Wojnarowicz, artiste, membre d'ACT UP New York, dans le documentaire de Rosa von Praunheim Silence = Death (1990)., dans lequel Wojnarowicz se coud les lèvres pour protester contre le manque d'action de l'administration Reagan contre l'épidémie de sida..

Carcasse (2013) Le , Piotr Pavlenski organise une manifestation contre les politiques répressives du gouvernement russe. Ses assistants l'amènent nu, enveloppé dans un cocon multicouche de fil de fer barbelé, à l'entrée principale de l'Assemblée législative de Saint-Pétersbourg pour incarner la place de l'homme dans un système de lois répressives.... L'artiste reste silencieux, se trouvant toujours dans une position à moitié repliée à l'intérieur du cocon, et ne réagit pas aux actions des autres jusqu'à ce qu'il soit libéré par la police. Cette action reçoit le prix alternatif pour l'art activiste russe dans la catégorie « Actions mises en œuvre dans l'espace urbain » en 2013..

Plus tard, l'artiste fait le commentaire suivant à propos de cette œuvre :

Fixation (2013) En 2013, il cloue son scrotum sur les pavés devant le mausolée de Lénine, sur la place Rouge, à Moscou. Cette action coïncide avec la Journée annuelle de la police russe. , indique Pavlenski dans une déclaration aux médias...

Liberté (2014) Le , Piotr Pavlenski organise une action appelée « Liberté » à l'appui de Euromaïdan et la révolution ukrainienne. L'artiste et ses collègues construisent une barricade sur le pont tripartite à Saint-Pétersbourg, brûlent des pneus et battent des tambours. L'action est interrompue par la police, qui les arrête.. Le , le tribunal correctionnel de Dzerjinski met un terme à l'affaire administrative contre Pavlenski et ses amis concernant les accusations de hooliganisme et les fait sortir de prison. Une enquête sur la violation par Pavlenski du règlement sur les réunions politiques continue cependant. : Il est accusé de vandalisme en raison de la combustion du pneu..

Séparation (2014) thumb|Séparation : Piotr Pavlenski juste après s'être auto-mutilé. Moscou, octobre 2014. En , il escalade, nu, un mur de l'enceinte du et se coupe le lobe de l'oreille droite pour protester contre ce qu'il considère être une utilisation politique des centres de psychiatrie russes... Son événement est inspiré du peintre Vincent van Gogh.

Déclaré sain d’esprit par le Centre Serbski, en , après y avoir été interné pendant 21 jours, il fait l'objet de plusieurs procès.

Menace (2015) Le , il met le feu aux portes du FSB, service de renseignement de la Russie principal successeur du KGB. Il commente son acte en déclarant que Il transforme son procès en happening en conviant des prostituées à venir témoigner.

Éclairage (2017) Dans la nuit du 15 au , Piotr Pavlenski met le feu à l'entrée d'un bâtiment d'une filiale de la Banque de France à Paris, situé place de la Bastille, lors d'une action baptisée Éclairage.. Piotr Pavlenski distribue aux journalistes présents un communiqué pour expliquer cette action :

Pornopolitique (2020) Piotr Pavlenski est à l’origine du site internet « pornopolitique.com », qui se présente comme et qui mentionne que

Le projet affiche une fresque érotique et un manifeste :

Au cours de la campagne pour les élections municipales de 2020 à Paris, l'artiste revendique la diffusion sur internet, le , de vidéos intimes et messages sexuellement connotés adressées à une femme. Il les attribue au député et candidat Benjamin Griveaux et explique qu’elles démontrent « l’hypocrisie » du candidat LREM, qui a fait campagne en mettant en avant « les valeurs familiales traditionnelles ».. Benjamin Griveaux annonce alors se retirer des élections municipales.... Le site sur lequel cette vidéo et ces messages ont été diffusés est mis hors ligne trois jours après l’événement tandis que le parquet de Paris ouvre une enquête (voir infra)..

Avant son procès, Pavlenski déclare que cette œuvre est « entièrement basée sur le jeu des catégories esthétiques » dans lequel le style élevé est juxtaposé au style bas : « Essentiellement, c'était la même chose que de faire le portrait d'un homme politique, réalisé selon les règles du style élevé et affiché à la vue de tous, et d’y ajouter un dessin d'organes génitaux masculins. » Il ajoute :

Art Sujet-Objet Parfois considéré comme faisant partie de la troisième vague de l’actionnisme russe, ou un artiste faisant de l’art politique, Pavlenski dit avoir abandonné l’usage de ces termes pour théoriser sa propre pratique artistique qu’il nomme : Art Sujet-Objet.

Il explique que l’Art Sujet-Objet est basé sur « l’existence du pouvoir en tant que phénomène et sur l’interaction de ceux qui gouvernement (sujets de pouvoir) avec ceux qui sont gouvernés (objets de pouvoir). » Selon lui, l’Art Sujet-Objet consiste à arranger une certaine combinaison de circonstances qui force les sujets de pouvoir à recourir à leur pouvoir d’autorité. Ce faisant, ils réalisent l’idée de l’artiste qui consiste à « forcer le pouvoir à travailler pour l’art ». Il considère que « le sujet en situation de pouvoir devient ainsi un objet de l’art, et que ce qui le transforme en objet est son propre pouvoir d’autorité. »

Pavlenski distingue également la documentation photographique de ses événements des « précédents », lesquels constituent des images dotées d’une valeur esthétique et des textes produits par les sujets de pouvoir au cours de procédures administratives et judiciaires que l’artiste sélectionne ensuite pour les exposer dans des espaces artistiques et les publier sous forme d’ouvrages.

Expositions 2012 : Oculus Two, ,. 2013 : Ghosts of Identity (exposition de street art organisée par Political Propaganda), Musée de l'Ermitage. 2016 : The End of the World, Centro per l’arte contemporanea Luigi Pecci. 2017 : Art Riot, Galerie Saatchi. L'exposition accueille 248 547 visiteurs. 2017 : Beyond the pleasure principle, Galerie nationale d’art Zachęta. 2017 : Luther and the Avant-garde, ancienne prison de Wittemberg. 2018 : Talking about a revolution, de Paul Ardenne , 22Visconti dans l'exposition. 2018 : 439754, galerie Pack (son numéro de matricule à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis). 2018 : Us or Chaos, BPS22. 2019 : Archives of Pyotr Pavlensky, galerie ART4. 2022 : Politics in Art, MOCAK (Musée d’art contemporain de Cracovie). La décision de choisir son œuvre Suture comme visuel promotionnel de l’exposition est critiquée par des activistes qui demandent que l’œuvre soit remplacée par celle d’un artiste ukrainien. Une pétition signée par une centaine d’artistes ukrainiens et polonais conduit la directrice du MOCAK, Maria Anna Potocka à défendre publiquement son choix : « Lors de la sélection des œuvres pour l'exposition, nous recherchions des artistes qui s'expriment sur des sujets politiques et en même temps dont les œuvres ont une grande valeur artistique ». 2022 : Pornopolitics and Other Precedents, Londres. L'exposition, tenue par l'organisation a/political, est soutenue par la chaine pour adultes Babestation. Sont présentés des « précédents » qui constituent le cadre théorique de l'art de Pavlenski. 2022 : Milky Way, musée d'art contemporain de Vojvodina. 2023 : Someone is getting rich, (Eclairage), Tropenmuseum d’Amsterdam. 2025 : Everything is true - Nothing is permitted, Fondation d'art Brutus.

Publications

Prix En 2013 et 2015, Pavlenski est élu l'« artiste le plus influent en Russie » par le magazine Artguide.

En 2016, Piotr Pavlenski est nommé pour le dans la catégorie « art visuel » organisé par l'Agence fédérale pour la culture et la cinématographie et le de la fédération de Russie. Il est exclu de la liste des nommés par décision du comité d'organisation du concours sans explication. Plusieurs experts quittent le comité en signe de protestation à son exclusion.