La prostitution est illégale en Thaïlande, et elle y est officiellement réprimée depuis 1960 et des lois punissant le proxénétisme, le racolage et le trouble à l'ordre public y sont appliquées. Cependant elle est tolérée en pratique et en partie contrôlée ; elle est estimée correspondre à un revenu de 6,4 milliards de dollars US en 2015, ce qui représente environ 1,5 % du PIB du pays. Elle est clandestine dans beaucoup d'endroits et des autorités locales y ayant des intérêts commerciaux en protègent souvent l'exercice. Il est difficile de chiffrer le nombre exact de prostitués des deux sexes : les estimations divergent considérablement et sont sujettes à des controverses nationales et internationales 2008 Human Rights Report: Thailand, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor; 25 février 2009, U.S. State Department. La prostitution est attestée en Thaïlande depuis au moins six siècles, et bien qu'elle ne soit pas considérée comme convenable, elle n'y souffre pas d'un ostracisme sévère. Mais elle a été favorisée et organisée par les armées japonaises puis américaines, surtout depuis la guerre du Viêt Nam, et la Thaïlande a acquis une réputation internationale de destination du tourisme sexuel, la prostitution y étant souvent pratiquée sous le couvert de bars et de « salons de massage ». Ces activités en sont devenues plus contrastées, entre la pratique d'un métier « comme un autre » et une importante recrudescence de la criminalité liée au commerce du sexe : pédophilie, traite des êtres humains, esclavagisme sexuel.
Historique L'histoire de la prostitution en Thaïlande remonte au moins à six siècles, avec les références explicites données par le voyageur chinois Ma Huan (vers 1430 ; son récit fut publié en 1451) puis par des visiteurs européens (comme Jacob van Neck en 1604). On sait par ailleurs que durant le royaume d'Ayutthaya (1351–1767), la prostitution, principalement liée à l'immigration chinoise, avec une forte proportion de prostituées chinoises ou d'esclaves, était légale et taxée, et que l'État gérait des maisons de passe.. C'est donc un phénomène ancien, mais initialement limité, qui a connu un fort développement au tout début du , et qui a ensuite été exacerbé par l'occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale et par l'utilisation de la Thaïlande comme zone de « repos et détente » par les forces américaines durant la guerre du Viêt Nam (entre 1963 et 1973) Donald Wilson (Andrew Forbes) et David Henley, 'Prostitution in Thailand: Facing Hard Facts', Bangkok Post, 25 décembre 1994..
La Thaïlande a une tradition ancienne et continue de textes législatifs, réunis sous le titre d'écrits , dans lesquels la prostitution est diversement définie, mais universellement réprouvée. Cette tradition disparut au début du vingtième siècle, mais ces anciens textes ont inspiré la lettre et le sens de la législation contemporaineVoir, par exemple : Andrew Huxley, Thai Law : Buddhist Law, Orchid Press, 2006.
La prostitution est officiellement illégale en Thaïlande depuis 1960., lorsqu'une loi fut promulguée sous la pression de l'ONU. La répression au nom de cette loi est très légère, et lorsqu'une telle répression se fait sentir, ce sont toujours les prostituées, et non les tenanciers de maisons closes, qui sont sanctionnées. Le gouvernement créa alors un système de surveillance des prostituées pour empêcher qu'elles soient maltraitées et pour contrôler la propagation des maladies vénériennes. Cette loi fut remplacée par la loi de prévention et de suppression de la prostitution en 1996.
Situation légale
En 2019, le cadre légal concernant la prostitution en Thaïlande correspond à une politique prohibitionniste, et repose sur trois loisAuxquelles on peut adjoindre l'accord international de lutte contre l'abduction de mineurs , signé en 2012, ainsi que la loi de protection des victimes de la violence (2007) et celle contre le trafic humain (2008) ; voir leurs textes (en anglais) dans cette section. :
La loi de prévention et de suppression de la prostitution
La loi de prévention et de suppression de la prostitution (1996, datée officiellement de 2539 en calendrier thaïlandais) est l'élément central du dispositif légal réprimant la prostitution. Cette loi donne une définition de la "prostitution" comme étant . Cependant, une définition claire de la phrase “de manière immorale” (promiscuous) n'est pas donnée.
La loi prescrit qu'une personne cherchant une activité sexuelle « ouvertement et honteusement » (autre phrase non clairement explicitée), ou qui cause ainsi « un trouble à l'ordre public » sera condamnée à une amende ne dépassant pas 1000 bahts, alors que celles fréquentant un « établissement de prostitution » risquent une peine de prison allant jusqu'à un mois. L'expression "établissement de prostitution" n'est pas clairement définie, bien qu'elle puisse être interprétée comme désignant tout endroit où l'on se livre à la prostitution, particulièrement dans les cas mettant en jeu des enfants (les pénalités sont plus élevées dans ce cas, allant jusqu'à six ans de prison pour des enfants de moins de 15 ans) — entre adultes, la loi n'est en général pas appliquée à la prostitution se déroulant dans des lieux privés. La loi impose également des pénalités plus lourdes pour les propriétaires d'établissements et les entremetteurs : un emprisonnement de trois à quinze ans, et plus encore pour des enfants ou de la prostitution forcée. Le code criminel prévoit également des pénalités pour le proxénétisme, ou pour l'utilisation de l'argent tiré de la prostitution.
La loi fut rédigée en pensant tout particulièrement à la prostitution des enfants et au trafic sexuel. La section 8 punit les clients ayant un rapport sexuel avec un enfant de moins de quinze ans d'un emprisonnement de deux à six ans et d'une amende pouvant s'élever à bahts. Pour des travailleurs du sexe entre 15 et 18 ans, la peine prévue est la moitié de la précédente.
Concernant le trafic humain, la section 9 stipule que :
Lorsque les actions visées par la section 9 sont accomplies au moyen de , les peines peuvent être alourdies d'un tiers.
La loi d'amendement au code pénal Cet amendement de 2003 ne déclare pas explicitement que la prostitution est illégale en Thaïlande, mais le Titre IX, section 286 du code pénal dit que : “Toute personne, de plus de seize ans, qui vit des gains d'une prostituée, même si ceux-ci sont une partie de son revenu [sic], sera puni d'une peine de prison de sept à vingt ans, et d'une amende de quatorze mille à quarante mille bahts, ou d'emprisonnement à vie.” Bien que des peines spécifiques ne soient pas mentionnées, la même section pénalise toute personne qui (i) habite ou s'associe fréquemment avec une prostituée, (ii) reçoit de l'argent, un logement ou un autre avantage d'une prostituée ou (iii) aide une prostituée dans un différend avec un client.
La loi vise aussi à faire disparaître la prostitution enfantine : le Titre IX, section 279 déclare que : ., mais cette section n'est pas complètement claire, faute de définir ce qu'est un "acte indécent".
La loi sur les lieux de divertissement La loi sur les lieux de divertissement (1966) rend responsable le propriétaire de certains établissements si des actes de prostitution s'y déroulent. Elle précise également que les travailleurs du sexe doivent passer une année de réhabilitation dans un centre spécialisé après la fin de la peine infligée pour s'être prostitué.
Évolution depuis 2003 Le dispositif légal exposé ci-dessus étant loin d'être systématiquement employé, le ministère de la Justice proposa en 2003 de légaliser la prostitution, la transformant en un métier officiel, imposable et disposant d'une assurance-maladie ; un débat public fut organisé sur ce thème. La légalisation et la réglementation étaient proposées comme des moyens d'augmenter le revenu de l'État, de réduire la corruption, et d'améliorer la situation des travailleurs du sexe. Cependant, il ne fut pas donné suite à ce projet.
En , le gouvernement thai a tenté d'abolir le tourisme sexuel ; Kobkarn Wattanavrangkul, ministre du tourisme, déclarant : .. Cependant, Kobkarn perdit son poste en ., et ce projet semble avoir été abandonné.
En 2020, la fermeture des frontières en réaction à la pandémie de Covid-19 a amené à une quasi- disparition des clients étrangers des travailleurs du sexe, et a une baisse importante de leurs revenus. 35 pour cent d'entre eux se sont vu refusé l'accès aux aides publiques, et beaucoup ont dû se reconvertir en dehors de l'industrie du sexe. Le Département des affaires familiales a déclaré qu'ils fournissait des aides et des formations, et envisageait de modifier la loi pour leur permettre d'accéder à la sécurité sociale, dont seuls 5 pour cent bénéficient actuellement.
Étendue de la prostitution Une publication de 2003 estimait les revenus de ce commerce à 4,3 milliards de dollars US, soit environ 1 % du PIB de la Thaïlande Thailand mulls legal prostitution. The Age, 26 novembre 2003, estimation réévaluée en 2015 à 6,4 milliards de dollars US..
Les estimations du nombre de prostituées sont sujettes à controverse. En 2004, Nitet Tinnakul, de l'université Chulalongkorn, donnait un total de 2,8 millions de travailleurs du sexe, dont 2 millions de femmes, mâles adultes, et mineurs (de moins de 18 ans), mais la plupart des observateurs estimaient que ces chiffres étaient grossièrement surestimésCela impliquerait, d'après Prospect (Learning the Thai sex trade ), qu'une femme sur quatre entre 15 et 30 ans serait une prostituée., et résultaient d'une méthodologie médiocre. Selon un rapport de 2001 de l'OMS : « D'après les estimations les plus fiables, il y a entre et travailleurs du sexe. » Sex work in Asia (Archive), OMS, juillet 2001. (21/38).. Un rapport gouvernemental de 2007 recense à prostituées adultes dans des établissements de plaisir licenciés, cependant, des associations non gouvernementales pensent qu'il y en aurait entre et 300 000. En 2015, Havocscope, une base de données sur le marché noir international, donnait le chiffre approximatif de prostituées en Thaïlande, tandis que ONUSIDA estimait la population totale de travailleurs du sexe à ..
vignette|Vie nocturne dans Walking Street, à Pattaya. Bien que les zones de « prostitution touristique » soient généralement associées à Bangkok (Patpong, Nana Plaza, et Soi Cowboy), Pattaya, et Phuket (Patong), en y rajoutant Hat Yai et d'autres villes frontalières destinées aux Malaisiens, la prostitution existe dans presque toutes les grandes villes du pays. Par exemple, on a suggéré qu'il y avait prostituées sur la seule île de Ko Samui, une destination touristique non particulièrement associée à la prostitution, et qu'au moins 10 % des dollars des touristes y étaient dépensés dans le commerce du sexe.
Chiang Mai et Ko Samui (à Chaweng et Lamai) sont aussi des centres importants. À Bangkok, le district de loisirs de contient plusieurs vastes établissements proposant des massages sexuels. Même des bars à karaoké de petites villes de province ont des hôtesses qui, outre des chansons thaïes traditionnelles, proposent parfois des services sexuels. Prostituées étrangères
En 1996, il y avait au moins 5000 prostituées russes opérant en Thaïlande, la plupart venues par des réseaux contrôlés par des mafias russes..
Situation sanitaire vignette|Prostituées devant un bar à hôtesses à Pattaya, en Thaïlande Plus de Thaïs étaient porteurs du virus du sida en 2008, avec plus de 40 % de nouvelles infections chez les 15 à 24 ans More teenaged girls getting HIV infection.. La prévalence du sida en Thaïlande, particulièrement parmi les travailleurs du sexe, a été remarquée par les médias et les autorités académiques ; la Thaïlande a accueilli la quinzième Conférence internationale sur le sida, en 2004.