Le racisme en Russie est la manifestation de racisme de la part de résidents de Russie contre des groupes ethniques différents des leursМалахов В. С. Национализм как политическая идеология. — М.: КДУ, 2005. С. 190 (Malakhov V S le nationalisme comme idéologie politique)Шабаев Ю. П., Садохин А. П. Этнополитология: учебное пособие. — М.: ЮНИТИ-ДАНА, 2005. с. 147—148.
Le racisme se présente comme une base idéologique d'actes de violence dans un nombre de cas qui a atteint un pic de 690 durant l'année 2007. Le gouvernement russe assure que des moyens considérables sont mis en œuvre pour lutter contre le phénomène ; la critique assurant par contre que ces moyens sont insuffisants. Toujours est-il que les statistiques permettent de constater une diminution du nombre des victimes depuis 2007. thumb|400px|Nombre de victimes de racisme en Russie selon le centre "Sova".
Sources des agissements racistes
La racine de ce phénomène réside dans la conception de l'appartenance ethnique et raciale considérée comme critère de catégorisation de l'individu, ce qui se produit lorsque les seules caractéristiques biologiques et naturelles de tel ou tel groupe servent à le définir quant à ses particularités sociales et culturelles. Le développement de ce phénomène a contribué à développer les mythes du nationalisme russe. Ceux-ci ont été créés et se sont développés à partir d'interprétations controversées de théories et de stéréotypes liés à d'autres nations.
Dans son ouvrage « Les caractéristiques du racisme contemporain » Victor Schnirelmann remarque que les racines du racisme en Russie datent de l'époque soviétique, à une époque où, en dépit de l'internationalisme déclaré, durant les dernières décennies, une grande attention était accordée à la division ethnique de la société dans l'élite intellectuelle. Les groupes ethniques sont alors perçus comme des entités isolées les unes des autres, ayant leurs cultures et leurs langues et leurs « spécificités nationales ». Ils sont crédités de lourds stéréotypes concernant leurs comportements qui sont perçus comme immanents, inhérents à n'importe quel membre de leur communauté ethnique. Des théories semblables existaient non seulement parmi les intellectuels de différents peuples de l'URSS, dans l'esprit desquels elle servait de moyen de défense contre la politique de russification. Elles servaient aussi à l'exploitation et à la domination de peuples tout entiers qu'il était facile d'accuser de traitrise puis d'expulser. Se cachait derrière tout cela la croyance en un « caractère national » définissable par un ensemble de traits permanents, ce qui était rendu possible par une perception des groupes ethniques en tant qu'organismes fermés.
Au cours des dernières décennies la théorie allemande du suivant laquelle le concept de la nation est assimilable à un organisme vivant a connu une grande popularité en Russie. Elle s'introduisit dans la théorie ethnique sous l'aspect du concept d' « organisme ethnique et social ». Le dernier à avoir réhabilité l'approche raciale est selon Victor Schnirelmann l'historien Lev Goumilev, qui partagea les ethnies suivant des caractères biologiques. Goumilev développa la « théorie de l’ethnogenèse » qui contenait en elle les notions de « peuples mauvais » et de « relations inter-ethniques non-complémentaires ». Sur le plan politique ces conceptions ont mené au développement de l'Eurasisme, et plus tard, après la chute de l'URSS, au " néo-eurasisme " d'Alexandre Douguine par exemple.
Manifestations actuelles du racisme Schnirelmann et d'autres chercheurs estiment que le racisme est en pleine évolution, qu'il s'agit d'une adaptation à une situation nouvelle qui permet de parler avec raison d'un « nouveau racisme » Victor Schnirelmann Шнирельман В. (racisme en Russie contemporaine) // Межэтнические отношения и конфликты в постсоветских государствах: ежегодный доклад, 2003. М., 2004. С. 30.(relations inter-ethniques et conflits dans l'espace post-soviétique : communication annuelleМалахов В. С. Национализм как политическая идеология. М.: КДУ, 2005. С. 192—193.(Le nationalisme comme idéologie politique). Le nouveau racisme souligne l'identité du groupe qu'elle soit ethnique ou raciale (liée à des caractères anatomiques) ou encore mixte (raciale et ethnique) en attribuant à cette identité une valeur absolue. En Russie, le facteur ethnique a été associé pendant plusieurs dizaines d'années aux formes de discrimination liée au racisme. Il y a dès lors, plus de raisons d'y parler de liens entre le racisme et l'ethnicité. Un accent est mis par les racistes russes actuels sur l'impossibilité absolue de comparer les différentes cultures. Les tenants de cette "option" se battent dès lors pour la préservation d'une « culture pure » et pour une identité culturelle qu'aucun impact extérieur quel qu'il soit ne puisse atteindre.
L'historien russe Apollon Davidson, spécialiste de l'Afrique, dans un article sur « le racisme antiraciste » expose le point de vue du politicien nationaliste Nikolaï Lysenko leader du " Parti national-républicain russe " sur les relations entre les nations (en russe : Национально-республиканская партия России) en le citantauteur : Nikolaï Lysenko, Лысенко И. dans " Абсолютная идея нашего будущего". - Молодая гвардия, 1994, , page 25 ("Idée absolue de notre avenir"): Russes et Tchétchènes, Russes et Azerbaïdjanais, Russes et Noirs, Russes et Géorgiens, Russes et Ouzbeks, Russes et Arabes : les nations sont absolument non complémentaires (c'est-à-dire incompatibles). Cela signifie que nos intérêts seront exactement toujours contraires et que tout rapprochement l'un de l'autre à une distance proche d'un coup de fusil sera perçu comme une provocation. Dans un jugement semblable les caractéristiques socio-culturelles de tel ou tel groupe sont déterminées par des propriétés naturelles biologiques. Selon le chercheur V. S. Malakhova, peu importe que ces propriétés soient appelées « l'esprit national », « le type culturel », « la race ». Tous ces symboles remplissent la même fonction que celle du « sang » ou des « gènes » : ils veulent signifier la transmission héréditaire des traits sociauxМалахов В. С. Национализм как политическая идеология: учебное пособие. — М.: КДУ, 2005. С. 192—193.(Le nationalisme comme idéologie politique). Les chercheurs contemporains en matière de racisme et des traits caractéristiques de celui-ci qualifient de biologique l'appartenance à une nation. Cette conception de la nation est celle d'une communauté de « sang » à laquelle est rattachée une mythologie imaginaire propre à tel ou tel peuple particulierШабаев Ю. П., Садохин А. П. Этнополитология: учебное пособие. — М.: ЮНИТИ-ДАНА, 2005. С. 148. (Chabaev I et Sadokhine A. Ethnopolitologie.
I. P. Chabaev et A. P. Sadokhine, les auteurs de « Ethnopolitologie » remarquent que de nombreuses manifestations de racisme apparaissent en Russie qui sont devenues essentiellement communes : cela va de la profanation des cimetières russes aux pogromes à l'encontre des commerçants sur les marchés, aux meurtres des étudiants de couleur et des travailleurs immigrés. Les auteurs voient les causes de pareils phénomènes dans l'insensibilité de la société russe contemporaine au racisme et dans l'absence d'organisation d'une véritable politique régionale soucieuse de ce problèmeШабаев Ю. П., Садохин А. П. Этнополитология: учебное пособие. — М.: ЮНИТИ-ДАНА, 2005. С. 149.("Ethnopolitologie" par Chabaev et Sadokhine).
Valeri Tichkov estime qu'il est possible de constater que l'intolérance raciale est largement répandue dans les médias où tous les jours apparaissent des stéréotypes à propos de « ressortissants de nationalité caucasienne » considérés comme des éléments criminels et des étrangers indésirables Valeri Tichkov Тишков В. А. Реквием по этносу. — М.: Наука, 2003. С. 316.. Quant au directeur du Bureau de Moscou de défense des droits de l'homme ; Alexandre Brod, il affirme, se fondant sur une enquête, que la xénophobie est répandue parmi la moitié de la population de la fédération de Russie. Parmi les défenseurs des droits de l'homme et les experts qui s'en rapprochent le terme « racisme » devient en fait un synonyme de « xénophobie » Хабенская Е. О. Ксенофобия, национализм, расизм в реальном и виртуальном пространствах.
Le racisme contenu dans le nationalisme russe
Nikolaï Mitrokhine note l'existence dans les milieux nationalistes russes d'un mythe raciste à propos de l'État russe. Ce mythe consiste à prétendre que l'URSS, héritière de l'Empire russe, aurait été créée par des ethnies russes pour les ethnies russes. Mitrokhin démontre que ce mythe est contredit non seulement par l'analyse des faits historiques, mais par les principes mêmes qui fondent cet Empire(Mouvement des nationalistes russes en URSS de 53 à 85).
Dans son article « Les mythes du racisme moderne en Russie » Victor Schnirelmann écrit qu'une partie des nationalistes russes, après la dislocation de l'URSS et face aux problèmes que cela soulevait proposaient pour les résoudre, de refonder un Empire russe. Certains justifièrent leur choix sur base de la théorie du Primordialisme, qui ne se base pas tant sur les réalisations de la science, mais plutôt sur des textes apocryphes, tel le „Livre de Vélès“, créé au sein de l'émigration russe au début du . En s'appuyant sur des théories contemporaines liées à l'étude de la question indo-européenne ils ont créé un concept non scientifique de proto-indo-européens pour désigner les slaves de la Rus'. L'écrivain Vladimir Tsivilikhine identifie les Varègues de la Rus' avec les Slaves et insiste sur le fait de l'existence d'une état slave bien avant l'existence de la Rus' de Kiev. En outre une série d'erreurs de méthodologie ont joué un grand rôle dans l'apparition du mythe raciste russe. Ce sont celles de l'ancien directeur de l'Institut d'archéologie de l'académie des sciences de Russie et de l'académicien Boris Rybakov. Celles liées à la théorie d'Oleg Troubatchov à propos de la parenté et des contacts étroits entre les slaves et les indo-européens dans la Nouvelle Russie (région historique) et aussi le mythe de la « famille Arctique » de l'indiologue Natalia Gouseva(mythes sur le racisme).
Victor Schnirelmann remarque que l'origine du développement et de la diffusion de l'idéologie néo-nazie résulte souvent des interventions d' « interprètes habiles qui utilisent pour leurs exposés sur des théories de spécialistes un langage simple pour manipuler par leurs idées des écrivains, des journalistes, des étudiants, des dilettantes qui ne s'y retrouvent déjà pas dans leur propre discipline ». Schnirelmann explique les raisons de l'attrait pour le « mythe aryen » par la symbolique de l'image du Grand Nord russe et des craintes liées à l'intégrité territoriale à conserver, pour ces régions où les russes vivent depuis des millénaires. Également, par la possibilité de se trouver un ennemi extérieur, sur les épaules duquel on peut faire peser la responsabilité des malheurs actuels de la Russie.
L'historien N. G. Cherbakov, membre du conseil près le Ministère de la justice de la fédération de Russie étudie les documents à contenu religieux pour y retrouver des signes de l'extrémisme. Il remarque qu'actuellement en Russie les « noirs », ont cessé d'être considérés comme les seuls représentants d'ethnies étrangères. On trouve à leur place des « Caucasiens » « Azéris », « Daguestanais », etcЩербаков Н. Г. Идеологи современного отечественного расизма // Европоцентризм и афроцентризм накануне XXI века: африканистика в мировом контексте. — М.: ИВИ РАН, 2000. С. 98.(Cherbakov N. G. les idéologies du racisme national).