vignette|droite|lèi tài
Le lèi tài (traditionnel : 擂臺 Simplifié : 擂台 littéralement: ) est une arène de combat surélevée, sans garde-corps, où des tournois, souvent mortels, impliquant des combats armés ou à mains nues avaient lieu. Les matchs étaient supervisés par un arbitre sur la plateforme et des juges sur les côtés. Les combattants perdaient en capitulant, en étant mis hors de combat ou étaient projetés à l’extérieur de la plateforme. Le gagnant demeurait sur la scène jusqu’à ce qu’un meilleur combattant prenne sa place. Une fois tous les aspirants éliminés, il devenait le champion. Les duels privés n’avaient aucune règle et se terminaient souvent par la mort d’un des participants.
Dans sa forme actuelle, le lei tai est apparu en Chine durant la dynastie Song. Toutefois, des variations plus anciennes peuvent être retracées jusqu’à la dynastie Qin. Aujourd’hui, il est utilisé dans les compétitions de Sanshou , www.ikfkickboxing.com, et Kuoshu à travers le monde.
Le dessin montré ci-dessous est la version couleur d’un original apparu dans l’édition de la dynastie Ming (ca. WanLi 明萬歷 1573-1620) du célèbre roman chinois Au bord de l'eau (水滸傳). La scène montre un des personnages principaux, Yan Qing (水滸傳), en train de vaincre son rival, Ren Yuan, surnommé Qing TianZhu (擎天柱任原), dans un duel de Lei Tai.
Étymologie
Le symbole chinois pour Lèi (擂) combine le mot tonnerre (léi 雷) avec le radical main (shǒu 手). La signification pourrait se traduire par défier ouvertement , kungfumagazine.com, .. Mais, littéralement, il signifie frapper (un tambour). Tai veut dire scène ou plateforme. Le terme Da lei tai est aussi utilisé.
Le symbole Da combine le mot robuste ou vigueur avec le radical pour main. La combinaison des deux peut vouloir dire frapper ou combattre. La prononciation cantonaise de Lei tai est Leui Toi. En anglais, la prononciation est Lui Toi ou Loey Toy. Da lei tai est prononcé Da leui toi.
Il est important de noter que les militaires chinois utilisaient aussi Zhong Jun Lei Gu Tai (Plateforme centrale de percussion militaire) pour transmettre des ordres sur le champ de bataille ou pour indiquer l’heure dans la capitale. Dans Les Trois Royaumes, le général Zhang Fei a utilisé une « plateforme à percussion » pour enseigner le mouvement des troupes à ses militaires. Il est possible que le lei tai tienne son nom de cette pratique étant donné que le vainqueur risquait de battre son adversaire comme tambour.
Dimensions
La surface de combat est carrée mais ses dimensions varient d’une source à l’autre. Le Swiss Open Kusohu Tournament indique que les combats de lei tai classiques prenaient place sur une scène d’au moins de haut et avait une superficie . Le Tien Shan Pai Association indique que la dimension est soit de 24’ x 24’ ou 30’ x 30’ et de 2’ à 4’ de haut. La International Wushu Federation et la Chinese Wushu Association utilisent un lei tai de 24’ x 24’ et 2’ de haut. De plus, des tapis de 6’ de long x 1’ d’épaisseur sont installés sur tout le périmètre. Il est appelé le « Lei Tai de la Montagne Sanda des Neuf Soleils ». Il a été utilisé au World Wushu Championships tenus au Vietnam en . Le International Chinese Kuoshu Federation utilise une scène de 24’ x 24’ x 16’’ de hauteur. Selon le livre Chinese Fast Wrestling for Fighting, les dimensions étaient de 24’ x 24’ x 5’ de haut. Le World Sport Encyclopedia parle d’une plateforme de x élevée d’environ et entourée de mur de caoutchouc.
Histoire (avant 1928)
Le lei tai est apparu durant la dynastie Song alors qu’il était utilisé pour des matchs de boxe, d’exhibition de Shuai Jiao et pour des duels privés. Selon la Chinese Kuoshu Institute (UK), un ancêtre du lei tai était utilisé durant la dynastie Qin pour tenir des compétitions de lutte Jiao Li entre les soldats impériaux. Le gagnant était choisi comme garde du corps de l’empereur ou comme instructeur d’arts martiaux pour l’armée impériale.
Selon Cung Le, un combattant célèbre d’arts martiaux, « À l’époque, pour vous présenter comme boxeur dans un nouveau village, vous construisiez un lei tai, vous vous teniez debout dessus et invitiez tout le monde à vous déloger ». Certains combattants faisaient parvenir leur défis sous la forme d’une lettre écrite à la main à l’adversaire qu’ils désiraient affronter. Cette forme de défis a été illustrée dans le film Fearless quand le personnage interprété par Jet Li défie un autre combattant à un match. Le livre Ultimate Sparring : Principles & Practices mentionne : « les artistes martiaux organisaient des « matchs défis » sur le lei tai afin de tester leur talents, pour régler des disputes personnelles ou pour prouver la supériorité d’un style sur un autre. Un des combattants perdait le match et sa crédibilité en tombant au tapis ou en étant projeté hors de la surface de combat. Dans ce cas, personne ne voulait apprendre à boxer de ce professeur. Le gagnant devenait le « propriétaire » de la plateforme et le demeurait jusqu’à ce que quelqu’un réussisse à le vaincre. Lorsque tous les aspirants étaient éliminés, le vainqueur devenait le champion et son style régnait dans toute la région. Une autre méthode consistait à vaincre un maitre déjà établi sur le lei tai et prendre le contrôle de son école.
Pour devenir le champion, il fallait souvent affronter une multitude d’adversaires. Par exemple, le grand maitre de Lama Pai, Wong Yan-Lam, a installé son propre lei tai devant le monastère Hai Tung à Guangdong après une brillante carrière comme garde du corps dans la Chine du nord. Durant 18 jours, il a combattu plus de 150 adversaires sans subir la défaite. Selon le grand maitre de Hop Gar, David Chin, « Les aspirants étaient soit blessés ou tués. Wong ne laissait jamais un aspirant quitter son école sans avoir subi une blessure. Il était un maitre dans l’utilisation de la technique de la cruauté ». Peu de temps après, il fut nommé dirigeant des Dix Tigres de Canton, composé des 10 meilleurs hommes de kung fu de Guangdong. Grand maitre de la génération de Taijiquan style Chen, Chen Zhao Pi (1893-1972), neveu de Chen Fake, installa son lei tai devant la porte Xuan Wu Men de la ville de Beijing après la parution d’un article non autorisé sur la supériorité du Taijiquan de style Chen dans le Beijing Times qui encouragea de multiples adversaires à venir défier ses talents. Durant 17 jours, il vaincu plus de 200 personnes et fit la rencontre de plusieurs amis. Il fallait donc, en moyenne, de 17 à 18 jours et entre 150 et 200 combats gagnants afin d’établir la supériorité d’un style dans une région donnée. Tous les combats, armés ou non, se déroulaient sans équipement de protection fidèle à la tradition des Jissen Kumite du karaté Kyokushin. Au-delà de l’expulsion de la scène, les combats se poursuivaient souvent jusqu’à ce qu’un boxeur capitule, soit sévèrement blessé ou tué.
Un exemple de décès sur la scène a été décrit par le grand maître de Hung Gar Chiu Kow (1895-1995), père du grand maitre Chiu Chi Ling. Le combat opposait le maitre de Hung Gar Leng Cai Yuk et un patron des triades nommé Ha Saan Fu qui était aussi un maitre en arts martiaux internes. Parce que Ha trempait dans la prostitution, le jeu et le trafic de drogue, Leng défia Ha à un combat sur le lei tai pour freiner l’expansion de ses activités criminelles. Ha accepta le défi et s’engagea à quitter la région s’il était défait. Ha avait entendu parler de l’habileté de Leng à arracher la chair de ses adversaires avec ses mains nues, et il décida de protéger son torse avec des lanières de cuir avant le combat. Les deux hommes se présentèrent sur le lei tai pour signer les documents qui stipulaient qu’ils acceptaient que le combat puisse se terminer par la mort. La foule les regardait avec attention alors que les deux adversaires entamaient le combat. Après un moment, Leng (qui avait aperçu les lanières de cuir à travers les vêtements déchirés de Ha), contourna l’armure en glissant par le dessus et arracha les tripes de son adversaire qui tomba mort sur la scène. Lorsque les hommes de Ha voulurent s’en prendre à Leng, en revanche, la police arrêta Leng immédiatement pour le protéger et le remirent en liberté peu de temps après.
L’architecture sans garde-corps du lei tai permettait à un combattant de s’en sortir sans blessure grave. À tout moment, lorsque confronté à une adversaire supérieur, il pouvait simplement descendre de la scène. C’était considéré comme une défaite mais il avait, au moins, la vie sauve. Malgré cette option, le gouvernement nationaliste a quand même décidé de bannir l’ancienne tradition en 1928 à cause de trop grand nombre de décès.
Temps modernes (1928 à aujourd’hui)
Compétitions nationales de boxe
Dans le but de filtrer les meilleurs éléments pour des postes d’enseignants dans le nouvel Institut Central de Kuoshu et dans les écoles provinciales, les généraux Zhang Zhi jiang (1881-1966), Lie Jun (1882-1946) et Li Jinglin (1885-1931) ont tenu la première compétition de full-contact nationale en . Plusieurs maitres traditionnels refusèrent de participer parce qu’ils disaient que leurs habiletés ne pouvaient être mises en valeur que dans des duels sérieux et non sportifs. Toutefois, la compétition a quand même attiré des centaines de combattants qui ont participé dans des disciplines telles que la boxe, les armes et la lutte sur une arène de type lei tai. Mais, après quelques jours, la compétition a dû être arrêtée après le décès de deux maitres et plusieurs blessures sérieuses. Les 12 derniers combattants ont été interdits de poursuivre le tournoi de peur de perdre les meilleurs maitres du pays. Le gagnant fut désigné par un jury. Plusieurs des 15 meilleurs combattants (dont certains étaient des boxeurs de xingyiquan) ont poursuivi en enseignant à l’institut. En 1929, le gouverneur de la province de Guangdong a invité des maitres de l’institut (incluant certains des maitres présents durant l’édition 1928) à venir au sud pour établir l’Institut de Kuoshu du sud. Le général Li Jinglin a alors choisi cinq maitres pour représenter le nord. Ces hommes étaient connus comme les Wu hu xia jiangnan (Les 5 Tigres se rendant au sud de Jiangnan) : Gu Ru Zhang (1893-1952) du style Shaolin du Nord. Il était connu sous le nom de « Gu Ruzhang aux paumes de fer). Il s’était classé dans les 15 premiers au lei tai de 1928. Wan Laisheng (1903-1995) des styles Shaolin du Nord et Interne (incluant la Boxe Naturelle) Fu Zhensong (1881-1953) du style Baguazhang Wang Shao Zhou des styles Shaolin du Nord et Cha Li Xian Wu des styles Shaolin du Nord et Interne
En 1933, l’Institut organisa de nouveau la compétition nationale. Les règles disaient : « …si un décès survient durant un combat, le corps sera retourné chez le combattant dans un cercueil ». Les gagnants de cette compétition incluent : Chang Tung Sheng (1908-1986) du style Shuai Jiao. Il gagna dans la catégorie poids lourd ce qui lui valut le surnom « Flying Butterfly ». Wang Yu Shan (1892-1976) du style Taiji de la Mante Religieuse Li Kun Shan (1894-1976) du style de la Mante Religieuse du Prunier en Fleur
Kuoshu (combat de lei tai)