Le Jeune Maître Brown () est une nouvelle fantastique de Nathaniel Hawthorne, publiée en 1835 dans le magazine littéraire . Elle est reprise en 1846 dans le recueil .
Tout comme dans son roman La Lettre écarlate, Hawthorne situe le récit de sa nouvelle dans la société puritaine de la Nouvelle-Angleterre du , dont il entend dénoncer l'hypocrisie morale.
Résumé Au crépuscule, dans la forêt entourant Salem, au Massachusetts, le jeune maître Brown, qui a laissé Faith, son épouse au foyer, chemine vers un lieu inconnu. Il ne tarde pas à croiser un homme plus âgé que lui, mais dont les vêtements et quelques traits physiques s'avèrent étrangement faire écho à sa propre ressemblance. L'inconnu, qui tient un bâton en forme de serpent noir, aborde le jeune héros d'un ton amical et, après deux rencontres dans les bois avec des notables du village, laisse entendre qu'il est le Diable. Brown, sidéré de découvrir que depuis longtemps des villageois aux mœurs irréprochables sont en fait de mèche avec le démon, accepte néanmoins de s'envoler, grâce au bâton magique du Malin, vers sa destination au cœur de la forêt.
Pendant son déplacement par la voie des airs, Brown entend la voix de Faith entre les branches des arbres. Il l'appelle, mais elle ne lui répond pas.
Brown arrive bientôt à une clairière, où, à minuit, se trouvent assemblés tous les habitants de Salem. Cette nuit-là, tous participent à une messe noire, sûrement un sabbat de sorcières. Lors de la cérémonie satanique, dont le centre est un autel de pierres où s'élève un brasier, Brown et Faith sont appelés à se convertir à la secte du démon. Ils sont les deux seuls villageois à ne pas s'être encore soumis aux rites sataniques de la forêt. Or, dans un dernier sursaut de sa foi chrétienne, Brown appelle le ciel à le sauvegarder et, parce qu'il a résisté ne serait-ce qu'un seul instant, toute la scène disparaît.
De retour à son domicile de Salem, le lendemain matin, Maître Brown hésite à considérer les événements de la nuit précédente comme réels ou rêvés, mais comme sa foi religieuse et la confiance en la pureté morale de la communauté chrétienne où il vit sont profondément ébranlées, il devient hostile, amer et taciturne. Son amour pour sa femme s'éteint. Son respect envers les habitants de Salem se mue en cynisme. Les soupçons le rendent aigri, méfiant et soupçonneux à l'égard de tous ceux qui l'entourent. Et dans cette détresse morale et cette incapacité à aimer son prochain se révèle toute l'étendue de la victoire du Malin sur son âme.
Thèmes et analyse Nathaniel Hawthorne, dont l'histoire familiale est marquée par le puritanisme et la chasse aux sorcières, place son récit dans ce contexte pour les critiquer. L'histoire s'ouvre à Salem, à la fois ville sacrée du puritanisme nord-américain et théâtre des procès des sorcières, notamment en 1692. Le jeune Maître Brown incarne l'extrémisme puritain et la conscience du mal. Son cheminement initiatique dans la forêt lui révèle les failles de la religion et de la société en laquelle il croit. La forêt occupe une place centrale. L'obscurité, les peurs du jeune Maître Brown, la présence du diable et de la messe noire traduisent les idées reçues des puritains sur la forêt associée au diable.
Enfin, Hawthorne expose également dans cette nouvelle les stéréotypes sexistes prêchés par les puritains de cette époque. Faith, dont le nom signifie « foi » en anglais, apparaît comme la femme jeune, belle et obéissante qui reste à la maison attendant son mari. Elle incarne la pureté dévote attendue dans cette communauté. En contraste, la messe noire qui semble être un procès de sorcières dans la forêt punit les femmes qui ont pêché et remet en question l'innoncence de Faith.
Réception Alors que Hawthorne n'estime guère sa nouvelle, Herman Melville la considère, en dépit de sa brièveté, comme aussi , et Henry James, comme un Miller, Edwin Haviland, Salem Is My Dwelling Place: A Life of Nathaniel Hawthorne, Iowa City, University of Iowa Press, 1991, . Edgar Allan Poe voit dans cette nouvelle un Quinn, Arthur Hobson, Edgar Allan Poe: A Critical Biography, Baltimore: The Johns Hopkins University Press, 1998, . Quant à Stephen King, il place Le Jeune Maître Brown parmi King, Stephen, Everything's Eventual, New York: Pocket Books, 2007 . et la meilleure de Nathaniel Hawthorne.
Traduction en français « Le jeune maître Brown », dans Monsieur du miroir, traduction Pierre Leyris, José Corti, Collection romantique n° 36, 1992
Adaptations
Au cinéma 1972 : Young Goodman Brown, court métrage américain réalisé par Donald Fox, avec Mark Bramhall 1993 : Young Goodman Brown, film américain réalisé par Peter George, avec Tom Shell
À la télévision 1959 : La Nuit de Tom Brown, téléfilm français de Claude Barma, avec Michel Piccoli, Jean-Marc Tennberg, Roger Carel et Jean-Pierre Cassel
Adaptation radiophonique
2017 : Maître Brown fils, Fiction / Samedi noir - France Culture, adaptation d’Hélène Frappat, réalisation de Michel Sidoroff, d’après la traduction de Muriel Zagha
Notes et références
Catégorie:Nouvelle de Nathaniel Hawthorne Catégorie:Nouvelle fantastique américaine Catégorie:Nouvelle américaine parue en 1835 Catégorie:Nouvelle adaptée au cinéma Catégorie:Nouvelle adaptée à la télévision Catégorie:1835 en littérature fantastique