Catherine de Sienne (en italien Caterina da Siena), née Catherine Benincasa (en italien Caterina Benincasa) le à Sienne, en Toscane, et morte le à à Rome, est une tertiaire dominicaine et une mystique italienne qui a exercé une grande influence dans l'Église catholique. Elle est déclarée sainte et docteur de l'Église.
Elle est la protectrice officielle de l'Italie, comme saint François d'Assise en est le protecteur. Les deux saints ont été consacrés dans la fonction avec motu proprio du pape Pie XII le .
Née à Sienne, elle y grandit et désire très tôt se consacrer à Dieu, contre la volonté de ses parents. Elle rejoint les sœurs de la Pénitence de saint Dominique et y prononce ses vœux. Très vite marquée par des phénomènes mystiques comme les stigmates et le mariage mystique, elle se fait connaître.
Elle accompagne l'aumônier des dominicains auprès du pape à Avignon, en tant qu'ambassadrice de Florence, ville alors en guerre contre le pape. Son influence sur le pape Grégoire XI joue un rôle avéré dans la décision du pontife de quitter Avignon pour Rome. Elle est ensuite envoyée par celui-ci négocier la paix avec Florence. Grégoire XI étant mort et la paix conclue, elle retourne à Sienne. Lors d'extases mystiques, elle dicte ses conversations avec Dieu, constituant sa principale œuvre, Le Dialogue.
Le Grand Schisme d'Occident conduit Catherine de Sienne à aller à Rome auprès du pape Urbain VI. Elle envoie de nombreuses lettres aux princes et cardinaux, pour promouvoir l'obéissance au pape et défendre ce qu'elle nomme le . Elle meurt le , épuisée par ses pénitences. Urbain VI célèbre ses obsèques et son inhumation dans la à Rome.
La dévotion autour de la dépouille de Catherine de Sienne se développe rapidement après sa mort. Elle est canonisée en 1461, déclarée sainte patronne de Rome en 1866, et de l'Italie en 1939. Avec Thérèse d'Avila, elle est la première femme à être déclarée « docteur de l'Église » en 1970 par Paul VI. Elle est proclamée sainte patronne de l'Europe en 1999 par Jean-Paul II. Elle est aussi la sainte protectrice des journalistes, des médias, et de tous les métiers de la communication, en raison de son œuvre épistolaire en faveur de la papauté.
Par la forte influence qu'elle a eue sur l'histoire de la papauté, Catherine de Sienne est l'une des figures marquantes du catholicisme médiéval. Elle est à l'origine du retour du pape à Rome et a effectué ensuite de nombreuses missions confiées par le pape, chose assez rare pour une simple nonne au Moyen Âge.
Ses écrits, qui ont marqué la pensée théologique , font d'elle une des personnalités les plus influentes de la spiritualité chrétienne. La reconnaissance de cette influence par l'attribution du titre de docteur de l'Église, bien que tardive, consacre l'importance de son œuvre.
Biographie Contexte historique
La vie de Catherine se déroule dans un contexte de grands changements à la fin du Moyen Âge en Europe et particulièrement en Italie. L'apparition de nouvelles cités puissantes (Florence, Gênes, Pise…) marque l'émergence d'un monde nouveau avec la disparition progressive de la féodalité. Ces changements se traduisent par de nombreuses guerres entre les cités, ainsi que des divisions politiques24. Ces guerres, outre les dégâts qu'elles causent à l'agriculture, modifient les rapports entre les villes : les cités sont assiégées, des armées sont constituées de mercenaires se donnant au plus offrant et tirant profit de la guerre ; elles contribuent à un climat instable28.
Le voit aussi un profond changement dans le rapport entre l'ordre politique et social et le rapport au pouvoir temporel du pape. Les rois et les princes rejettent la bulle papale , dans laquelle le pape déclare la suprématie de l'Église sur les États. Cette opposition et l'échec de la bulle papale conduisent à l'exil de Rome : le pape se réfugie en Avignon en 1309, créant une rupture dans la papauté qui continue à être présente à Rome. Ces changements conduisent, là encore, à une remise en cause de l'ordre féodal qui prévalait pendant le Moyen Âge1431. Ce siècle voit également la naissance de la dévotion aux Cinq plaies, l'apogée du mouvement des Flagellants et le développement des images de piété toutes dévouées à l'Homme des douleurs sur lesquelles les dévots, les saints ou mystiques (comme Henri Suso, Brigitte de Suède ou Julienne de Norwich) peuvent dénombrer les plaies.
De plus, la peste noire qui apparaît en 1347 et ne disparaît qu'en 1441, marque profondément la société européenne, faisant de nombreuses victimes et produisant des bouleversements importants. Cette peste noire est interprétée comme un fléau divin21.
La société siennoise, lieu d'origine de Catherine de Sienne, doit faire face à de nombreuses difficultés économiques, avec le déclin de l'agriculture, du commerce et de l'industrie à la suite de la banqueroute de la famille Buonsignori, provoquant des révoltes populaires et l'apparition de bandes de brigands.
Enfance vignette|droite|Naissance de Catherine et Jeanne, Anonyme de l'École de Nuremberg, Legenda Maior, (1466), Berlin, Estampes et dessins, Hs. 78. A. 14, f. 2v.
Vœu de chasteté Catherine est la vingt-troisième des vingt-cinq enfants d'un riche teinturier, Giacomo , et de Monna Lapa, fille d'un poète, qui vivra jusqu'à . Elle et sa sœur jumelle Jeanne naissent à Sienne, en Italie (selon la date traditionnellement admise), le La date de naissance de Catherine de Sienne est le fruit de controverses historiographiques. Caffarini donne pour sa naissance la date du 25 mars 1347, jour de l'Annonciation, date marquant le début de l'année dans le calendrier de Sienne de l'époque. Une étude critique de R. Fawtier de 1921 ramène de dix à quinze ans en arrière la date de sa naissance. Cependant la date du 25 mars 1347, celle de la tradition, reste la plus communément admise., jour de la fête de l'Annonciation faite à Marie7. Jeanne meurt peu de temps après. La famille Benincasa est une famille pieuse, assez proche de l'ordre des Prêcheurs, les dominicains de Camporegio. Giacomo est teinturier de laine, et sans doute de la classe des Popolani (personnes éligibles au gouvernement de Sienne)45. En 1348, la famille adopte un jeune garçon de dix ans, , devenu orphelin à cause de la peste, et dont l'oncle était marié à la sœur aînée de Catherine8.
L'enfance de Catherine de Sienne semble avoir été très vite marquée par un attrait profond pour Dieu20. D'après les confidences de Raymond de Capoue, elle a sa première apparition vers l'âge de , lorsqu'elle marche avec son frère Stefano dans les rues de Sienne. Elle voit, au-dessus de l'église San Domenico, le Christ-Pontife la bénir15. Cette expérience renforce la ferveur de Catherine. L'éducation religieuse qu'elle reçoit est faite de lectures d'histoires de saints, d'ermites ou des pères du désert. Catherine cherche alors à les imiter219, à travers une vie d'ascèse, se soumettant à des mortifications ou recherchant la solitude171047.
L'attrait pour l'ordre des dominicains grandit chez Catherine, alors âgée de , lorsque Tommaso entre au noviciat Saint-Dominique en 1353. Tommaso favorise cette dévotion en poursuivant l'éducation chrétienne de Catherine : il lui raconte l'histoire des dominicains, contribuant à renforcer le désir de Catherine de se consacrer à la vie religieuse.
Vers l'âge de , Catherine fait vœu de chasteté, selon son biographe Raymond de Capoue. Elle a alors la conviction de sa vocation à entrer dans l'ordre des dominicains19.
Vie mondaine vignette|droite|Catherine se coupe les cheveux en présence du frère Tommaso della Fonte par Alessandro Franchi (1898). Chambre de la maison natale de Catherine de Sienne dans la maison-sanctuaire. Sienne. Catherine grandit et vers l'âge de treize ans, elle refuse toute coquetterie, bien qu'elle y soit poussée par sa mère. Face à ce refus, sa mère décide alors de passer par la sœur aînée de Catherine, , afin qu'elle développe chez la jeune fille le goût de la coquetterie. Catherine se laisse convaincre, se farde, soigne sa toilette.
Quelques mois plus tard, en , meurt en couches13. La mort de sa sœur traumatise profondément Catherine, elle y voit la conséquence des péchés de vanité et de coquetterie46. Après ce deuil familial, ses parents cherchent à la marier, mais Catherine s'y refuse catégoriquement. Face à ce comportement, ils cherchent à avoir le soutien de , leur fils adoptif entré chez les dominicains, pour convaincre la jeune fille, considérée comme obstinée. découvrant la ferme volonté de Catherine de vouloir se consacrer à Dieu lui demande alors de couper ses cheveux afin de prouver la solidité de son projet de vie, ce qu'elle fait, puis elle rentre chez elle.
Cette action agace profondément ses parents, qui ont toujours des projets de mariage pour elle. Outre les punitions et les brimades, elle est chassée de sa chambre, où elle passait de longs moments seule en prière, et se voit contrainte de remplacer la servante dans les tâches ménagères. Cette réaction de ses parents ne change pas la volonté de Catherine et ne diminue pas sa ferveur. Elle considère alors que si elle n'a plus de chambre ou de cellule pour prier, c'est qu'elle doit donc faire de son âme une , intuition qu'elle développe tout au long de sa vie.
Catherine reste servante pendant plusieurs mois ; ayant du mal à servir ses parents, elle décide de les servir comme si ses parents étaient Dieu ou des saints. Mais c'est un songe qu'elle aura quelques mois plus tard qui change son attitude. Lors de ce songe, elle voit Dominique de Guzmán lui tendre un lys et un habit des sœurs dominicaines de la Pénitence lui assurant qu'elle fera partie de cette congrégation. Au réveil, Catherine révèle devant toute sa famille le vœu secret de chasteté qu'elle avait fait plusieurs années auparavant24. Cette détermination et les phénomènes surnaturels dont elle bénéficiait amènent son père à changer d'avis et à l'autoriser à entrer au couvent.
Entrée en religion L'étrange maladie L'autorisation donnée par son père permet à Catherine de mener une vie plus conforme à ce qu'elle désire27.. Elle redouble d'ascèse et dès l'âge de seize ans cherche à vivre une vie assez extrême à travers des jeûnes (elle ne mange plus que du pain et des herbes crues, les historiens parlant à son propos d'« anorexie sainte ».), des privations de sommeil pour prier et diverses pénitences28.. Sa mère, Lapa, s'inquiète de la santé de sa fille et décide de l'emmener faire une cure à Vignone en val d'Orcia pour se reposer. Ce n'est que de retour des bains que Lapa se décide à demander l'intégration de sa fille parmi les sœurs de la Pénitence de saint Dominique33..
Les sœurs de la Pénitence de saint Dominique (surnommées les Mantellate du fait de leurs habits noirs, en italien) ont pour fondateur Dominique de Guzmán (1170-1221), qui a aussi fondé l'ordre des Frères prêcheurs. Elles constituent alors un groupement pieux essentiellement composé de veuves qui ne suivent pas au sens strict une règle religieuse, dans la mesure où elles ne font pas de vœux religieux. Elles se consacrent aux œuvres de charité, aux visites des prisonniers ou des malades et se réunissent pour la messe et pour recevoir des instructions religieuses.