vignette|Le K-186 Omsk, un sous-marin de classe Oscar II semblable au Koursk. Le naufrage du K-141 Koursk est un accident maritime ayant eu lieu le samedi pendant un important exercice de la Marine russe en mer de Barents. Ce naufrage fit (, cinq officiers et deux ingénieurs).

Le sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière K-141 Koursk, de (en ), était en train de préparer le chargement d'une torpille d'entraînement Type 65-76 « Kit » lorsque plusieurs explosions causèrent le naufrage du navire.

Les bâtiments russes participant à l'exercice enregistrèrent l'explosion sans en connaître l'origine. La seconde explosion, bien plus importante, eut lieu deux minutes et quinze secondes plus tard et fut tellement puissante qu'elle fut enregistrée par des sismographes jusqu'en Alaska. vignette|Localisation du naufrage. La marine russe ne réagit que six heures après l'explosion. Les bouées de secours ayant été intentionnellement désactivées, la localisation précise de l'épave prend plus de seize heures. Pendant les quatre jours suivants, les équipes de sauvetage russes utilisent quatre cloches de plongée et sous-marins de sauvetage différents pour essayer de s’arrimer à la trappe d'évacuation, sans succès. Les mesures mises en place par l'état-major russe sont critiquées pour leur lenteur et leur inefficacité.

Dans un premier temps, le gouvernement diffuse de fausses informations au public et aux médias à propos de la chronologie de l'accident. Le cinquième jour suivant le naufrage, les Russes acceptent finalement les offres d'assistance britanniques et norvégiennes. Sept jours après le naufrage, des plongeurs norvégiens parviennent à ouvrir une trappe de sauvetage dans le , espérant y trouver des survivants, mais ils les retrouvent noyés.

Il est ultérieurement déterminé que vingt-trois marins des à 9 survivent aux deux explosions et trouvent refuge dans le . Ils survivent plus de six heures avant qu'une cartouche destinée à maintenir l'air respirable n'entre en contact avec l'eau de mer, déclenchant une explosion et une consommation instantanée de tout l'oxygène présent dans le compartiment.

Pendant l'enquête, la marine russe avance plusieurs causes possibles pour expliquer le naufrage du sous-marin, y compris la collision avec un bâtiment de l'OTAN.

À la suite de cet accident, le gouvernement russe fut critiqué pour la lenteur et l'inefficacité des mesures mises en place, ainsi que pour avoir minimisé et nié l'état réel de l'équipage, affirmant que des communications avaient été établies et que des opérations de sauvetage étaient en cours, justifiant ainsi le refus d'aide proposée par plusieurs gouvernements étrangers.

Sous-marin Le sous-marin impliqué est le K-141 « Koursk » est un sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière russe (code OTAN : SSGN) du projet 949A « Anteï » (classe Oscar-). Mis en service en 1994, il a la réputation d'être insubmersible.

Le sous-marin possède une double coque en acierSa coque externe, en acier AK-33 mesurait de 45 à d'épaisseur et était entièrement recouverte d'un revêtement anéchoïque externe avec protection pour navigation dans les glaces arctiques., avec un espace de entre les deux coques.., neuf compartiments étanches et était long comme deux avions gros porteurs. Il avait une réputation quasi mythique et il se disait alors que le Koursk était en mesure de résister à un tir de torpille.

Le Koursk avait peu de temps auparavant gagné une citation pour ses excellentes performances et était reconnu pour avoir le meilleur équipage de la Flotte du Nord.

Le Koursk est l'un des rares navires autorisés à transporter une charge de combat à tout moment. Son armement comprend dix-huit missiles antinavires SS-N-16 « Stallion » et vingt-deux missiles de croisière SS-N-19/P-700 « Granit » pouvant être doté d'une ogive nucléaire de et qui sont dotées d'une technologie d'autoguidage. Le peu d'informations dont disposent les Occidentaux sur l'armement du Koursk explique le nombre particulièrement élevé de navires d'espionnage présents sur la zone : deux sous-marins américains, un sous-marin britannique, un navire d’intelligence électronique de l’OTAN, des satellites, ainsi qu’un navire d'espionnage norvégien, le Mariata.

Comme le signalera le magazine Scientific American, les services de renseignement américains savent que des officiels chinois sont présents en tant qu’observateurs. Dans sa politique de construction d'une Russie forte, Vladimir Poutine vend des armes à des pays ennemis des États-Unis, tout en sachant qu’il a également besoin des États-Unis pour son développement économique.

Torpilles embarquées

Torpilles Tolstouchka Selon la thèse officielle, le sous-marin devait lancer deux torpilles d'exercice, de type 65-76 (plus familièrement Tolstouchka, « grosse fille »)Torpille 65-76 : ( de diamètre, de long), date de conception, 1976 (amélioration d’un dessin de 1953) sur le navire amiral de la flotte du Nord, le , un croiseur à propulsion nucléaire de .

Le système de propulsion des torpilles 65-76 est basé sur une réaction chimique entre le peroxyde d'hydrogène concentré et l’eau. La réaction chimique pousse les gaz résultants vers la turbine. Le peroxyde d’hydrogène est contenu dans un réservoir en métal à l’intérieur de la torpille. Très corrosif, il impose un entretien très régulier des torpilles, avec le changement du réservoir de peroxyde si nécessaire. Si un feu lèche l’enveloppe de la torpille, le peroxyde d’hydrogène se met à bouillir puis explose. Les mémos de sécurité des arsenaux de la marine donnent un délai maximum de deux minutes d’exposition au feu avant explosion de la torpille.

Torpilles Chkval Selon une autre thèseJean-Michel Carré « Koursk », un sous-marin en eaux troubles, diffusé sur France 2 dans l'émission InfraRouge du ., le peroxyde d'hydrogène ne serait plus utilisé depuis des années en raison des risques qu'il présente ; en revanche, le Koursk devait lancer la dernière version d'un autre type de torpille, une Chkval, qui se caractérise par une propulsion à la vitesse exceptionnelle de (au lieu de pour les torpilles classiques). La Chine en ayant déjà acheté, la présence de deux officiels chinois accrédite l'hypothèse que ces manœuvres étaient l'occasion de faire une démonstration de la nouvelle version.

Déroulement de l'exercice naval

Début Dans la matinée du , le Koursk participe à l'exercice « Summer-X », le premier exercice naval à grande échelle planifié par la Marine russe depuis plus de dix ans, et le premier depuis la chute de l'Union soviétique. Il rassemble de surface et trois sous-marins. L'exercice devait, selon les termes de Poutine, « rappeler au monde que la Russie est une force incontournable sur les océans de la planète ».vignette|Description des neuf compartiments du sous-marin Koursk. À heure locale, le Koursk demande à la tour de contrôle du Pierre le Grand la permission de se placer en observation périscopique, à de profondeur et de procéder au tir de la torpille d'entraînement. Il reçoit en réponse « Dobro » (en ). Le Koursk interrompt alors toute communication.

Des satellites occidentaux révèlent que des navires russes se rapprochent alors du Koursk, des avions de chasse russes armés de bombes nucléaires décollent de leurs bases pour survoler les manœuvres. Selon les accords SALT, l’OTAN aurait dû être prévenu. Le haut commandement de la Flotte du Nord refuse de leur donner le moindre éclaircissement. Certains sous-mariniers du Koursk reçoivent l’ordre de passer des combinaisons spéciales de survie.

Après un retard considérable, le sous-marin s'apprête à tirer deux torpilles d'entraînement sur le croiseur de bataille de (Piotr Veliki), le vaisseau amiral de la Flotte du Nord. À heure locale, une torpille d'entraînement Type 65-76 « Kit », (surnommée en , ou « grosse fille », en raison de sa taille), dépourvue d'ogive est chargée dans le tube lance-torpilles du Koursk situé à tribord. Ce type de torpille mesure de long et pèse .

Première explosion vignette|L’Autorité de radioprotection norvégienne analysant les relevés sismiques des explosions à bord du Koursk le 12 août 2000. À ( UTC), les détecteurs sismiques du Réseau de surveillance sismique norvégien (NORSAR) et d'autres stations de par le monde enregistrent une explosion d'une magnitude de 1,5 sur l'échelle de Richter. La localisation de l'explosion est estimée à , au nord-est de Mourmansk, à environ de la Norvège et de la péninsule de Kola.

Elle dégage une puissance équivalente à de TNT.

L'explosion a lieu à l’avant du sous-marin dans le compartiment des torpilles, endommage sérieusement la salle de commandement, tuant ou blessant gravement tous les officiers présents, dont le commandant. Elle déclenche un incendie dont la température sera par la suite estimée à .

Une première voie d'eau est constatée et l'alerte maximale est déclenchée. Dans pareille situation, les procédures exigent que le commandant ordonne le remplissage d'air des ballasts pour faire remonter le sous-marin en surface mais l'ordre n'est pas donné, probablement parce que plus personne n'est en mesure de le faire dans le poste de commandement ravagé par l'explosion.

Seconde explosion

L'incendie résultant de la première explosion déclenche la détonation, à d'entre cinq et sept ogives de torpilles après que le sous-marin a touché le plancher marin.

Cette seconde explosion produit un trou de dans la coque du sous-marin. Bien que le Koursk ait été conçu pour supporter la pression qui s’exerce à une profondeur de , les explosions internes causent l'effondrement des à 3 et de tous les ponts et conduisent à l’inondation des et 5, tuant tous les marins présents dans les compartiments situés avant le réacteur nucléaire.

L'explosion, triangulée à , montre que le sous-marin avait parcouru entre la première et la seconde explosion. Les données sismiques récoltées dans différentes stations situées en Europe du Nord montrent que la seconde explosion a lieu à la même profondeur que celle du fond marin. Le délai entre les deux explosions est suffisant pour lui permettre de couler à une profondeur de .

En plongée, sont normalement affectés aux quatre premiers compartiments alors que sont affectés aux cinq compartiments arrière. Il est probable que les hommes présents dans les quatrième et cinquième compartiments, aient essayé de passer dans le troisième compartiment afin de tenter d’atteindre la capsule de secours, située dans le kiosque, qui était capable de faire remonter tout l'équipage à la surface. La seconde explosion fait s’effondrer les trois premiers compartiments, tuant tous ceux qui étaient encore potentiellement en vie dans ces compartiments. L’eau de mer s’y engouffre au rythme de par seconde. Parmi les victimes du naufrage figurent cinq officiers de la division de SSGN et deux ingénieurs présents à bord pour observer les performances des nouvelles batteries installées sur une torpille USET-80, dont le tir était prévu dans un deuxième temps.

Le cinquième compartiment, qui contenait les deux réacteurs nucléaires de type OK-650, avait été conçu pour résister à des pressions supérieures avec des cloisons renforcées. Tout comme la coque, ces cloisons devaient pouvoir résister à la pression qui s’exerce à de profondeur. Les réacteurs avaient été en outre enchâssés dans d'acier et montés de façon à pouvoir absorber des chocs supérieurs à . Les cloisons du cinquième compartiment résistèrent aux deux explosions, permettant aux deux réacteurs de s'arrêter automatiquement et d’empêcher la fusion du cœur et la contamination de la mer.