Erbo Graf von Kageneck (né le et mort le ) est un aviateur allemand. Issu d'une famille noble de longue lignée, il participa à la Seconde Guerre mondiale en tant que pilote de chasse au sein de la Luftwaffe. Crédité de 67 victoires en combat aérien, il sera grièvement blessé en Afrique du Nord fin et n'en survivra pas. Il faisait alors partie des dix plus grands as de l'armée de l'air allemande.
Biographie Enfance Erbo Graf von Kageneck est le quatrième des six enfants (cinq garçons et une fille) du comte Karl von Kageneck et de Maria (surnommée Ria) baronne Schorlemer. Prénommé Arbogast en hommage à un lointain chevalier Kageneck du , son prénom se résuma très vite à Erbo. Son père Karl von Kageneck commandait une brigade d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale et Ria sa mère fut volontaire pour servir dans la Croix-Rouge au cours de la même période. Erbo ne vit le jour que grâce à une permission de 48 h à Berlin dont bénéficia son père Karl en . Constamment au front depuis, et fait prisonnier par les Canadiens en , il ne revit sa famille et son dernier-né que fin 1919.
Malgré les contraintes d'après guerre subies par son pays, Erbo von Kageneck vécut une enfance heureuse avec les siens, alternant entre le château familial de Lieser de sa grand-mère maternelle, et une propriété que son père acheta pour cultiver la terre. Ce dernier, d'abord attiré par une carrière politique, se tint finalement à l'écart de tout militantisme, préférant à tous mouvements extrémistes, une ligne modérée conforme aux valeurs de l'empire. Des années plus tard, il sera révolté des discours tenus à la radio par un certain Adolf Hitler à propos des juifs, tout en reconnaissant en cet homme des talents d'orateur et son désir de redresser une Allemagne gangrenée par le chômage et le traité de Versailles.
Adolescence difficile Charmant mais turbulent, le jeune Erbo ne s'améliora pas à l'adolescence. Malgré une éducation stricte au collège des jésuites dont bénéficièrent aussi ses trois premiers frères, il détestait l'autorité et était très caractériel. Ses professeurs reconnaissaient toutefois en lui son enthousiasme et l'envie d'apprendre. Le jeune homme était particulièrement adroit de ses mains, et excellait au tir à la carabine. C'est pendant les grandes vacances qu'Erbo fit la connaissance du monde de l'aviation en assistant émerveillé avec toute sa famille à la voltige aérienne auquel se donnaient avec passion d'anciens combattants allemands de la grande guerre. Hitler devint finalement chancelier du président Hindenburg, dont Karl von Kageneck n'attendait rien de bon. Avide de liberté, son fils Erbo tomba pourtant tête bêche dans le mouvement des jeunesses hitlériennes, trop heureux de défiler en rang serré dans les rues de Bad Godesberg en culotte courte et en chemise brune afin d'attirer le regard de jolies filles présentes dans la foule. Il s'avéra en effet qu'Erbo était moins attiré par l'idéologie nationale-socialiste que par un désir fougueux d'échapper à la discipline stricte des jésuites. Catholicisme et nazisme n'étant pas compatibles, tous deux s'accordaient en revanche sur le fait qu'un jeune homme devait rester pur jusqu'à ses 21 ans. C'était mal connaître Erbo von Kageneck qui, tombé amoureux d'une jeune fille de Godesberg, n'hésita pas à braver plusieurs fois l'interdit pour rejoindre sa dulcinée en cachette. Après plusieurs avertissements, Erbo fut finalement renvoyé de l'école.
Sévèrement puni par son père, il fut placé dans un autre établissement mais rien n'y fit : les conquêtes amoureuses primaient sur le travail scolaire. Jusqu'au jour où l'emprunt d'une moto d'un de ses amis se termina dans les décors. Erbo eut l'épaule et le bras gauche sévèrement touchés à tel point que l'amputation fut à un moment envisagée. Il guérit finalement après plus d'un mois mais seule l'armée pouvait désormais sauver un jeune homme de 17 ans cherchant en permanence à se prouver quelque chose. Seul problème, obtenir lAbitur (ou le bac allemand) était le passage obligé pour devenir officier. Grâce aux relations de sa mère, Erbo put intégrer une troisième école en et cette dernière année scolaire se déroula sans aucune fausse note à tous les niveaux : meilleur élève de sa classe, excellent en sport, puis diplômé dans la foulée. Erbo était en homme transformé, animé désormais par un seul but : devenir aviateur dans la nouvelle Luftwaffe.
Carrière militaire Débuts Tout comme ses trois frères cadets avant lui, Erbo intégra donc l'armée mais dut faire un passage obligé de six mois au service du travail obligatoire pour le Reich. Tous étaient très enthousiastes au grand dam de leur père Karl qui voyait cette nouvelle armée idéologique aux antipodes de celle qu'il avait lui-même connue au temps du Kaiser . Erbo apprit à voler sur biplan Arado 25 puis grimpa les échelons en passant sur chasseur opérationnel Arado 68 et Heinkel 51 . Puis vint la nouvelle monture de la Luftwaffe, le Me 109 qui allait devenir le fleuron de cette arme. Au printemps 1939, Erbo intégra la nouvelle JG 1, dont seul un groupe est formé, et vole avec la (2./JG 1). Fidèle à ses habitudes, le jeune Leutnant fit également une nouvelle conquête amoureuse mais le ciel européen s'assombrissant de plus en plus, son unité fut déplacée en province de Prusse-Orientale fin .
Erbo ne fut pas seul à faire le déplacement, deux de ses frères Franz-Joseph et Fritz-Leo étaient en partance avec leur régiment d'infanterie pour la France, tandis que l'aîné Clemens-Heinrich arrivait en Poméranie orientale avec son régiment de chars. Le cinquième frère, August, plus jeune, n'a intégré l'armée que quelques mois plus tôt. Le , Erbo von Kageneck, un de ses amis le Leutnant Ludwig Franzisket et la trentaine de pilotes du groupe I./JG 1 décollent à du matin pour attaquer deux aérodromes près de Grodno . Les succès au sol sont importants et les attaques terrestres sont le train-train quotidien des pilotes du groupe durant dix jours. Mais ces derniers n'auront pas l'occasion d'affronter l'adversaire en combat aérien et rentreront frustrés, Erbo le premier.
Campagne de France et premières victoires À la drôle de guerre interminable qui suivit succéda la bataille de France le où le concept du Blitzkrieg demeura efficace. Le I./JG 1 se tailla une bonne réputation durant cette bataille où les pilotes font jusqu'à sept sorties par jour. Erbo ouvre son score en abattant un Maurane-Saulnier qui ne sera pas confirmé faute de témoin. Il se rattrape le en abattant deux bimoteurs Blenheim au petit matin. Mais l'avance allemande est tellement rapide que les unités changent souvent de base, ce qui n'empêche pas Erbo d'écrire souvent à ses parents. Les 5 et , ce sont deux chasseurs de plus qui tombent sous ses coups mais la guerre contre la France se termine bientôt. Erbo a remporté 4 victoires, moitié moins que son ami Ludwig Franzisket de la 1./JG 1 (9 victoires), et très loin derrière le vétéran de la guerre d'Espagne Wilhelm Balthasar et ses 23 succès, meilleur score allemand durant cette campagne. Grâce à sa connaissance de la langue de Molière apprise chez les jésuites, Kageneck put discuter avec quelques prisonniers français. Il constata que beaucoup d'entre eux avaient été enrôlés de force dans l'armée et que l'ambiance était très loin de celle qui régnait au sein de la Wehrmacht .
Bataille d'Angleterre Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Luftwaffe avait à peine quatre ans d'existence et beaucoup d'escadres ne possédait qu'un seul groupe au lieu d'une dotation nominale de trois. Jusqu'ici sous tutelle du Stab JG 27, le I./JG 1 sera donc renommé III./JG 27 le . Mais même avec des escadres complètes, les chasseurs allemands se heurtaient à de nombreux problèmes : voler longtemps au-dessus de l'eau pour atteindre les côtes britanniques, faible autonomie du Me 109 , adversaires à la hauteur. Le , Kageneck descendit deux Hurricanes mais il est lui-même touché par la DCA anglaise et termine son vol en crashant son avion à l'atterrissage. Résultat, un œil gauche diminué et quelques jours de convalescence chez son oncle pour chasser le chevreuil dans son domaine privé.
En août, l'équilibre entre les forces aériennes allemandes et britanniques était précaire, mais bascula finalement du côté de ces derniers, mieux organisés et combattant au-dessus de leur territoire. Paradoxalement, les scores allemands furent plus élevés que ceux de leurs adversaires, adversaires qui se respectaient mutuellement : dans une de ses lettres, Erbo décrit un épisode où un jeune pilote britannique s'égare dans la campagne normande et se pose à court de carburant sur le terrain du III./JG 27. Les pilotes allemands lui remonteront le moral avec whisky, gin et champagne. Guéri et promu Oberleutnant, Erbo put alors améliorer son score : deux Spitfire les et avant de devenir seize jours plus tard Staffelkapitän de la 9./JG 27, puis de porter son score à 13 à l'issue de la bataille.
Les Balkans Ayant renoncé depuis longtemps à envahir la Grande-Bretagne faute d'avoir acquis la supériorité aérienne, Hitler compte sur ses sous-marins pour affaiblir les Anglais. Beaucoup d'unités de la Luftwaffe se retrouvent donc en stand-by comme à l'époque de la drôle de guerre. Le III./JG 27 n'échappe pas à la règle et Erbo doit ronger son frein. Pas pour longtemps car Hitler décide de venir en aide à Mussolini qui piétine dans les Balkans. En seulement quelques jours, la Yougoslavie capitule, imitée par la Grèce une semaine après. Tout comme en Pologne, le groupe de Kageneck se contenta d'attaques au sol et ne put livrer aucun combat aérien. Erbo admire le peuple grec pour son courage et critique les Anglais qui les abandonneront en pleine bataille. Ces derniers tenaient toutefois farouchement l'île de Malte et le III./JG 27 dut donc déménager en Sicile. Y est déjà présente la 7./JG 26 de Joachim Müncheberg, un as avec plus de 40 victoires mais aussi un vieil ami et camarade de promotion d'Erbo.
Outre le mitraillage et le largage de bombes sur l'île maltaise très bien défendue par la DCA anglaise, Kageneck renoue également avec le succès en abattant quatre Hurricane du 6 au , sans aucune perte pour la 9./JG 27. À cette époque, Erbo se livra davantage dans ses lettres à ses parents. Il regretta son adolescence compliquée et confirma son amour pour Karl son père et Ria sa mère et les remercia tous deux pour leurs soutiens dans les moments difficiles. Il promit également de perpétuer la tradition des Kageneck : fidélité à la patrie, à l'Église et à la famille.
Le , le séjour du III./JG 27 était terminé. Désormais, l'objectif numéro 1 de Hitler se situait à l'Est : l'URSS.
Russie, entre gloire et déception Erbo von Kageneck ne fut guère enthousiaste quand son groupe se déplaça sur ce nouveau front. Outre la précipitation du départ qui posa des problèmes de logistique, le jeune pilote craignait comme de nombreux Allemands une guerre sur un second théâtre d'opération, qui plus est démesuré, alors même que l'Angleterre n'était pas encore vaincue. Mais l'aviation russe était constituée de chasseurs et de bombardiers dépassés, sans compter des tactiques de combat en deçà de celles des pilotes de la Luftwaffe, déjà aguerris dans les combats à l'Ouest. Pour un as comme Erbo tout comme d'autres, les victoires ne furent qu'une formalité. Le , il remporta son premier succès à l'Est, mais la JG 27 perdit ce jour-là le patron de l'escadre Wolfgang Schellmann. Erbo, lui, aligna les victoires mais aussi les sorties, jusqu'à sept à huit par jour, essentiellement dans des attaques au sol, considérées comme bien plus éprouvantes que les combats aériens. L'aviateur réalisa son premier triplé le et ajouta 16 victoires de plus à son palmarès en juillethttp://www.luftwaffe.cz/kageneck.html.