vignette|Minerve triomphant de l’Ignorance de Bartholomeus Spranger, 1591. Le maniérisme du Nord ou maniérisme nordique désigne les formes du maniérisme dans les arts visuels au nord des Alpes entre le .

Description À partir du milieu du siècle, on trouve en France, en particulier dans la période 1530-1550, à Prague à partir de 1576, et , en particulier dans les ornements architecturaux, des styles issus en grande partie du maniérisme italien.

Au cours des quinze dernières années du , alors que le maniérisme était en train de passer de mode en Italie, il s’est largement répandu, en grande partie grâce aux estampes, à travers l’Europe du Nord. En peinture, il a eu tendance à reculer rapidement, dès le , sous l’influence du Caravage et du premier baroque. Cependant, en architecture et dans les arts décoratifs, son influence a été plus durableVoir, par exemple, Simon Jervis, Printed Furniture Designs Before 1650, Leeds, Furniture History Society, 1974, 372, ..

Contexte vignette|Neptune et Amphitrite de Mabuse, 1516. L’art sophistiqué du maniérisme italien s’est développé dans les années 1520 en réaction au style classique de la Renaissance. Comme l’explique l'historien de l'art Henri Zerner : « Le concept de maniérisme – si important de la critique moderne et notamment au gout renouvelé pour l’art de Fontainebleau – désigne un style en opposition au classicisme de la Haute Renaissance italienne incarnée d’abord par Andrea del Sarto à Florence et Raphaël à Rome. ».

Les artistes du maniérisme italien bafouaient les conventions de la Renaissance, souvent en complicité avec un public italien fin connaisseur des précédents styles de la Renaissance. Ce n’était pas le cas en Europe du Nord, où le style dominant restait gothique. Dans les premières décennies du , plusieurs artistes d’envergure internationale, comme Albrecht Dürer, Hans Burgkmair et d’autres en Allemagne, ainsi que l’école au nom trompeur de maniérisme anversoisLe style de ce groupe de peintres, qui n’a rien à voir avec l’art de la Renaissance italienne, est, en fait, en réaction au style classique de la peinture flamande du ., ont réalisé différentes synthèses entre les styles renaissant et gothique. Les Romanistes, dont nombre des principaux représentants avaient voyagé en Italie, ont été plus complètement influencés par l’art italien de la Renaissance et les aspects du maniérisme. La peinture flamande étant généralement la plus avancée en Europe du Nord depuis le , les meilleurs artistes flamands ont été les mieux à même de suivre, fût-ce avec retard, l’évolution italienne.

Le problème n’a fait qu’augmenter avec chaque nouvelle génération d’artistes : alors que les œuvres produites au Nord continuaient d’assimiler peu à peu les aspects du style renaissant, l’art italien le plus avancé entrait dans une escalade de complexité et de sophistication délibérée qui devait sembler constituer, pour les clients et les artistes du Nord, un monde à part qui jouissait néanmoins d’une réputation et d’un prestige impossible à ignorer..

France vignette|Diane, École de Fontainebleau. La France a reçu des apports directs du style italien avec la première école de Fontainebleau où, à partir de 1530, plusieurs artistes florentins de la qualité avaient été engagés, avec quelques assistants français, pour décorer le château de Fontainebleau. Les plus notables de ces artistes sont Rosso Fiorentino, Le Primatice et Nicolò dell'Abbate, tous restés en France jusqu’à leur mort. Cette rencontre a donné naissance à un style français mâtiné de forts éléments maniéristes alors en mesure de largement se développer indépendamment. Jean Cousin l'Ancien, par exemple, a peint des œuvres, comme Eva Prima Pandora et la Charité, dont les nus sinueux et allongés sont visiblement inspirés des principes artistiques de l’école de FontainebleauAndré Chastel, L’Art français, Temps modernes, 1430-1620, Paris, Flammarion, 1994, , .. Son fils, Jean Cousin le Jeune, dont la plupart des œuvres n’ont pas survécu, et Antoine Caron lui ont succédé dans cette tradition, en produisant une version troublée de l’esthétique maniériste dans le contexte des guerres de religion. L’iconographie des œuvres figuratives était surtout mythologique, avec une insistance tout particulière sur Diane chasseresse en référence à la fonction d’origine de Fontainebleau, mais aussi homonyme de Diane de Poitiers, maitresse et muse d’Henri II, et de surcroit chasseuse passionnée. Sa figure mince, athlétique et ses longues jambes « se sont fixées dans l’imaginaire érotique. ».

Même sans l’avantage d’un contact d’une telle amplitude avec des artistes italiens, les autres parties de l’Europe du Nord ont ressenti l’influence du style maniériste à travers les estampes et les ouvrages illustrés, le voyage des artistes en Italie, l’exemple individuel d’artistes italiens exerçant leur art dans ces pays et l’acquisition d’œuvres italiennes par les souverains et autresFrançois , en particulier, a eu l’opportunité de contempler l’Allégorie du triomphe de Vénus de Bronzino.. vignette|Eva Prima Pandora de Jean Cousin l’Ancien, v. 1550. Une grande partie du travail le plus important à Fontainebleau a pris la forme de reliefs en stuc, souvent exécutés par des artistes français sur les dessins d’Italiens (puis reproduits en gravures). Le style de Fontainebleau a touché la sculpture française plus fortement que la peinture française. Medardo Rosso semble avoir été à l’origine du style où les énormes cadres en stuc dominent les peintures enchâssées avec des entrelacs ornés de hauts reliefs éclatants, des guirlandes de fruits et l’abondance des figures de nymphes nues, et qui a exercé une grande influence sur le vocabulaire ornemental du maniérisme dans toute l’Europe, propagé par des livres d’ornement et d’estampes de Jacques Androuet du Cerceau et autres. Dans l’ameublement, les meubles en noyer de haut style réalisés dans des centres urbains comme Paris et Dijon, se sont plu à orner les dressoirs et les buffets de cadrages en entrelacs et de supports sculpturaux. En poterie, l’esthétique de la faïence de Saint-Porchaire, mystérieuse et sophistiquée et dont seules soixante pièces environ survivent, est similaire.

Outre Fontainebleau lui-même, les autres bâtiments d’importance décorés dans le style maniériste sont le château d'Anet (1547-1552) pour Diane de Poitiers, et certaines parties du Louvre. À l’exception du portrait, ce style a été promu par le mécénat artistique de Catherine de Médicis, dont les fêtes régulières à la cour étaient les seules au Nord à rivaliser avec les entrées et les intermèdes, tous très dépendants des arts visuels, de la cour de Médicis à Florence. Après un intermède au plus fort des guerres de Religion, où le travail à Fontainebleau a été abandonné, les artistes locaux ont donné naissance, dans les années 1590, à une « seconde école de Fontainebleau ».

Pays-Bas vignette|Niobe pleurant ses enfants d’Abraham Bloemaert, 1591. À la différence des artistes de Fontainebleau ou de Prague,

Pour le plus grand graveur de son époque, Hendrik Goltzius, sa phase la plus maniériste, sous l’influence de Bartholomeus Spranger, n’a duré que durant les cinq ans entre 1585, lorsqu’il a gravé sa première estampe d’après l’un des dessins de Spranger rapportés de Prague par Carel van Mander, jusqu’à son voyage à Rome en 1590, dont il est revenu « un artiste changé. À compter de cette date, il cesse de produire des gravures d’après les extravagances de Spranger. Les hommes à la musculature monstrueuse et les nus féminins aux proportions démesurément allongées avec des têtes minuscules font place à des figures aux proportions et aux mouvements plus normaux.. » L’œuvre de Spranger « a eu un effet important et immédiat dans le Nord des Pays-Bas », et les artistes d’autres villes ont émulé le groupe connu sous le nom de « maniéristes d’Haarlem », notamment Goltzius, van Mander et Cornelis Cornelisz van Haarlem.

vignette|gauche|La scène de cuisine de Joachim Wtewael se présente comme une allégorie élaborée avec des passages virtuoses de nature morte, 1605. En partie parce que la plupart de ses disciples flamands n’avaient vu l’œuvre de Spranger qu’au travers de gravures et de dessins pour la plupart très libres, ils n’ont pas adopté sa manière plus picturale et ils ont conservé la technique plus resserrée et plus réaliste de leur formation. Beaucoup de peintres maniéristes hollandais pouvaient changer de style en fonction de leur sujet ou de leur commission, pour continuer à produire des portraits et des scènes de genre dans le style basé sur la tradition locale tout en travaillant sur des peintures de style très maniériste. Le style classique proto-baroque plus apaisé vers lequel Goltzius a évolué après son retour d’Italie a influencé nombre d’autres artistes.

Établi à Utrecht après son retour d’Italie en 1590, Joachim Wtewael, qui a plus subi l’influence des maniéristes italiens que de Prague, a également continué à produire des scènes de cuisine et des portraits à côté de ses divinités nues. À la différence de beaucoup, notamment de son compatriote d’Utrecht, Abraham Bloemaert, une fois le répertoire de style de Wtewael formé, celui-ci n’en changea plus jusqu’à sa mort, survenue en 1631..

vignette|Forêt avec des cerfs de Roelandt Savery, 1608-1610. Un paysage moins typique mais en prospective. Les styles réalistes traditionnels du Nord, qui avaient continué à se développer grâce à Pieter Brueghel l'Ancien et d’autres artistes pour dominer la peinture de l’Âge d’or hollandais au siècle suivant, constituaient également une alternative pour les peintres des Pays-Bas. Malgré sa visite en Italie, Brueghel ne peut certainement pas être traité de maniériste, mais tout comme ses peintures ont été vivement collectionnées par Rodolphe, les artistes maniéristes, au nombre desquels Gillis van Coninxloo et Jan Brueghel l'Ancien, l’ont suivi dans le développement du paysage comme sujet. La peinture de paysage était reconnue comme une spécialité néerlandaise en Italie, où étaient installés plusieurs paysagistes du Nord, comme Paul et Matthijs Bril, ainsi que les Allemands Hans Rottenhammer et Adam Elsheimer, ce dernier constituant une figure importante du style baroque primitif. La plupart peignaient toujours des panoramas flamands d’un point de vue élevé, avec de petites figures formant un sujet précis, mais Gillis van Coninxloo a suivi la première école du Danube et Albrecht Altdorfer dans le développement des paysages forestiers purs vus de près dans ses œuvres à partir d’environ 1600, ce qui a été repris, entre autres, par son élève Roelandt Savery, et .. Bloemaert a peint de nombreux paysages conciliant ces types en combinant des arbres de près, avec des figures et une petite vue lointaine au-dessus d’un côté.. Les premiers paysages de Paul Brill étaient nettement maniéristes dans leur artificialité et leurs effets décoratifs surchargés, mais après la mort de son frère, il a progressivement évolué, peut-être sous l’influence d’Annibale Carracci., vers un style plus restreint et plus réaliste.

vignette|gauche|Nature morte d’Ambrosius Bosschaert, 1614. Le genre de la nature morte, dépeignant la plupart du temps des fleurs et des insectes, est également apparu pendant cette période, a réorienté le but de la tradition héritée des derniers miniaturistes flamands, style dans lequel Jan Brueghel l’Ancien a également peint. Ces sujets avaient la faveur tant des clients aristocratiques que du marché bourgeois, qui était bien plus considérable aux Pays-Bas, surtout dans le nord protestant, après le mouvement de révolte des populations, où la demande pour les œuvres religieuses était passablement inexistante..