Regnaud ou Renaud Outhier - pour l'état-civil - dit aussi l'abbé Outhier et qui signait certaines de ses œuvres Réginald Outhier, né à Lamarre-Jousserand le et mort à Bayeux le , est un ecclésiastique et un scientifique français du siècle des Lumières.
C'est un savant polymathe. Il s'intéresse à l'astronomie, à l'horlogerie et à la mécanique. Plus tard, il participe à des travaux géodésiques, réalise cartes et dessins et s'intéresse aux mathématiques. Il doit sa renommée à son ouvrage Journal d'un voyage au Nord qui relate, jour après jour, son implication et ce qu'il a vu dans l'expédition en Laponie de Maupertuis à laquelle il prend part.
Biographie
vignette|Le quartier des Outhier à La Marre.
Réginald Outhier est né le à La Marre (-Jousserand), village du bailliage de Poligny, en Franche-Comté. L’acte de naissance de Réginald Outhier n'a pas été retrouvéIl a sans doute disparu avec le père Rousselot, le curé de La Marre décédé en 1710., l'identité de ses parents ainsi que la profession de son père ne sont donc pas certaines. D'après une enquête aux archives du Jura, Mario Morisi, écrivain jurassien, propose que Pierre Joseph, son géniteur, ait été « procureur d'office de Mirebel ». La famille Outhier était domiciliée au centre de La Marre, le quartier le plus important dit encore aujourd'hui « le quartier des Outhier », face à une croix très ancienne dédiée à « Sainte-Anne et Marie enfant » et à la chapelle Saint-Sauveur où priaient ses concitoyens.
Formation et début de carrière ecclésiastique vignette|Localités de cœur de l'abbé Outhier sur sa carte du voyage vers la Laponie. Les localités franc-comtoises les plus importantes dans la vie de Réginald Outhier ont été La Marre, Poligny, Dole et Besançon ; on le sait puisqu’il les a tracées lui-même sur sa carte d’une partie de l’Europe contenu dans son « Journal ». Il fait ses premières classes sans doute dans ce qui allait devenir le Collège de Poligny, puis à Dole, probablement chez les jésuites du Collège de l’Arc. Admis au séminaire de Besançon en 1714 à l'âge de vingt ans il y sera ordonné prêtre probablement avant la fin de 1717.
Après une période de trois années où on le voit apparaître en tant qu'« ecclésiastique » sur les registres de La Marre, où il aide le curé en charge, il est nommé vicaire à Montain, une paroisse éloignée d’une vingtaine de kilomètres de La Marre, comprenant, outre Montain, les villages de Lavigny, du Pin et du Louverot. Dans les anciens registres paroissiaux déposés aux archives départementales, c’est le qu’un acte porte pour la première fois la signature du vicaire Outhier. Le , il rédige et signe seul un de ces actes, et le 20 du même mois, l’acte de décès de son curé, le père Claude Chevillard (en office entre 1700 et 1730). C’est à cette date qu’il devient administrateur de fait de la paroisse. Le dernier acte signé de sa main est en date du ; le suivant, daté du , l’est par le nouveau curé Jacquemet seul, et à partir d’ apparaît le nom d’un nouveau vicaire.
J. Richard, dans son mémoire de 1926, écrira : « Sa signature est très lisible, d’une écriture nette et régulière, sans autres ornements qu’un trait séparé, vigoureusement tracé, la prolongeant ou la soulignant ; si l’on en croit la graphologie elle dénoterait un esprit réfléchi, méthodique, très pondéré, bien que non dépourvu d’imagination, et aussi un caractère prudent et loyal. » Une lettre d’Outhier signée à La Marre le est également connue (collection privée).
Premières années scientifiques, 1726-1736 C’est en assumant sa charge de prêtre de campagne qu’Outhier entame ses importants travaux en astronomie et en horlogerie, discipline qui, depuis la fin du , est une des fiertés de cette portion de la Franche-Comté. Remarqué dans ses écrits par Jacques Cassini, membre de l’Académie royale des SciencesVoir sommairement son histoire : accès en ligne, il en deviendra un de ses correspondants scientifiques quelques années plus tardPour ces « premières années scientifiques » voir principalement ; ..
vignette|Le Louvre, siège de l'Académie, en 1739.
En 1726, il imagine un « globe mouvant » où les mouvements du Soleil et de la Lune se trouvaient figurés, permettant de visualiser ainsi les moments où pouvaient avoir lieu des éclipses. Le globe, exécuté par son ami horloger Jean-Baptiste Cattin, est présenté par son concepteur à l’Académie royale des Sciences en 1727 et 1731 (version perfectionnée).. L’objet est alors reçu avec l’éloge suivante : « Quoiqu’il y ait déjà plusieurs ouvrages dans ce goût-là, on a trouvé que celui-ci était très ingénieusement imaginé, que quelques dispositions nouvelles, celle, par exemple qui regarde les phases de la lune et ses latitudes, le rendaient simple, et donnaient une idée avantageuse de l’intelligence et de l’habilité de l’inventeur. » ; Monnier. ajoute l’anecdote suivante : « L’abbé Outhier ayant porté ce globe à Paris, fut admis en 1732 à le présenter au Prince qui lui témoigna le désir de l’acquérir, et qui le pressa de lui dire quel prix il y mettait. Notre abbé qui ne savait pas que l’on ne vend rien au Roi, au lieu de lui faire hommage de son travail, eut la maladresse d’en fixer la valeur à quelques louis. La somme lui fut comptée ; et, par cette vente irréfléchie, le mérite de l’inventeur disparut sous le salaire de l’artisan. »
Le Pour mémoire, on rappelle qu'entre le 16 juillet et le 7 août 1731, le nom du curé de Montain est changé dans les registres de la paroisse., Régnaud ou Renaud Outhier est invité à l’Académie des Sciences. Ce jour-là, il devient correspondant scientifiqueAcadémie des sciences, membres, in memoriam… lire en ligne de Jacques Cassini et on essaye de le retenir en le chargeant de réaliser calculs et plans de triangulation géodésique pour la future Grande Carte de France, mais il se soustraira assez vite à cette tâche fastidieuse.
À partir de 1732, sur les conseils de Cassini, il devient secrétaire [scientifique] près du jeune évêque de Bayeux, Paul d’Albert de Luynes nommé à ce poste en 1729 à l'âge de 26 ans et astronome et physicien éminent. Leur entente est si bonne qu'il résidera à l'évéché.
En 1733, il contribue, en tant que géomètre, au calcul de la perpendiculaireCette perpendiculaire, menée de Strasbourg à Saint-Malo est une chaîne de triangles géodésiques qui fera partie de l'ossature de la carte de Cassini.Voir les détails dans la page « Carte de Cassini ». à la méridienne de Paris pour la partie comprise entre Caen et Saint-Malo. C'est là qu'il approfondira ses connaissances pratiques en géodésie et cartographie. Cette expérience sera une sérieuse référence dans le choix de sa personne pour participer au « Voyage au Nord », dans les années suivantes.
Au service de Paul d'Albert de Luynes, une de ses tâches essentielles sera la réalisation de la carte du diocèse parue en 1736accès en ligne..
Le Voyage au Nord, 1736-1737 vignette|Triangulation du méridien en Laponie. 150px|vignette|gauche|Maupertuis jeune.
En 1736–1737, sur la demande du comte de Maurepas, alors secrétaire d'état à la marine, et avec le consentement de son évêque, Outhier s'engage à participer à l’expédition de Maupertuis en Laponie, « quoique prévenu contre le climat des pays du Nord ».
Cette expédition géodésique, qui consiste à mesurer un degré de latitude au Nord, a pour finalité de savoir si la Terre est sphérique, aplatie aux pôles ou à l'équateur. Les principaux membres de cette mission sont quatre titulaires de l'Académie royale des sciences de Paris, à savoir : le géomètre et chef de l'expédition Maupertuis, le géomètre Clairaut, le mécanicien Camus, l'astronome Le Monnier ainsi qu'Outhier, correspondant de Cassini (accessoirement aumônier du groupe). Celsius, alors professeur d'astronomie à Uppsala, agrée par le roi et aujourd'hui célèbre savant suédoisCelsius est aujourd'hui connu pour l'échelle thermométrique qui porte son nom., fera partie de l'équipe et jouera le rôle de facilitateur dans le pays. Il est à remarquer qu'Outhier est le seul membre de la mission ayant une connaissance approfondie de la géodésie de terrainMaupertuis dit simplement de lui dans la préface de La figure de la Terre « M. l'abbé Outhier, dont la capacité dans l'ouvrage que nous allions faire était connue… ».
« C’est dans cette circonstance que la personnalité d’Outhier s’affirme avec éclat. Observateur précis et rigoureux, il travaille aux côtés de Maupertuis dans des conditions parfois extrêmes et il fait preuve de qualités physiques remarquables. Supportant avec la même sérénité la chaleur de l’été et le froid polaire, il contribue très largement à la réussite de l’expédition. »
Au retour en France, le Roi gratifie plusieurs membres de l’expédition, y compris Celsius, d’une pension ; Maupertuis s’indigne en entendant qu’Outhier est dépourvu de cette faveur. « Il alla trouver le cardinal Fleuri [alors Premier ministre de Louis XV] : lui témoigna sa surprise de ce qu'on n'avait point donné de pension à M. Outhier qui avait travaillé plus que les autres dans ce voyage ; excellent observateur, très industrieux pour les instruments et pour leur graduation : déclara qu'il aimait mieux renoncer à sa pension que de voir M. Outhier sans récompense. Le cardinal fit donner à M. Outhier une pension de sur une abbaye dont l'abbé lui écrivit très honnêtement, avec promesse de lui faire remettre la somme tous les ans exactement, et sans frais.. »
Au retour du Voyage au Nord, 1738-1748 De retour du Voyage au Nord, Outhier reprend ses fonctions de secrétaire scientifique auprès de Paul d'Albert de Luynes. Personnellement ou avec son évêque, il mène à bien différents travaux scientifiques cités simplement ici et développés plus loin.
Il trace à Bayeux et à Caen différentes méridiennes ébauchées par l'équipe de Jacques Cassini lors de leur passage en 1733. À cette époque les méridiennes sont fort utiles pour connaitre l'heure « exacte », notamment en astronomie. Dans le domaine astronomique donc, il effectue différentes observations avec son protecteur, dans l'évêché de Bayeux, ou à Sommervieu, la résidence d'été située à quelques kilomètres de Bayeux.
Sur commande, fort de son expérience en cartographie, il réalise plusieurs cartes topographiques où sont soulignés les repérages géodésiques de l'Académie, dont les siens propres et, pour faciliter la mesure des distances sur le terrain, il met au point un odomètre assez original. Dans le domaine de la géodésie pure, pour le compte de Cassini de Thury et pour la carte de France, il reprend du service et effectue la triangulation entre Saint-Malo et Nantes. Accessoirement, il s'essaiera, en mathématique, à résoudre à sa façon la quadrature du cercle ; il produira aussi quelques almanachs pour le méridien de Bayeux. Mais sa renommée viendra surtout de son ouvrage Journal d'un voyage au Nord qu'il publiera en 1744 en France et en 1746 à Amsterdam.
Outhier et les académies
Au début des années 1730, comme vu précédemment, Outhier devient correspondant de Jacques Cassini, membre de l'Académie royale des sciences de Paris. En tant que tel, il participe à divers travaux géodésiques et présente différentes études parues dans les Mémoires de l'Académie (voir infra). Le , l’abbé Outhier est candidat, en même temps que Le Monnier, au poste d’adjoint géomètre de l’Académie. C’est par une lettre de Maurepas, le Secrétaire d’État à la Marine et à la Maison du Roi, datée du que l’Académie apprend que le roi a choisi Le Monnier, premier sur la liste. Après cet échec, Outhier ne se représente plus.