Le prieuré Saint-Christophe-en-Halatte est un ancien prieuré clunisien, dépendant du prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, et situé sur la commune de Fleurines (Oise), en France. Il remplace une ancienne abbaye appauvrie, qui est relevée en 1061 par le seigneur Galeran de Senlis. Les moines n'observant pas la discipline, il décide de les soumettre à la règle stricte de l'ordre de Cluny, qui n'accepte que des prieurés. La fondation a lieu en 1083 par le don de l'ancienne abbaye au prieuré de La Charité. Le nouvel établissement est richement doté, et devient l'un des principaux propriétaires forestiers de la région. L'église du prieuré est édifiée entre 1150 et 1160 environ dans le style gothique primitif, encore largement influencé par le roman, par des artisans impliqués dans le chantier de la cathédrale Notre-Dame de Senlis. L'histoire administrative du prieuré est connue dans maints détails, de même que son histoire économique, mais l'on ignore tout sur sa vie spirituelle, même le nombre de religieux ayant formé la communauté n'étant pas connu. Le prieuré détient la justice seigneuriale sur ses terres. Tout au long de l'histoire du monastère, les procès en justice concernant l'exploitation et l'usage de la forêt sont fréquents. La plupart des prieurs défendent jalousement leurs droits, que l'administration royale et d'autres personnes essaient souvent d'usurper. Le prieuré tombe en commende assez tôt, au milieu du , bien avant le concordat de Bologne. Au milieu du , tout le prieuré est mis en location sauf le logis du prieur, qualifié d'hôtel seigneurial dans les actes. Il n'y a apparemment plus qu'un seul religieux vivant sur place, le prieur commendataire résidant souvent ailleurs. Nonobstant, un nouveau palais abbatial est édifié en 1764, et tous les bâtiments anciens sauf le transept et le chœur de l'église sont abattus. Le dernier prieur, François de Pierre de Bernis, est installé en 1765. Nommé vicaire général de l'archevêque d'Albi en 1782, il ne peut plus venir à Saint-Christophe, et l'ensemble du prieuré est mis en affermage en 1784, y compris le « château ». En 1791, la vente du prieuré et de ses propriétés foncières comme bien national met un terme définitif à la vie religieuse. Le château demeure une résidence particulière, dans les années 1890 le domaine est acheté par Paul Adrien Joseph Argand le directeur des grands magasins " a la place Clichy " , son fils Pierre Marie Argand y habitera avec sa femme Marie Madeleine Delettrez , la fille de Georges Felix Delettrez le parfumeur parisien , le château, les écuries la ferme et les terres sont revendus dans les années 1935 ,la famille Argand s’installant au cœur du village de Fleurines au 17 rue de Paris, puis le château devient une « colonie sanitaire » en 1938, et un ITEP en 1966. La ruine de la chapelle a été classée monument historique par décret du .. Pendant plusieurs décennies, elle a encore accueilli les messes de la Saint-Hubert jusqu'à une date récente. Le prieuré est aujourd'hui rattaché à la paroisse Sainte-Maxence de Pont-Sainte-Maxence.
Localisation thumb|left|Vue depuis la butte de Saint-Christophe vers l'ouest, sur les premières maisons de Fleurines.
L'ancien prieuré Saint-Christophe-en-Halatte se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Parc naturel régional Oise-Pays de France et près de la forêt d'Halatte, sur la commune de Fleurines, dans le hameau de Saint-Christophe, à une altitude de . C'est le point culminant du hameau, qui est implanté sur le sommet d'une butte témoin dominant largement le bourg de Fleurines, et la partie occidentale de la forêt d'Halatte jusqu'à Verneuil-en-Halatte et Creil. En effet, seulement le secteur oriental du massif autour du mont Pagnotte (commune de Pontpoint) présente des altitudes plus importantes. Le site du prieuré s'apparente à un promontoire par rapport au bourg de Fleurines, car la dénivelée est particulièrement importante vers l'ouest, et la terrasse derrière l'ancien logis du prieur offre une large vue panoramique. Du fait des particularités du terrain, les terres autour du sommet ne sont pas cultivées, et la colline est ainsi mise en exergue. Le hameau de Saint-Christophe consiste en grande partie de l'ancien prieuré ; des bâtiments de l'institut thérapeutique, éducatif et pédagogique « le Château » ajoutés depuis sa fondation ; et d'une exploitation agricole. Il n'y a qu'une poignée de maisons individuelles. Du prieuré, subsistent concrètement l'ancienne église, le logis du prieur dit « château de Saint-Christophe » et la « ferme des Moutons blancs ». Cette dernière se situe à l'extrémité d'une impasse, au nord du site historique du prieuré.
Histoire Les origines
Depuis une époque incertaine, une petite abbaye (abattiola) est implantée sur une colline dans la forêt d'Halatte, qui depuis l'époque mérovingienne porte le nom Hermenc. D'après Amédée de Caix de Saint-Aymour, ce terme serait dérivé de Hermès (Mercure), et rappelle l'existence ancienne d'un lieu de culte païen dédié à cette divinité.. L'on ignore tout sur cette abbaye, sauf qu'elle est sise sur des terres appartenant au chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, et qu'elle est fort pauvre. En 1061, les chanoines décident de la donner, avec l'accorde de l'évêque Guilbert ou Goisbert et du clergé de l'église, à un seigneur du nom de Waleran ou Galeran de Senlis, écuyer et grand chambrier de France. Galeran est donc un personnage influent et proche du roi, et paraît à ce titre digne de confiance. Au , Saint-Christophe-en-Halatte est du reste un séjour apprécié par les rois, comme l'attestent de nombreuses chartes datées de Saint-Christophe. Waleran veut redresser l'abbaye, et mettre les moines à l'abri des attaques ou agressions qu'ils sont susceptibles de subir dans ce lieu isolé. Dans ce but, il dote richement l'abbaye, et ne lui offre non seulement la terre d'Hermenc qu'il vient de recevoir de la part des chanoines, avec la haute, moyenne et basse justice, mais aussi les serfs et les hôtes (c'est-à-dire, les recettes fiscales liées) qui y vivent ; les terres labourables, clos de vignes et forêts ; la métairie de Fleurines et une partie de la métairie de Pontpoint ; une partie de la dîme de Saint-Christophe ; et enfin quelques petites possessions dispersées dans les environs, y compris une serve nommée Richilde avec ses enfants, qui habitent Senlis. Depuis Compiègne, le roi Philippe confirme la donation par une charte datée de . Par cette même charte, Philippe donne à l'abbaye, avec l'accord de sa mère (il n'a que neuf ans), les droits et revenus dont il jouit sur les terres de Rieux. Observant bientôt un relâchement de la discipline des moines, Waleran décide de soumettre le monastère à la règle stricte de l'ordre de Cluny, et cet ordre n'acceptant que des prieurés, le cède avec ce statut aux religieux de Saint-Joseph de La Charité-sur-Loire. Le choix se porte probablement sur cet établissement, parce que Pierre, fils de Galeran, y est moine. Pour conclure la transaction, Galeran se rend lui-même à La Charité, où l'acte est posé sur l'autel de Sainte-Marie le ..
Les premiers siècles du prieuré thumb|upright|Statue de saint Christophe, dans le chœur de la chapelle.
Le prieuré est placé sous le vocable de saint Christophe de Lycie. Du temps de son existence, il se situe dans le diocèse de Beauvais, mais la plupart de ses possessions se situent dans le diocèse de Senlis. L'histoire administrative du prieuré est connue grâce au chanoine Afforty, de Senlis, qui au milieu du recopia tous les documents relatifs au prieuré qu'il prouvait trouverLes manuscrits de la collection Afforty ont été numérisés et mis en ligne par la bibliothèque municipale de Senlis (voir ici).. Les archives départementales conservent également un certain nombre de documents rélatifs au prieuré, dont un quart environ porte sur la seconde moitié du , quand Zacharie Parent gouverne le prieuré. Sur cette base, l'abbé Vattier a publié le cartulaire du prieuré en 1876. En revanche, l'histoire religieuse du prieuré n'a pas laissé de traces dans l'histoire. Globalement, les documents sont très rares pour le premier siècle et demi suivant la donation au prieuré de La Charité. L'on ignore même les circonstances de l'installation des premiers moines, et leur nombre (le reste de la publication comporte l'article déjà paru en 1868, sa suite pour la période allant de 1575 à la suppression du prieuré, et un index chronologique)... L'effectif du prieuré au fil des siècles n'est pas connu non plus, ce qui empêche de se faire une image de sa vie au quotidien.
Le premier prieur, Raoul, figure comme signataire d'un acte de 1091, par lequel l'évêque de Meaux donne au prieuré les revenus de la cure de Lagny-le-Sec, en cédant à une demande de Waleran. En 1210, le prieuré cède ses droits à Lagny-le-Sec à l'ordre du Temple, moyennant un certain nombre de versements en nature à péridiocité annuelle. Les propriétés du prieuré ne diminuent pas pour autant : il reçoit la dîme de Balagny-sur-Thérain en 1214, et une maison à Cinqueux en 1215. Un acte de 1222 montre que le prieuré possède une bonne partie de la forêt d'Ermenonville, comprise entre le hameau de Villemétrie (Senlis), Thiers-sur-Thève, la route de Senlis à Barbery, et la route de Senlis à l'abbaye de Chaalis. Le prieur se nomme alors Nicolas. Sous son gouvernement, le prieuré entame des procédures pour obtenir le versement des dîmes qui lui sont dues, en 1226. Une trentaine d'années plus tard, Pierre de Choiseul, gruyer de la forêt d'Halatte pour le roi, conteste le droit de justice du prieuré dans la forêt. Le prieuré de La Charité doit arbitrer le différend, et il est arrêté que Pierre de Choiseul n'est compétent que pour ses propres serfs et les étrangers saisis sur le domaine du prieuré, et pour tous les délits de chasse. L'acte est signé au mois de . Plus tard, Jean du Plessis, fils et héritier de Pierre, conteste encore au prieuré le droit de prendre du bois dans la forêt de Lidefois, et de le vendre. Le roi Philippe III défend la cause du prieuré. Un compromis est conclu au mois de . Le prieuré peut vendre le bois issu d'une partie de la forêt. Le bois issu de l'autre partie de la forêt peut être vendu par le prieuré ou le roi, en fonction de qui obtient le meilleur prix, mais la recette doit être partagée..
Le prieuré sous la guerre de Cent Ans
Les rois de France ont droit de gîte au prieuré, et l'utilisent souvent comme relais de chasse. Bien que Philippe le Bel ait acheté le manoir de Fécamp à Pontpoint au début du , lui et ses successeurs continuent de fréquenter Saint-Christophe. Ainsi, au moins treize séjours de Philippe VI de Valois sont attestés. Entre le 12 et le , il y rencontre secrètement le roi d'Angleterre Édouard III, fils de sa petite-cousine Isabelle, pour tenter de régler les différends entre les deux royaumes. Philippe l'accueille simplement, ce qui est ressenti comme une humiliation par Édouard, qui se vengera plus tard dans la guerre de Cent Ans. Philippe de Valois vient une dernière fois en 1349, quand il signe des documents régissant la durée du travail dans le bailliage de Senlis. Son successeur, son fils Jean le Bon, instaure l'ordre de l'Étoile depuis Saint-Christophe, en date du . Ensuite, en raison de la guerre de Cent Ans, les chasses royales se font rares ; seul Charles VI vient encore à Saint-Christophe, six fois entre 1391 et 1398, à l'occasion de passages à Senlis.