Le Livre d'heures de Louis XII, est un manuscrit enluminé par Jean Bourdichon. Il date d'environ 1498-1499 et a été réalisé pour Louis XII. Il ne subsiste plus qu'à l'état de fragments, composé de seize miniatures pleine page dispersées, de deux feuillets de texte isolés et de cinquante et un folios de texte reliés en désordre dans un mince volume. La majorité de ces éléments a été réunie à l'occasion d'une exposition en 2005 et 2006, d'abord au Getty Museum, puis au Victoria and Albert Museum.
Historique
Le livre d'heures est appelé aussi livre d'heures d'Henri VII d'Angleterre en raison d'une inscription sur sa reliure indiquant . Cependant, cette inscription est tardive et remonte au . Sa présence en Angleterre n'est attestée qu'à partir du .
Le manuscrit a dû être démembré au . Seize miniatures pleine page, deux feuillets de texte isolés et une cinquantaine de pages, réunies en ordre dispersé dans un volume conservé à la British Library LondresBritish Library, manuscrit Royal 2 D XL., sont tout ce qui subsiste de l'ouvrage. Les bordures latérales des feuilles du cahier de la British Library sont ornées de compositions florales très caractéristiques, et présentent des combinaisons d'acanthes stylisées et de fleurs naturalistes accompagnées d'insectes sur un fond doré.
La miniature représentant Louis XII en prières était connue depuis longtemps grâce à des reproductions en noir et blanc, mais c'est seulement en 2003, quand elle réapparaît sur le marché, que le rapprochement est fait avec le reste du manuscrit. Comme les Heures de Louis XII sont arrivées en Angleterre peu de temps après leur réalisation, il est possible qu'elles aient suivi Marie d'Angleterre, troisième et dernière épouse de Louis XII, à son retour en Angleterre; Marie d'Angleterre avait épousé Louis XII en , mais quelques mois après sa mort en , elle était retournée en Angleterre. On sait qu'elle avait emporté alors avec elle au moins un livre d'heures, enluminé par Jean Poyet. Sur le cadre doré de la miniature représentant Louis XII en prière, exécuté en trompe-l'œil, est écrit « LOYS XII DE CE NOM », et sous ce cadre, dans une écriture similaire mais plus ramassée, « IL LEST FAIT EN LEAGE DE XXXVI ANS ». Louis XII est né le , on peut donc dater cette miniature des années 1498-1499.
La découverte de la majorité des restes disparates du manuscrit en possession à la British Library, et leur réunion en un tout, remonte à 1973The Book of Hours of Louis XII, Victoria and Albert Museum.. Les achats par le Getty Museum de quatre feuilles ont permis d'étoffer l'ensemble.
Reconstruction À l'origine, les heures devaient contenir douze miniatures de calendrier et environ vingt-quatre peintures à pleine page. Une reconstruction de l'enchaînement des seize enluminures restantes a été élaborée.
Les heures s'ouvraient probablement sur le Portrait de Louis XII Louis XII agenouillé, Getty Center à Los Angeles, Ms. 79A. faisant face à une Lamentation sur le Christ, redécouverte en 2018 et publiée pour la première fois en 2021. Quatre miniatures du calendrier, correspondant aux mois de février, juin, août et septembre, se trouvent à PhiladelphieFree Library of Philadelphia, référence Lewis E. M. 11.19-11.22v.. Chaque miniature est sur le recto d'un feuillet couvrant les quinze premiers jours du mois, et dont le verso contient les autres jours.
La seule miniature des Évangélistes connue, Saint Luc écrivant, est à ÉdimbourgNational Library of Scotland, manuscrit 8999.. La Trahison du Christ à ParisMusée Marmottan, collection Wildenstein, manuscrit 152 en introduction à la Passion selon saint Jean, pourrait suivre ici, ou aussi plus loin, à la fin du volume Cette miniature ne figure pas dans la liste du Getty Museum, mais bien dans le catalogue.. Les heures de la Vierge commençaient avec une Annonciation pour matines dont subsiste la page de droite avec la Vierge lisant, à LondresBritish Library, manuscrit Add. 35254 fol. U,V et T.. Les miniatures suivantes sont une Visitation pour laudes, conservée à BristolBristol City Museum and Art Gallery, Cote K 2407., une Nativité pour prime à LondresVictoria and Albert Museum, Cote E. 949-20003, une Adoration des mages pour sexte à ParisAdoration des mages, Musée du Louvre, Cabinet des dessins, cote RF 53030., une Présentation au Temple à Los Angeles Présentation au Temple, Getty Center à Los Angeles, Ms. 79Bv. pour none, et la Fuite en Égypte (collection particulière) pour vêpres. Il manque donc l'Annonce aux bergers pour tierce et probablement un Couronnement de la Vierge ou une Assomption pour complies. thumb|Feuillet 38 - British Library. Bourdure avec fleurs et insectes.
Les heures de la Croix, probablement introduites par un Portement de Croix ou une Crucifixion, et les heures du Saint Esprit, introduites par une Pentecôte, conservée à Londres, faisaient suite aux heures de la Vierge. Suit Bethsabée au bain, à Los Angeles Bethsabée au bain, Getty Center à Los Angeles, Ms. 79, recto. qui précède les psaumes pénitentiels et Job sur le tas de fumier, également à Londres qui ouvre l'office des morts.
Les feuillets de texte qui subsistent sont les suivantsBritish Library, record for Royal 2 D XL. : Une feuille dans la collection de fragments Bagford, à la British Library Harley 5966, fol. 54 Une feuille dans la collection Samuel Pepys au Magdalene Collège de Cambridge, vol. I, p.13 52 feuilles de textes constituant le manuscrit Royal 2 D XL. Elles contiennent une grande partie du texte en relation avec les deux dernières images. D'autres fragments de texte semblent indiquer qu'il manque encore au moins trois miniatures d'introduction, une pour les heures de la Conception de la Vierge, les heures de tous les saints, et les heures du Saint Sacrement, faisant suite aux heures de la Croix et du Saint-Esprit. Quant à l'assemblage des folios, une reconstruction détaillée est décrite dans le catalogue du Getty. Ainsi, un texte pour l'extrait de l'évangéliste saint Jean se trouve au fol. 52, des textes en relation avec la Passion selon saint Jean sont aux fol. 2-4, un texte relatif à la Fuite en Égypte est sur le fol. 41. Pour les heures de la Conception, il y a un texte au folios 37, 38, 43, etc. Dans un manuscrit aussi luxueux que les Heures de Louis XII, l'absence de miniatures pour les suffrages des saints est surprenante. Il existe six pages de texte pour les suffrages (fol. 45-50), mais la manière dont ce texte est écrit, en continu sur la page et sans rupture, n'offre pas la place à une insertion de peintures.
L'histoire de chacune des miniatures, après leurs dispersions, est différente. Elle est décrite en détail dans le catalogue du Getty. Les dates d'entrée, par achat ou dons, dans leurs lieux de conservation actuels, sont les suivantes : Le Louis XII en prière a été acquis par le Getty Museum en 2003. La Vierge de l'Annonciation, la Pentecôte et Job sur le tas de fumier ont été vendus au British Museum en 1895 par le fils du collectionneur John Malcolm of Poltalloch. Le groupe des quatre mois du calendrier a fait l'objet d'un don à la Free Library of Philadelphia en 1936. Le Saint Luc écrivant a été donné à la National Library of Scotland en 1956. La Visitation est un don au Bristol Art Museum reçu en 1955. La Nativité a été achetée en 2003 par le Victoria and Albert Museum. La Présentation au Temple et Bethsabée au bain ont été achetées par le Musée Getty en 2003-2004 au moment de la dispersion de la collection Breslauer. LAdoration des Mages a été acquise par le Musée du Louvre à la même occasion. La Fuite en Égypte est entrée dans une collection privée, à cette occasion également. La Trahison du Christ est un don de Daniel Wildenstein au musée Marmottan, en 1980. La Déploration du Christ a été identifiée dans une collection privée française pour la première fois en 2018 et acquise par le Getty Museum en 2024.
La reconstruction de l'ensemble (mise à part la Déploration du Christ) a été fait par Janet Backhouse en 1973.
Éléments de style Comparaison avec les Grandes Heures d'Anne de Bretagne Adoration des MagesHeures Anne de BretagneHeures Louis XII Les Heures de Louis XII sont d'un bon format (), légèrement moins étirées que les Grandes Heures d'Anne de Bretagne () réalisées par Jean Bourdichon quelques années plus tard (entre 1503 et 1508). Elles présentent des caractéristiques communes : compositions pleine page insérées dans un cadre doré fin, des bordures de fleurs et de fruits peuplées d'insectes, l'écriture est similaire. Les compositions sont à mi-corps, les plus fréquentes dans les Heures de Louis XII, semblent moins rapprochées dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne en raison du format plus étiré. On peut suivre l'évolution du style de l’artiste sur ces œuvres. Ainsi, la plupart des miniatures à pleine page des Heures de Louis XII apparaissent au recto d'une feuille et donc sur la page de droite quand on ouvre le livre. L'incipit, c'est-à-dire les premiers mots de la prière correspondante, s'inscrivent comme usuellement dans le bas du cadre. Mais pour lire la suite de la prière, il faut tourner la page. Face à cette miniature, sur la page de gauche ou le verso de la feuille précédente, se trouve la fin du texte précédent, simplement bordée par une bande verticale, et parfois réduite à quelque lignes. NativitéHeures Anne de BretagneHeures Louis XII Il en résulte un déséquilibre visuel entre une grande miniature remplissant une page, et en face un texte souvent plutôt court et modestement décoré. Dans les Heures d'Anne de Bretagne au contraire, les miniatures en pleine page ont été réalisées sur des feuillets isolés puis insérés dans le manuscrit : elles apparaissent pour la plupart sur une page de gauche (et le dos de la feuille, resté vierge, révèle le dessin sous-jacent de Bourdichon), de sorte que le texte de la prière, qui commence en bas à gauche, se poursuit sur la page qui fait face, ce qui améliore l'équilibre entre l'image et le texte.
Ce changement illustre aussi la conception de Bourdichon du rôle des miniatures : il s'accompagne souvent d'un changement de positions des personnages des Heures de Louis XII, comme par exemple, dans la Nativité ou l'Adoration des Mages. Bourdichon semble avoir opéré ce changement pour diriger le regard du spectateur vers le centre du livre plutôt que vers l'extérieur. Ce choix montre combien Bourdichon est attentif au caractère esthétique et psychologique de la narration visuelle, et de la dynamique de l'illustration de livres.
Pigments employés Une analyse non invasive détaillée des pigments utilisés par Jean Bourdichon a pu être effectuée, au moyen d'un spectromètre Raman et d'un Spectrométrie de fluorescence X sur les trois des feuillets : Louis XII en prières, Bethsabée au bain et Présentation au Temple du Getty Museum et, un peu tard, sur la Nativité du Victoria and Albert Museum. Les pigments dont on a relevé la présence, dans l'une comme dans l'autre analyse, sont : blanc de plomb, bleu outremer, malachite, azurite, vermillon, jaune de plomb et d'étain (type I), or mussif, poudres d'or et d'argent, noir de fumée noir bismuth, de plus indigo, gypse, calcite, hématite, goethite et pyrite.
Ces pigments sont le plus souvent appliqués dans de mélanges complexes, pouvant fréquemment contenir quatre ou cinq composants.