Le prieuré Saint-Victor de Bray-sur-Aunette est un ancien prieuré de chanoines réguliers de saint Augustin, dépendant de l'abbaye Saint-Victor de Paris, et situé sur la commune de Rully (Oise), en France. Il a été fondé en 1249 par testament de Guillaume le Bouteiller, seigneur de Senlis. Un prieur et cinq moines sont installés en 1263, date présumée de l'achèvement de la chapelle. Vers 1650, le prieuré est dévasté par les troupes du maréchal de Turenne, puis réparé. Le dernier prieur meurt en 1773. La situation financière précaire de l'abbaye mère de Saint-Victor ne permet pas de le remplacer, et le domaine est loué à un bourgeois de Paris, avec l'obligation d'entretenir la chapelle. La vente comme bien national survient en 1791, et le prieuré devient définitivement une ferme. Les bâtiments conventuels sont démolis entre 1827 et 1836. Depuis lors, ne subsistent plus que la chapelle de style gothique rayonnant, qui est d'un grand intérêt architectural ; une cave ; un pigeonnier médiéval ; des éléments du mur de clôture avec le portail ; et des bâtiments des deux basses-cours datant de l'époque moderne. Ils ont connu de multiples transformations, et deux bâtiments d'exploitation ont encore été construits en 1900. La cave et les vestiges archéologiques au nord de la chapelle sont inscrits aux monuments historiques en 1926 ; la chapelle et le colombier sont à leur tour classés à la fin de l'année 1943., alors que de nouveaux propriétaires, Christiane et Charles de la Bédoyère, viennent de prendre possession du site. Ils évitent l'effondrement des voûtes de la chapelle en faisant poser des tirants d'acier en 1963. En 1996, la famille Delacharlery, propriétaire depuis 1981, fait le nécessaire pour mettre la chapelle hors d'eau. La charpente et la couverture sont refaites. Ce sont les tout premiers travaux de restauration depuis le départ des religieux. En 1998, la famille Sirot Saunier acquiert le domaine. Avec le soutien d'une association fondée en 2004, elle entreprend la restauration totale de la chapelle entre 2005 et 2012. Chaque année des concerts y sont organisés.
Localisation thumb|left|Vue depuis la RD 582, au nord-ouest. À gauche, le toit de la chapelle.
L'ancien prieuré de Bray-sur-Aunette se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le parc naturel régional Oise-Pays de France, sur le territoire de la commune de Rully, à l'est du hameau de Bray-sur-Aunette, à une altitude de . Le site est accessible par la RD 582, qui relie les deux parties de la commune. Au nord, il est délimité par l'Aunette, qui prend sa source près de Rully. L'ensemble des bâtiments sont compris dans un enclos de forme approximativement rectangulaire, dont la chapelle occupe le centre. La ferme et la plupart des bâtiments se concentrent dans la partie occidentale du rectangle. Un grand étang à l'extérieur de l'enclos fait également partie du domaine.
Histoire La fondation thumb|upright|Chapelle, vue depuis l'est. thumb|upright|Vierge à l'Enfant en bois de chêne du milieu du provenant du prieuré, au musée de Crépy-en-Valois.. thumb|upright|Colombier médiéval. thumb|upright|Pierre tombale du prieur Jean-Louis Hardy de Gely, mort le 17 mars 1761.
Avant de partir pour la septième croisade avec saint Louis au mois de juin 1248, Guy le Bouteiller, seigneur de Senlis, fait son testament. Il ne rentrera effectivement pas en France, et meurt sans descendance à Damiette, en Égypte, le . Parmi d'autres dispositions, il stipule que la cinquième part de sa fortune doit être utilisée pour la fondation d'une abbaye, qui doit être rattachée à l'abbaye Saint-Victor de Paris, et établie à Bray, près de son château de Montépilloy. Afin que cette volonté soit observée, Guy désigne quatre exécuteurs testamentaires : l'évêque de Senlis, l'évêque de Paris, l'abbé de Saint-Victor (qui se nomme Ascelin à cette époque) ; et maître Herbert, archidiacre de l'église Saint-Évroult de Rethel. La fondation est validée par des lettres patentes de Louis IX, signées à Aigues-Mortes au mois d'. Malgré ces précautions, rien ne se passe jusqu'en 1255. L'inventaire des biens du défunt n'est pas encore dressé. Maître Herbert est déjà mort à ce moment. Au mois de juin, Renaud III Mignon de Corbeil, abbé de Paris ; Adam de Chambly, évêque de Senlis, et l'abbé Ascelin se réunissent, et réduisent de douze la fondation de l'abbaye. En effet, les revenus dégagés par la cinquième part des terres de Guy le Bouteiller ne sont pas jugés suffisants pour faire vivre une communauté monastique plus importante. Il faut encore s'entendre avec la principale héritière, Marguerite de Mailly, veuve de Raoul le Bouteiller, frère de Guy, sur le mode du prélèvement de la part de l'héritage incombant à la fondation monastique. Au mois de mars 1256, un accord est conclu devant le bailli de Vermandois, aux assises de Senlis, et il est statué qu'une estimation définitive des propriétés doit être faite par un conseil d'experts. C'est chose faite au mois de septembre 1257. L'abbaye Saint-Victor reçoit la somme de deux mille livres tournois afin de payer la construction du nouveau prieuré. Chaque année, le prieuré doit toucher la somme de neuf fois vingt livres parisis, à prendre sur les revenus de fermes de Bray, Rully et Chamicy (hameau de Rully) et de sept fiefs ; si ces revenus s'avèrent insuffisants, le déficit doit être complété par les revenus de la ferme de Montépilloy. La réduction à six chanoines est définitivement approuvée par des lettres patentes du roi Louis IX, signées au mois de à l'abbaye de Royaumont, et par un acte d'Adam de Chambly du mois d'avril 1258. Au mois d', le roi donne des lettres-patentes pour valider l'estimation des biens. Une bulle pontificale du pape Alexandre IV complète les formalités de fondation. Elle est datée de Viterbe, le deuxième jour des calendes du mois de février 1259..
Histoire du prieuré jusqu'à la Révolution
L'histoire du prieuré commence par l'arrivée d'un prieur, du nom de Raoul de Crécy, et de cinq chanoines, le . Les bâtiments conventuels et la chapelle sont probablement achevés à ce moment, ou au moins à peu près. La chapelle est exclusivement réservée à l'usage des religieux. Les habitants du petit village de Bray disposent de l'église paroissiale Saint-Georges, qui remonte aux alentours de 1100. (les messes n'y sont plus dites). Selon les préceptes des chanoines réguliers de saint Augustin, ils s'emparent de la cure et assurent le service paroissial. Raoul de Crécy meurt dès le mois d'avril 1264. Dès lors, selon l'abbé Caudel, le nombre de six chanoines n'est plus jamais atteint. L'on ignore même les noms de leurs successeurs jusqu'en 1336, quand le prieur se nomme Pierre de Barre. En 1377, Adam Saquati est élu prieur. C'est la période de la guerre de Cent Ans, et les domaines agricoles attribués au prieuré par Guy le Bouteiller ne dégagent plus les revenus nécessaires au bon fonctionnement du prieuré. Vers la fin du , un décret de l'abbaye Saint-Victor, qui n'est malheureusement pas exactement datable, arrête . Ainsi, le prieur habite désormais tout seul le prieuré, sans compter le personnel laïque engagé pour l'exploitation de la ferme rattachée au prieuré, et dont l'existence est attestée par le pigeonnier médiéval qui se trouve toujours dans la grande cour. Par temps de paix, un second moine se joint au prieur. Aucun événement important ne ponctue l'existence du prieuré. Thomas Gaudic, Perrine Leclerc et Guillaume Moine déplorent la perte des archives de l'abbaye Saint-Victor et pensent que l'histoire du prieuré reste en grande partie inconnue ; ceci ne les empêche pas d'affirmer que le prieuré est . En 1865, l'abbé Caudel a pourtant pu consulter les principaux documents relatifs à l'histoire du prieuré, dont certains ont été recopiés par le chanoine Afforty. La rareté des sources pour l'époque postérieure à la fondation ne l'étonne pas : ...
Le prieuré Saint-Victor est un prieuré claustral, et il ne peut pas être mis en commende. Les prieurs sont élus par les chanoines, et doivent être confirmés par le roi, comme dans l'ensemble de l'ordre des chanoines réguliers de saint Augustin.. Au , deux prieurs de Bray deviennent par la suite abbé de Saint-Victor, et un autre, abbé de la Victoire. Antoine Bonnot, élu prieur le , est enjoint d'avoir un compagnon et de résider au prieuré. C'est peut-être pour la première fois depuis la guerre de Cent Ans que plus d'un moine habite le prieuré. L'on voit aussi qu'il n'est apparemment pas évident que les prieurs résident constamment sur place. À la fin de l'année 1538, le prieur J. Duquesnoy est révoqué, et le , Pierre III de Lagne connaît le même sort. Les motifs de ces révocations ne sont plus connus. Robert Barthe, qui est élu en 1539 alors qu'il a déjà soixante-dix ans, exerce son ministère encore pendant trente ans et meurt centenaire en 1569. Vers 1650, le prieuré est dévasté par les troupes du maréchal Turenne, puis réparé sous le prieur Benoît Faure. C'est l'un des prieurs les plus distingués de Bray, qui renouvela l'esprit de la communauté par ses exemples, et rendit l'église et la maison plus belles qu'elles ne l'avaient jamais été. Ancien camérier de Saint-Victor, il meurt aussi dans l'abbaye parisienne en 1656 et y est enterré dans le cloître. Les auteurs n'indiquent pas son éventuel lien de famille avec Charles Faure (1594-1652), grand réformateur des Augustins et fondateur de la congrégation de France. Les rares éléments que l'on connaisse de la biographie de certains prieurs sont le plus souvent sans importance. La dalle funéraire d'un seul prieur subsiste dans la chapelle : c'est celle de Jean-Louis Hardy de Gely, mort au mois de mars 1761. Trois prieurs lui succèdent encore, mais aucun ne reste en fonction bien longtemps. Le dernier prieur est Jean-Baptiste Casnet ou Cornet, élu le à l'âge de soixante-douze ans, et mort probablement en décembre 1772. L'abbaye Saint-Victor ne le remplace pas, car sa situation financière précaire ne le lui permet pas. Sans supprimer officiellement le prieuré ou le réunir à un autre établissement monastique comme cela se pratique fréquemment au , elle loue le domaine à Jacques Badin, bourgeois de Paris. Il est tenu d'entretenir le prieuré et notamment sa chapelle . C'est probablement Badin qui aménage un parc à l'ouest de l'enclos. L'allée reliant le prieuré à l'église Saint-Georges est interceptée par ce parc. Sous la Révolution française, la chapelle échappe au vandalisme, car sa vocation religieuse est déjà oubliée...
Les prieurs de Bray
État des lieux en 1791 thumb|Portail entre la « cour verte » et la grande cour de ferme, vue vers le nord. thumb|Plan de situation en 1791. thumb|Grande cour de ferme avec colombier, abreuvoir et puits. thumb|La chapelle en 2011 encore sans vitres, vue depuis le nord-est. thumb|Étang du prieuré. thumb|Plan de situation en 2013.