L'oaristys est un genre poétique grec antique ayant pour thème les conversations entre deux amoureux. Après l'Antiquité, il connaît une postérité dans la poésie européenne à l'époque moderne et contemporaine.
Définition Emprunté au grec oaristys (οαριστύς) : « rencontre amoureuse », ce terme, entré dans le dictionnaire de Trévoux en 1721 sous la forme oariste« Terme de Poésie Grecque. Ce mot signifie un Dialogue entre un mari et sa femme, tel que celui qui est dans le livre de l'Iliade, entre Hector et Andromaque », fut acclimaté sous la forme oaristys à partir du titre de la traduction par André Chénier, en 1794, de la idylle de ThéocriteL'attribution de cette idylle à Théocrite est controversée. Il prit alors le sens de poème formé d'un dialogue familier, tendre, amoureux ou à connotation érotique.. L'oaristys connut une certaine vogue pendant la période du Symbolisme. Charles Cros intitula ainsi Oaristys un des poèmes de son recueil Le Coffret de Santal.. Le mot apparaît aussi dans le poème de Paul Verlaine "Voeu", l'un des Poèmes saturniens, titre du premier recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1866 chez l'éditeur Alphonse Lemerre. Signifie aussi un entretien tendre et familier.
Exemples
Homère : Iliade - Rhapsodie VI André Chénier : L'Oaristys Ponce-Denis Écouchard Le BrunŒuvres de Ponce-Denis Écouchard Le Brun, éd. de P.L. Guinguené, t. II, Gabriel Warée, 1811, p. 363 :
L'OARISTYS ou DIALOGUE AMOUREUX ENTRE DAPHNIS ET UNE BERGÈRE, IDYLLE DE THÉOCRITE.
DAPHNIS. Hélène aima Pâris ; ah ! ton baiser flatteur M'apprend qu'une autre Hélène aime un autre pasteur! LA BERGÈRE. Sois moins fier d'un baiser ; fugitive caresse ! DAPHNIS. Le baiser qui s'enfuit laisse une douce ivresse. LA BERGÈRE. Il profane ma bouche, et je veux l'essuyer. DAPHNIS. Du moins permets qu'un autre efface le premier. LA BERGÈRE. Va baiser tes brebis, non de jeunes bergères. DAPHNIS. La jeunesse est rapide, et ses fleurs passagères. LA BERGÈRE. Va! je crains peu des ans les retours importuns. La rosée qui n'est plus revit dans ses parfums. DAPHNIS. Viens sous ces oliviers ; j'ai deux mots à te dire. LA BERGÈRE. Déjà par ces discours tu m'as voulu séduire. DAPHNIS. Viens sous l'orme écouter ma flûte et ses doux sons. LA BERGÈRE. Amuse-toi, berger ; moi, je hais les chansons. DAPHNIS. Crains Vénus, crains l'Amour, que ta rigueur offense. LA BERGÈRE. Je les brave tous deux ; Diane est ma défense. DAPHNIS. Tremble ; l'Amour écoute, et ses rêts sont tendus. LA BERGÈRE. Traître! que fait ta main ? Cesse, et n'y reviens plus. DAPHNIS. Tu crois donc éviter l'Amour inévitable ? LA BERGÈRE. Tu crois donc m'asservir à son joug redoutable ? DAPHNIS. Peut-être me fuis-tu pour un moins digne amant ? […] Louis Poinsinet de SivryThéâtre et œuvres diverses, 1764, p. 301 : L'OARISTYS, OU DIALOGUE AMOUREUX. DAPHNIS. Hélène sur les flots suivit l'heureux Pâris, Mais Pâris, comme moi, n'embrassa point Chloris. CHLORIS. Ce qui te rend si fier doit causer peu d'envie. DAPHNIS. Pour un second baiser je donnerois ma vie. CHLORIS. J'en vais laver l'injure au plus prochain ruisseau. DAPHNIS. Va; mais compte au retour sur un baisr nouveau. CHLORIS. Caresse tes moutons, laisse en paix les bergères. DAPHNIS. Tes dédains font le prix de mes ardeurs sincères ! Songe que la beauté passe comme une fleur. CHLORIS. La rose en se fanant conserve son odeur. DAPHNIS. Suis-moi sous ces vergers ;... Chloris, tu me refuses. CHLORIS. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je connois tes ruses. DAPHNIS. Viens à l'ombre des bois entendre mes doux sons. CHLORIS. Chante pour toi, berger. Moi, je pleure aux chansons. DAPHNIS. Crains Vénus, crains son fils. CHLORIS. Crains toi-même, profane ! J'ai contre moi Vénus, mais j'ai pour moi Diane. DAPHNIS. Dans les filets d'Amour nous te verrons tomber. CHLORIS. Diane à ces périls sçaura me dérober. Redoute enfin ma haine, ou cesse ta poursuite. DAPHNIS. Je te suivrai partout ; cesse une vaine fuite. CHLORIS. J'échapperai ; mais toi, ton amour te suivra. DAPHNIS. À quelqu'indigne amant l'Hymen te soumettra. CHLORIS. Mille ont brulé pour moi ; j'ai ri de leur faiblesse. DAPHNIS. Du plus ardent de tous, couronne la tendresse. CHLORIS. Non, non. Je fuis l'Hymen & ses tristes soupirs. DAPHNIS. L'Hymen qu'on t'a fait triste, est semé de plaisirs. […] Balzac a donné au chapitre 11 des Paysans le titre : XI. L'oaristys, églogue [sic pour : idylle] de Théocrite, peu goûtée en cour d'assises Charles Cros : Sonnet d'oaristys Catherine Ballay, Oaristys, Éditions le manuscrit, 2006 Eugenio de Castro, Oaristos, 1890, trad. de Raymond Bernard, Oaristys, Cahors, 1934Cité dans : Germaine Forges, Didactique des langues, traductologie, et communication, De Boeck, 1998, p. 144 :
Sources
Voir aussi
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