La Pièce aux cent florins (en ) est une gravure à l'eau-forte vraisemblablement achevée par Rembrandt vers 1648-1649 et commencée dix ans plus tôt.

Sa composition s'inspire du de l'Évangile selon Matthieu. Le Christ se tient au centre de la scène, entouré de plusieurs groupes de personnages : à droite, une foule de pauvres, des malades, des personnes âgées ou blessées l'implorent de les guérir ; à gauche, les pharisiens lui tournent le dos, le défient, le provoquent au sujet du droit de l'homme à répudier sa femme ; devant lui, deux femmes s'approchent pour lui demander de bénir leurs enfants. À saint Pierre qui tente de les repousser, le Christ ordonne : . Enfin, un jeune homme riche qui hésite à abandonner sa fortune s'oppose au chameau tout à droite de la composition, rappelant la formule de Jésus :

Cette gravure tient son titre de l'histoire selon laquelle Rembrandt l'aurait échangée contre une série complète de gravures du maître italien Marcantonio Raimondi, plutôt que de lui payer les demandés, somme très élevée à l'époque. Une autre théorie suggère que l'estampe aurait été offerte par Rembrandt à son ami le marchand d'art Jan Pietersz Zomer, ce qui expliquerait qu'elle ne soit ni datée ni signée.

Les exemplaires de l'estampe originale sont très rares et sa plaque a connu un destin surprenant, le capitaine et imprimeur britannique William Baillie, qui l'avait acquise au , l'ayant retravaillée puis découpée en différents motifs afin de les revendre.

La Pièce aux cent florins est considérée comme la gravure la plus aboutie de Rembrandt, qui innove à plusieurs niveaux. Il représente le Christ comme une source paisible de méditation plutôt que comme figure de souffrance et renferme plusieurs épisodes en une seule scène. Pour mettre ses personnages dans l'ombre ou dans la lumière, engage tous ses moyens techniques et artistiques .

Sujet Description générale Le Christ se tient au centre de la scène, entouré de plusieurs groupes de personnages. Auréolé et en hauteur, il domine l'assemblée, dans un lieu indéfini mais sombre.

À droite, une foule de pauvres, des malades, des personnes âgées ou blessées viennent de la droite et implorent Jésus de les guérir, tous faisant montre d'une grande souffrance. C'est une

À gauche, les pharisiens, arrogants et se pavanant, tournent le dos à Jésus, le défient et le provoquent. Certains sont absorbés par les paroles de l'un d'entre eux, tandis que d'autres se laissent influencer par Jésus.

En dessous, devant Jésus, deux femmes s'approchent avec leur enfant pour lui demander de les bénir, contre l'avis de saint Pierre, qui se tient à ses côtés. Au même niveau est assis un jeune homme riche, qui semble plongé dans une grande réflexion. Dans la partie inférieure gauche, le riche personnage vu de dos n'a pas d'identité : c'est un spectateur récurrent dans les œuvres de Rembrandt.

Iconographie L'iconographie de La Pièce aux cent florins, avec une composition contenant de si nombreux visages, n'a aucun antécédent dans l'histoire de l'art, et ce choix de thème et de composition doit être considéré comme un credo des grandes ambitions artistiques de Rembrandt..

Le de l'Évangile selon Matthieu vignette|Étude de composition iconographique, reprenant chacun des passages du de l'Évangile selon Matthieu.Le détail des figures représentant Érasme et Socrate est illustré à la fin de cette section.|alt=L'estampe est présentée avec des vignettes identifiant chaque passage de la Bible représenté par un élément de la composition. Avec cette gravure Rembrandt cherche à représenter tout le de l'Évangile selon Matthieu qui contient l'essentiel de la doctrine et de l'image du Christ et fait ici le récit circonstancié de son apostolat quand . Il rend ainsi compte de chacun des événements décrits dans ce chapitre et les répartit dans le cadre à la manière des représentations médiévales .

Ainsi, le second verset est représenté à droite de la composition : l'épisode décrit comme est représenté par les différentes faces des miséreux : on y voit des aveugles, des paralytiques, des boiteux, des lépreux, à genoux, à béquilles, sur une brouette, etc. qui s'approchent du Christ pour l'implorer.

Du troisième au douzième verset, Matthieu relate la conversation entre le Christ et les pharisiens qui tentent de le mettre à défaut à propos de la répudiation. ; ils figurent à gauche, au second plan, dos à dos avec un personnage portant symboliquement les traits d'Érasme . Rembrandt cherche d'ailleurs à mettre en évidence l'hypocrisie des pharisiens, à qui le Christ reproche de ne pas suivre leurs préceptes : il utilise pour cela la manière qu'a l'un d'eux, barbu et coiffé d'un large chapeau, d'enrouler son phylactère. Rassemblés autour d'un large socle de pierre, certains ne semblent fixer que celui qui parle en leur nom ; pourtant, d'autres auditeurs sont attentifs et subissent eux aussi l'influence de Jésus.

Dans les versets 13 et 14, Il y a une autre allusion aux enfants plus loin dans le chapitre, au : Une autre représentation symbolique est faite, sous les traits de Socrate, de saint Pierre, qu'il écarte de la main droite pour pouvoir s'adresser à une mère portant son enfant, alors qu'un apôtre cherche désespérément un regard approbateur de son Seigneur. Rembrandt réunit ainsi les sagesses antique et de la Renaissance ; mais il cherche ici à remettre en question la sagesse antique en glorifiant la charité évangélique.

Juste à la gauche de cette scène est assis le jeune homme riche qui ne peut se résoudre à vendre toutes ses possessions pour accéder à la vie éternelle. : Rembrandt représente d'ailleurs tout à droite de la composition un chameau ainsi que le Christ, qui conclut cet épisode :

D'autre part, un autre passage du Nouveau Testament est évoqué, celui de Luc : , renforçant l'idée qu'il s'agit du Christ prêchant et soignant les malades, un thème inhabituel à l'époque.

Rembrandt, qui donne à cette eau-forte toute sa signification par sa composition complexe, cherche plutôt à glorifier le message du Fils de Dieu que d'exhorter à faire le bien au travers de l'image du Christ bénissant les enfants, comme c'est souvent le cas. Cornelis Hofstede de Groot, qui a identifié Socrate et Érasme sur les visages de deux des apôtres de la scène, explique que les gestes du Christ sont .

La représentation du Christ Dans La Pièce aux cent florins, Rembrandt innove en explorant une autre facette de la figure du Christ : alors que celui-ci était jusque-là pratiquement toujours représenté comme une figure héroïque incarnant la souffrance, il met en avant une image beaucoup plus apaisée. Introverti et réservé, sa seule existence et pousse à la méditation pour sa bonté et la qu'il dégage, renforçant la proximité personnelle du spectateur avec la réflexion divine et spirituelle.. En effet, privilégiant les perceptions de l'esprit et de l'âme pour y enraciner la présence du Christ qui serait la source continuelle d'espoir et de rédemption., Rembrandt se servirait du récit comme excuse pour

Ce changement d'orientation significatif par rapport à l traditionnel, qu'il entreprend également pour la peinture Les Pèlerins d'Emmaüs, permet d'une part à Rembrandt d'explorer plusieurs sujets analogues. et d'autre part inspire par la suite tous les élèves et anciens associés de Rembrandt.

Cette s'opposent à l'environnement du Christ, un véritable drame humain de grande magnitude : sa silhouette, imposante et calme domine et donne une cohésion à l'ensemble, en contraste avec les groupes mobiles, distraits, interagissant.. Loin de la théâtralité des représentations antérieures, Rembrandt cherche à saisir au maximum la nature particulière des activités du Christ Cette démarche s'inscrit dans la recherche par le peintre de la signification de l'existence, du degré de perception de . Le catalogue d'exposition de Boston et Chicago. appelle cette recherche au travers des représentations de sujets bibliques le ..

L'artiste néerlandais apporte une attention particulière à l'auréole de Jésus, qui ressort puissamment par rapport à l'obscurité de l'espace entre lui et la paroi ; Royalton-Kisch décrit même l'auréole comme Les ombres projetées sur sa tunique blanche et l'auréole, font du Christ . ; la lumière est ainsi la métaphore de la mission rédemptrice dont Jésus a été investi. De son côté, Tümpel suggère à propos de l'ombre projetée sur la tunique de Jésus qu'elle illustre l'idée que la souffrance des miséreux touche littéralement Jésus.

Le visage du Christ a posé des problèmes à Rembrandt : on constate un travail systématique sur chacun des deux états. Le deuxième état, en particulier, a été retravaillé à de nombreuses reprises à la pointe sèche au niveau du visage : malgré différentes impressions, les spécialistes ne considèrent pas qu'elles constituent des états différents, l'œuvre finale étant déjà « finie » dès le premier état. Mais le long travail, la grande attention de Rembrandt sur ce sujet et les multiples impressions ont altéré la plaque au point qu'il a dû reprendre plusieurs fois ces traits... La plaque originale a également été retravaillée par plusieurs artistes , qui ont eux aussi cherché à corriger ou réinterpréter le visage à la pointe sècheVoir l'évolution du visage du Christ selon les états dans ..

Origine du nom de l'œuvre

Le titre de cette œuvre ne correspond pas au thème représenté pour deux raisons. D'abord, le thème a difficilement été identifié : il semblerait au premier abord que l'iconographie de cette œuvre ne corresponde à aucune scène précise des Évangiles. Par ailleurs et par voie de conséquence, une anecdote portant sur la destination de l'une des épreuves, de par sa particularité, a été choisie par les premiers critiques.

On sait en effet que Houbraken l'utilise dès 1718 et que Gersaint l'utilise à son tour dans son catalogue de 1751 ; il fait le commentaire suivant : Au dos de l'épreuve conservée à Amsterdam, une note manuscrite contredit cette version en rapportant qu'elle n'aurait jamais été vendue mais offerte à l'un de ses amis, l'artiste et marchand d'art Jan Pietersz Zomer, ou bien échangée contre une célèbre gravure de Marc-Antoine, La Peste. On sait que certaines estampes ont été vendues au à une ou plusieurs centaines de florins, mais à cette époque-là, les estampes néerlandaises avaient un prix n'avoisinant que les ( = ).. En plus des théories citées préalablement, une autre peut expliquer ce prix très élevé : Rembrandt aurait misé sur ses œuvres lors des ventes aux enchères pour faire gonfler le prixSelon le journal de Conrad von Uffenbach, cité par .. Quoi qu'il en soit, le nom de Pièce aux cent florins est un titre qui était déjà apparu du vivant de Rembrandt, dans une lettre de l'éditeur d'Anvers Jan Meissen à son client l'archevêque de Bruges Charles van den Bosch datée de 1654, où il décrit le marché de l'estampe et mentionne ..

Le flou demeurait quant au sujet de l'œuvre, jusqu'à ce que Herman Frederik Waterloos, contemporain de Rembrandt, note dans un poème : L'épisode du Nouveau Testament serait donc celui relaté par l'Évangile selon Matthieu () et l'Évangile selon Luc () , un thème très peu traité à l'époque. Mais Karel G. Boon explique que de par l', on ne pouvait trouver d'autre nom que ce qui , faisant référence aux nombreuses références bibliques de l'Évangile selon saint Matthieu condensées dans l'œuvre..

Auparavant, quand ce chapitre était traité par d'autres artistes, seul l'épisode sur la bénédiction donnée aux enfants montrant des foules de ceux-ci et de leurs parents était abordé : cette image d'une foi naïve était en effet très prisée par les luthériens du et fut souvent traitée dans l'atelier de Lucas Cranach l'Ancien à WittembergCat. exp. Francfort et Londres, 2007-2008, ...

Analyse Préparation dans des œuvres antérieures et datation