Le Championnat des sonneurs ou Championnat de Bretagne de musique et de danse traditionnelles est un concours qui a lieu tous les ans à Gourin dans le Morbihan le de septembre. Il est depuis 2015 répertorié par l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France dans la catégorie Musiques et Danses.

Le premier rassemblement s'est tenu en 1955 à l'initiative de l'abbé Le Poulichet, de la paroisse, qui a pris contact avec l'association Bodadeg Ar Sonerion (BAS) pour ajouter au traditionnel pardon de la Saint Hervé une procession de sonneursGourin, un demi-siècle de championnat, Ar Soner, , 2006. Après un premier concours informel en 1956, Polig MontjarretPolig Monjarret 1920-2003, numéro spécial de la revue Ar Soner, , janvier/février 2004 propose au maire, à partir de 1957, d'organiser chaque année autour du pardon un concours de sonneurs, auquel Bodadeg Ar Sonerion fournit un règlement et un jury. Depuis 1993, le championnat se déroule dans le domaine du château de Tronjoly devant plusieurs milliers de connaisseurs.

Chaque édition, il réunit des sonneurs spécialistes d'un terroir musical qui concourent dans cinq catégories : couple kozh (depuis 1956), couple braz (depuis 1958), couple jeunes (depuis 1996), couple famille et duo libre (depuis 2000).

Pour jouer à Gourin, il faut auparavant se qualifier lors de concours qui ont lieu dans l'année. Environ quarante couples kozh et couples braz participent au championnat à chaque édition. À l'issue de la compétition, le gagnant est sacré champion de Bretagne, jusqu'à l'année suivante où il remet son titre en jeu.

Les concours de sonneurs en Bretagne avant 1950 Les concours de sonneurs ont été très populaires de la fin du à la Seconde Guerre mondiale. Portés par les mouvements régionalistes et l’engouement pour les traditions dites « pittoresques » au sein des classes urbaines, ils vont devenir indissociables des fêtes folkloriques qui se multiplient, en particulier en Basse-Bretagne. La Bretagne est alors considérée comme une région « exotique » par les touristes.

C'est à Saint-Brieuc que naît le premier concours de sonneurs par couple en 1881 au milieu des fanfares et harmonies« Sonneurs. Des concours prestigieux », Le Télégramme, 29 août 2014. Très vite prisés des musiciens, ces manifestations se multiplient en Bretagne ; entre 1881 et 1939, 47 concours de biniou-bombarde sont recensés. À Vannes, en 1892, 63 couples s’affrontent et à Quimperlé, en 1901, ils sont 35 au concours organisé par l’Union régionaliste bretonne. À Gourin, un concours a lieu en 1904, quelques jours après le pardon de la Saint-Hervé. L’un des derniers grands concours de l’entre-deux-guerres a lieu à Huelgoat en 1921 au cours duquel s’affrontent 25 couples. Ces rassemblements du début du , spectacles mis en scène pour le grand public, symbole d’appartenance et d’affirmation pour les mouvements régionalistes, ne parviennent toutefois pas à enrayer le déclin des couples de sonneurs.

thumb|Trophée Plume de Paon au Festival de Cornouaille à Quimper. C’est dans les années 1950 que des pionniers du mouvement revivaliste, sous l’influence de la BAS, mettent les concours au service de la sauvegarde de la musique traditionnelle. Le premier grand concours d’après-guerre a lieu à Quimper en Bodadeg ar Sonerion prépare une expo sur les concours de sonneurs, Le Télégramme, 27 mai 1999. Les sonneurs « de métier », omniprésents dans les concours d’avant-guerre, ont cette fois affaire à des organisateurs déterminés à réglementer strictement les concours dans un but précis, tant sur le plan de la technique que du répertoire. Auparavant, les sonneurs n’avaient pas vraiment de répertoire commun ; afin de les départager objectivement, on leur demandait parfois de jouer des chansons populaires comme Il était un petit navire. Ils avaient également libre choix des styles et interprétaient donc souvent des polkas et autres morceaux « étrangers ». Cette réglementation stricte ne convient pas à tous les sonneurs de métier qui n’avaient pas fait un minimum de classification des styles et de recherches préalables. Auguste Salaün, un talabarder très « titré » avant la guerreBlog tenu par le petit-fils du sonneur Auguste Salaün (1897-976), se voit ainsi être écarté par le jury à Quimper pour avoir interprété La Paimpolaise. Ce concours quimpérois n’est réitéré qu’une dizaine d’années plus tard, avec pour objectif de faire ressortir des bagadoù des couples de sonneurs, afin que les cercles puissent disposer de musiciens individuels de qualité. Il n’y est plus question d’épreuve à dimension « nationale ».

Histoire Du Pardon des sonneurs... vignette|Chapelle Saint-Hervé de Gourin À Gourin, un premier rassemblement des sonneurs de couple est organisé en 1955 par l'abbé Le Poulichet, curé de la paroisse. En s'inspirant, d'après Martial Pezennec – responsable de la commission couple de la BAS –, de l'exemple du pardon Itron Varia Garvez, à Lescouët-Gouarec, où le curé invitait les sonneurs à participer à la procession et au feu de joie, il inscrit cette réunion dans le cadre du pardon de la Saint-Hervé. Pour l'abbé Le Poulichet, les affinités de saint Hervé avec la musique – on le disait barde – font de lui le candidat idéal au titre de patron des sonneurs. Il contacte Bodadeg ar Sonerion (BAS) et le comité des fêtes gourinois. L'initiative est saluée par Polig Monjarret dans la revue de l'association BAS, Ar Soner, avant même que le pardon n'ait lieu : .

Le , environ 200 sonneurs sont au rendez-vous. La Kevrenn ar Menez Du de Gourin et la Kenvreuriez ar Viniaouerien (confrérie des sonneurs de biniou) de la région parisienne participent au succès de cette journée, qui convie des danseurs en costumes avec la présence de nombreux cercles de Cornouaille, du Vannetais et même de Guingamp. L'association parisienne KAV propose une ébauche de concours à partir de partitions à déchiffrer puis à interpréter. À cette époque, le peu de sonneurs traditionnels sachant lire la musique réduit le nombre de candidats à deux ou trois couples. La procession prend pour la première fois la forme d'un triomphe des sonneurs. Polig Monjarret ne cache pas son enthousiasme par rapport à cette tradition qu'il souhaite voir perdurer : Polig Monjarret, Ar Soner, octobre 1955.

...Au concours des meilleurs sonneurs vignette|upright|Couple kozh au festival plinn En 1956, un concours, informel et spontané, a lieu lors du deuxième pardon de la Saint-Hervé selon plusieurs témoins. L'année suivante, Polig Monjarret, qui n'avait pas réussi à convaincre le comité des fêtes d'organiser un petit concours, propose cette fois son projet à Émile Le Gall, maire de Gourin. Au comité des fêtes, il trouve le renfort de Marcel Carmard et Raymond Cozic pour ancrer le concours à Gourin. Le comité des fêtes met cent mille anciens francs de prix en jeu et se charge de la logistique du concours. Dès 1957, BAS, sous la présidence de Dorig Le Voyer, définit un premier règlement strict. Polig Monjarret, Dorig Le Voyer, Albert Hémery et Donatien Laurent sont membres du jury.

Jusqu'en 1964, aucune distinction n'est faite entre les couples utilisant le biniou kozh et le biniou braz pour répondre à la bombarde. Dans l'esprit d'une BAS – qu'on dit volontiers plus préoccupée par les bagadoù –, au sein du couple, le biniou kozh doit jouer un rôle de garant de la tradition. Le biniou braz, ou cornemuse écossaise, doit quant à lui « être exclusivement réservé aux bagadoù », explique Polig Monjarret dans le numéro d'Ar Soner qui parait après le concours de 1960. Les binioù braz dominent pourtant les premières années du concours. L'influence de la première génération des sonneurs, qui évolue en bagad, comme Cadoudal et Rivoallan, fondateurs de celui de Bourbriac, n'y est pas étrangère. Progressivement, le concours de Gourin est de plus en plus perçu par les sonneurs de kozh comme un bastion de résistance d'une tradition musicale authentiqueDonatien Laurent : .

De 1957 à 1963, le nombre de participants au concours, rebaptisé « Championnat de Bretagne des sonneurs » augmente régulièrement. Cette dernière année, pour éviter la surchauffe, les sonneurs « autorisés à concourir » ont été sélectionnés lors de compétitions départementales qui préfigurent les concours qualificatifs.

Les mouvements de révoltes Dans les années 1960 et 1970, le concours va jouer le rôle de thermomètre des relations entre les sonneurs, BAS et de la société bretonne en général. Le comité des fêtes doit non seulement faire face à des sonneurs de plus en plus frondeurs mais à l'hostilité latente de nombreux Gourinois, notamment les commerçants qui préparent les repas et servent les boissons, à qui le comité demande une participation. En 1972, certains tentent même de faire annuler le concours. La mise en place d'une billetterie avec la clôture du site de la chapelle fait à nouveau scandale mais elle permet d'amorcer la première « professionnalisation » du concours. L'époque est à la revendication, culturelle mais aussi politique, avec la révolte d'une nouvelle génération contre le pouvoir en place et tous ceux qui l'incarnent, qu'ils soient de BAS ou du comité. C'est l'époque où les jeunes sonneurs sortent du cadre musical rigide en jouant une musique plus proche des jeunes danseurs, refusent de porter le costume. Même si les jeans abordés fièrement par les « sonneurs rebelles » provoquent la colère parmi certains organisateurs, le costume n'est plus obligatoire à partir de 1975.

À la fin des années 1970, battue en brèche, la formule concours s'essouffle, alors que les spectateurs n'ont jamais été aussi nombreux à répondre à l'appel des sonneurs. Les organisateurs doivent revenir sur le principe des inscriptions sur place, faute de trouver un nombre suffisant de concurrents aux qualificatifs. À l'époque où des groupes comme Gwerz et Skolvan font leurs débuts, les sonneurs privilégient la formule concert et commencent à jouer dans les cabarets, les MJC…

Les années charnières 170px|droite Les contestataires, emmenés par les sonneurs d'une nouvelle association (SKV : Sonerien Ha Kanerien Vreizh), boycottent BAS et l'édition de 1978. Sans pour autant remettre en cause les principes du concours, mais déçus de l'organisation logistique du concours, ils décident de délocaliser le concours de Gourin pour que celui-ci soit itinérant. En 1979 il a donc lieu à Pluvigner et l'année suivante, les sonneurs parviennent à l'organiser à Lanrivain. Faute d'une organisation suffisante, pas de concours en 1981. Réapprochés par Martial Pezennec, avec lequel ils n'avaient jamais coupé les ponts, ils abandonnent leur projet indépendant pour revenir à Gourin en 1982. Si le public est au rendez-vous, le concours redémarre doucement, avec un certain laisser-aller et un conformisme, plus ou moins chatouillé par l'accession aux premiers rangs de la génération « rebelle ».

Dans les années 1980, signe de renouveau, BAS relance l'activité de sa commission « couple », avec Alain Le Buhé à sa tête, épaulé par Erwan Ropars. Au sein du comité des fêtes, les fidèles du concours voient arriver une nouvelle génération de Gourinois, dont la plupart ont la trentaine et sont aussi sonneurs. Conscients de leur identité bretonne, ils arrivent avec une très bonne image du concours. Trois futurs présidents sont arrivés à cette époque : José Le Fer, Hervé Le Floc'h et Laurent Citerin. Rémy Le Bris refuse cependant leur idée d'appel au sponsoring pour développer le concours.

La forme actuelle de Gourin - au manoir de Tronjoly - a démarré en 1995 avec le sponsoring et mécénat de grandes entreprises. A cette échelle : ce fut une première dans l'histoire de Gourin. Ouest-France pour les relais de communication, et le Groupement des Mousquetaires (Intermarché) pour la logistique alimentaire . Le soutien de ces entreprises ne s'est pas démenti au fil des ans.

Tronjoly, le triomphe des sonneurs vignette|Manoir de Tronjoly à Gourin