La tuberculose est une maladie infectieuse causée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis, qui se transmet par voie aérienne, avec des signes cliniques variables. Elle touche le plus souvent les poumons et peut parfois atteindre d'autres organes.

En 2023, après la pandémie de Covid-19, elle arrive en seconde place des causes de mortalité d'origine infectieuse à l’échelle mondiale, devant le sida. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte à travers son rapport annuel consacré à la tuberculose et sorti en 2015 que de personnes sont mortes de la tuberculose l’année précédente.. Parmi les nouveaux cas de tuberculose enregistrés en 2019, 87 % sont survenus dans les trente pays présentant la plus forte charge de la maladie. Deux tiers des cas sont concentrés dans huit pays, avec l’Inde en tête, suivie de l’Indonésie, de la Chine, des Philippines, du Pakistan, du Nigéria, du Bangladesh et de l’Afrique du Sud.

Le rapport 2015 de l’OMS rapporte également que la mortalité a baissé de 47 % depuis 1990 grâce en grande partie au développement des traitements ainsi que les modalités de dépistage et de prévention. Cela représente un bon indicateur du progrès réalisé par les systèmes de soins, diagnostiques et thérapeutiques.

Bien que la maladie soit curable, la forte prévalence dans les pays les plus pauvres s’explique par la conjonction d’un ensemble de facteurs : précarité, promiscuité, dénutrition, analphabétisme, infrastructure médicale insuffisante, et surtout épidémie d’infection par le VIH. La prévalence s’accroît en cas de guerre ou de famine. On constate également que l’accès au diagnostic et au traitement pose un problème dans les pays concernés.

Étymologie et abréviations La tuberculose est connue au sous le nom de « peste blanche », en écho à la peste noire qui ravage l'Europe à cette époque.

Le terme « tuberculose » est utilisé pour la première fois par Johann Lukas Schönlein en 1839.. Il est issu du nom de la lésion unitaire de la maladie, le « tubercule », utilisé depuis le et formé depuis le latin signifiant « excroissance ». La tuberculose « miliaire » (caractérisée par la dissémination de très nombreux nodules de petite taille dans les deux poumons) tire son nom de la ressemblance de ces nodules avec des grains de millet.

Dans les textes consacrés à la tuberculose, ce terme est souvent abrégé en TB.. ou TBC..

Histoire

Découvertes de la maladie vignette|En 1882, le a mis en évidence le bacille tuberculeux. vignette|Prévalence de la tuberculose en 2009. Maladie au long cours aux manifestations très diverses et affectant aussi bien humains et animaux, la tuberculose est une maladie très ancienne, mais dont l'unité nosologique et l'étiologie ne furent établies qu'au .

Une ancienne théorie du postulait que la tuberculose humaine à M. tuberculosis dérivait de la tuberculose bovine à M. bovis, en étant une conséquence de la domestication animale .

Les études génomiques indiquent que M. tuberculosis et bovis ont évolué à partir d'un ancêtre commun présent chez les mammifères et qui aurait infecté les hominidés d'Afrique de l'Est, il y a trois millions d'années. Cet ancêtre commun aurait coévolué avec ses hôtes pour aboutir aux mycobactéries humaines et animales actuelles. Les souches modernes pathogènes M. tuberculosis seraient issues d'un clone apparu il y a , ou , à partir d'une souche ancestrale de M. tuberculosis.

Dès l’Antiquité gréco-romaine, plusieurs auteurs ont décrit une maladie amaigrissante au long cours, dénommée suivant les uns « phtisie » (pour dépérissement), suivant les autres « tabès ». Hippocrate () puis Galien () et Caelius Aurelianus () en ont dressé les symptômes, notamment pulmonaires.. Arétée de Cappadoce (fin du ) en a cependant dressé la description la plus détaillée. Ces descriptions initiales n’ont guère subi de modifications notables jusqu’au début du .

L'origine de la maladie a été débattue durant l'Antiquité, entre héréditaire ou contagieuse.. Plus tard, Avicenne (début du ) décrit la tuberculose comme uniquement contagieuse..

En 1733, Pierre Desault (1675-1737)Ne pas confondre avec Pierre Joseph Desault (1738-1795). publie un Essai sur la phtisie, de même que François-Emmanuel Fodéré en 1795, mais la présentation la plus claire est celle de Gaspard Laurent Bayle avec ses Recherches sur la phtisie pulmonaire publiées en 1810. Bayle la définit moins par son expression clinique que par ses lésions anatomiques dont le tubercule.

L'invention du stéthoscope par René Laennec en 1817 facilite le diagnostic de la maladie.

En 1839, le médecin allemand Johann Lukas Schönlein rassemble en une description unifiée les manifestations cliniques disparates de la maladie. Jusqu'alors, « phtisie » et « tuberculose » étaient souvent considérées comme deux entités, voisines mais distinctes.. Si Schönlein forge en 1834 le terme de tuberculose (en allemand: Tuberkulose), composé d'un nom latin et d'une terminaison grecque., la littérature médicale, tout comme le langage commun, continuera d'utiliser indistinctement, jusqu'au début du , les termes de « phtisie », « consomption » et « tuberculose »..

De 1865 à 1868, le médecin militaire Jean-Antoine Villemin reproduit chez les animaux (lapins, cobayes) les lésions de la tuberculose humaine, par inoculation de tissu altéré humain, traduction d'un article paru le dans Kommersant.. Il peut ainsi affirmer que cette maladie, de nature jusqu'alors inconnue est contagieuse, transmise par un agent infectieux invisible par les moyens techniques de l'époque. Il démontre en 1869 que la transmission se fait par voie aérienne. Ses conclusions se heurtent à une forte opposition, en France notamment. Elles inspirent cependant des travaux comme ceux d'Edwin Klebs., Julius Cohnheim, Carl Salomonsen et Tappeiner qui aboutissent à établir de façon indubitable la contagiosité de la maladie..

En 1882 enfin, à la suite des travaux de Louis Pasteur, Robert Koch met en évidence le bacille tuberculeux à partir de lésions humaines : le , il communique d'abord à la Société de physiologie de Berlin une note sur la recherche et la culture du bacille de la tuberculose ; le , il publie dans le Berliner klinische Wochenschrift un mémoire sur l'étiologie de la tuberculose qu'il rapporte à un bacille décelé dans les crachats et les lésions tuberculeuses humaines.

La découverte s'accompagne d'une controverse au sein du laboratoire, Lydia Rabinowitsch-Kempner pousse à vérifier la transmission à l'homme du bacille via le lait cru de la vache, mais Robert Koch s'y oppose. Cette transmission sera confirmé plus tard poussant à la consommation de lait pasteurisé. gauche|vignette|Affiche de 1922 de Leonetto Cappiello (1875-1942) Traitements En 1894, Carlo Forlanini met au point la première méthode thérapeutique invasive avec le pneumothorax artificiel intrapleural : par une injection d'air dans la cavité thoracique, entraînant la rétraction du poumon infecté, il obtient une amélioration de la maladie.

En 1940, Selman Waksman découvre l'action antituberculeuse de l'actinomycine puis, en 1942, de la streptothricine. Ces antibiotiques ne peuvent toutefois être utilisés en thérapeutique humaine ou vétérinaire du fait de leur trop grande toxicité.

En 1943, Waksman découvre enfin la streptomycine qui permet, un an plus tard, la première guérison par antibiotique d'un malade gravement atteint de tuberculose..

En 1948, a lieu le premier essai clinique randomisé de l'histoire de la médecine : l'épidémiologiste Austin Bradford Hill montre que la streptomycineLes pneumologues de l'époque préféraient la collapsothérapie à l'antibiotique, soupçonné de rendre sourds certains patients. est plus efficace que la collapsothérapie..

Épidémiologie

Incidence, prévalence et mortalité Le nombre annuel de nouveaux cas dans le monde, incluant les cas de rechute, était en 2006 d'environ .. Il était en 2018 estimé à dix millions par l'OMS. Environ 58 % des nouveaux cas se trouvent dans la région sud-est de l’Asie et les régions du Pacifique ouest. L'OMS estime par ailleurs qu'environ un quart de la population mondiale est porteuse d’une tuberculose latente, c’est-à-dire est porteuse de la bactérie sans toutefois développer de symptômes et sans être contagieuse. L'organisme estime entre 5 et 15 % le risque pour les porteurs sains de développer la maladie à un moment de leur existence.

centré|vignette|510x510px|L'incidence mondiale de la tuberculose 1990-2014, en millions. La ligne verte indique tous les cas et la ligne rouge indique seulement les cas liés au VIH.

La prévalence de la tuberculose en 2015 a chuté de 42 % depuis 1990. Elle varie d'un pays à un autre en fonction de plusieurs facteurs dont le niveau socio-économique ; le rapport annuel de l'OMS nous apprend que les pays en développement sont les plus touchés (95 % des cas) et en particulier la région de l’Asie du Sud-Est, avec 44 % des nouveaux cas et l'Afrique (28 % des nouveaux cas mondiaux en 2018). La tuberculose est une cause majeure de mortalité chez les personnes infectées par le VIH. Elle serait responsable de 13 % environ des décès par sida dans le monde.

Environ de personnes sont mortes de la tuberculose en 2018, dont une personne sur six était porteuse du VIH.

La tuberculose, sans bénéficier de programmes de prévention et de cure aussi importants, tue ainsi à peu près deux fois plus que le sida, soit environ par jour.

Paradoxalement, cette augmentation du nombre de morts, rapportée à l'explosion démographique mondiale, représente un progrès dans la prévention. Par rapport à , c'est-à-dire sur une période plus longue, la baisse est en effet de 47 %. Autrement dit, une politique de santé efficace montre au terme de quinze années ses limites face à un certain nombre de freins à la prévention. Face aux formes résistantes et multirésistantes de la maladie, la bataille s'achemine en 2015 vers une défaite. Il manque au programme mondial de recherche coopérative les deux tiers de son budget annuel, lequel reste limité à de dollars, alors que la dépense mondiale totale consacrée à la prévention, assumée principalement par les États, atteint presque d'euros.

En , on estime à le nombre de morts par tuberculose résistante. Ils ont été recensés dans 105 des transmettant leurs informations à l'OMS.

En 2022, de personnes ont développé la tuberculose, et de personnes en sont mortes. On dénombre tous les ans environ cas de tuberculose multirésistante ou résistante à la rifampicine (TB‐MR/RR).

Facteurs de risques La maladie comprend deux étapes : la tuberculose-infection qui peut rester latente et silencieuse, puis la tuberculose-maladie où les troubles se manifestent. Le risque de contracter une tuberculose dépend d'abord du risque d'exposition au bacille (infection), puis du risque de développer la maladie après infection. vignette|Affiche de prévention dénonçant la pauvreté, la promiscuité et l'alcoolisme, 1917. Un premier facteur de risque est le contact étroit avec un cas contagieux ; la promiscuité respiratoire (familles nombreuses sous un même toit, personnes ayant vécu ou vivant dans des pays de forte endémie tuberculeuse, conditions de logement, populations pénitentiaires) est généralement en cause. Un second risque est lié à l'état de santé du sujet infecté : malnutrition (carence en vitamines et en protéines), enfant de moins de , personnes âgées, diabétique, personnes en situation de déficience immunitaire (par infection VIH ou sous traitement immunosuppresseur.)