Donald Tusk (Prononciation en polonais retranscrite phonémiquement selon la norme API.), né le à Gdańsk, est un homme d'État polonais. Il est président du Conseil des ministres de Pologne de 2007 à 2014 et à nouveau depuis 2023.
Élu parlementaire pour la première fois en 1991, il est vice-président du Sénat de 1997 à 2001 puis de la Diète entre 2001 et 2005. Candidat à l'élection présidentielle de 2005 avec le soutien de la Plate-forme civique (PO), parti libéral à la fondation duquel il a participé, il est battu par le conservateur Lech Kaczyński avec 46 % des voix au second tour.
À la suite de la victoire de la PO aux élections législatives de 2007, il est nommé président du Conseil des ministres et mène une politique économique libérale. Après avoir refusé de concourir à l'élection présidentielle de 2010, il voit sa coalition gouvernementale reconduite à l’issue du scrutin parlementaire de 2011. Il bat le record de longévité à cette fonction, avec 6 ans et 10 mois d'exercice du pouvoir.
En 2014, Donald Tusk quitte la tête du Gouvernement pour devenir président du Conseil européen jusqu'à 2019. À la fin de son second mandat, il préside de 2019 à 2022 le Parti populaire européen (PPE), qui regroupe principalement des partis de droite et de centre droit.
Il fait son retour dans la vie politique polonaise en 2021 en reprenant la direction de la Plate-forme civique, en déclin depuis son échec aux élections parlementaires de 2015. Alors que la Coalition civique, qu'il dirige, est devancée par le parti conservateur lors des élections parlementaires de 2023, il revient à la présidence du Conseil en s'associant avec les alliances Troisième Voie et La Gauche.
Situation personnelle Origines Donald Tusk appartient à la minorité cachoube de Pologne.
Formation Donald Tusk grandit à Gdańsk. Il estime que la ville lui a forgé des convictions européennes et déclare :
Dans sa jeunesse, il est passionné de football, se décrivant lui-même par la suite comme un quasi-..
Vie privée et familiale vignette|redresse|gauche|Donald Tusk et son épouse Małgorzata . Donald Tusk et son épouse, Małgorzata, ont deux enfants : un fils, Michał (né en 1982), et une fille, Katarzyna (née en 1987)..
Ascension politique thumb|left|upright|Portrait de Donald Tusk (date inconnue).
Premiers mandats À la fin de la dictature communiste, Donald Tusk est proche de la fédération de syndicats Solidarność, dont Gdańsk est le fief avec ses chantiers navals. Il crée une entreprise à une époque où une telle initiative est encore mal perçue.
En 1990, il participe à la fondation du Congrès libéral-démocrate (KLD), un parti politique libéral dont il prend la présidence le , à la suite de Janusz Lewandowski.
Aux élections législatives du suivant, il brigue un mandat à la Diète dans la circonscription de Gdańsk. Il obtient alors votes préférentiels, soit le deuxième meilleur résultat, après Bogdan Borusewicz, et devient ainsi député. Il est l'un des initiateurs, en 1992, de la coalition à sept partis qui assure l'investiture d'Hanna Suchocka à la présidence du Conseil des ministres.
Il ne parvient pas à se faire réélire lors des élections législatives anticipées de 1993, le KLD n'ayant pas franchi le seuil de représentativité des 5 % des suffrages exprimés. Il organise alors la fusion de son parti avec l'Union démocratique (UD), donnant naissance à l'Union pour la liberté (UW) en . Il est dès lors l'un des vice-présidents de l'UW.
Dans la perspective des élections sénatoriales de 1997, il est investi dans la circonscription de Gdańsk. Il remporte l'un des deux mandats en jeu, totalisant et remportant le siège occupé au début de la décennie par Lech Kaczyński. À l'ouverture de la législature, le , il est désigné vice-président du Sénat.
Début 2001, il quitte l'UW, après avoir perdu l'élection à sa présidence contre Bronisław Geremek. Il participe alors à la fondation d'un nouveau parti libéral, nommé Plate-forme civique (PO), avec Andrzej Olechowski et Maciej Płażyński. Pour les élections législatives de 2001, il se présente dans la nouvelle circonscription de Gdynia. Il y assure son retour à la Diète avec de préférence, ce qui constitue le meilleur score de la circonscription et le deuxième meilleur résultat de la voïvodie après Maciej Płażyński. Quand la législature s’ouvre, le , il est choisi comme vice-président de la Diète.
Il succède à Płażyński à la tête du groupe PO le , puis à la présidence du parti le suivant.
Échec à la présidentielle de 2005 Le , Donald Tusk annonce sa candidature à l'élection présidentielle des et suivants. Les sondages de début de campagne le donnent dans le trio de tête, avec le candidat de la formation conservatrice Droit et justice (PiS), Lech Kaczyński, et celui de l'Alliance de la gauche démocratique (SLD), Włodzimierz Cimoszewicz, qui se retire de la course le .
vignette|gauche|Candidat arrivé en tête du par powiat (Donald Tusk en orange). Lors des élections parlementaires du , en vue desquelles la Plate-forme civique a annoncé soutenir Jan Rokita pour prendre la tête du gouvernement, Donald Tusk, à nouveau dans la circonscription de Gdańsk, est réélu à la Diète avec préférentielles, soit le meilleur résultat de la circonscription et de la voïvodie. Au niveau national, PiS devance légèrement la PO et finira par former un gouvernement minoritaire.
Au premier tour de l’élection présidentielle, réalisant ses meilleurs résultats dans l'ouest du pays, Donald Tusk arrive en tête avec 36,3 % des suffrages exprimés, trois points devant Lech Kaczyński. Dans l’entre-deux-tours, il reçoit notamment le soutien du Parti démocrate (PD) et de la Social-démocratie de Pologne (SDPL), tandis que le candidat conservateur obtient l'appui d'Andrzej Lepper, arrivé troisième. Finalement, Lech Kaczyński l’emporte avec 54,04 % et de voix d’avance sur Tusk..
Après cet échec, Donald Tusk reste président de la PO et de son groupe parlementaire, abandonnant toutefois cette dernière fonction le au profit de Bogdan Zdrojewski.
Président du Conseil des ministres de 2007 à 2014
Élections de 2007 et investiture vignette|Le président Lech Kaczyński et Donald Tusk au palais présidentiel de Varsovie, le .
Le , après deux années d'instabilité, la Diète vote sa dissolution et des élections parlementaires anticipées sont convoquées pour le . Donald Tusk décide à cette occasion d’abandonner sa circonscription de Gdańsk au profit de la circonscription de Varsovie-, afin de concurrencer Jarosław Kaczyński, président du Conseil sortant et frère jumeau du président de la République en fonction.
La PO arrive en tête du scrutin : avec 41,5 % des suffrages exprimés à la Diète, elle obtient sur à pourvoir ; au Sénat, elle recueille 39,1 % et sur 100. Donald Tusk l’emporte dans sa circonscription avec préférentiels, ce qui constitue le meilleur résultat dans le pays, et devance Jarosław Kaczyński de favorables. Cette victoire reste cependant relative, puisqu'il manque au parti libéral pour avoir la majorité absolue à la chambre basse. Donald Tusk se tourne alors vers le Parti paysan polonais (PSL) de Waldemar Pawlak, qui dispose de .
Le , le président Lech Kaczyński confie à Donald Tusk la mission de former le nouveau gouvernement polonais.. Une semaine plus tard, le , Donald Tusk et son gouvernement prêtent serment au palais présidentiel de Varsovie. Le , après une déclaration de politique générale dans laquelle il appelle à nouveau au « retour de la Pologne au cœur de l'UE », le nouveau chef du gouvernement remporte le vote de confiance par sur 442 députés présents« Politique - Donald Tusk donne sa feuille de route », Le Petit Journal, .. Son cabinet compte dix-huit membres, soit quatre de moins que le précédent au pouvoir, dont cinq femmes et sept indépendants.
Politique intérieure Mesures économiques libérales La politique économique du gouvernement Tusk repose essentiellement sur une politique de libre-marché conforme aux orientations européennes, une réduction d'impôts et des privatisations d'entreprises publiques. Par ailleurs, la construction d'un vaste réseau routier national et les préparations du championnat d'Europe de football 2012 sont déclarées priorités gouvernementales.
vignette|Donald Tusk et son ministre des Finances, Jacek Rostowski, . En 2012, au nom de la lutte contre le déficit public et la décroissance démographique, il fait voter une réforme repoussant progressivement l’âge légal de départ à la retraite à pour tous, contre auparavant pour les hommes et 60 pour les femmes. Il réforme également le régime des policiers et militaires, exigeant de ceux-ci au moins 25 ans de cotisation (contre quinze précédemment) et qu’ils aient au moins pour partir à la retraite. Critiquées par les syndicats, dont Solidarność, et l'opposition de gauche comme de droite, ces mesures conduisent à une baisse de la popularité du gouvernement Tusk...
Lors de la grippe A (H1N1) de 2009, le gouvernement décide de ne pas acheter de vaccins contre la pandémie. Face aux critiques suscitées par cette décision, Donald Tusk affirme que « l’empressement de certains pays semble être excessif et disproportionné à la situation réelle épidémiologique ».
Projets de révision constitutionnelle Les relations entre le président Kaczyński et le chef de gouvernement sont souvent conflictuelles. Utilisant son droit de veto, le chef de l’État bloque un certain nombre de projets de loi, dont la réforme des retraites, la réforme des plans de zones agricoles et urbaines, ou la réforme de la télévision publique.
Dans ce contexte, Donald Tusk propose des réformes de la Constitution de la Pologne. En 2009, il déclare que « le président ne devrait pas avoir droit de veto ». Le chef du gouvernement soutient l'idée de transférer la quasi-totalité du pouvoir exécutif au président du Conseil des ministres, y compris pour les sommets internationaux. Le gouvernement propose de faire passer le nombre de députés à la Diète de 460 à 300, avançant « des raisons économiques », et de supprimer le Sénat ou de faire passer le nombre de ses membres de 100 à 49, tout en y faisant siéger les anciens présidents de la République, ainsi que de supprimer l'immunité parlementaire. L’opposition conservatrice critique vivement ces projets.
Élection présidentielle de 2010 Dans un entretien au quotidien britannique Financial Times en , Donald Tusk met un terme aux spéculations entourant une possible candidature à l'élection présidentielle prévue en suivant en affirmant qu'il n’entend pas briguer une seconde fois la présidence du pays« Élections : Pas de fauteuil présidentiel pour Donald Tusk », Le Petit Journal, ... À la suite d'une primaire au sein de la PO, le président de la Diète, Bronisław Komorowski, est désigné candidat.
Le , l'avion du président Kaczyński s'écrase à Smolensk, en Russie. Bronisław Komorowski est alors chargé d’assurer la présidence par intérim. Donald Tusk lui apporte ensuite son soutien en vue de l'élection anticipée des et . Le président par intérim l’emporte au second tour avec 53,01 % des voix face à Jarosław Kaczyński.
Reconduction aux élections de 2011 thumb|Donald Tusk prononçant sa déclaration de politique générale à la Diète, le .
Lors des élections parlementaires du , la PO arrive largement en tête, gagnant trois sièges au Sénat mais en perdant deux à la Diète. Sa coalition avec le PSL conserve ainsi la majorité absolue à la chambre basse. C'est la première fois depuis la fin du communisme, en 1989, qu'une majorité sortante est reconduite. Donald Tusk est réélu député dans la circonscription de Varsovie- avec un total de de préférence, soit une avance de bulletins sur Jarosław Kaczyński.