La poudrerie nationale du Ripault est une ancienne poudrerie installée sur le territoire de la commune française de Monts, dans le département d'Indre-et-Loire en région Centre-Val de Loire.

Elle est créée à la veille de la Révolution en 1786 par Antoine Lavoisier, régisseur général de l'Administration royale des poudres, en remplacement d'une tréfilerie établie sur le cours de l'Indre quelques années auparavant, cette tréfilerie faisant elle-même suite à des moulins à farine mentionnés au . Elle prend de l'importance tout au long du et elle est considérée, dans les années 1840, comme « la plus belle poudrerie d'Europe ». Pendant la Première Guerre mondiale, elle emploie jusqu'à et connaît un grand développement en produisant la poudre B qui a supplanté la poudre noire. Au début de la Seconde Guerre mondiale, au maximum de son extension, ses installations s'étendent sur .

Son histoire est ainsi marquée par des phases d’expansion correspondant aux périodes où la France, en guerre, a des besoins accrus en poudre et explosifs, mais elle est aussi jalonnée d'accidents (incendies et explosions). Le plus grave d'entre eux tue au moins , en blesse 345 autres et la ravage accidentellement le alors qu'elle est réquisitionnée par les autorités allemandes. Son activité redémarre en 1945, mais la forte réduction des besoins en explosifs la contraint à diversifier ses activités avec la fabrication de meubles, de peintures et d'antibiotiques, jusqu'à sa fermeture en 1959.

La presque totalité du site et une partie du personnel sont repris en 1962 par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) pour la Direction des applications militaires (DAM) qui l'exploite toujours en 2018 ; ses activités devraient s'ouvrir davantage au domaine civil dans les années suivantes. Une zone industrielle, qui couvre une partie des terrains revendus par la poudrerie à sa fermeture mais s'étend au-delà, se développe au sud du site. Un musée, inaccessible au public puisqu'il se trouve dans l'enceinte du centre du CEA, retrace l'histoire de la poudrerie.

Contexte historique et géographique de la fondation du Ripault vignette|gauche|alt=Extrait d'une carte ancienne.|Les moulins de Candé sur la carte de Cassini. Dès 1764, le roi envisage la création d'une poudrerie en Touraine ou en Anjou. Cette localisation, sur les grands axes de circulation est-ouest du Val de Loire et nord-sud de Paris à Bordeaux, semble avantageuse. En outre, le salpêtre entrant dans la fabrication de la poudre trouve sur les murs et dans les carrières de tuffeau de ces provinces les conditions idéales à sa formation, grâce au climat doux et humide du Val de Loire : au début des , la généralité de Tours fournit annuellement environ de salpêtre à la raffinerie de Saumur. Pourtant, les prospections engagées alors pour trouver un site convenant à l'implantation de la poudrerie n'aboutissent pas.

Dès 1575, au nord-est de la paroisse de Monts, à la limite de Montbazon, des moulins à farine sont déjà établis sur le cours de l'Indre sous le nom de « moulins de Candé », près de l'ancien château de Candé dont ils dépendent alors. Après avoir changé plusieurs fois de propriétaires, ils sont totalement détruits par une crue de l'Indre en 1770 mais des crues antérieures les avaient probablement fragilisés. Cette crue majeure intervient alors que la vente à deux nouveaux propriétaires est déjà signée. Ces moulins sont reconstruits en 1772 de manière à actionner une tréfilerie travaillant pour la Marine royale et employant . Le duc de Rohan-Guéméné, seigneur de Montbazon, a donné son accord indispensable à cette transformation. Dès la mise en service de la tréfilerie, les propriétaires installés plus en aval sur l'Indre se plaignent de ce que les aménagements de l'usine ont perturbé le débit de la rivière, rendant leurs moulins moins performants. L'activité de cette usine cesse en 1785 après de graves problèmes financiers principalement liés à la crise économique née de la guerre d'indépendance des États-Unis et malgré plusieurs demandes d'aide adressées au roi , restées sans réponse. ; d'importantes avances, consenties à de gros clients de la tréfilerie mais jamais remboursées, grèvent également les finances de l'entreprise.

Le toponyme de « Ripault », plus anciennement orthographié « Ripaux », semble provenir du latin , lui-même issu de : « rive d'un cours d'eau » (l'Indre en l'occurrence)..

Localisation L'implantation primitive de la poudrerie du Ripault se fait sur la rive droite de l'Indre, en limite des communes actuelles de Montbazon et Monts, entre la rivière et la route (actuelle ) qui relie les deux communes. Elle s'étend par la suite vers le sud, sur la rive gauche de l'Indre, et vers l'ouest, mais la ligne ferroviaire Tours-Bordeaux, ouverte en 1851 entre Tours et Poitiers, constitue dans cette direction une limite que l'usine ne franchit pas. Le bourg de Monts, encore plus au sud-ouest, est séparé de la poudrerie par la voie ferrée, construite en fort remblai à ce niveau.

Historique Des origines à la Révolution française Une poudrerie remplace la tréfilerie vignette|alt=Extrait d'une carte ancienne.|Le Ripault sur le cadastre napoléonien (le nord est à gauche). En 1786, Antoine Lavoisier, fermier général et régisseur général de l'Administration royale des poudres, achète la tréfilerie et y installe une poudrerie dont la direction est confiée à Jean René Denis Riffault des Hêtres qui avait repris les prospections initiées sous et découvert le site du Ripault. Riffault, franc-maçon, a probablement bénéficié de son réseau de relations pour trouver ce site : il appartient à la même loge maçonnique que l'un des derniers propriétaires de la tréfilerie. La poudrerie fonctionne dans les bâtiments et avec le personnel de l'ancienne tréfilerie dont les moulins, reconstruits en 1787, actionnent les pilons servant à écraser et malaxer salpêtre, charbon de bois et soufre qui composent la poudre à canon. En 1788, la poudrerie occupe dix hectares sur la rive droite de l'Indre avec quatre moulins commandant au total ., douze ateliers, des grenoirs et des séchoirs, des magasins, des logements pour les cadres et une chapelle transformée en séchoir en 1793, seul bâtiment de cette époque encore debout au . Les ouvriers habitent en dehors de l'enceinte de la poudrerie. En 1789, la poudrerie emploie une centaine de personnes qui semblent bénéficier dès cette époque d'une prise en charge médicale totale et gratuite. Jusqu'en 1791, l'entreprise s'agrandit progressivement en rachetant des terrains aux propriétaires du château de Candé et pendant cette période elle fabrique de la poudre de guerre, de la poudre de mine et de la poudre de chasse. Cette prospérité de la poudrerie suscite cependant des conflits de voisinage : en effet, les propriétaires de prés situés en amont de la poudrerie constatent que leurs pâturages sont fréquemment inondés par des crues de l'Indre depuis que le Ripault a édifié des barrages pour réguler l'alimentation de ses moulins. En outre, le statut des ouvriers, exemptés de certaines taxes et impôts, suscite un peu de jalousie chez les autres habitants.

Menace temporaire de fermeture vignette|gauche|alt=Dessin en noir et blanc d'un système de pilon plongeant dans des mortiers.|Pilons et mortiers des manufactures de poudre. Toutefois, au début des , bien que « la Patrie en danger » augmente les besoins en poudre, l'existence de la poudrerie est remise en cause. Un nouveau mode de fabrication de la poudre voit le jour en région parisienne, beaucoup plus rapide (quelques heures seulement) et plus simple que le système de pilons traditionnels, dont le gouvernement décrète alors l'abandon, d'autant qu'il souhaite centraliser la production en région parisienne, ce qui déclenche le l'une des rares grèves du personnel dans l'histoire de la poudrerie. Riffault, pour démontrer la compétitivité de son établissement, améliore la technique des pilons, invente un procédé de séchage rapide en étuve et relance le Ripault, dont le maintien est officiellement acquis en 1796. Entre-temps, la guerre de Vendée accroît les besoins en poudre dans l'ouest de la France au bénéfice du Ripault, et l'explosion de la poudrerie de Grenelle le (environ et .) provoque un report de la production sur les sites de province. C'est ainsi que le Ripault approvisionne les troupes combattant à Tours, mais aussi dans l'ensemble du Val de Loire, ainsi qu'en Mayenne.. Dans les décennies qui suivent sa fondation, la poudrerie du Ripault se dote d'entrepôts de stockage « satellites » à Bourges, Châtellerault, Le Mans, Limoges, Saumur et Tours. C'est de ce dernier point que part, sur la Loire, la poudre destinée aux ports atlantiques de la Marine.

De l'Empire à la Première Guerre mondiale Agrandissements successifs au

Après la retraite de Russie, il faut reconstituer l'armée impériale, grâce à des recrutements massifs. Les employés du Ripault sont exemptés de conscription, à condition d'être mariés, ce qui contribue à rendre attractif un emploi à la poudrerie. L'installation initiale, formée de quatre moulins à poudre sur un terrain de , est agrandie en 1815, et couvre désormais sur la rive droite de la rivière, permettant une production de de poudre noire par an avec un effectif de encadrés par . Le salpêtre est produit régionalement, tout comme le charbon de bois de bourdaine, fabriqué au Ripault à partir de bois provenant du Cher, de l'Indre-et-Loire et de la Sarthe. ; le soufre, extrait des régions volcaniques de l'Italie du Sud, transite par Marseille où il est raffiné.

Sous Louis-Philippe, le Ripault est considéré comme la plus belle poudrerie d’Europe et ses productions sont distribuées dans une grande partie de la France ; d'autres poudreries, comme celles d'Esquerdes ou de Vonges, commercent également avec le Ripault. Une étude menée dans les sur les propriétés des poudres françaises montre que si la poudre du Ripault n'est pas la plus puissante, elle occasionne moins de dommages aux armes qui l'utilisent.. En , en écho aux journées de Juin, les ouvriers du Ripault se mettent en grève et marchent en direction de Tours mais le chanoine François Manceau arrive à négocier leur retour à Monts. Cette même année, le réseau actuel de canaux est mis en place, tout comme la première usine équipée de meules, technique qui finit par supplanter peu à peu les pilons. Une nouvelle extension a lieu en 1851 grâce aux premiers achats de terrains sur la rive gauche de l'Indre ; le Ripault emploie alors 200 à . En 1864, la poudrerie produit de la poudre de guerre, de la poudre de mine et de la poudre de chasse, destinées au marché intérieur ou à l'exportation. L'année suivante, le Ripault et quatre autres poudreries passent sous l'autorité du ministère de la Guerre, leur production étant destinée à un usage exclusivement militaire ; d'autres établissements fabriquent de la poudre à usage civil. La poudrerie est profondément réaménagée pour répondre à cette nouvelle orientation avec notamment des échanges d'équipements entre les établissements. C'est également à cette date qu'est construite l'enceinte du Ripault, toujours en place, sur la rive droite de l'Indre. L'extension du Ripault est alors rendue nécessaire par les besoins en poudre des guerres de (Crimée, Italie et Mexique).