vignette|Caricature de Napoléon III se faisant corriger par les soldats prussiens et Guillaume . La presse satirique est un genre de presse écrite qui utilise l'humour, l'ironie, la caricature, le sarcasme ou la parodie pour commenter et critiquer l'actualité. Elle ne cherche pas à informer de manière neutre ou objective, mais à dénoncer, ridiculiser ou faire réfléchir par le biais du rire ou de la provocation.

En France, elle apparaît lors de la Révolution française de 1789, à la faveur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui proclame en ses articles 10 et 11 la liberté d'opinion et d'expression. Elle connaît ensuite un essor particulier sous la monarchie de Juillet.

Style et buts

Faire rire le lecteur en donnant une image volontairement déformée de la réalité, tel est l'un des buts de la presse satirique, but commun à la caricature, utilisée à l'origine dans la presse satirique avant qu'elle n'intègre également la presse généraliste. Mais si le , comme le définit Souleymane Bah dans une thèse soutenue en 2004, la presse satirique n'a pas pour seul but de divertir : il s'agit in fine de dénoncer les travers et les fautes morales observés au sein de la société, notamment chez les puissants.

Histoire En Europe Allemagne vignette|upright=0.6|Première édition de Kladderadatsch en mai 1848. L'Allemagne voit ses premiers titres satiriques d'envergure paraître au cours du , à l'image de la France et du Royaume-Uni. Kladderadatsch, fondé à Berlin en 1848 et engagé politiquement, est longtemps populaire ; il devient antisémite dans les années 1920 et cesse de paraître en 1944. Fliegende Blätter, hebdomadaire humoristique à caractère apolitique, paraît quant à lui de 1845 à 1944. En 1872, Rudolf Mosse lance l'hebdomadaire Ulk, qui devient en 1911 le supplément de deux quotidiens allemands ; sa publication se poursuit jusqu'en 1933. Simplicissimus, créé à Munich en 1896 et publié de manière discontinue jusqu'en 1964, s'intéresse à l'autorité et aux injustices. En 1896 naît également Jugend, une revue littéraire et artistique aux textes satiriques qui disparaît en 1940, malgré des opinions esthétiques proches de celles national-socialistes .

Après la Seconde Guerre mondiale est publié à Berlin de 1945 à 1954 Ulenspiegel, qui joue un rôle important dans le renouveau démocratique d'alors et la liberté d'expression qui le caractériseGiles Scott-Smith, Hans Krabbendam, The cultural Cold War in Western Europe, 1945-1960 Frank Cass Publishers (2003), 294–96. . Le voit aussi la création de Eulenspiegel – seul journal satirique de RDA – en 1946 et du mensuel Titanic, en 1979, à la large diffusion et toujours publié.

Belgique Le premier titre satirique illustré belge, Le Manneken, voit le jour en 1827. En 1838, une copie du Charivari français est publiée à Bruxelles – avec un jour de décalage par rapport à l'édition parisienne ; elle se transforme en 1854 en Charivari belge et bénéficie dès lors de dessins originaux.

En Belgique, la liberté de la presse est garantie dès la Constitution de 1831, ce qui permet le développement de feuilles satiriques, mais n'empêche pas que celles-ci fassent l'objet de pressions et procès. Les journaux satiriques Méphistophélès et L’Argus seront ainsi l'objet de poursuites en 1847 pour injure envers , poursuites qui n'aboutiront toutefois pas. vignette|left|upright=0.6|Uylenspiegel (non-daté). Le est marqué par l'opposition entre cléricaux catholiques et libéraux, auxquels s'ajoutent un temps les unionistes – ils prônent une alliance entre les précités contre la politique du roi des Pays-Bas ; cette vive confrontation offre un terreau fertile au développement de la presse satirique, notamment anti-cléricale. D'autant qu'en 1848, le droit de timbre est aboli. Comme l'explique Laurence Van Ypersele, docteur en histoire à l'Université catholique de Louvain :

Ainsi, Baes Kimpe, journal néerlandophone libéral et radicalement anti-clergé, est quant à lui fondé en 1857 à l'occasion des élections communales belges. Baes Kimpe est publié jusqu'en 1859 et voit sa diffusion atteindre les – un nombre élevé pour l'époque . À l'inverse, les titres satiriques cléricaux se font rares. Les deux seuls notables, toujours selon Laurence Van Ypersele, seraient Le Tirailleur (1881-1891) et son successeur Le Sifflet (1904-1914).

Pourquoi Pas ?, fondé en 1910, est essentiellement consacré à la politique jusqu'à sa disparition en 1989. En 1945 est créé Pan, inspiré du Canard enchaîné français et très lu du « Tout-Bruxelles ». Toujours en langue française, parait en 1990 Ubu-Pan, à caractère politique. En néerlandais, 't Pallieterke, une revue satirique conservatrice, est publiée depuis 1945.

En 2010, Le Poiscaille voit le jour dans la région de Liège ; bimensuel satirique, il est animé par des bénévoles.

En 2014 naît le site Nordpresse qui parodie le tabloïd Sudinfo ; l'auteur de ce site en crée d'ailleurs d'autres qui prodiguent aussi de fausses informations.

France thumb|200px|right|Louis-Philippe métamorphosé en poire (dessin de Ch. Philipon). Les journaux satiriques apparaissent en France avec la Révolution françaiseFabrice Erre, « L'arme du rire : la presse satirique en France 1789-1848 », thèse soutenue en 2007 à l'université Panthéon-Sorbonne .. Cependant, ils eurent un essor considérable sous la monarchie de Juillet. En effet, observateurs critiques de leur temps et, bien souvent, des gouvernants, ils ne peuvent se développer qu'avec une liberté de la presse minimale. Les titres satiriques sont ainsi bien souvent – avec les journaux d'opinion – les premières victimes de la censure.

Dans la première moitié du , l'image – essentiellement la caricature – est souvent privilégiée, à une époque où l’illettrisme demeure important ; la presse satirique est la première à s'approprier réellement l'image pour la fabrication de son discours.

De 1830 à 1835, la presse satirique connaît une phase d'expansion importante due à la grande liberté de la presse qui prévaut alors – celle-ci découle de la Charte de 1830, qui abolit la censure, mais cesse avec les lois de , qui instituent un contrôle préalable à la parution. Fondé en 1829 et jusque-là à vocation artistique, le journal illustré La Silhouette devient partisan et satirique – il est même condamné en pour une caricature du roi Charles X de France. Nés durant cette période, Le Corsaire (1823), La Glaneuse (1831, Lyon), La Caricature (1830) et Le Charivari (1832) – républicains – ainsi que Le Revenant (1832) et Le Brid’Oison (1832) – légitimistes – dénoncent Louis-Philippe et la monarchie de Juillet. Le directeur de La Caricature et du Charivari, Charles Philipon, caricature le roi Louis-Philippe en poire à des fins satiriques ; le procédé remporte un grand succès et se répand à travers le pays.. Pour contrer l'opposition qu'il rencontre, le régime met la main sur Le Figaro (quotidien satirique fondé en 1826) en et crée en octobre de la même année La Charge, aux fins satiriques. Si le tirage de ces journaux demeure limité au regard d'autres titres de la même époque, leur influence politique n'en demeure pas moins réelleJean-Pierre Aguet, « Le tirage des quotidiens de Paris sous la Monarchie de Juillet », La Revue suisse d’histoire, tome X, fascicule 2, 1960, p. 278..

Au cours de ce siècle, de nombreux autres titres satiriques se créent et disparaissent : Le Hanneton (1862-1868), Le Nain Jaune (1863-1876), La Lune (1865-1868), L'Éclipse (1868-1876), Le Grelot (1871-1903), La Petite Lune (1878-1879), Monde plaisant (1878-1885), Les Hommes d'aujourd'hui (1878-1899), Le Droit du peuple illustré (1879-1881), etc.

Créé opportunément en 1894 alors qu'éclate l'affaire Dreyfus, Le Rire, hebdomadaire humoristique à tendance satirique, remporte un grand succès durant la première moitié du ; il cesse de paraître en 1950.

La presse satirique poursuit son développement dans la première moitié du – 1902 voit ainsi naître L'Assiette au beurre, journal satirique anarchiste – mais disparaît presque totalement durant la Première Guerre mondiale, sous l'effet conjoint de la pénurie d'auteurs due à la mobilisation, des difficultés économiques et de la censure. Naissent toutefois en 1915 Le Canard enchaîné, titre satirique et d'investigation toujours publié aujourd'hui, La Baïonnette, consacré à la Grande Guerre qu'il dépeint avec humour, ainsi que Le Crapouillot, journal de tranchées satirique qui perdure après-guerre. De 1908 à 1919 paraît aussi Les Hommes du jour, une feuille d'inspiration libertaire, qui dresse chaque semaine le portrait d'une personnalité, généralement politique.

Le mensuel Hara-Kiri est lui publié de 1960 à 1985, avec des périodes d'interdiction par la censure. Sa version hebdomadaire Hara-Kiri hebdo, interdite en 1970, renaît peu après sous le nom de Charlie Hebdo qui paraît jusqu'en 1982. Minute, hebdomadaire satirique de droite puis d'extrême-droite, est créé en 1962. Paraissent sur de courtes périodes Siné Massacre (1962-1963), ouvertement anti-gaulliste, L’Enragé (1968), dont le succès est grand lors de Mai 68, et La Grosse Bertha (1991-1992), engagé à gauche. Une partie de l'équipe de La Grosse Bertha quitte le journal en 1992 pour relancer Charlie Hebdo.

Au , Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo font figure de principaux titres satiriques. Sont créés lors des décennies 2000 et 2010 Siné Hebdo (2010) puis Siné Mensuel (2011), après que Siné a quitté Charlie Hebdo en 2008Voir l'article « Affaire Siné »., ainsi que le site Internet Bakchich (2006). Il existe également des publications satiriques régionales : le mensuel Le Ravi (2003) à Marseille, le bimestriel Le Fakir (1999) à Amiens, lequel s'ouvre à des sujets nationaux à partir de 2009, etc.

Sur le web, les articles de sites comme El Manchar, Le Gorafi, Le Journal de Mourréal ou Nordpresse commentent des événements réels ou imaginaires avec un ton satirique, se faisant les pastiches de la presse traditionnelle.

Irlande L'Irlande possède un journal d'investigation politique au ton satirique, The Phoenix, créé en 1983 et toujours publié .

Italie Les premiers journaux satiriques italiens apparaissent au cours du . En 1856, Il Pasquino est fondé à Turin, afin d'offrir une vitrine à Casimiro Teja. Ce journal satirique ne disparaît qu'en 1930 sous le fascisme. À Bologne est fondée La Rana (de 1864 à 1900) et à Milan Lo Spirito Folleto (1848). La nouvelle capitale, Rome, voit naître en 1892 L'Asino, un journal satirique engagé à gauche. En 1907 naissent deux périodiques nommés Il Mulo : l'un disparaît en 1908, l'autre en 1925. Il Becco Giallo, fondé en 1926, est un influent magazine satirique antifasciste des années 1920 ; il est contraint à l'exil en 1926 et trouve refuge en France, où il paraît jusqu'en 1931Adolfo Chiesa, La satira politica in Italia: con un'intervista a Tullio Pericoli, 1990, 38 . Pino Zac crée en 1978 Il Male, l'un des magazines satiriques italiens les plus célèbres, avec une diffusion qui atteint parfois les ; il disparaît en 1982 mais renaît en 2011. En 1982 à Livourne est créé Il Vernacoliere, un mensuel axé sur la satire politique et sociale initialement diffusé en Toscane ; il est toujours publié .

Royaume-Uni vignette|left|upright=0.6|La couverture de Punch, en 1867. La presse satirique apparaît au Royaume-Uni à l'époque victorienne (), soit plus tardivement qu'en France. Le plus influent des titres satiriques anglais – il est publié jusqu'en 2002 – est fondé en 1841 : Punch. Inspiré du Charivari français, dont il tire son nom initial – The London Charivari –, il paraît chaque semaine, met l'illustration à l'honneur et est destiné aux classes supérieures. D'autres journaux lui embrayent le pas, tels l'hebdomadaire Fun, lancé en 1861, ou Judy, hebdomadaire humoristique au ton plus policé, fondé en 1867 ; tous deux sont davantage bon marché.