vignette|La Grande Victoire de Pedrolino de Giulio Cesare Croce. Gravure de la page de titre, 1621.

Pedrolino est un , ou valet comique, de la ; son nom est un hypocoristique de (Pierre), grâce au suffixe -lino. Ce personnage a fait son apparition dans le dernier quart du , apparemment inventé par l'acteur longtemps identifié au rôle, Giovanni Pellesini. Les illustrations d'époque suggèrent que sa blouse et ses pantalons blancs constituaient Katritzky, p. 248. et son dialecte bergamasque le désignait comme un membre de la classe ruraleC'est ce qu'indique Bartolomeo Rossi dans l'avant-propos de sa pastorale Fiamella de 1584, p. 3. Voir aussi Andrews, p. xxiv.. Mais si son costume et son statut social manquaient de distinction, ce n'était pas le cas de son rôle dramatique : à multiples facettes, son personnage est riche en incongruités comiques.

De nombreux historiens du théâtre établissent un lien entre le Pedrolino italien et le Pierrot français plus tardif de la Comédie-Italienne et, bien que ce lien soit possible, il reste non-prouvé et semble improbable, à juger par le peu de preuves dans les premiers canevas italiensAndrews, pp. xxv–xvi..

Type, rôle dramatique et personnage Pedrolino apparaît dans quarante-neuf des cinquante canevas d’ de Flaminio Scala (1611) et dans trois pièces non-datées de la collection de manuscrits Les canevas de Scala ont été traduits en anglais par Salerno ; les intrigues des pièces ont été résumées par Pandolfi (V, 252-76). Comme le note Storey (1978), au moins un des résumés de Pandolfi indique que le personnage de [Pedrolino] peut y bénéficier de nuances différentes de celles du de Scala : (p. 15, n. 23).. Il apparait aussi en 1587 sous le nom dans une comédie scénarisée par Luigi Groto, La Alteria. Tout ceci montre comment il a été conçu et joué. C'est de toute évidence un type de ce que Robert Storey appelle , habituellement incarné par , qui Storey (1996), pp. 170, 171.. Dans les canevas de Scala, qui offrent l'exemple le plus révélateur de son personnage, il est invariablement le , un type qui se différencie du par son rôle dans l'intrigue. Le critique et historien Constant Mic explique cette différence lorsqu'il note que le premier

Puisque sa fonction est de Storey (1978), p. 13., Pedrolino semble trahir, selon les mots de Storey, : Son personnage est si multiforme que son intelligence laisse souvent place à la crédulité (comme lorsqu'on lui fait croire qu'il était ivre quand il a appris l'infidélité de sa femme et qu'il a simplement imaginé toute la liaison) et ses manœuvres peuvent être parfois mises en échec par une sentimentalité grotesque (lorsqu'il partage en pleurant comme un veau un bol de macaronis avec Arlequin et )Ces exemples se trouvent dans deux pièces de la collection Scala, (La Chanceuse Isabelle) et (Le Pédant).. Malgré de telles incohérences de caractère et de comportement, il possède (ou au moins possédait pour le public de la Renaissance) une identité . Selon Richard Andrews, Andrews, pp. xix, xx.. Cette reconnaissance venait aussi de son goût espiègle de faire le mal : , écrit un pratiquant actuel de la Commedia dell'arte, Naïvement instable, il peut être amené à la violence sous l'effet de la colère, mais, en accord avec les règles de la comédie, sa pugnacité est habituellement déviée ou déjouée.

Pellesini Pedrolino apparaît pour la première fois dans la commedia dell'arte en 1576, quand son interprète Giovanni Pellesini (c. 1526-1616) se présenta à Florence, apparemment à la tête de sa propre troupe appelée Pour les déplacements de cette troupe et de Pellesini lui-même, voir Lea, I, 265-92.. Membre de certaines des compagnies théâtrales les plus illustres du et du — les et Un relevé détaillé de ces troupes et de la carrière de Pellesini avec elles est donné par Rudlin et Crick, pp. 1-53. – Pellesini était de toute évidence Son statut est souligné par le fait que Pedrolino figure de façon prédominante dans les canevas de Scala, puisque, comme l'expose K.M. Lea, celui-ci les a compilés en songeant Pedrolino — et Pellesini — faisaient donc partie des étoiles les plus brillantes des débuts de la Commedia dell'Arte. Malheureusement pour lui, Pellesini joua trop longtemps pour conserver ce lustre : lorsqu'il parut en 1613 — à 87 ans — avec la compagnie du duc de Mantoue au Château de Fontainebleau et au Palais du Louvre, Malherbe écrivit à ce sujet :

Pedrolino et Pierrot Puisque leurs noms ont le même sens (Petit Pierre) et qu'ils ont le même statut dramatique et social de serviteurs comiques, de nombreux auteurs ont conclu que Pedrolino est soit soit l'ancêtre direct du Pierrot français du L' est de Nicoll (, p. 88) ; Mic écrit que le rapport historique entre Pedrolino et Pierrot est (p. 211). Sand et Duchartre observent une étroite parenté entre les deux personnages, ainsi qu'Oreglia ; Storey (1978) considère Pedrolino et Hamlet comme deux comportementaux entre lesquels oscille Pierrot tout au long de son histoire (pp. 73-74). En 1994, Rudlin (pp. 137-38) renomme encore Pierrot dans sa traduction d'une scène d’Arlequin, Empereur dans la lune, créé en 1684 par la Comédie-Italienne et publié dans la collection Gherardi, vol. 1, p. 179.. Mais il n'existe pas de textes du établissant un lien entre les deux types. Biancolelli, Arlequin de la première troupe du Théâtre italien de Paris dans laquelle Pierrot apparait sous ce nom, affirme que celui-ci avait été conçu comme un Polichinelle, et non comme un Pedrolino : , écrit-il,

Une source plus directe est le Pierrot du Don Juan de Molière, un paysan patoisant et amoureux (1665). Huit ans après l'énorme succès de sa première représentation, les comédiens italiens parodièrent la comédie de Molière avec un Addendum au Festin de pierre où Pierrot apparait pour la première fois sous ce nom parmi les autres masquesLes acteurs de la Commedia dell'arte, masqués ou non, sont appelés ; voir Andrews, p. xix.. Il était joué par un certain Giuseppe Giaratone, un acteur qui serait identifié avec le personnage pour le quart de siècle suivantStorey (1978), pp. 17-18.. Comme celui de Molière, le Pierrot de Giaratone était amoureux, une maladie dont n'était pas atteint Pedrolino Storey (1978), pp. 25-26. Pour cette scène, voir Gherardi, vol. 3, pp. 100-102.. Et, bien que Giaratone jouât habituellement Pierrot comme un italien, ce n'est probablement pas par accident que, dans plusieurs des pièces laissées par la troupe, Pierrot est dépeint comme un paysan patoisant à la mode françaiseVoir par exemple, l'acte III, scène iii d’Arlequin-Esope d'Eustache Le Noble (1691) dans la collection Gherardi.

Pedrolino et Pierrot se distinguent clairement par leurs fonctions respectives dans les intrigues. Pedrolino, premier , est comme le note Mic, l'élément dynamique des pièces ; Pierrot est un second , statique. Il apparait, comme écrit Storey, Le personnage de Pedrolino, par contraste, n'est pas du genre à se tenir tranquille.

Notes et références

Références Andrews, Richard (2008). The Commedia dell'Arte of Flaminio Scala: A Translation and Analysis of 30 Scenarios. Lanham, Maryland: The Scarecrow Press. . Duchartre, Pierre-Louis (1929; Dover reprint 1966). The Italian Comedy, translated by Randolph T. Weaver. London: George G. Harrap and Co., Ltd. . Gherardi, Evaristo, editor (1721). Le Théâtre Italien de Gherardi ou le Recueil général de toutes les comédies et scènes françoises jouées par les Comédiens Italiens du Roy ... 6 vols. Amsterdam: Michel Charles le Cène. Vols. 1, 2, 3, 4, 5, and 6 at Google Books.

Lalanne, Ludovic, éditeur (1862). Œuvres de Malherbe, vol. 3. Paris: Hachette. Copy sur Gallica. Lea, K.M. (1934). Italian popular comedy: a study in the Commedia dell'Arte, 1560-1620, with special reference to the English stage. 2 vols. Oxford: Oxford University Press. Mic, Constant (1927). La Commedia dell'Arte, ou le théâtre des comédiens italiens des , & siècles. Paris: J. Schiffrin. (1931). Masks, mimes and miracles. London: Harrap & Co. Nicoll, Allardyce (1963). The World of Harlequin: a critical study of the commedia dell'arte. Cambridge, England: Cambridge University Press. Oreglia, Giacomo (1968). The Commedia dell'Arte, translated by Lovett F. Edwards. New York: Hill and Wang. First published in Italian in 1961, revised in 1964. . Pandolfi, Vito (1957–1969). La Commedia dell’Arte, storia e testo. 6 vols. Florence: Sansoni Antiquariato. Rossi, Bartolomeo (1584). Fiammella pastorale. Paris: Abel L'Angelier.

Salerno, Henry F., translator (1967). Scenarios of the Commedia dell’Arte: Flaminio Scala's Il teatro delle favole rappresentative. New York: New York University Press. Sand, Maurice (Jean-François-Maurice-Arnauld, Baron Dudevant, dit) (1915). The History of the harlequinade [orig. Masques et bouffons. 2 vols. Paris: Michel Lévy Frères, 1860]. Philadelphia: Lippincott.

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