Marie-Jeanne Riccoboni (Paris, - Paris, ) est une comédienne et romancière française.
Biographie Origines Elle est née à Paris en 1713. Les parents de Marie-Jeanne Riccoboni, Marie-Marguerite Dujac, une Parisienne, et Christophe de Heurles du Laboras (ou du Labourat), bourgeois de la ville de TroyesChristophe de Heurles du Laboras, ou du Labourat n'est pas noble béarnais comme le libraire Humblot en avait lancé la légende, se sont mariés le à Paris en l’église de Sainte Croix, sur l’île de la Cité.
Leur fille, Marie-Jeanne de Heurles de Laboras, est baptisée le , le lendemain de sa naissance, à la paroisse Saint Eustache, dans ce qui sera le quartier moderne des Halles, et qui restera sa paroisse sa vie durant. Elle se mariera et sera ensevelie dans l’enceinte de la même église.
Son père, condamné pour bigamie le , doit revenir auprès de sa première épouse à Troyes. La jeune Marie-Jeanne et sa mère sont alors de fait abandonnées et la première déclarée fille d’une liaison illégitime. Elle est alors placée dans une institution religieuse et destinée au cloître. Elle manifeste pourtant son refus de se conformer à la décision prise et sa mère doit l’en retirer à l’âge de 14 ans, en 1728. Ses relations avec sa mère sont alors très difficiles.
Mariage et liaisons Le , Marie-Jeanne épouse Antoine-François Riccoboni, fils de Luigi Riccoboni, célèbre acteur et directeur de la Comédie italienne. Marie-Marguerite Dujac, sa mère devenue nécessiteuse vit alors avec le couple ; Marie-Jeanne Riccoboni la soignera jusqu’à sa mort en 1769. Le mariage est malheureux : . Il disparaît par exemple en province entre et .. Marie-Jeanne accompagnera son époux jusqu'à son décès en 1772.
Marie-Jeanne Riccoboni a peut-être eu à cette époque une passion malheureuse pour le comte de Maillebois, passion qui aurait duré une dizaine d'années, jusqu'à ce que le comte épouse la fille unique du marquis d’ArgensonCette supposition trouve sa source dans la conviction de Melchior Grimm que les lettres étaient authentiques et dans un témoignage tardif de J.F. Boissonnade dans le Journal de l'Empire du 21 juin 1811 — cité dans : .. Probablement en 1764, elle rencontre Robert Liston, jeune diplomate, qui a trente ans de moins qu’elle (il est né en 1742). Leur conformité d’opinions et de goût, le sentiment d’avoir trouvé en lui tout l’idéal masculin qu’elle avait constamment essayé de définir dans ses romans feront qu’elle éprouve pour lui une passion dite platonique, à la fois maternelle et amoureuse.
Une vie d'artiste et d'intellectuelle L'actrice
Par son mariage avec Antoine-François Riccoboni, Marie-Jeanne de Heurles de Laboras entre dans une famille d’artistes et d’intellectuels renommés. Elle monte pour la première fois sur scène le , à l'Hôtel de Bourgogne, dans la troupe de la Comédie italienne, où elle fera toute sa carrière (elle prendra sa retraite en 1760). De son propre aveu, elle n’est pas très douée pour la comédie et apparaît comme une actrice froide. Elle ajoute dans sa correspondance qu’il lui était offert d’entrer à la Comédie-Française et qu’elle se sentait plus de dispositions pour la tragédie que pour la comédie, mais que son mari s’y opposa toujoursLettre de Mme Riccoboni à David Garrick, 2 janvier 1772, citée dans : .. Sa réputation posthume a surtout souffert d'avoir été épinglée par Diderot, dans le Paradoxe sur le comédien, comme Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien, Œuvres complètes, Paris, Club Français du Livre, 1971, tome X, p. 476-477, cité dans ..
La femme de lettres Marie-Jeanne Riccoboni fréquente le salon des d’Holbach, sans doute aussi celui des Helvétius. Elle y rencontre les grands philosophes anglais de l’époque, comme Adam Smith et David Hume, avec qui elle correspond, et pour qui elle aura autant d’admiration que d’affection.
Mais son goût pour la philosophie s’émousse très vite. Elle finit par s’éloigner des salons et des discussions qui s’y déroulent, trop violentes et trop partisanes à son goût. Elle accuse dans sa correspondance les philosophes français d’être à leur manière aussi sectaires que les religieux qu’ils attaquent sans cesse, et d’utiliser à leur profit les méthodes intolérantes qu’ils condamnent chez les prêtres.
La romancière En 1761, Marie-Jeanne Riccoboni se retire de la scène pour se consacrer à la littérature et s’installe rue Poissonnière avec son amie Thérèse Biancolelli. Les débuts de sa carrière littéraire, tout de suite couronnée par des succès, lui valent la considération et l’estime de Diderot, qui dit d’elle : Denis Diderot, Œuvres Complètes, édition Jules Assézat et Maurice Toumeux, Paris, 1875-1877, VIII, p. 465..
Romans épistolaires Elle écrit dix romans et cinq nouvelles, mettant au goût du jour le style épistolaire, à l’imitation de Richardson, dont les ouvrages traduits par l'abbé Prévost avaient eu un immense succès en France.
Elle débute en 1757 par les Lettres de Fanny Butler, souvent considérées comme relatant l’épisode de sa malheureuse liaison avec le comte de Maillebois, puis elle publie successivement l’Histoire du marquis de Cressy (1758) et les Lettres de Juliette Catesby (1759).
Suites et adaptations En 1761, elle écrit une Suite de la vie de Marianne, si bien imitée de Marivaux (La Vie de Marianne) qu’il faudra publier une mise au point pour détromper le publicMaria Rosaria Ansalone, Una continuazione interrota : la suite de La Vie de Marianne, Saggi e ricerche di Letteratura francese, 1988 (vol. 27), p. 11-25..
Avec Ernestine, en 1762, elle obtient un grand succès : La Harpe affirma qu’ était son et loue son style. Laclos en tira un drame lyrique mis en musique par le chevalier de Saint–Georges, en 1777.
Une œuvre abondante et diversifiée Suivent une adaptation libre de l’Amelia de Fielding en 1762, les Lettres de la comtesse de Sancerre, en 1767 et les Lettres d’Elizabeth–Sophie de Vallière en 1772. Avec les Lettres de Milord Rivers, en 1777, elle écrit une sorte de roman-testament, qui résume ses points de vue sur la société et la morale. Ensuite, elle publie encore cinq nouvelles : l’Histoire d’Aloïse de Livarot, l’Histoire de Gertrude et Roger, l’Histoire de Christine de Suabe, toutes s’inspirant du Moyen Âge, puis l’Histoire de Deux jeunes amies, et la Lettre de la marquise d’Artigues à sa sœur.
Outre quelques pièces de vers, un bref essai de périodique dans le goût des journaux de Marivaux, L'Abeille, et une pièce de théâtre, Les Caquets, en 1761Les caquets, 1761, pièce de théâtre inspirée de Goldoni et écrite en collaboration avec Antoine-François Riccoboni, Notice Bnf : FRBNF31209708. Les Caquets, œuvre musicale, rondo en Staccato pour violon par Joseph Bologne Chevalier de St-Georges, compositeur. Notice Bnf : FRBNF15819176. Les Caquets [Enregistrement sonore], harmonisation par Marius Casadesus, violon accompagné de piano, Publication : France : Polydor, 1936, Notice Bnf : FRBNF37992857., Marie-Jeanne Riccoboni a aussi traduit cinq pièces de théâtre anglaises, écrites entre autres par David Garrick ou George Colman le Jeune.
D'après la Correspondance littéraire de , c'est elle qui, avec Marie-Thérèse Biancolelli, est l'auteure du livret de l'opéra Sophie, ou le mariage caché de Josef Kohaut, inspiré de la pièce The Clandestine Marriage de David Garrick et George Colman l'Ancien.
Fin de vie Marie-Jeanne Riccoboni meurt le vendredi dans la misère, la tourmente révolutionnaire ayant fait supprimer la pension royale qui lui permettait de subsister. Elle s’éteint dans les bras de son amie Thérèse, la laissant héritière du peu de biens qui lui restait.
Noms et pseudonymes Marie-Jeanne de Riccoboni a porté plusieurs noms et pseudonymes. La BNF retient la forme internationale « Riccoboni » pour le nom, « Marie-Jeanne » pour le prénom et « 1713-1792 » pour ses dates de naissance et de décèsNotice Bnf n° : FRBNF11921825. Consulté le 23 mars 2009..
Patronymes Marie de La Boras Marie-Jeanne Laboras de Mézières Marie-Jeanne de Laboras de Mézières Marie-Jeanne de Heurles de Laboras Marie Jeanne de Heurles Laboras de MezièresArtfl Frantext Database Bibliography - R. Consulté le 23 mars 2009.
Nom d'alliance Madame Riccoboni
Pseudonyme Adélaïde de Varançai ; Friedrich Melchior Grimm, Denis Diderot, Jacques-Henri Meister, Jules-Antoine Taschereau, A. Chaudé, Correspondance littéraire, 1829, copie de l'exemplaire l'université du Michigan numérisé le 18 septembre 2007, note 1, page 117. Consulté le 23 mars 2009.
Œuvres Œuvres complètes : Œuvres complètes de Mme Riccoboni, première édition en 7 volumes, Société typographique, Neuchâtel, 1780Œuvres complètes de Marie-Jeanne Riccoboni, 1780. Notice BNF n° : FRBNF37344258. Œuvres complètes de Mme Riccoboni, Nouvelle édition, Éditions Volland, Paris, 1786Œuvres complètes de Mme Riccoboni, Nouvelle édition, 1786.- Notice Bnf n° : FRBNF31209690. Œuvres complètes de Mme Riccoboni, Éditions Foucault en 6 volumes, Paris, 1818La plus fréquemment consultable. Notice Bnf n° : FRBNF37344258. « Frantext » Reproduction de l'édition de 1818.
Éditions modernes
Amélie : sujet tiré de Mr Fielding (1743), Paris, Indigo et Côté Femmes, 2000 . La Suite de Marianne (1745), suite de La Vie de Marianne par Marivaux, Paris, Garnier-Flammarion Texte en ligne Lettres de Mistriss Fanni Butlerd (1757), Genève, Librairie Droz, 1979Texte en ligne. L’Histoire du marquis de Cressy (1758), Paris, Des Femmes, 1987 Texte en ligne. Lettres de Milady Juliette Catesby à Milady Henriette Campley, son amie (1759), Paris, Desjonquères, 1983 ; nouvelle édition, 1997 Texte en ligne. Histoire d’Ernestine (1762), Paris, Côté femmes, 1991 . Histoire de Miss Jenny (1764), Paris, Indigo et Côté femmes, 1999 Texte en ligne. Lettres d’Adélaïde de Dammartin, comtesse de Sancerre, au comte de Nancé, son ami (1767), Paris, Desjonquères, 2005 Texte en ligne Lettres de Sophie de Vallière (1770), Paris, Indigo et Côté femmes, 2005 . Lettres de Mylord Rivers à Sir Charles Cardigan (1777), Genève, Droz, 1992. Histoire des amours de Gertrude, dame de Château-Brillant et de Roger, comte de Montfort (1780), Paris, Indigo et Côté femmes, 2001 . Histoire d’Aloïse de Livarot (1780), Indigo et Côté femmes, 2002 . Histoire de deux jeunes amies (1786), Paris, Indigo et Côté femmes, 2001 .
Recueils
Madame Riccoboni’s letters to David Hume, David Garrick, and sir Robert Liston : 1764-1783, Oxford, The Voltaire Foundation, 1976. Trois histoires amoureuses et chevaleresques, réunit Gertrude, Aloïse de Livarot, et Christine de Suabe, Reims, Presses universitaires de Reims, 2005 .
En collaboration avec Antoine-François Riccoboni
Les Caquets, pièce de théâtreNotice Bnf n° : FRBNF31209708. Les Caquets, œuvre musicale, rondo en Staccato pour violon par Joseph Bologne Chevalier de St-Georges, compositeur. Notice Bnf n° : FRBNF15819176.- Les Caquets [Enregistrement sonore], harmonisation par Marius Casadesus, violon accompagné de piano, Publication : France : Polydor, 1936, Notice Bnf n° : FRBNF37992857., 1761.
Sources Jean Fleury, Marivaux et le marivaudage, Paris, Plon, 1881, . Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, .
Notes et références
Bibliographie Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Plon, Paris, 1872. Emily A. Crosby, Une romancière oubliée, Riccoboni : sa vie, ses œuvres, sa place dans la littérature anglaise et française du , Paris, F. Rieder, 1924. Emily A. Crosby, Madame Riccoboni ; sa vie, ses œuvres, sa place dans la littérature anglaise et française du , Genève, Slatkine Reprints, 1970. Kenneth R. Umland, Madame Riccoboni et Diderot : un débat sur l’art théâtral au dix-huitième siècle, [s.l.s.n.], 1975. Joan Hinde Stewart, The Novels of Mme Riccoboni, Chapel Hill: North Carolina Studies in the Romance Languages and Literatures, 1976. Andrée Demay, Marie-Jeanne Riccoboni : ou De la pensée féministe chez une romancière du , Paris, La Pensée Universelle, 1977.