vignette|Manifestation anti-migrants et anti-islam organisée par le mouvement PEGIDA en 2015 à Calais (France).
« Remigration » est un néologisme issu de l'anglais pour parler de la mise en place d'une incitation forte au retour des immigrés non européens (ou des non-blancs) dans leur pays d'origine (ou supposé) ou d'une déportation forcée de ceux-ci. Le concept, souvent lié à la théorie conspirationniste d'extrême droite du « grand remplacement », est utilisé par la mouvance identitaire et suprémaciste blanche avec un objectif de banalisation de ce terme. Le mot réémigration est quelquefois utilisé dans le même sens.
Définition
Signification du concept Le terme « remigration » désigne le retour d'une personne vers son pays d'origine après une période d'émigration. Cette remigration peut être volontaire ou contrainte.
Dans un contexte politique, il peut également désigner une politique visant à encourager ou à imposer le retour d'immigrants ou de personnes issues de l'immigration vers leur pays d'origine ou celui de leurs ascendants.
Selon Jean-Yves Camus, « remigration » désigne une inversion des flux migratoires, donc, en théorie, aussi bien un retour volontaire qu'un retour forcé des immigrants.
Il relève également que ..
Selon certains militants défendant cette idée, un déplacement massif de population est faisable car il aurait déjà lieu lors du retour des immigrés italiens sous Mussolini ou de l'exode des pieds-noirs.. Le retour pourrait être forcé ou aidé.
Groupes sociaux concernés Selon Anne-Sophie Moreau, les défenseurs de la remigration visent trois groupes sociaux différents : les demandeurs d'asile, les étrangers et les citoyens d'origine étrangère non assimilés.
En 2014, le Bloc identitaire définit la remigration comme .
Selon la chercheuse en science politique Marion Jacquet-Vaillant, cette définition vise sommairement les personnes issues de l'immigration africaine. Elle note cependant que chez l'homme politique d'extrême droite Éric Zemmour, qui reprend aussi ce néologisme, la remigration vise plutôt les personnes étrangères. Elle explique ces différences par une vision ethno-différentialiste du Bloc identitaire, et une autre assimilationniste chez Zemmour.
Lien avec la théorie du grand remplacement D'après Jean-Yves Camus, .
Usage par l'extrême droite En France Le terme est utilisé à partir du début des années 2010 par la mouvance identitaire, dont le Bloc identitaire (BI) ; à titre d'exemple, le militant Laurent Ozon fonde en 2013 le « Mouvement pour la remigration ».. Selon la chercheuse en science politique Marion Jacquet-Vaillant, le terme est emprunté par les identitaires français au Vlaams Belang, parti nationaliste flamand belge, et devient utilisé de manière récurrente à partir de 2014. Pour Jean-Yves Le Gallou, cofondateur de l'Institut Iliade, un organisme de formation de l'extrême droite qui publie par ailleurs du matériel de propagande, la promotion de ce mot, issu d'un glissement sémantique, s'inscrit dans une « bataille du vocabulaire » afin de faire progresser les positions identitaires : .. En , le BI organise les « Assises de la remigration » auxquelles sont conviées de nombreuses personnalités de la mouvance identitaire. Cet événement engendre une mobilisation de l'extrême droite sur Twitter et une plus grande attention médiatique portée à ce terme.
Le terme est ensuite repris par d'autres partis d'extrême droite français comme Civitas et la Dissidence française. Une stratégie pour répandre le néologisme est adoptée par des groupuscules tels que Le Bloc identitaire ou la Dissidence française, qui utilisent abondamment les réseaux sociaux dans leur stratégie de communication. Selon Mathieu Dejean des Inrocks, . Selon l'Institute for Strategic Dialogue, le mot aurait fait l'objet de entre fin 2014 et début 2019, dont par un seul compte appartenant à un identitaire lors du lancement de la campagne au cours du second trimestre de 2015.
Henry de Lesquen, « emblème des jeunes d’extrême droite sur Internet » et poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité, souhaite la pour « les populations extra-européennes qui ne souhaitent pas, ou qui ne peuvent pas, s’assimiler à la culture française »...
Selon Al Jazeera English, un ancien comptable « allié clé » de Marine Le Pen, lors d'une conversation secrètement filmée, déclare que le Rassemblement national introduirait la « remigration » s'il arrivait au pouvoir.
Lors des élections européennes de 2019, deux listes soutiennent ouvertement la remigration : la Ligne claire de Renaud Camus et Karim Ouchikh et la Liste de la Reconquête de Vincent Vauclin. Si elles recueillent un faible résultat électoral, elles permettent via leur couverture médiatique et l'attention qu'elles suscitent sur les réseaux sociaux, y compris celle d'opposants, plus nombreux à critiquer le mot qu'auparavant, permettant ainsi à ce mot de circuler au-delà des milieux d'extrême droite.
Le , le candidat à l'élection présidentielle française de 2022 Éric Zemmour déclarait vouloir créer un « ministère de la Remigration » s'il était élu à la présidence de la République. Selon Marion Jacquet-Vaillant, cette proposition reprend celle de la « feuille de route pour la politique d’identité et de remigration » émise par le BI en 2014, qui demandait la création d'un « haut-commissariat à la remigration » et d'un « ministère de l'Identité et de l'enracinement ». Selon elle, pour les identitaires, « le grand remplacement est pour eux un constat, la remigration est le programme qui va avec ce constat ». Cette proposition est saluée par les anciens responsables de l'organisation dissoute Génération identitaire mais est jugée comme une provocation par Jean-Philippe Tanguy, directeur adjoint de la campagne du Rassemblement national car . Le HuffPost considère cette proposition à la suite de la chute des intentions de vote pour Zemmour, qui tombent à 9 %.
En Allemagne L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) soutient une politique de remigration. En , des cadres de l'AfD, dont le député , participent à une réunion secrète avec Martin Sellner, fondateur de l'IBÖ. Durant cette réunion secrète, Sellner présente un projet de « remigration », considéré comme anticonstitutionnel selon certains médias allemands, incluant le déplacement forcé de demandeurs d'asiles, de travailleurs immigrés et de citoyens allemands jugés , et dont la mise en place se ferait après une éventuelle prise de pouvoir par l'AfD.
En Autriche La remigration est soutenue par le Parti de la liberté d'Autriche, ainsi que par le « mouvement identitaire d'Autriche » (, IBÖ), groupuscule fondé en 2012 qui dénonce le « grand remplacement » des populations européennes et cultive les thèmes de .
Aux États-Unis En , Donald Trump déclare vouloir .
En , l'administration Trump annonce la création d'un « Office of Remigration » au sein du département d'État des États-Unis. Ce bureau doit servir de et . L'administration propose notamment une allocation de 1 000 dollars aux immigrés sans papiers qui acceptent de se déporter volontairement.
Le même mois, plusieurs figures de l'extrême droite américaine, dont Jacky Eubanks, candidate nationaliste chrétienne soutenue par Trump en 2022, Cyan Quinn, représentante de l'organisation suprémaciste blanche White Papers Policy Institute, et Jared Taylor, participent au premier « Sommet sur la remigration » organisé près de Milan.
En Italie La , branche jeunesse de la Ligue du Nord, plaide en faveur de la remigration à la suite d'incidents violents impliquant des migrants à Côme et en Lombardie en , et reçoit le soutien du dirigeant régional du parti en Lombardie.
En , le député européen de la Ligue du Nord Roberto Vannacci prend la parole lors d'un « sommet sur la remigration » à Milan. Il exprime son soutien à la remigration et déclare que . Le même mois, la députée européenne de la Ligue du Nord Isabella Tovaglieri appelle également à une .
Aux Pays-Bas En 2021, le Parti pour la liberté (PVV) appelle à la création d'un ministère chargé de la remigration dans son manifeste, mais retire cette mesure de son programme pour les élections législatives de 2023.
Le Forum pour la démocratie prône une afin de préserver une et accuse le PVV de se concentrer davantage sur la réduction de l'immigration que sur la promotion de la remigration.
En Suisse En Suisse, Résistance helvétique soutient la remigration, ainsi qu'une partie des Jeunes de l'Union démocratique du centre.
Réception En , une étude sur le complotisme réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, au moyen d'une enquête de l'Ifop, met en évidence le lien entre remigration forcée et grand remplacement chez une grande partie des sondés. Sur plusieurs opinions concernant l'immigration, figure : . 48 % des personnes interrogées se disent d'accord avec cette opinion, dont 17 % et 31 % ..
Significations du terme dans d'autres langues Dans son utilisation faite en français, le mot est importé du mot flamand « remigratie », traduit en « remigration » via la mouvance identitaire.
Il est couramment utilisé par les démographes de langue anglaise comme synonyme de « retour dans son pays d'origine » par des migrants, de manière non-polémique. En langue allemande, il inclut la notion de « retour dans sa communauté ethnique », sans lien géographique nécessaire avec le pays d'origine.
Le mot « reemigracja » (« remigration » en polonais) est utilisé entre 1945 et 1949 dans le sens de « retour dans son pays d'origine » en évoquant les dizaines de milliers de Polonais rentrant en Pologne.
En 2018, il est défini au Canada comme le « retour des immigrants et de leurs descendants dans leur pays d'origine », la banque de données terminologiques et linguistiques Termium Plus précisant que le mot est .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Marion Jacquet-Vaillant, « Les identitaires, acteurs de l'émergence des idées radicales », Pouvoirs, , , , . Larry Portis, La remigration et la démocratie nord-américaine, dans Cahiers du Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines, 1999, p. 115-120. Stéphane de Tapia, « De l'émigration au retour : les mutations du champ migratoire turc », dans Revue du monde musulman et de la Méditerranée, , 1989, Les Arabes, les Turcs et la Révolution française, p. 255-272. François Weil et Mark Wyman, « Round-Trip to America : The Immigrants Return to Europe, 1880-1930 », dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, année, , 1996, p. 1150-1151. Mark Wyman, Round-Trip to America: The Immigrants Return to Europe, 1880-1930, Ithaca/Londres, Cornell University Press, 1993.
Articles connexes Émigration Immigration Taux de migration Grand remplacement Opposition à l'immigration Migration forcée
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