La bataille de Varey, qui eut lieu le , est la plus célèbre bataille du conflit qui opposa aux s les comtes de Savoie aux dauphins de Viennois. Elle eut lieu sur la commune actuelle de Saint-Jean-le-Vieux, dans l'Ain.

Le contexte Les deux petits États voisins de Savoie et du Dauphiné se sont détachés du Saint-Empire romain germanique. À l'origine simples seigneuries, chacun s'est étendu progressivement au gré des évènements (mariage, conquête, protection…) sans souci de cohérence géographique. Il n'y a pas de véritable frontière et les possessions sont enchevêtrées.

Un premier conflit oppose au milieu du Guigues IV, le premier à porter le surnom de Dauphin, puis son fils Guigues V au comte Amédée III de Savoie. Mais l'autorité impériale renaissante assure une paix durable.

Une « guerre de cent ans » vignette|Pierre II de Savoie Alfred Dufour, historien suisse du droit, observe que la période allant de 1280 à 1329 est marquée par ces « guerres féodales » entre les deux familles comtales.. Le médiéviste Bernard Demotz parle quant à lui de « véritable guerre de cent ans », qui a débuté vers 1234..

En 1241 ou 1242, le baron Aymon II de Faucigny organise les fiançailles de sa petite-fille Béatrix (ou Béatrice), fille de Pierre de Savoie et nièce du comte de Savoie Amédée IV, avec le Dauphin Guigues VII... Le mariage est célébré en 1261. Seule héritière de sa mère Agnès, le Faucigny passe en dot à la maison du Viennois, .. En 1268, Philippe succède à son frère Pierre, qui était devenu comte de Savoie en 1263. Ce dernier veut récupérer le Faucigny, devenu une enclave dans ses états. C'est l'origine du conflit entre le Dauphiné et la Savoie, un différend qui va durer cent ans.

Pendant cinq décennies, les comtes successifs de Savoie affrontent les Dauphins qui ont trouvé des alliés auprès du comte et de l'évêque de Genève. C'est une période de chevauchées assez vaines, avec des prises de possessions réciproques, et entrecoupées d'arbitrages, trêves et traités imposés par le pape ou le roi de France.

En 1320, lassé de cette guerre d'usure, Amédée V de Savoie veut frapper un grand coup pendant la minorité de Guigues VIII. Les années suivantes les échauffourées se multiplient. Amédée V meurt en 1323. Son fils Édouard lui succède. Le château de Varey, puissamment fortifié au siècle précédent est en possession de la maison de Genève, mais contestée par les sires de Beaujeu. Hugues de Genève rend hommage au dauphin Guigues VIII en 1323 pour ses châteaux de Varey, Brangues et Anthon... Édouard de Savoie, allié au sire de Beaujeu, décide d'investir le château de Varey.

La bataille Ce conflit est aussi une affaire de familles comme le montre la liste des chefs combattants qui vont s'affronter en ce jour du .

Les protagonistes Les officiers vignette|upright=0.6|Le Sceau d'Eudes IV de Bourgogne Pour le parti savoyard : 15px Édouard de Savoie a une expérience guerrière, ayant dirigé de nombreuses expéditions militaires sous les ordres de son père ou au service du roi de France. 16x16px Guichard VI, sire de Beaujeu ; de la maison de Savoie, il est intéressé au premier chef par la prise du château de Varey. Il est fait prisonnier à l'issue de la bataille et doit pour recouvrer sa liberté prendre en fief du dauphin le bourg de MiribelSelon Ernest Petit, Guichard de Beaujeu, Robert de Bourgogne et Jean de Chalon-Auxerre, doivent vendre leurs terres pour sortir de prison. Voir .. 16x16px Jean II de Châlon, comte d'Auxerre, dont la mère est une sœur d’Édouard. 16x16px Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, marié à Jeanne de Châlon et frère du duc régnant Eudes IV de Bourgogne. 16x16px Boniface II du Cly, capitaine des chevaliers valdôtains. Il est nommé en 1328 bailli du Bugey savoyard. Des vassaux suisses. 16x16px Humbert de Thoire. En 1334, il doit, pour racheter sa liberté, rendre hommage de la poypiam de Monteuls (poype de Monthieux) au dauphin de ViennoisBiblioteca Dumbensis, I, ..

Pour le parti dauphinois : 15px Guigues VIII du Viennois, le jeune dauphin n'a que 16 ans et une totale inexpérience des combatsIl est douteux que l'on ait laissé le commandement à un adolescent sans expérience, mais les chroniques ne font pas état de la présence ce jour de son tuteur et oncle, Henry, évêque de Metz.. 16x16px Hugues de La Tour, seigneur de Faucigny, oncle du jeune Guigues, mais aussi beau-frère d'Édouard de Savoie par son mariage avec Marie de Savoie. Il possède également les châtellenie de Montbonnot, Montfleury et La Terrasse en Grésivaudan. 15px Amédée III de Genève, héritier des comtes de Genève et aussi neveu d'Édouard. 15px Hugues de Genève, capitaine de la ligue anti-savoyarde. 15px Hugues de Joinville, seigneur de Gex. 15px Aymar de Poitiers, comte de Valentinois et de Diois, la plus puissante famille de la région dauphinoise après celle des Dauphins. 15px Raymond IV de Baux, prince d'Orange, cousin par alliance de Guigues. 15px Jean II de Chalon-Arlay, allié à la famille des comtes de Genève. le Grand Chanoine et ses mercenaires gascons. 17x17px Guillaume de Rougemont, bailli de Monton. 15px Raymond de Montauban, seigneur de Montmaur.

Les chevaliers

Ramus Albin 15px Guillaume Armand, seigneur de Grisail Guillaume Arnaud 15px Guillaume Artaud de Montauban Guillaume Arthod, seigneur de l'Arthaudière 15px Étienne d'Arvillards 15px Jean Aynard, seigneur de Chalançon 15px Pierre de Barathier, seigneur des Orres 15px Agout des Baux 15px Henri de Beaumont Guillelme de BeausemblantEdmond Maignien, Généalogies et armoiries dauphinoises, Grenoble, X. Drevet, 1870, . Aynard de Bellecombe 15px Étienne Bernard Guillaume Bigot, châtelain de Bellegrade et d'Exilles Lantelme Blymon Hugues du Bœuf (du Beuf, aujourd'hui du Beux) 15px Guillaume de Bocsozel 15px Hugues de Bocsozel (fils du précédent) Geoffroy de Bouqueron Pierre Chabert Odobert de Châteauneuf Peronnet Claret (frère du suivant) Pierre Claret, seigneur de Truchenu et d'Esparron Guillame de Claveson (blessé) N. de Clérieu 15px Geoffroy de Clermont, seigneur de Saint-Geoire et de Virieu 15px Boniface du Cly, banneret du comte de Savoie, châtelain de Rossillon Rolon de Commiers Guigues du Faure Arnaud Flotte 15px André de La Forest, dans le camp d'Édouard de Savoie, fait prisonnier Pierre Fournier François de Galbert Falconet Giraud Lantelme Girin François Gras Jacques de Gumin Guillaume Guélix Guigonnet de Guiffrey 15px Jean de Grolée, commandant des gentilshommes du Dauphinois Pons d'Hières 15px Antoine d'Hostun 15px Jean d'Hostun Humbert d'Illins Rostaing Lambert François de Lemps Aymeric Leusson Raymond Leusson (frère du précédent) Jean Lombard Louis de Loras, recteur du comté de Vienne Jean de Louvas Aymond de Lunel Auberjon de Mailles Lambert Marron, co-seigneur d'Hostun François de Maurienne Raymond de Moirans, seigneur de Châteauneuf de Galaure 15px Guillaume de Montbel Eustache de Montchenu, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem Gaillard de Montferrand Phillipe de Montferrand Roland de Montjay Joffrey de Moras Hugues de Moreton (mort lors de la bataille) Jean Payen Chabert de Portetraine 15px Étienne de La Poype Jacques III de Quart Jean Rigaud Jacques de Rivière, seigneur de Carces et de Pommerol Aymeret de Saint-Germains Guigues de Saint-Jean 15px Albert, baron de Sassenage Guigues Sylve 15px Aubert Terrail (mort des suites de ses blessures) 15px Pierre Terrail, chevalier de Bayard 15px Robert Terrail, châtelain de Buissière (fils d'Aubert) François de Theys Mermet de Theys Guigues de Torchefelon, chanoine de Saint-Maurice de Vienne Olivier de Torchefelon Guy de Tournon Girard de Vallin Raymond de Varces 15px Aymon de Virieu Guigues Vehier Pierre de Vesc, gouverneur de Die Albert de Voissac dit Gaillard, chevalier Guigues d'Yse

Le siège thumb|200px|right|Réplique d'un trébuchet. Le comte de Savoie réunit son ost à Bourg-en-Bresse ; c'est une armée brillante accompagnée d'un grand nombre de machines de guerre pour battre les murailles de ce château et y lancer des pierres et des traits.

Le siègeLa date de début du siège est imprécise ; certainement le 22 ou 23 juillet 1325, mais certains auteurs la font remonter au 19 juillet. commence par quelques combats près des murs du château, entre sa garnison et les assiégeants. Bientôt ceux-ci l'investissent et disposent leurs machines ou leurs engins autour des murailles. Des béliers armés de têtes de fer les ébranlent ; d'autres machines lancent d'énormes quartiers de pierre qui brisent les toits des tours et défoncent les planchers. Le commandant de la garnison du château est Guillaume, seigneur de Tournon. Après de siège, il obtient une trêve de dix joursServion parle de 15 jours dans Gestes et chroniques de la maison de Savoie - réed. 1879 Turin. au terme de laquelle la garnison se rendra si elle n'est pas secourue. Avec l'accord des assiégeants, il envoie un messager auprès de GuiguesCette pratique est courante au . Les hommes d'armes sont tenus de défendre une place assiégée qu'autant qu'ils puissent espérer un secours de leur prince. Au devoir de résistance, répond le devoir d'assistance par le suzerain..

L'armée du Dauphin venant de Crémieu, échappe aux veilleurs savoyards, double Ambronay et arrive à vue du château de Varey à la grande surprise d'Édouard.

L’affrontement Cependant, Guigues ne profite pas de l'effet de surprise et prend le temps d'organiser son corps de bataille en trois lignes classiques de l'époque : l'avant-garde (Raymond de Baux et le Grand Chanoine) doit percer la ligne adverse ; le corps central (le dauphin flanqué d'Amédée et Hugues de Genève) doit exploiter cette percée ; et l'arrière-garde (Aymar de Poitiers) est chargé de poursuivre l'ennemi débandé. Le dispositif est mis en place dans la plaine des Arpilles entre le château et Saint-Jean-le-Vieux.

Il n'y a pas d'engagement préalable d'arbalétriers. Les troupes à pied sont laissées à l'arrière. L'affrontement sera un combat courtois entre chevaliers.

Les Bourguignons, alliés de Savoie, attaquent et enfoncent la première ligne delphinoiseC'est lors de l'enfoncement de la première ligne delphinoise que se situe l'épisode de Brabaçon cité dans les chroniques de Paradin : ..

La mort de Barbançon brise l'élan des bourguignons qui sont repoussés par le corps de bataille d'Amédée et Hugues de Genève jusque dans leur campement. Finalement les savoyards sont submergés et pris de revers par la garnison du château sur leur arrièreToujours selon Paradin, .

Édouard, un instant prisonnier, réussit à s'échapper et à se réfugier dans le château voisin de Pont-d'Ain. La bataille s'achève par le sac du campement savoyard et le pillage des riches bagages du comte Édouard.

Les effectifs engagés de part et d'autre ne sont pas connus. Certains chroniqueurs parlent de dont Humbert de Beaujeu, frère cadet de Guichard côté savoyard ; et Aubert Terrail, ancêtre du chevalier Bayard côté delphinois.Le chiffre de est douteux en un temps où la capture suivie de rançon était un rituel connu et accepté par tous les chevaliers. Il était plus rentable de faire des prisonniers que de tuer un adversaire.. Côté savoyard, Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, Jean de Chalon, comte d'Auxerre et Guichard, sire de Beaujeu. sont faits prisonniers et devront payer de fortes rançons.

Après la bataille vignette|Charles V (statue conservée au Musée du Louvre) En s'enfuyant du champ de bataille, Édouard préserve ses capacités de réaction. Guigues de son côté n'exploite pas la victoire obtenue lors d'une des rares batailles rangées du conflit. Dès 1326, les chevauchées entrecoupées de trêves reprennent malgré les efforts de médiation du roi de France et du pape Jean XXII.

En 1328, Savoyards et Dauphinois se retrouvent côte-à-côte dans l'ost du roi de France Philippe VI lors de la bataille de Cassel contre les Flamands. Ce compagnonnage d'armes ne met pas fin à leurs querelles.