Le sous-type H5N8 du virus de la grippe A fait référence aux types de deux antigènes présents à la surface du virus : l'hémagglutinine de type 5 et la neuraminidase de type 8. Le virus de la grippe A est un virus à ARN monocaténaire de polarité négative à génome segmenté (8 segments) qui appartient au genre Alphainfluenzavirus de la famille des Orthomyxoviridae. Il est classé dans les « grippes aviaires » (groupe de virus qui infectent uniquement ou presque toujours des espèces d’oiseaux (sauvages ou domestiques et alors généralement des volailles dans ce dernier cas), même si certains de ces virus peuvent aussi infecter des oiseaux en cage, des mammifères et parfois l’Homme. Leur pathogénicité varie d'une part selon leur type génétique, et d'autre part selon la santé immunitaire des espèces infectés. Ces virus ont en commun de principalement infecter des voies respiratoires chez les espèces animales-hôtes. Le sous-type H5N8 est parfois considéré comme l'un des moins pathogènes pour l'homme, mais le risque épidémiologique qu'il représente est difficile à évaluer en raison de sa capacité à muter, susceptible de le rendre bien plus dangereux.

Comme d'autres sous-types de virus de la grippe, le sous-type A (H5N8) est en constante évolution et peut donc contrer le système immunitaire de ses hôtes. Il est susceptible de parfois produire des variants dits « hautement pathogènes » (HP) pour les oiseaux, ce qui s'est notamment produit à partir de en Corée. Dans ces cas, l'évolution du virus grippal est généralement rapide et constante, et préoccupante pour les écoépidémiologistes car rendant la fabrication de vaccins presque impossible (quand un vaccin a été testé et distribué, le virus peut déjà avoir muté et l’avoir contourné). , mais jusqu’en 2014 . Son évolution phylogénétique (par le jeu de mutations et/ou de réassortiments génétiques) pourrait cependant éventuellement le rendre infectieux voire hautement pathogène pour l’Homme. L'importance de ce risque est impossible à évaluer. Ce virus fait pour cette raison l’objet d’une attention particulière de la part des réseaux de surveillance vétérinaire. En France, les virus de la grippe aviaire sont classés dans la catégorie « Dangers sanitaires ».

Parmi les risques et dangers zootechniques existent des risques de contamination entre oiseaux d’élevages et entre oiseaux sauvages, ainsi qu'entre ces deux catégories phylogénétiques d’oiseaux. À ce jour, selon l’OMS les risques sanitaires pour l’homme sont limités à des personnes en contact direct avec des oiseaux malades (ou des œufs ou déjections/fumiers provenant d’animaux malades).

D'abord détecté en Irlande dans les années 1980, puis aux États-Unis, puis plusieurs fois repéré dans les années 2000-2014 en Chine (en 2010, avec un virus dérivant d’une souche trouvée sur une oie « Goose/Guangdong/1/1996 (Gs/GD) » puis détecté chez des canards d’élevage du Jiangsu en ChineWu H, Peng X, Xu L, Jin C, Cheng L, Lu X, Novel Reassortant Influenza A(H5N8) Viruses in Domestic Ducks, Eastern China. Emerg Infect Dis. 2014;20:1315–8.), puis au Japon, et surtout en Corée du Sud où plusieurs souches de variants réassortis du H5N8 inhabituellement pathogènes du virusAvian Flu Diary (avec carte du Japan’s MAFF pour la Corée du Sud en 2014) ont causé de graves épidémies aviaires).

Dénominations vignette|250px|Représentation schématique d'un virus grippal A. Le nom générique « H5N8 » fait référence à deux sous-types d’antigènes présents à la surface du virus : l’hémagglutinine (HA) de type 5 (faisant notamment l’objet d’une surveillance en Corée dans les années 2010) ; la neuraminidase (NA) de type 8. Chaque variant de ces sous-types est nommé d’après l'espèce, le pays et l'année de découverte, avec par exemple A/Turkey/Ireland/1378/83 - H5N8 décrivant un virus trouvé chez la dinde. Apparu en Irlande en 1983 (chez des dindes et canards), puis aux États-Unis, puis plusieurs fois repéré dans les années 2000-2014 en Chine (en 2010, avec un virus dérivant d’une souche trouvée sur une oie « Goose/Guangdong/1/1996 (Gs/GD) » ensuite détecté chez des canards d’élevage du Jiangsu), au Japon, et en Corée du Sud où plusieurs variants réassortis du H5N8 ont alors causé de graves épidémies aviaires (avec dans ce cas un variant inhabituellement pathogène du virus).

L'adjdonction d'un préfixe HP au nom d'un virus (ex. : influenza A HP H5N8 signifie que cette souche est hautement pathogène pour ses hôtes aviaires. Parfois ce type de virus peut muter et s'adapter à l'Homme, au porc ou d'autres mammifères (chiens, chats, phoque…).

Symptomatologie La période d'incubation chez les volailles peut être de quelques heures à quelques jours (1 à 3) chez les oiseaux individuelsDynamique de propagation du virus influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) sous-type H5 (clade 2.3.4.4) chez les volailles domestiques en France 2016-2017 et jusqu'à 2 semaines dans le troupeau. Une période d'incubation de 21 jours, qui tient compte de la dynamique de transmission du virus, est utilisée pour une population aviaire dans le cadre de la lutte contre la maladie. On pense également que la période d'incubation des virus de la grippe aviaire chez les mammifères est courte et peut ne durer que 1 à 2 jours dans certains casAvian Influenza Fowl Plague, Grippe Aviaire.

Chez les oiseaux : Chez le canard d'élevage chinois (canard de Pékin) exposé à 3 variants du sous-types H5N8 coréens étudiés en 2014, quand l'animal n'était pas asymptomatique ou qu'il n'a pas guéri, on a observé un rapide amaigrissement et affaiblissement, un regard vitreux des secousses de la tête puis la mortyun-Mi Kang, Eun-Kyoung Lee, Byung-Min Song, Jipseol Jeong, Jun-Gu Choi, Joojin Jeong, Oun-Kyong Moon, Hachung Yoon, Youngmi Cho, Young-Myong Kang, Hee-Soo Lee, and Youn-Jeong Lee, Novel Reassortant Influenza A(H5N8) Viruses among Inoculated Domestic and Wild Ducks, South Korea, 2014 ; Volume 21, mis en ligne en novembre 2014 avant sortie du février 2015 ; ; Chez des sarcelles élégantes expérimentalement infectées, l'une est morte 3 jours après l'inoculation, sans avoir présenté de symptômes particuliers ; d'autres ont produit une quantité importante de virions, mais sans symptômes apparents chez l'animal infecté ; Par contre, aucun des Colverts sauvages infectés expérimentalement n'est mort, et ils n'ont présenté que des symptômes bénins ou aucun symptôme, bien qu’excrétant de grandes quantités de virions (plus qu'avec le H5N1).

Chez l'Homme : les symptômes attendus d'une infection par le virus H5N8 devraient principalement être respiratoires et de type "syndrome pseudo-grippal" (fièvre, frissons, maux de tête, toux et fatigue). Un risque accru de conjonctivite a également été associé à ce virus chez la ou les personnes proches d’oiseaux malades ou de matières contaminantes (fientes…).

Histoire écoépidémiologique En Asie Un nouveau variant hautement pathogène a sévi dans la péninsule sud-coréenne début yonhapnews (2014) News intitulée À cause du H5N8, 2000000 de volailles ont été abattues en été abattues en Corée du Sud, 30 janvier 2014Lee, Y. J., Kang, H. M., Lee, E. K., Song, B. M., Jeong, J., Kwon, Y. K.,... & Lee, H. S. (2014). « Novel reassortant influenza A (H5N8) viruses, South Korea, 2014 ». Emerging infectious diseases, 20(6), 1087 Kim YI, Pascua PN, Kwon HI, Lim GJ, Kim EH, Yoon SW, Park SJ, Kim SM, Choi EJ, Si YJ, Lee OJ, Shim WS, Kim SW, Mo IP, Bae Y, Lim YT, Sung MH, Kim CJ, Webby RJ, Webster RG, Choi YK. (2014), « Pathobiological features of a novel, highly pathogenic avian influenza A(H5N8) virus » ; Emerging Microbes & Infections. 2014 Oct; 3(10)e75 (résumé), avec une extension rapide et géographiquement large des foyers (8 foyers éloignés les uns des autresHighly pathogenic avian influenza, Information received on 10/02/2014 from Dr TaeYung Kim, Director General, Livestock Policy Bureau, Ministry for Food, Agriculture, Forestry & Fisheries, Sejong-Si, Korea (Rep. of), OIE, Fev 2014. En moins d'un an, ce sont en 2014 plus de 10 millions de volailles d’élevage qui ont dû être abattues dans le pays, [Romain Loury (2014) art. intitulé « La grippe aviaire revient ; La grippe aviaire refait surface en Europe, avec l’arrivée d’une nouvelle souche originaire d’Asie, la H5N8. Très pathogène pour la volaille, son risque de transmission à l’homme semble pour l’instant assez faible, rassurent les autorités européennes », 2014-11-19, consulté 2014-11-22. La Corée du Nord, déjà touchée par le H5N1 en 2013 reconnait en avoir également été fortement touchée par le H5N8 et avoir euthanasié de nombreux oiseauxYonhapnews (2014), News intitulée : La Corée du Nord touchée par une vaste épidémie de grippe aviaire, Séoul, 2014-04-09 (Yonhap).

Des oiseaux sauvages ont aussi été trouvés touchés par le virus A H5N8 dont la Sarcelle élégante ainsi que d’autres oiseaux migrateurs (infectés et morts du virus)NIH (2014) Liste von H5N8-Nachweisen ; Auf: fludb.org - Influenza Research Database, consulté 2014-11-06[New Avian Flu Virus Ravages Poultry in Korea] source : Sciencemag.org du 2014-02-06Weltorganisation für Tiergesundheit: Highly pathogenic avian influenza, Korea (Rep. of). ; publiée 18/01/2014 par le Dr TaeYung Kim, Directeur Général, du “Livestock Policy Bureau, Ministry for Food, Agriculture, Forestry & Fisheries, Sejong-Si, de la république du Corée”J. Jeong, H. M. Kang, E. K. Lee : “Highly pathogenic avian influenza virus (H5N8) in domestic poultry and its relationship with migratory birds in South Korea during 2014”. In: Veterinary microbiology. (Vet Microbiol.) 10. Octobre 2014, Bd 173, Nr. 3-4, S. 249-57, .

Un an plus tôt, AH5N8 avait aussi été trouvé sur un canard chinois vendu dans un marché de volailles vivantesKunkun Zhao : (2013)Characterization of three H5N5 and one H5N8 highly pathogenic avian influenza viruses in China. In: Veterinary Microbiology. Band 163, Nr. 3–4, 2013, S. 351–357, Wu H, Peng X, Xu L, Jin C, Cheng L, Lu X, (2014) Novel reassortant influenza A(H5N8) viruses in domestic ducks, eastern China. Emerging infectious diseases. Aout 2014 ;20(8):1315-8.

Le variant hautement pathogène HP H5N8 qui a sévi en Corée du Sud en 2014 est réassorti et semble avoir nettement gagné en pathogénicité, tant pour les oiseaux sauvages que domestiques. Il a été isolé sur des oiseaux migrateurs sauvages (parfois asymptomatiques) et chez des oiseaux d’élevage (vivants et morts) et notamment chez des Colverts (vivants et morts), mais aussi chez des poulets, oies et canards d’élevage avec en général plus de 70 % d’oiseaux infectés dans les élevages touchés.

Le , le Japon a signalé à l’OIE un cas d’infection sub-clinique sur la côte Estrapport OIE (Japon, pour un évènement (d’infection sub-clinique) daté du 3 novembre 2014) ; test faits par isolement viral et RT-PCR, suivi d’un foyer signalé (Chosei-gun, Nagara-machi, CHIBA) le . Le , il est confirmé que 2 échantillons fécaux d’Anatidae sauvages prélevés le (parmi un total de 50) contenaient le H5N8. Une étude de pathogénicité virale est annoncée.

À partir du , trois élevages de volailles du sud-ouest du Japon sont victimes de cette grippe aviaire. au total sont exterminés dans ces trois fermes situées à Miyazaki, Nobeoka et NagatoAlexandre Ducom, « Crise de grippe aviaire H5N8 dans le sud-ouest du Japon », BE Japon , le 9 janvier 2015. Le , un nouveau cas apparaît à Kasaoka : l'intervention des forces d'autodéfense japonaises est demandée pour tuer les de cette ferme dans les quatre jours suivant, selon le protocoleAlexandre Ducom, « En bref : 4e cas de grippe aviaire au Japon, dans la préfecture d'Okayama », BE Japon , le 16 janvier 2015. Une zone de quarantaine est établie dans un rayon de dix kilomètres, concernant pour près d'un million de poulets. Un nouveau cas se déclare le à Arita, les de cet élevage et d'un autre voisin sont tuésAlexandre Ducom, « En bref : 5e cas de grippe aviaire au Japon, dans la préfecture de Saga », BE Japon , le 23 janvier 2015.

En Europe