Jeanne Julie Regnault, dite Julia Bartet ou Mademoiselle Bartet, née le à Paris et morte le dans le 8e arrondissement de cette même villeActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 745, vue 15/25., est une comédienne française.
Biographie
Premières années Julia Bartet est la fille de Charles-Ferdinand Regnault, chef du personnel au Palais de l’Industrie et de Marie-Malvina Regnault, née Beck. C’est une famille modeste qui n’en est pas moins cultivée. Sa grand-mère Marie-Nicole Regnault est employée de vestiaire à la Comédie-Française, et en 1861, alors que Julia n’a que sept ans, elle l’emmène assister à la première représentation d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, créée le de la même année. Ce premier contact avec la scène est une révélation pour la jeune fille : elle veut devenir comédienne. Durant les années qui suivent cette découverte, elle assiste à un grand nombre de pièces qui sont jouées dans la salle Richelieu.
Quelques années plus tard, voyant la persévérance de sa fille, Regnault la recommande à Provost-Ponsin, sociétaire de la Comédie-Française, et cette dernière la prépare au concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Mais la guerre retarde les projets de la jeune fille, elle ne passe le concours d’admission que le où elle déclame une scène de Bajazet ainsi qu’une tirade du Barbier de Séville. Elle réussit le concours et est admise dans la classe de Régnier de La Brière, ancien comédien. Afin d’éviter la confusion avec l’actrice Alice Regnault, elle décide de changer de nom. Elle s’appellera désormais Julia Bartet.
Elle n’a alors que dix-sept ans. Quelques mois de cours lui suffisent pour obtenir un second accessit de comédie au concours de fin d’année. Elle est immédiatement engagée au Théâtre du Vaudeville où elle débute en septembre 1872 dans le rôle de Vivette de l'Arlésienne d'Alphonse Daudet. Elle y obtient un vif succès.
Grâce à son talent, et en dépit de sa jeunesse, elle se fait rapidement une place de premier plan dans ce théâtre, surtout après son interprétation de Madame Bellamy dans l’Oncle Sam de Victorien Sardou, en 1873. Dès lors, plus aucune pièce importante, créée ou reprise, ne se fait sans elle. On peut citer ses participations dans : Berthe d’Estrées de Henri Laurent Rivière en 1873 ; Les Ganaches de Victorien Sardou en 1874 (créé en 1862 au Gymnase) ; Le Chemin de Damas en 1875 ; Manon Lescaut en 1875 ; Fanny Lear, rôle de Geneviève de Noriolis, de Meilhac et Halévy en 1875 ; Fromont jeune et Risler aîné, rôle de Désirée, d’Alphonse Daudet en ; Dora de Victorien Sardou en 1877 ; Le Club d’Edmond Gondinet en , rôle de Jeanne de Mauves, premier rôle féminin ; Les Bourgeois de Pontarcy de Victorien Sardou en 1878 ; Les Tapageurs d’Edmond Gondinet en , rôle de Clarisse, premier rôle féminin.
Entrée à la Comédie-Française thumb|left|300px|Envoi d'Henry Bordeaux à Julia Bartet sur L'Écran brisé.Elle est admise à la Comédie-Française en septembre 1879. Elle en devient la sociétaire en décembre 1880 par un vote unanime du comité, une fois accomplis les trois débuts d’usage : dans la comédie : rôle de Henderson dans Daniel Rochat de Victorien Sardou en ; dans le drame : rôle de la Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo ; dans la tragédie : rôle d’Iphigénie dans Iphigénie de Racine.
À cette époque, où l’administrateur général du théâtre, Émile Perrin, qui a le goût de la modernité, ouvre le répertoire à de nombreuses pièces nouvelles, la polyvalence de Julia Bartet lui permet de tenir les rôles de jeune première du répertoire classique, des reprises récentes et des créations nouvelles. Quelques exemples montrent la large variété des rôles tenus et l'étendue de son talent : de Belle-Isle dans la pièce du même nom d’Alexandre Dumas père ; Camille dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset ; Béjart dans l'Impromptu de Versailles de Molière ; Blanche dans le Roi s’amuse de Victor Hugo ; Christine dans Bertrand et Raton d'Eugène Scribe ; Antoinette dans le Gendre de M. Poirier d’Émile Augier ; Andrée dans Jean Baudry d'Auguste Vacquerie ; Catherine de Septmonts dans l’Etrangère d’Alexandre Dumas fils ; Doña Sol dans Hernani de Victor Hugo ; Armande dans les Femmes savantes de Molière en 1888 ; Silvia dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux en 1891, ; Bérénice dans Bérénice de Jean Racine en 1893Festival d'automne p.5 ; Andromaque dans Andromaque de Jean Racine en 1901, où elle fut la première à adopter une robe grise pour le rôle.vignette|Julia Bartet en Marion de Lorme photographiée par Chéri-Rousseau.|gaucheNotamment, elle insiste pour que l'on reprenne Bérénice de Racine en 1893, pièce oubliée en raison de la Révolution, mise en scène par Mounet-Sully. Son succès est immenseMuriel Mayette, Bérénice à la Comédie-Française, programme de cette pièce par l'équipe de la Comédie-Française à Luçon, p.5, le 15 avril 2011..
Enfin, elle tient les premiers rôles féminins dans les créations suivantes : Les Rantzau de Erckmann et Chatrian en 1882 ; Mademoiselle du Vigean de Simone Arnaud en 1883 ; Denise d’Alexandre Dumas fils en 1885 ; Chamillac ( de Tryas) d’Octave Feuillet en 1886 ; Francillon d’Alexandre Dumas fils en 1887 ; La Nuit d'octobre de Musset avec Sarah Bernhardt dans le rôle du poète en ; La Loi de l'homme de Paul Hervieu (rôle de Laure de Raguais) en ; 1901 : Le Marquis de Priola de Henri Lavedan, Comédie-Française ; L'Énigme de Paul Hervieu (rôle de Léonore) en ; 1902 : L'Autre Danger de Maurice Donnay, Comédie-Française ; 1905 : Les Deux Hommes d'Alfred Capus, Comédie-Française ; 1905 : Marion de Lorme de Victor Hugo ; 1906 : Le Duel de Henri Lavedan, duchesse de Chailles ; L'Écran brisé de Henry Bordeaux en 1908, dont elle fut l'inspiratrice et la créatrice, selon les propres mots de Henry Bordeaux. Il s'agit d'une adaptation de la nouvelle du même nom ; Le Foyer, d'Octave Mirbeau (rôle de Thérèse Courtin), en ; Après moi de Henry Bernstein, en .
Son excellence dans tous ces domaines la fait qualifier de « divine Bartet ». Elle est décorée de la Légion d'honneur au grade de chevalier en 1906. En 1908, elle fait une saison à Londres.
À 65 ans, en 1919, en pleine gloire, elle quitte la Comédie-Française en jouant Bérénice lors de la création de L'Hérodienne, héroï-comédie tragique d'Albert du Bois, et elle prend définitivement sa retraite du théâtre. Elle se consacre désormais à la peinture. En , elle est promue au rang d'officier de la Légion d'honneur.
Elle est inhumée au cimetière de Passy (division 15) à ParisJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Rue des Réservoirs », .. Le , lors d'une cérémonie présidée par le secrétaire général des Beaux-Arts Louis Hautecœur, un buste de Julia Bartet est inauguré à la Comédie-FrançaiseLe Figaro, 18 juin 1942, p. 1..
Julia Bartet fut l'un des modèles de Marcel Proust pour la Berma, avec Réjane et Sarah Bernhardt.
Elle a résidé au 16 rue du Général-Foy ( arrondissement de Paris), pendant plus de 40 ans.
Théâtre Hors Comédie-Française 1872 : L'Arlésienne d'Alphonse Daudet, théâtre du Vaudeville 1874 : Le Chemin de Damas de Théodore Barrière, Théâtre du Vaudeville 1876 : Madame Caverlet d'après Émile Augier, Théâtre du Vaudeville
Comédie-Française
1880 : L'Impromptu de Versailles de Molière : Béjart 1880 : Iphigénie de Jean Racine : Iphigénie 1882 : Les Rantzau d'Émile Erckmann et Alexandre Chatrian : Louise 1882 : Le roi s'amuse de Victor Hugo : Blanche 1885 : Denise d'Alexandre Dumas fils : Denise Brissot 1888 : Les Femmes savantes de Molière : Armande 1888 : Pepa de Henri Meilhac et Louis Ganderax : Yvonne de Chambreuil 1889 : L'École des maris de Molière : Isabelle 1890 : Une famille de Henri Lavedan : Jeanne Le Bissard 1891 : Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux : Silvia 1891 : Thermidor de Victorien Sardou : Fabienne Lecoulteux 1891 : Griselidis d'Armand Silvestre et Eugène Morand : Griselidis 1892 : Par le glaive de Jean Richepin : Rinalda 1892 : Jean Darlot de Louis Legendre : Louise 1893 : Antigone de Sophocle adaptation de Paul Meurice et d'Auguste Vacquerie : Antigone 1893 : Bérénice de Jean Racine : Bérénice (80 fois de 1893 à 1920) 1897 : La Loi de l'homme de Paul Hervieu : Laure de Raguais 1897 : Tristan de Léonois d'Armand Silvestre : Yseult 1898 : Diane de Lys d'Alexandre Dumas fils : Diane 1900 : Andromaque de Jean Racine : Andromaque 1901 : Amphitryon de Molière : Alcmène 1901 : Notre jeunesse d'Alfred Capus : Hélène Briant 1901 : Les Burgraves de Victor Hugo : Régina 1901 : L'Énigme de Paul Hervieu : Léonore 1901 : Le Duel de Henri Lavedan : Duchesse de Chailles 1901 : Le Marquis de Priola de Henri Lavedan : de Valleroy 1902 : L'Autre Danger de Maurice Donnay : Claire 1902 : Le Marquis de Priola de Henri Lavedan (reprise) : de Valleroy 1903 : Le Dédale de Paul Hervieu : Marianne 1905 : Andromaque de Racine : Andromaque 1905 : Ruy Blas de Victor Hugo : la Reine 1905 : Ma Générale de Jules Claretie : la Générale 1905 : Le Réveil de Paul Hervieu : Thérèse de Mégée 1905 : Connais-toi de Paul Hervieu : Clarisse de Sibéran 1905 : Les Deux Hommes d'Alfred Capus : Thérèse Champlin 1906 : Bérénice de Racine : Bérénice 1907 : Marion de Lorme de Victor Hugo : Marion de Lorme 1908 : Les Deux Hommes d'Alfred Capus : Thérèse Champlin 1908 : L'Écran brisé de Henry Bordeaux : Marthe Chénevray 1908 : Le Foyer d'Octave Mirbeau et Thadée Natanson : Baronne Thérèse Courtin 1909 : Les Femmes savantes de Molière : Armande 1909 : Iphigénie de Jean Racine 1909 : La Brebis perdue de Gabriel Trarieux : Véronique 1909 : Connais-toi de Paul Hervieu (reprise) : Clarisse de Sibéran 1909 : Après moi de Henri Bernstein : Irène Bourgade 1909 : Nuit de mai d'Alfred de Musset : la muse 1909 : Sophonisbe d'Alfred Poizat, mise en scène Mounet-Sully : Sophonisbe 1912 : Iphigénie à Aulis d'Euripide : Iphigénie 1912 : Bagatelle de Paul Hervieu : Florence de Raon 1914 : Macbeth de William Shakespeare : Lady Macbeth 1914 : La Révolte d'Auguste de Villiers de L'Isle-Adam : Élisabeth 1914 : La Nouvelle Idole de François de Curel : Louise Donnat 1914 : Les Femmes savantes de Molière : Armande 1919 : L'Hérodienne d'Albert du Bois : Bérénice thumb|429x429px|Julia Bartet dans le rôle de Thérèse Courtin, dans Le Foyer d'Octave Mirbeau, 1908.
Mentions dans la littérature Marcel Proust
Dans Du côté de chez Swann, le jeune narrateur classe .
René Benjamin fait souvent allusion, dans son œuvre et dans sa correspondance, à Julia Bartet, pour qui il éprouvait, depuis sa jeunesse, une grande admiration. Dans La Galère des Goncourt qu’il écrivit en 1948, il raconte qu’en , il avait réussi « la merveille » de réunir, chez lui, Léon Daudet et Bartet. On évoqua la première de L’Arlésienne. Et voici ce que, soudain, Daudet « se mit à raconter lentement, comme médusé par son souvenir :
Bartet était devenue d’une pâleur extrême. Les yeux de Daudet, fixés sur elle, paraissaient deux braises. La scène était inouïe. » (lire la suite dans La Galère des Goncourt.)
Paul Claudel
Hommage La rue Julia-Bartet, ouverte en 1956 à la limite sud du 14e arrondissement de Paris a été nommée d'après elle. Elle donne accès au square Julia-Bartet.
Une montée porte également son nom à Orange (Vaucluse), qui borde le Théâtre antique de la même ville.
Notes et références
Annexes
Bibliographie Suzanne Bacqué, Julia Bartet : souvenirs d'une amie, Paris, Les éditions théâtrales, 1950. Albert du Bois, Julia Bartet : essai critique, Paris, E. Sansot, 1920. Albert Dubeux, Julia Bartet, Paris, Plon, 1938. . Guillaume Glorieux et Agathe Sanjuan (dir.), Bijoux de scène de la Comédie-Française, catalogue d'exposition, École des arts joailliers, paris, -), Paris, Gallimard, 2023. Catherine Join-Diéterle et Sylvie Richoux, Modes ! à la ville, à la scène, catalogue d'exposition (Moulins, CNCS, -), Paris, Somogy, 2017.