Le concept de justice environnementale applique les théories de la justiceJohn Rawls (1971), A theory of justice, Cambridge, Mass., Harvard University Press ; trad. fr. de Catherine Audard, Théorie de la justice, Paris, Le Seuil, 1987 ; réed., coll. Points, 1997 au champ de l'environnement et de l'écologieLarrère C (2009) La justice environnementale. Multitudes, (1), 156-162 (PDF, 8 pages)Blanchon, D., Moreau, S., & Veyret, Y. (2009) Comprendre et construire la justice environnementale. In Annales de géographie (No. 1, pp. 35-60). Armand Colin, janv 2009 ([Blanchon, D., Moreau, S., & Veyret, Y. (2009, January). Comprendre et construire la justice environnementale. In Annales de géographie (No. 1, pp. 35-60). Armand Colin. (résumé). Il découle de la prise en compte de l'environnement et des services écosystémiques qu'il permet comme du « bien commun. »
La justice environnementale peut aussi concerner les effets du dérèglement climatiqueM. Munasinghe & R. Swart (Eds.) (2000) Climate Change and Its Linkages with Development, Equity, and Sustainability, published for the IPCC by LIFE, RIVM and World Bank. ; dans ce contexte on parle parfois d'injustice et/ou de « justice climatique »Pettit J. (2004), « Climate justice : a new social movements for atmospheric rights », IDS Bulletin, juillet 2004, vol. 35, n◦ 3, p. 120-106..
Ce concept sous-tend qu'il existe des droits sur la nature pour tous et chacun ; individus, familles, collectivités, entreprises et autres groupes humains vis-à-vis de l'environnement considéré comme bien commun, mais en échange de devoirs et d'obligations légalesFabrice Flipo (2002) document L'espace écologique - Sur les relations de l'écopolitique internationale à la philosophie politique classique (hal.archives-ouvertes ), et selon le PNUD PNUD, Rapport sur le développement humain, 1999. repris par Fabrice Flipo (2002), . Ce concept invite donc aussi à penser et mettre en œuvre des mesures de réduction, de réparation et de compensation quand le préjudice écologique n'a pu être évité, ce qui peut parfois nécessiter ou justifier une certaine « ingérence écologique »Rossi G. (2003), L'ingérence écologique, Paris, CNRS Éditions, 248 p..
Ces devoirs ou obligations sont souvent regroupés dans la notion de « responsabilité sociale et environnementale », la liberté d'exploiter l'environnement s'arrêtant là où elle menace celle des autres (il y a alors obligation à ne pas surexploiter une ressource), et là où l'environnement (biodiversité, habitats naturels, diversité génétique) serait lui-même menacé par les activités humaines.
La justice environnementale s’apparente in fine à une réflexion éthique sur la responsabilité et la liberté. Le cœur de l’argumentaire consiste à exposer que la souffrance est prioritaire au bien-être et que la responsabilité prime sur la libertéDamien Bazin, (2019), Justice environnementale, vers de nouvelles injustices sociales ?, Paris, Harmattan, coll. « éthique économique », 134 p..
Cette hiérarchie des principes trouve son fondement dans l’idée que la Biosphère, entendue non comme simple objet scientifique mais comme « maison de l’humanité », se voit être analysée sous l’angle du principe d’interdiction de nuire, ici qualifié de « sacré ». Cette sacralité ne relève pas du religieux, mais d’un principe supérieur de justice : elle impose une limite morale à l’action humaine en interdisant de nuire aux conditions mêmes de la vie. Dès lors, le respect de la Biosphère devient une exigence fondamentale, non négociable, au même titre que les droits humains, car elle constitue la condition préalable à l’exercice de toute liberté. Le principe d’égalité de droit, qui interdit à chacun de nuire aux autres et à la Biosphère, s’impose donc comme norme supérieure guidant les politiques climatiques, en subordonnant la distribution des moyens (principe profane) à la finalité morale de ne pas nuire (principe sacré).
La justice environnementale mérite d'être saisie via le développement socialement durable (DSD) où l’on donne une priorité aux capacités personnelles, en particulier à la capacité d’auto-contrainte de la personne sinon à sa capacité de résilience. Il en résulte une structure de capacités qui imprègne la personne, pouvant la renforcer mais aussi la fragiliser.
Généralité et histoire du concept Le concept d'équité sociale et environnementale apparait dans les analyses de la tragédie des communsHardin G (1968) « The Tragedy of the Commons », Science, vol. 162, p. 1243-1248 transparaissait dans le tiers-mondisme et dans de nombreuses analyses critiques de la colonisation et de l'esclavage, mais il n'apparait fortement associé aux mots environnement ou écologie que vers 1990-1992 avec une formalisation internationale lors de la conférence de Rio (1992), en particulier au sein des forums parallèles, animés par les ONG et la société civile.
Ces notions ont émergé des années 1970 aux années 1990 alors que la dette extérieure des pays en développement ne cessait de s'alourdir, et parallèlement à la construction d'un droit de l'environnement aux échelles locales, régionales et mondiales. Il y a alors une prise de conscience progressive et générale de la vulnérabilité du patrimoine naturel, de l'existence d'une dette écologiqueParedis E., Lambrecht J. et alii (2004), Elaboration of the concept of ecological debt, Rapport final, sept 2004, Centre for Sustainable Development (CDO) – Ghent University. (dette non-monétaire néanmoins aggravée par une dette financière qui maintient les pays du Sud dans un sous-développement), alors que la crise environnementale et la crise climatique aggravent dans le monde les inégalités écologiquesC. Emelianoff, [http///www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique-2008-1-htm. page-19 La problématique des inégalités écologiques, un nouveau paysage conceptuel] - Écologie & politique, 2008 ; DOI:10.3917/ecopo.035.0019., tout ceci face aux capacités d'adaptation au changement climatique. Cependant la justice peut permettre certaines inégalités "positives" ; justifiant qu'à échelle mondiale, lors de négociations internationales, des efforts plus importants soient demandés aux pays les plus riches, tout en accordant des délais supplémentaires aux pays pauvres (qui polluent en réalité en grande partie pour les services et produits qu'ils fournissent aux pays riches) voir page 159 in Larrère C (2009) La justice environnementale. Multitudes, (1), 156-162. (PDF, 8 pages)
Aux États-Unis, la notion d'« environmental justice » est utilisée depuis le début des années 1980 (souvent en lien avec les mouvements des droits civiques et avec le soutien de certaines Églisesex : l’United Church of Christ créée âr me pasteur B. Chavis Jr), à la suite du constat que les usines polluantes, le stockage et traitement de déchets toxiques ou les rejets polluants touchaient le plus souvent et plus directement l'environnement et les ressources naturelles de populations pauvresWalker G., Fairburn J., Smith G., Mitchell G. (2003), Environmental Quality and Social Deprivation Phase II : National Analysis of Flood Hazard, IPC Industries and Air Quality, R&D Project. (voir environmentaljusticeresearchprojects. et vulnérables (amérindiens et afroaméricains)Ghorra-Gobin C (2005) « Justice environnementale et intérêt général aux États-Unis », Annales de la recherche urbaine, n◦ 99, p. 49-59., avec même la création du terme (Environmental racism) par Chavis (1987) dans un rapport intitulé . En 1994, l’EPA (Environmental Protection Agency) a été missionné pour mission officielle de détecter et si possible réduire les « injustices environnementales » qui recouvraient les discriminations raciales et sociales. Il existe dans ce pays une fondation spécialisée dénommée Environmental Justice Foundation.
Près de 10 ans plus tard (en 2003), le Ministère français de l’environnement confiait à l'IFEN un travail sur les « inégalités écologiques » visant à définir la notion pour la France, ce qui fut fait en 2006Roy A., Faburel G. (2006), « Les inégalités environnementales », in L’environnement en France – Édition 2006, p. 419-430..
Au début des années 2000, ce concept est encore peu traité dans la littérature académique et peu présent dans les politiques publiques. Selon J Theys, au début des années 2000, les inégalités écologiques sont encore une Theys J. (2005), Les inégalités écologiques, dimension oubliée de l’action publique : entre raisons politiques et explications épistémologiques, Institut d’Urbanisme de Paris, coll. « Inégalités sociales et environnementales », 11 p et les préoccupations sociales et environnementales s’ignorent mutuellementTheys J. (2007), « Pourquoi les préoccupations sociales et environnementales s’ignorent-elles mutuellement ? », in P. Cornut et alii, Environnement et inégalités sociales, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, p. 23-35.
Double dimension, géospatiale et temporelle Cette justice environnementale concerne à la fois l'égalité des chances en termes d'accès pérenne aux ressources naturelles vitales (qui peuvent être pas, peu, difficilement, couteusement ou lentement renouvelables) entre régions riches et pauvres du monde, et un partage plus « juste » et équitable du poids de la dette écologique et le son remboursement dans le champ territorial, géographique Harvey D. (1996), Justice, Nature and the Geography of Difference, Oxford, Blackwell Publishing, 468 p.Walker G., Bulkeley H. (2006), « Geographies of environmental justice », Geoforum, 37 (2006), p. 655-659 et biogéographique. La dimension spatiale n'est plus ici celle des frontières géographiques, mais un nouvel « espace écologique » qui serait la biosphère et certains de ses sous-ensembles biogéographiques. Ici les inégalités environnementales sont souvent aussi des inégalités territoriales. Cette dimension spatiale inclut celle des paysages de plus en plus aussi appréhendés selon les principes de l'écologie du paysage et devenant dans les régions agricoles et industrielles enjeux de justice environnementaleFortin Marie-José (2005) Paysage industriel, lieu de médiation sociale et enjeu de développement durable et de justice environnementale : les cas des complexes d'Alcan (Alma, Québec) et de Péchiney-Dunkerque, France) (Thèse de Doctorat, Paris 1), résumé).. Les écarts "nord-sud" se retrouvent également dans ce domaineAnand R (2004): „International environmental justice: a North-South dimension.“ Ashgate, Hampshire (UK).
Cette forme de justice tend aussi à prendre une dimension temporelle forte, dans le cadre de l'adoption progressive (au moins en théorie et dans le vocabulaire des médias, collectivités, administrations et entreprises) des principes de soutenabilité du développement et d'équité, intra-Okereke C. (2006) « Global environmental sustainability : intragenerational equity and conceptions of justice in multilateral environmental regimes », Geoforum, 37 (2006), p. 725-738. et inter-générationnelle, qui ouvre théoriquement, mais clairement la justice environnementale aux générations futuresFabrice Flipo, L'espace écologique Fondements d'une théorie politique de la dimension naturelle de la liberté ; Cahiers du pôle de recherche et d’enseignement Proses (Programme Sciences - Environnement - Société) - Fondation Nationale des Sciences politiques - Juin/juillet 2002. Certains pays comme les Pays-Bas ont exploré cette notion plus avantKruize H., Leroy P., Michiels van Kessenich L. (2008), « Environmental Justice in the Netherlands : Some Emprircal Data and their Interpretation », communication présentée lors du colloque « Justice et Injustices spatiale », Nanterre, 12-14 mars 2008. .
Champs et enjeux Parmi les enjeux majeurs de cette justice environnementale figurent :