vignette|Tête coupée d'un soldat japonais accrochée à une branche d'arbre, sans doute par les troupes américaines (1945)Lewis A. Erenberg, Susan E. Hirsch book: The War in American Culture: Society and Consciousness during World War II. 1996. Page 52. .

Durant la Seconde Guerre mondiale, un nombre assez important de membres des forces armées des États-Unis se sont livrés à la mutilation de morts de guerre japonais sur le théâtre du Pacifique. La mutilation de soldats japonais inclut la prise de parties de corps comme « souvenirs de guerre » et « trophées de guerre ». Dents et crânes étaient les « trophées » les plus communément pris, bien que d'autres parties du corps eussent également été collectées.

Le phénomène de « prise de trophées » était assez répandu pour que la discussion à ce sujet figure en bonne place dans les magazines et les journaux et Franklin Roosevelt lui-même aurait reçu en cadeau, par un membre du Congrès des États-Unis, un coupe-papier fait d'un bras humain (Roosevelt a plus tard ordonné que le don soit renvoyé et exigé qu'il soit dignement inhumé). Ce comportement est officiellement interdit par l'armée américaine qui publie des directives supplémentaires le condamnant spécifiquement dès 1942. Néanmoins, ce comportement continue tout au long de la guerre dans le Pacifique et aboutit à la découverte régulière de « crânes trophées » de combattants japonais en possession américaine ainsi qu'à des efforts américains et japonais pour rapatrier les restes des morts japonais.

Prise de trophées vignette|USS PT-341, Alexishafen, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 30 avril 1944 Un certain nombre de témoignages de première main, dont ceux de militaires américains impliqués ou témoins des atrocités, témoignent de la prise de « trophées » de cadavres des troupes impériales japonaises dans le théâtre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale. Les historiens ont attribué le phénomène à une campagne de déshumanisation des Japonais dans les médias américains, à différents tropes racistes latents dans la société américaine, à la dépravation de la guerre dans des circonstances désespérées, à la cruauté inhumaine des forces impériales japonaises, à un désir de vengeance ou toute combinaison de ces facteurs. La prise de ce qu'on appelle des « trophées » est suffisamment répandue pour qu'en , le commandant en chef de la Flotte du Pacifique déclare qu'« aucune partie du corps de l'ennemi ne peut être utilisée comme souvenir » et que si des militaires américains violent ce principe ils seront l'objet d'« une sévère action disciplinaire »Paul Fussell. Wartime: understanding and behavior in the Second World War. 1990, page 117.

Les « crânes trophées » sont les plus notoires des souvenirs. Dents, oreilles et autres parties du corps sont parfois modifiées, par exemple en écrivant sur eux ou en les transformant en accessoires ou autres objets.

Eugene Sledge rapporte quelques cas de ses compagnons marines extrayant les dents en or des Japonais, dont un d'un soldat ennemi encore en vie.

L'ancien marine Donald Fall attribue la mutilation des cadavres ennemis à la haine et au désir de vengeance :

vignette|Panneau d'avertissement en première ligne utilisant le crâne d'un soldat japonais à Peleliu

Un autre exemple de mutilation est rapporté par Ore Marion, marine américain qui se souvient :

Le , le magazine Life publie une photographie prise par Ralph Morse pendant la campagne de Guadalcanal montrant une tête coupée de Japonais que des marines américains ont calée en dessous de la tourelle d'un char. Life reçoit immédiatement des lettres de protestation de personnes « stupéfaites que des soldats américains soient capables d'une telle brutalité envers l'ennemi ». Les éditeurs répondent que « la guerre est désagréable, cruelle, inhumaine. Et il est plus dangereux d'oublier sa nature que d'être choqué par des rappels qu'elle l'est ». Cependant, l'image de la tête coupée a généré moins de la moitié de la quantité de lettres de protestation reçues à propos de l'image d'un chat maltraité dans le même numéro du magazineWar, Journalism, and Propaganda. Des années plus tard, Morse a raconté que lorsque son peloton est venu sur le char portant la tête, le sergent a mis en garde ses hommes de ne pas s'en approcher car elle aurait pu avoir été posée par les Japonais afin de les attirer. Il craignait que les Japonais puissent avoir un tube de mortier dirigé sur eux. Morse rappelle la scène de cette façon : « Tout le monde reste à l'écart dit le sergent, puis il se tourne vers moi. “Toi, dit-il, va prendre ta photo si tu veux puis casse-toi vite fait”. J'y suis donc allé, ai pris mes photos et couru comme un dératé à l'endroit où la patrouille s'était arrêtée »« War, Journalism, and Propaganda ».

En , le haut commandement des États-Unis exprime son inquiétude relativement à de récents articles de journaux, par exemple un évoquant un soldat ayant fait un collier de perles à l'aide de dents de Japonais, ou un autre sur un soldat avec des photos montrant les étapes de la préparation d'un crâne, impliquant cuisson et raclage de têtes de Japonais.

En 1944, le poète américain Winfield Townley Scott travaille comme reporteur au Rhode Island quand un marin montre son « crâne trophée » dans les bureaux du journal. Cela l'amène à composer le poème « Le marin américain avec le crâne japonais », qui décrit une méthode pour la préparation des crânes (la tête est pelée, remorquée dans un filet derrière un bateau pour la nettoyer et la polir et à la fin lavée avec de la soude caustique).

En , le magazine illustré à grand tirage Life (l'équivalent de Paris Match) publie une photo dérangeante due à Ralph Crane : une jeune secrétaire, Natalie Nickerson, travaillant pour l'effort de guerre américain, contemple un crâne humain d'un air songeur, référence évidente à une scène célèbre du Hamlet de Shakespeare. La légende précise que son petit ami, un jeune homme engagé sur le front du Pacifique dans les marines, lui a adressé ce cadeau peu banal en remplissant une promesse faite avant de partir au combat : lui envoyer le crâne du premier soldat japonais qu'il aura tué, « parce qu'un bon Japonais est un Japonais mort ». L'article de Life précise que le crâne a été surnommé « Tojo » par la destinataire du cadeau. vignette|Préparation d'un crâne vignette|Panneau avec crâne japonais à Tarawa

Charles Lindbergh fait référence dans son journal à plusieurs cas de mutilations. Par exemple, à la date du , il note une conversation qu'il a eue avec un officier de marine affirmant qu'il avait vu beaucoup de cadavres japonais avec une oreille ou le nez coupés. Dans le cas des crânes cependant, la plupart n'ont pas été collectés à partir de Japonais récemment tués ; la plupart étaient des corps déjà partiellement ou entièrement décomposés à l'état de squelette. Lindbergh a également noté dans son journal ses expériences dans une base aérienne de Nouvelle-Guinée, où selon lui les troupes ont tué les traînards japonais restants « comme une sorte de passe-temps » et souvent utilisé les os de leurs jambes pour tailler des accessoires.

Étendue des pratiques Selon Weingartner il est impossible de déterminer le pourcentage de soldats américains qui ont collecté des parties de corps japonais « mais il est clair que cette pratique n'était pas rare ». Selon Harrison, seule une minorité au sein des troupes américaines a collecté des parties de corps japonais comme des trophées, mais « leur comportement reflète des attitudes qui étaient très largement partagées ». Selon Dower, la plupart des combattants des États-Unis dans le Pacifique ne se livraient pas à la « chasse aux souvenirs » de parties de corps. La majorité avait une certaine connaissance que ces pratiques avaient lieu cependant « et les acceptait comme inévitables dans les circonstances ». La fréquence des collectes par les soldats de parties de corps japonais « a eu lieu sur une échelle assez grande pour préoccuper les autorités militaires alliées tout au long du conflit et a été largement rapportée et commentée dans la presse en temps de guerre américaine et japonaise ». Le degré d'acceptation de la pratique varie entre les unités. La prise de dents est généralement admise par les hommes de troupe ainsi que par les officiers, alors que l'acceptation de la prise d'autres parties du corps varie considérablement. Selon l'expérience d'un militaire devenu auteur, Weinstein, la possession de crânes et de dents était une pratique répandue.

Interrogés par des enquêteurs, d'anciens militaires rapportent que la pratique de la prise de dents en or des morts — et parfois aussi des vivants — était généraliséeJason Burke, « Film exposes Allies' Pacific war atrocities », The Guardian, 3 juin 2001..

Il existe un certain désaccord entre historiens sur ce qu'étaient les formes les plus courantes de « chasse au trophée » entreprise par les militaires américains. John W. Dower indique que les oreilles étaient la forme la plus commune de trophées et que les crânes et les os étaient moins fréquemment récoltés. En particulier, il affirme que les « crânes n'étaient pas des trophées populaires » car ils étaient difficiles à transporter et le processus pour retirer la chair était choquant. Ce point de vue est soutenu par Simon Harrison. En revanche, Niall Ferguson signale que « bouillir les chairs des crânes ennemis [japonais] pour en faire des souvenirs n'était pas une pratique rare. Les oreilles, les os et les dents étaient également collectés ».

La collection de parties de corps de Japonais commence très tôt lors de la campagne, ce qui entraîne un ordre de relatif à des mesures disciplinaires contre cette prise de souvenirs. Harrison conclut que puisque c'était la première véritable occasion de prendre de pareils objets (la bataille de Guadalcanal), « de toute évidence, la collection de parties de corps sur une échelle assez grande pour préoccuper les autorités militaires avait commencé dès la première rencontre avec des Japonais morts ou vivants ». Lorsque Charles Lindbergh a traversé la douane à Hawaï en 1944, l'une des questions auxquelles il a dû répondre était de savoir si oui ou non il transportait des os. Il lui a été dit après qu'il eut exprimé sa surprise à cette question que c'était devenu un point de routine. Cela en raison de la grande quantité d'« os souvenirs » découverts aux douanes, y compris des crânes « verts »(non affinés).

En 1984, les restes de soldats japonais ont été rapatriés des îles Mariannes. Pour environ 60% d'entre eux, leur crâne manquait. De même, il a été rapporté que la plupart des restes de Japonais sur Iwo Jima étaient dépourvus de crânes. Il est possible que la collection de souvenirs de restes humains se soit poursuivie également dans la période d'après-guerre.

Contexte