Jacques Ferrand, né à Agen vers 1575, est un médecin français auteur d'un traité sur la mélancolie amoureuse.
Biographie Jacques Ferrand appartient à une famille de notables agenais. Son frère, Jean, est avocat du roi en la chambre des élus d’Agenais. Un cousin du nom de Le Blanc est conseiller au siège présidial d'Agen. Il a été reçu docteur en droit et docteur en médecine à la faculté de Toulouse. S'il s'est dirigé vers la médecine, il a aussi exercé un temps la profession d'avocat. Il a choisi d'exercer la médecine et il réside, dès 1606, à Castelnaudary. Il en devient deuxième consul, en 1612, puis premier consul, en 1618Thieery Desbarreaux-Bernard - Notice biographique et bibliographique sur Jacques Ferrand - Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, , tome 1 - Imprimerie Douladoure - Toulouse, 1869, . Il a publié en 1610 Traité de l'essence et guérison de l'amour, ou de la mélancholie érotique dédié à très-haut et très-puissant prince Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, prince de Joinville, pair de France, dont il était le médecin ordinaire, ce qui n'indique qu'une fonction honorifique. Il a dû faire partie d'un cercle d'humanistes car dans la version de 1623 de son traité Jacques Ferrand mentionne 322 philosophes, médecins et poètes, anciens et modernes pour soutenir ses arguments. La première édition du livre, en 1610, ne semble pas avoir rencontré une large diffusion. Aucune mention de ce texte n'est faite avant sa condamnation, en 1620. Didier Foucault essayant d'expliquer les raisons de cette condamnation, l'a reliée à la condamnation au bûcher, en , à Toulouse, d'un prétendu médecin italien, Pompeo Usciglio, pour blasphèmes et propagation de l'athéisme, exécuté le . Cette identité était fausse, et rapidement il est apparu qu'il s'agissait de Giulio Cesare Vanini qui avait été condamné par la Sorbonne en 1616. Le parlement de Toulouse décide le de visiter tous les libraires de la ville, de saisir et de brûler les livres juger pernicieux par l'Inquisition. Une nouvelle visite des libraires est faite le à la recherche de deux livres de Vanini, Amphitheatrum æternae providentiæ et De admirandis naturæ arcanis, et le traité de Jacques Ferrand. C'est cette condamnation d'un traité donnant « des remèdes damnables pour se faire aimer des dames », qui a amené Jacques Ferrand, alors à Paris car il dédie cette édition à « Messieurs les étudiants en médecine à Paris », à reprendre la rédaction de son traité en le développant mais en expurgeant les parties condamnées et en se protégeant des attaques éventuelles des théologiens. Cependant Jacques Ferrand persiste dans son appréciation de la mélancolie érotique comme une maladie ordinaire à soigner, refusant les explications par des causes surnaturelles. La date de sa mort n'est pas connue.
Traicté de l'Essence et Guérison de l'Amour ou de la Mélancholie Érotique (1610) En 1610, Jacques Ferrand publie à Toulouse son Traicté de l'essence et guérison de l'amour ou de la mélancholie érotiqueVoir le texte original dans la bibliographie. L'exemplaire de la BNF, reproduit sur le site Gallica, porte la date d'éditeur 1612. M. Desbarreaux-Bernard remarque que cette date a été «surchargée (...), on a ajouté à la plume deux chiffres un (II), [selon] une supercherie employée fréquemment par les imprimeurs afin d'écouler, plus promptement, une édition dont la vente ne s'effectuait pas.» M. Desbarreaux-Bernard, op. cit., page 235, le seul ouvrage qu'on connaisse de lui. Celui-ci est dédié à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, dont Jacques Ferrand était le médecin ordinaire, ainsi qu'à sa sœur, Jeanne de LorraineJeanne VI de Lorraine (1586 - 1638) alors Prieure de l'abbaye de Prouilhe, fut faite en 1611 Coadjutrice de l'abbaye Notre-Dame de Jouarre dont elle devint abbesse en 1624. Elle mourut en 1638 - voir : Toussaints Du Plessis - Histoire de l'Église de Meaux, Tome I - Jean-Michel Gandouin - Paris 1731 , prieure du Monastère de ProuilheAinsi que le note Yvonne David-Peyre, la dédicace à Jeanne de Lorraine, religieuse, «nous rappelle que Sainte Thérèse d'Avila dans ses Fondations laisse transparaître ses préoccupations et ses inquiétudes devant le nombre de cas de mélancolie qui viennent troubler la paix de sa communauté» - Yvonne David-Peyre - Jacques Ferrand, médecin agenais (1575 - 16..?) - page 304 - voir : ci-dessous dans la bibliographie. Sur le thème de l'acédie, on se reportera à : Giorgio Agamben - Stanze - La parola e il fantasma nella cultura occidentale - Trad. française: Stanze : parole et fantasme dans la culture occidentale - traduit par Yves Hersant - Payot & Rivages - Paris, 1998.
Dix ans après sa première publication, en 1620, une décision du Tribunal ecclésiastique de l'archevêché de Toulouse condamna l'ouvrage, Il fut alors retiré des librairies et interdit à la venteM. Desbarreaux-Bernard, op. cit., page 227. Yvonne David-Peyre remarque que cette interdiction intervint un an après la condamnation par le parlement de Toulouse et l'exécution du philosophe hérétique et libertin Giulio Cesare Vanini.. Pour Michel Jeanneret,
Cependant, dès 1623, une deuxième édition « avec privilège du Roy », « remaniée certes, et notablement augmentée » fut publiée à Paris, sous le titre modifié De la maladie d'Amour ou mélancholie érotique et avec une épître aux étudiants de la faculté de médecine de ParisYvonne David-Peyre - op. cit., page 304. Le traité de Jacques Ferrand fut traduit en anglais par Edmund Chilmead et publié à Oxford en 1640Edmund Chilmead (1610 - 1654), mathématicien, musicien, chapelain de Christ Church (Oxford). L'ouvrage parut sous le titre : Erotomania or a Treatise Discoursing of the Essence, Causes, Symptomes, Prognosticks, and Cure of Love, or Erotique Melancholy. L'influence du Traité de Ferrand en Angleterre et en particulier sur Robert Burton (1577 - 1640), auteur de The Anatomy of Melancholy (1621), est discutée dans : Angus Gowland - The worlds of Renaissance melancholy - Robert Burton in context - Cambridge University Press - 2006 - pages 33 et suiv. .
Histoire et clinique de la Mélancolie érotique Jacques Ferrand, , très imprégné de la culture humaniste de la Renaissance, se réfère, dans son ouvrage, à une longue tradition de penseurs et de médecins : Paul d'Égine, Avicenne, Arnau de VilanovaArnau de Vilanova (1238 - 1311) - Tractatus de amore heroico, Marsile FicinMarsile Ficin (1433 - 1499) - Commentarium in convivium Platonis. De Amore. cité d'après : Yves Hersant - Mélancolies - De l'Antiquité au - Robert Laffont, Collection Bouquins - Paris, 2005 - page 624</ref> ou Bernard de Gordon. <ref>Yves Hersant - Mélancolies - De l'Antiquité au - Robert Laffont, Collection Bouquins - Paris, 2005 - page 624. Et ainsi peut-on lire dans le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle :
Jacques Ferrand doit sans doute beaucoup à André du Laurens (1558 - 1609), médecin ordinaire d'Henri IV et professeur à l'Université de Montpellier, qui publia en 1594 ses Discours de la conservation de la veuë : des maladies melancholiques : des catarrhes, & de la vieillesse, dont le second discours Le chapitre 10 du discours d'André Du Laurens traite D'une autre espèce de mélancholie qui vient de la furie d'amour était, selon Beecher et Ciavolella, éditeurs modernes du texte de 1623, par FerrandA treatise on Lovesickness (traduction et présentation du texte de la de 1623) - Donald A. Beecher and Massimo Ciavolella - Syracuse University Press - 1990 - page 104. Dans l'édition de 1623, Jacques Ferrand cite Du Laurens .
Dès les premières pages de son traité (édition de 1610), le médecin précise le projet clinique de l'ouvrage : . Dans un avis au lecteur (édition de 1623), Jacques Ferrand écrit :
Jacques Ferrand définit Et, s'appuyant sur la théorie des humeurs élaborée par Hippocrate puis par Claude Galien, il explique :
Après avoir décrit les symptômes de la maladie d'amour, le traitéLa pagination suit ici celle de la (1610) envisage les remèdes de précaution que l'on pourra appliquer afin d'éviter de succomber à la (page 155). Ce sont d'abord les remèdes diététiques : on s'abstiendra de sel et de et on préfèrera la pomme ou la figue, . Puis viennent les remèdes d'artifice ou de séduction : on cultivera et on se vêtira selon la , en choisissant (page 157) ; on usera de (page 160) et l'on se rendra aux (page 162). Mais, comme le rappelle le médecin, (page 185). On aura alors recours aux remèdes d'accomplissement amoureux : car (page 149); et (page 181).
Ces remèdes, cependant, pouvant se révéler impuissants à éviter la tristesse qui accompagne la mélancolie érotique, le médecin se voit ainsi (page 211). À partir du chapitre XXVI, le traité de Jacques Ferrand expose les différentes médications nécessaires : purgations, saignées, bains, (page 217).
En conclusion l'auteur, médecin philosophe, rappelle de celui qui, comme Démocrite, (page 221).
La transition d'une passion au Selon Oswald Spengler, Oswald Spengler - Der Untergang des Abendlandes (Munich, 1923) - traduction française de M. Tazerout - Le déclin de l'Occident - Tome 2 - Perspectives de l'histoire universelle - Gallimard - Bibliothèque des idées - Paris, 1976 - page 267. Et Giorgio Agamben note qu'.
Jean Starobinski qualifie la Renaissance, d'. Et dans l'introduction à sa nouvelle traduction du traité De Nihilo publié en 1510 par Charles de Bovelles, Pierre Magnard écrit également à propos de la Renaissance : .
Don Adriano de Armado, un des personnages de Love's Labour's Lost (Peines d'amour perdues), une pièce que Shakespeare écrivit probablement autour de 1595, demande à son page : Love's Labour's Lost, acte , scène 2. Le thème de la mélancolie est principalement associé, chez Shakespeare (1564-1616), au personnage d'Hamlet. En 1586, le médecin anglais Timothy Bright publiait son ouvrage A Treatise of Melancholy, que Shakespeare a pu connaître. Sur le sujet « Shakespeare et la mélancolie », il y a une très abondante littérature. On peut voir en particulier Gary Schmidgall, Shakespeare and the Courtly Aesthetic, University of California Press, Berkeley, 1981, .
Orlando, le personnage trans-historique dont Virginia Woolf écrit la biographie imaginaire et qui commence sa vie à l'Ère élisabéthaine, apogée de la Renaissance anglaise, est tenu dans l'incertitude d'une passion amoureuse pour la jeune princesse russe Sasha : Traduit de l'anglais : Virginia Woolf, Orlando, Oxford World's Classics, Oxford, 1998, page 44. Le philosophe auquel l'auteur se réfère est sans doute Robert Burton.
Le philosophe espagnol Ortega y Gasset n'écrivait-il pas à propos de Don QuichotteRappelons que le roman de Miguel de Cervantes a été publié en deux parties en 1605 et 1615. : . Et Rogerio, le personnage central de Tirso de Molina dans la pièce El Melancólico (1611), déclare : . Ainsi, en suivant l'anthropologue mexicain Roger Bartra, pourrait-on qualifier la période de ce tournant du siècle, telle qu'il a pu la repérer à partir de cinq textes publiés des deux côtés de l'océan entre 1558 et 1607, de (Siècle d'or de la mélancolie) Roger Bartra, El Siglo de Oro de la Melancolia : Textos espanoles y novohispanos sobre las enfermedades del alma, Universidad iberoamericana, Mexico, 1998. On pourra lire en particulier l'ouvrage du médecin andalou Andres Velázquez, publié à Séville en 1585 : Libro de la melancolía, en el cual se trata de la naturaleza de esta enfermedad, así llamada melancolía, y de sus causas y síntomas, H. Diaz, Sevilla, 1585. Pour une vue d'ensemble sur la mélancolie au Siècle d'or, voir ci-dessous, dans la bibliographie, l'ouvrage de Teresa S. Soufas..
À l'article « Mélancolie » du Vocabulaire européen des philosophies, Marie-Claude LambotteProfesseur de psychopathologie à l'université de Paris XIII, auteur de plusieurs ouvrages sur la mélancolie. Voir en particulier : Le Discours mélancolique : De la phénoménologie à la métapsychologie, éditions Érès, Toulouse, 2012 peut commenter ainsi :