thumb|200px|Manuscrit médiéval en latin de la Physique d'Aristote.
En tant que réalité familière, le mouvement constitue pour l'homme l'expérience la plus fondamentale et la plus quotidienne de son rapport au monde telle celle de la pesanteur : les corps pesants tombent comme une pierre, tandis que les corps légers s’élèvent comme le feu. Aristote qui s'est intéressé à la chute des corps, nous dit Pierre Aubenque fait du mouvement, , le principe de distinction des êtres naturels opposés aux êtres divins. Le philosophe utilise indistinctement les termes de kinésis , génésis , métabolé , pour .
Ce n'est pourtant pas à partir de cette expérience concrète qu'Aristote, métaphysicien, tente de définir le mouvement dans sa Physique mais bien à partir de son souci de distinguer les différentes significations de l'être à la recherche de leur problématique unité souligne Pierre Aubenque. . .Pierre Aubenque remarque que tout le livre I de la Physique est consacré à une réfutation des Éléates qui en prônant la thèse de l'unité de l'Être sont amenés à nier le mouvement.
Le mouvement tient une place essentielle dans l'ontologie d'Aristote car c'est à travers lui qu'il est poussé à reconnaître selon le titre de l'ouvrage que lui consacre le philosophe Franz Brentano.
La conception antique du mouvement Si pour nous le terme mouvement fait référence à un déplacement dans l'espace, pour Aristote écrit Émile Bréhier. À noter que par cette définition rationnelle Aristote prend position contre toute la pensée présocratique jusqu'à Platon. La rationalisation du mouvement On a avec Platon la toute première tentative de rationalisation du phénomène du mouvement, alors que , rappelle l'historien Émile Bréhier. Si pour les premiers grecs, un chaos insondable, le « Léthé », qu'il s'agissait de fuir dans le monde des Idées, Aristote renverse la perspective en posant que l'« être n'est en devenir » que relativement à l'être en acte, qu'à sa finalité (l'enfant n'est enfant que par rapport à l'adulte, le froid que par rapport au chaud) qu'il peut être. Avec l'abandon de toute évocation d'un « flux universel » qui emporterait toute chose, de toute spéculation sur le « non-être », le mouvement limité de chaque chose s'inscrit d'une manière précise entre un état initial et un état final. Il libère ainsi la philosophie d'une imagination présocratique foisonnante d'un contenant infini comme source toujours rejaillissante des choses.
Avec Aristote, nature et mouvement sont si étroitement liés qu'il définit la nature comme . Le repos n'est pas considéré comme une restriction du mouvement, il est un moment du mouvement qui emporte tous les êtres mobiles pris dans un mouvement « discontinu » vers un terme même provisoire résume Pierre Aubenque. Toutefois dans cette physique, mouvement et repos sont diamétralement opposés en ce que le premier est un processus et le second un état. La mobilité est en tant que , pour tous les êtres naturels qui vieillissent ou se dégradent, à la fois mouvement et repos. Dans ce sens, le repos ou le terme seront toujours provisoires affectés d'instabilité, en attente à chaque étape du mouvement suivant. Du point de vue ontologique l'être naturel est caractérisé par accentue Pierre Aubenque . L'ontologie d'Aristote n'étudiera aucun mouvement spécifique qui appartient à la physique, mais l'« être-en-mouvement » dans la totalité de ses principes (voir la note).
Ce mouvement, strictement encadré entre état initial et état final, termine momentanément au repos lorsque sont épuisées toutes les possibilités contenues dans l'état initial, repos qui est vu comme sa finalité. Ainsi de l'enfant qui devient homme quant à sa croissance possible. D'où la formule célèbre qui plus tard hérissera Descartes, comme obscurité conceptuelle de la . Chaque élément a son lieu naturel, vers lequel il tend toujours : l'eau et la terre (et donc tout objet solide) tendent vers le bas, le feu et l'air tendent vers le haut.
Au « flux universel » des anciens a été substitué le principe de l'universalité du mouvement qui ne veut pas dire qu'à chaque instant, toutes choses de la nature soient en mouvement, certaines sont en mouvement d'autres en repos qui est ainsi compris comme un « moment » du mouvement. La mobilité dorénavant encadrée, dont il s'agit de faire la théorie, apparaît comme un fait général de la nature qui peut se limiter à la simple possibilité, le « pouvoir être en mouvement ou en repos ». écrit Pierre Aubenque. Dans sa définition métaphysique formelle la plus élaborée, le mouvement, nous rappelle Antonin-Gilbert Sertillanges n'est en soi que .
Les sortes de mouvement Platon a donné sa liste des mouvements. Dans les Lois X, 893c-894a, il mentionne 10 mouvements : rotation sur place dont celle des astres fixes (1), translation sur un axe unique ou sur plusieurs emplacements comme celle des planètes (2), combinaison (3), séparation (4), accroissement (5), décroissement (6), génération (7), destruction (8), mouvements de l'âme (9), mouvement du monde (10). Dans le Timée 43b, il détaille "six mouvements", ou plutôt directions : "en avant et en arrière", "vers le haut et vers le bas", "à droite et à gauche".
Aristote définit le mouvement : "La réalisation de ce qui est en puissance, en tant que tel, c'est le mouvement" (Physique, III, 1, 201a10). C'est un passage. Le « mouvement », en tant que tel, est toujours inachevé, en puissance, sans commencement ni fin, il requiert cependant une cause. Aristote, distingue quatre type de mouvements : le mouvement local suivant la catégorie du « lieu », l'altération selon la catégorie de la « qualité », l'accroissement selon la « quantité », et enfin la génération/corruption, qui est un mouvement dans la catégorie de la « substance » (Physique, III, 1). Émile Bréhier relève les hésitations d'Aristote sur la question de savoir si la génération (passage du non être à l'être) pouvait être considérée ou non comme un mouvement. François Fédier recense chez Aristote quatre figures du mouvement : accroissement-diminution (exemple grossir ou maigrir) ; devenir-autre (les feuilles des arbres qui jaunissent) ; déplacement (aller d'un lieu à un autre lieu) et enfin il reprend celui qu'il considère avec Martin Heidegger comme le plus important d'entre eux : le mouvement de l'entrée en présence, c'est-à-dire du « venir à être » (genèse). Heidegger .
À noter que tout mouvement est en général désigné par référence à l'état final vers lequel il tend. On parle ainsi de noircissement lorsque l'altération tend vers le noir ou de verdoiement lorsque l'arbre est vert, d'où la primauté accordée dans cette pensée à la « finalité ». On remarquera qu'Aristote ne dispose pas d'un concept unifié de mouvement, certains objets ont un mouvement ascendant, le feu, d'autres descendant, la pierre. De plus, cette conception du mouvement ne concerne qu’une seule région de l’univers, la plus imparfaite.
La négation éléatique du mouvement Aristote entreprend de lutter contre les philosophes qui tels les Éléates ont une position théorique pouvant impliquer la négation du mouvement et ceux qui comme Zénon prétendaient en démontrer l'inexistence en raison de l'absurdité de ses conséquences. À la thèse comme quoi toute la nature est livrée au mouvement s'oppose la vieille thèse parménidienne tirée du dialogue platonicien intitulé le Parménide, qui traitant de la question de l'« Être », répète qu'il « est », tandis que le « non-Être » n'« est pas ». Or tout mouvement dit Parménide consiste dans un passage d'un état à un autre, ce qui de toute nécessité implique un passage progressif et donc une composition de l'être faite de parties, ce que refuse le vieux Parménide.
Avec les Éléates et Parménide on a une pensée qui prône l'unité de « L'Un » et dans la vision d'Aristote, ce lien entraîne les deux conséquences qui suivent, l'unité avec l'immobilité de l'être et donc la négation de l'être en mouvement écrit Pierre Aubenque.
La critique de Zénon s'appuie dans le même esprit que les Éléates sur l'idée que pluralité et la divisibilité qu'implique le mouvement ne sont que des apparences. On trouvera dans le travail de Joseph Moreau un exposé sur la réfutation que lui oppose Aristote.
L'affirmation du mouvement Dans l'histoire, Héraclite est le premier philosophe qui s'est opposé à la thèse de l'immobilité prônée par les Éléates. Pour lui, l’apparente unité des « choses » recouvre une multiplicité de qualités contraires. C’est la variété, la différence, l’opposition qui constituent la réalité des « choses », car le « devenir » a lieu entre des termes qui sont contraires : la vraie unité est l’harmonie d’éléments opposés. D'autre part, la théorie des « contraires », constitue la condition du « devenir » des « choses ». Les contraires existant l’un par l’autre, sont incompréhensibles l’un sans l’autre et manifestent une seule et suprême réalité : rien n’est bon, rien n’est agréable sans le contraire qui lui est opposé. L'« héraclitéisme » deviendra même avec Hegel : le « devenir » comme première détermination de la pensée concrète et de la vérité.
À la suite d'Héraclite, Aristote affirme le mouvement et accepte sa conséquence, à savoir la divisibilité. Selon un exemple platonicien, nous rappelle Pierre Aubenque. Au niveau d'abstraction où Aristote se place, c'est la « composition » et la « divisibilité » de l'être, qui implique le mouvement car et .
Au Descartes ajoute des principes mathématiques, qui permettent de fonder la physique moderne : les principes d'inertie et de conservation. Il pose ainsi les bases de la conception mécaniste de la science, qui avec Newton devait régner sans conteste pendant plus de deux siècles en ramenant, tous les phénomènes naturels à des mouvements mesurables.
Les causes du mouvement Principe général Pour Aristote la philosophie est la science des « choses » par leurs causes (c'est-à-dire la question du pourquoi), car on ne connaît véritablement quelque chose que lorsqu'on connaît sa cause. À noter qu'Aristote comme Platon critique la conception purement mécaniste de la cause. Il critique sur ce sujet, ses prédécesseurs à qui il reproche, d'avoir limité leurs recherches aux seuls principes de nature matérielle, comme le feu pour Héraclite ou l'eau pour Thalès. Pour lui, la matière ne peut être principe de changement car remarque le rédacteur de l'Encyclopédie . Si la cause du changement d'une chose, n'est pas en elle on la trouvera à l'extérieur, cette cause sera dite « efficiente » (le sculpteur pour la statue). Mais il admet aussi le hasard, bien qu'il ne lui attribue pas un rôle causal dans l’absolu et refuse sa contrepartie nécessaire le concept du vide.
Les points de vue sous lesquels les objets doivent être envisagés, quand on veut les connaître et les expliquer, se réduisent aux suivants : ce dont une « chose » est composée (sa matière), sa nature ou essence, son moteur, et le but ou la fin vers laquelle elle tend ; d'où la distinction de quatre causes: la cause matérielle, la cause formelle, la cause efficiente et la cause finale. La spécificité d’Aristote réside dans ce qu'il distingue et articule ces différentes espèces des causes.
Selon Étienne Gilson, dans la pensée constante d'Aristote , ce qui l'amène à conclure qu'il est bien difficile de savoir ce qu'Aristote entendait par cause efficiente souligne Étienne Gilson.
La théorie des causes La théorie des causes résume de son côté Émile Bréhier, .
Mouvement et changement Christian Sommer note. Pour Aristote, par exemple, devenir plus savant (par l'étude) est un mouvement, de même que l'est le blanchiment des cheveux.
Le rédacteur de l'encyclopédie de l'Agora relève en outre qu'il y aurait pour Aristote, une distinction à faire entre les deux concepts qui se rattacherait fondamentalement à la perception que nous en avons..