vignette|Carte géopolitique du Caucase Lhistoire du Caucase concerne deux régions géographiques traditionnelles : d'une part la région considérée comme européenne du Caucase du Nord ou Ciscaucasie, et d'autre part la région considérée comme asiatique du Caucase du Sud ou Transcaucasie.
La première se situe sur le versant nord de la chaîne du Caucase, de la ligne de crête jusqu'aux confins de la steppe eurasienne qui s'étend entre les mers Noire et Caspienne ; la seconde sur le versant sud de la chaîne du Caucase, de la ligne de crête jusqu'aux confins du haut-plateau arménien (inclus ou non, selon les sources).
Au nord, la Ciscaucasie, avec ses sources et ses cours d'eau, a servi d'abri et de refuge à un grand nombre de peuples cavaliers d'origines diverses, certains supposés autochtones (comme les abazo-circassiens et les nakho-albains), d'autres venus de la steppe (cimmériens, scythes, siraques, sarmates, roxolans, alains et autres iranophones dans l'antiquité, huns dans l'antiquité tardive puis turcophones durant le haut moyen-âge), avant d'être incluse dans la zone d'influence des khanats tatars de Crimée (ouest) et d'Astrakhan (est) et, à partir du , de la Russie à laquelle elle appartient toujours au .
Au sud, la Transcaucasie (Abkhazie, Colchide, Svanétie, Gourie, Albanétie, Géorgie, Arménie et Atropatène) s'est trouvée dans les sphères d'influence des ourartéens, des royaumes d'Anatolie, des assyriens, des babyloniens, des mèdes, des perses, des byzantins, des arabes, des turcs seldjoukides et ottomans ; aux géorgiens et autres caucasiens autochtones se sont ajoutés au fil des millénaires des indo-européens (arméniens, alains, talyches…) et des turcophones (azéris, nogaïs…).
Paléolithique La reste encore mal connue.
L'existence d'une industrie lithique peu élaborée est attestée depuis 1984. Les premiers ossements humains de la région ont été découverts en 1991 à Dmanissi (sud-est de la Géorgie) : le site a notamment livré les crânes dits Dmanissi 2, Dmanissi 4 et Dmanissi 5, qui ont permis d'établir l'existence d'une nouvelle espèce humaine, Homo georgicus, ayant habité la zone au Pléistocène inférieur, il y a environ d'années ; voir liste de fossiles d'hominidés.
Des traces de présences humaines plus récentes ont été mises au jour dans les grottes d'Azykh (Haut-Karabagh), occupée il y a , et de Mezmaïskaïa (Adyguée), occupée il y a . Les espèces humaines de cette période sont l' et l'homme de Néandertal.
Épipaléolithique et mésolithique Au Pléistocène supérieur, les populations qui peuplent la région, dites « chasseurs-cueilleurs du Caucase » (CHG, ), forment un groupe génétique différent des deux autres foyers de peuplement que sont l'Anatolie et le Levant d'une part, et l'Iran actuel d'autre part Chuan-Chao Wang et al., Ancient human genome-wide data from a 3000-year interval in the Caucasus corresponds with eco-geographic regions, Nature Communications, volume 10, Article numéro: 590, février 2019. Cependant, si les chasseurs-cueilleurs du Caucase montrent des affinités génétiques plus étroites avec les premiers fermiers (early farmers) du Néolithique d'Iran, ils semblent partager une ascendance commune avec tous les premiers fermiers occidentaux.. Parmi les découvertes récentes on trouve la grotte de Dzuodzouana ( avant le présent)https://www.thoughtco.com/dzudzuana-cave-early-upper-paleolithic-cave-170735, la (, 1976), le site de (ou Dash Salakhly, ), la Réserve nationale historico-artistique de Goboustan, en Azerbaïdjan, avec peintures rupestres (-), l'industrie lithique du (-) et la grotte de Damdjili ().
En Iran voisin, les monts Zagros ont donné des pierres taillées datant du Moustérien (-), du Baradostien (-) et du Zarzien (-).
Néolithique
vignette|Alignement de Metsamor. L'avènement du Néolithique dans le Caucase s'amorce dans les plaines inondables du sud de la région au , et se poursuit dans l'ouest-nord-ouest au cours du millénaire suivant. Cette néolithisation s'accompagne de migrations de populations venues tant du plateau iranien que de l'Anatolie, qui s'intègrent aux populations locales. La vague de néolithisation s'est notamment répandue dans les vallées de la Koura et de l'Araxe K.V. Zhur, F.S. Sharko, M.V. Leonova et al.,Human DNA from the oldest Eneolithic cemetery in Nalchik points the spread of farming from the Caucasus to the Eastern European steppes, sciencedirect.com, 16 octobre 2024.
Ces communautés préhistoriques pratiquaient l'agriculture et l'élevage et étaient au moins partiellement sédentaires. Plusieurs variétés de céréales (blé, orge, froment, millet) sont cultivées et stockées dans des silos, comme l'attestent des découvertes réalisées à Göytepe, en Azerbaïdjan Kadowaki S., Maher L., Portillo M., Albert R. M., Akashi C., Guliyev F., Nishiaki Y., Geoarchaeological and palaeobotanical evidence for prehistoric cereal storage in the southern Caucasus: the Neolithic settlement of Göytepe (mid 8th millennium BP), Journal of Archaeological Science, vol. 53, 2015, , et probablement extrapolables à d'autres sites. Les communautés préhistoriques produisent également des lentilles et des pois.
La poterie est quasiment absente dans certains des plus anciens sites de cette culture. Même dans les phases de développement ultérieures, elle demeure rare. Il s'agit pour l'essentiel de vases assez grossiers. Certains présentent des décors géométriques et anthropomorphes en relief.
La culture de Shulaveri-Shomu (- avant notre ère) a pu coexister avec d'autres cultures au sud du Caucase. Le (-), près de Taronik (Arménie), révèle une ville fortifiée et une ville basse.
Il n'existe aucune preuve archéologique que les cultures du Caucase du Sud de type néolithique se soient propagées dans le Caucase du Nord, la chaîne principale du Caucase constituant une barrière à cette expansion. Ainsi, depuis le Mésolithique jusqu'à la fin du , la densité de population dans le Caucase du Nord reste apparemment extrêmement faible. La (vers 5000–3500/3300 ) est la plus ancienne communauté agricole connue du Caucase du Nord. Elle correspond à l'installation sur ce territoire de populations qui furent les premières à y apporter les principales technologies transformatrices du mode de vie néolithique. Les populations de ces établissements ont, semble-t-il, également contribué à la propagation de l'agriculture et du pastoralisme depuis l'Asie occidentale jusqu'aux steppes entre le Don et la Volga dans la première moitié du avant notre ère.
Parmi les cultures proches on compte les cultures pontiques en Ciscaucasie.
Chalcolithique
Des traces de techniques propres à l'âge du cuivre ont été mises au jour à Metsamor, ainsi qu'à et Turang Tepe voir le tableau synoptique des principales cultures préhistoriques de l'Ancien Monde et les sites de Zveli (Géorgie) et d'Aknashen-Khiatunarkh (Arménie)https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01659593/file/B%20PERELLO_Prix%20Clio%202017_Mission%20Caucase.pdf.
Âge de bronze
La culture Kouro-Araxe (vers 3400-2000 ) se développe essentiellement dans le sud du Caucase, dans l'est de l'Anatolie et dans le nord-ouest de l'Iran. Elle se serait formée localement à partir des traditions des communautés locales tout en incorporant des influences culturelles d'autres régions. Cependant, selon Giulio Palumbi, la céramique rouge et noire typique de cette culture serait originaire d'Anatolie orientale, puis se serait diffusée vers le Caucase où elle se serait mélangée aux traditions locales Potts D. T., 2012, A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, .
La population est avant tout constituée d'agriculteurs-éleveurs. L'élevage des bovins et des moutons et, dans une moindre mesure, des chèvres, constitue une des principales activités. L'élevage des chevaux se développe durant une phase tardive, bien qu'il ait sans doute débuté précocement D. W. Anthony, The Horse, the Wheel, and Language: How Bronze-Age Riders from the Eurasian Steppes Shaped the Modern World, Princeton University Press, , 2010, . L'importance de cette culture témoigne d'un mode de vie sédentaire dans la plupart des régions concernées, voire toutes. La viticulture en lien avec la production de vin est attestée dès cette période.
La céramique caractéristique de la culture Kouro-Araxe, de très bonne qualité, est de couleur rouge et noire. La forme des pots se distingue de celle des pots des cultures chalcolithiques précédentes. Ces nouvelles formes suggèrent des usages différents et des traditions culinaires distinctes, par exemple l'importance des aliments bouillis de type ragoût.
Au nord du Caucase, la culture de Maïkop s'étend en Ciscaucasie à partir de la péninsule de Taman, jusqu'aux contreforts du Grand Caucase et du littoral de la mer Noire (anciennement "Pont-Euxin") à l'ouest, et vers l'actuelle Tchétchénie à l'est. Elle subit l'influence de la culture Kouro-Araxe. Elle est surtout connue pour ses pratiques d'enterrement (inhumation) : sépultures bordées de pierres et surmontées d'un kourgane, qui apparaissent à cette époque. Maïkop est remarquable par l'abondance des objets de bronze finement décorés, ainsi que des objets d'or et d'argent.
L'économie de ces tribus est basée sur l'agriculture par la houe (en pierre ou en bronze) et l'élevage de troupeaux bovins ou ovins, ainsi que de chevaux et de porcs. La cueillette semble également avoir une certaine importance. Les établissements humains de l'époque, construits de façon éphémère, consistent en des huttes de planches jointes par de l'argile, de forme carrée ou ovale, d'environ . Les habitants utilisent la roue et se déplacent en chariots : un chariot a notamment été découvert dans le kourgane de Starokorsounskaïa, dans le Kouban (nord du Caucase) Christoph Baumer, The History of Central Asia: The Age of the Steppe Warriors, I.B.Tauris, 2012 . L'agriculture prend souvent la forme de cultures en terrasses, ce qui constitue l'un des plus anciens exemples connus de ce type de pratique.
La commune de Martkopi (Martqopi) est célèbre pour la découverte, dans la vallée d'Ulaveri, de plusieurs riches kourganes funéraires, marquant le début de la culture des kourganes de la Transcaucasie centrale. La culture de Martkopi peut être datée d'environ 2550
À l'âge du bronze, Metsamor (Arménie) semble avoir été une ville de , avec murs cyclopéens et ziggourat, destinée à s'étendre jusqu'à cent hectares avec forteresse, palais, complexe de temples, observatoire, fonderie de cuivre, zones résidentielles et zone funéraire d'environ supplémentaires. Voir la (- avant le présent), la culture des catacombes (-) en Ukraine, la culture de Sroubna (-) et la .
Âge du fer L'Âge du fer au Caucase précède l'âge du fer en Europe, qui en découle.
Le Caucase du Nord est une marge de la constellation des peuples scythes. Les Cimmériens étaient un peuple cavalier nomade initialement signalé dans la steppe pontique, au nord du Pont Euxin (aujourd'hui la mer Noire), comme ce sera aussi le cas, après eux et successivement, des Scythes, des Sarmates, des Iazyges, des Roxolans, des Alains, des Huns, des Avars, des Bulgares, des Magyars, ainsi que de nombreux peuples turcs (Khazars, Petchénègues, Coumans (Kiptchaks), Tatars…). Les Cimmériens étant les plus anciennement mentionnés, les sources écrites (des passages d'Hérodote et de Strabon, des tablettes assyriennes…) sont très succinctes. La culture de Koban (1100-400) concerne surtout l'Ossétie.
Le Caucase du Sud relève du royaume hourrite d'Urartu (860-590). L'ancienne forteresse urartéenne d'Erebouni, construite en -782, est à l'origine d'Erevan. L'Empire perse achéménide (559-330). À l'époque des Séleucides (305-64), l'Atropatène (-323 - + 226) forme une satrapie mèdique indépendante, correspondant à peu près à l'Azerbaïdjan.
Parmi les peuples associés à l'âge du fer régional : Hittites, Mouchki, Hayasa-Azzi (1380-1190), Urartu, Gasgas/Casquéns, Cimmériens, Scythes, Sarmates, Roxolans, Alains, Empire néo-assyrien (911-609 )