Amenmes (de son nom complet Amon-Masesaya) prend le pouvoir vers 1201 à 1198 avant l'ère commune en Haute-Égypte et en Nubie, en révolte contre , cantonné à la Basse-Égypte et la Moyenne-Égypte. Ce roi aurait régné trois à quatre ans mais, comme il fut considéré par la suite comme un usurpateur, il est difficile de suivre sa trace sur les monuments.

Généalogie

Bien qu'étant un usurpateur, Amenmes est assurément un membre de la famille royale. Cependant, ses liens avec les autres membres sont confus du fait du manque de source mais aussi de la damnatio memoriae qu'il a subie après sa mort.

Parents

Sa mère est connue pour être la reine , mais son identité exacte est une question d'interprétation compliquée par les inscriptions révisées par et Amenmes. Plusieurs documents datés de la renvoient à une princesse ou reine Takhat : la reine est représentée sur une statue située dans la grande salle hypostyle du temple d'Amon à Karnak, elle date du règne d'Amenmes et a été usurpée par ; la reine portait à l'origine les titres de sat nésou (« fille du roi ») et de mout nésou (« mère du roi ») avant que ne fasse remplacer le titre mout nésou par hémet nésou (« épouse du roi »), la reine est également représentée sur une statue (CG 1198), située au Caire et datant probablement de Mérenptah et usurpée par ; elle y porte cette fois les titres de « fille royale » et de « grande épouse royale qui s'unit à son Horus », les titres n'ont cette fois pas été changés lors de l'usurpation de la statue, l'ostracon 666 du Louvre daté de l'an indique, parmi plusieurs autres filles du roi , une princesse nommée Takhat.

Ces éléments permettent ainsi de conclure que la mère d'Amenmes était la fille d'un roi et l'épouse d'un roi. L'identité de ce père est probablement , ce qui indiquerait que la princesse Takhat de l'ostracon 666 se rapporte probablement à la reine. L'identité du roi-époux est sujet à débat, deux hypothèses ont été proposées : Takhat serait une fille tardive de Ramsès , ce qui ferait qu'elle serait d'un âge proche de celui de Aidan Mark Dodson, Poisoned Legacy: The Decline and Fall of the Nineteenth Egyptian Dynasty, American University In Cairo Press (2010), n 42, le roi-époux serait donc , Amenmes serait donc un fils en rébellion contre son père ; Takhat, même en étant une fille un peu plus tardive que Mérenptah, pourrait parfaitement l'avoir épousé, cela ferait de un demi-frère d'Amenmes, ce qui cadrerait mieux qu'une rébellion d'un fils contre son père qui n'avait de toute façon pas d'autre fils si ce n'est un garçon mort prématurément (le prince Séthy-Mérenptah, né de la reine Taousert).

D'autres arugments sont avancés pour faire d'Amenmes un fils de Mérenptah et un demi-frère de : le roi Amenmes a parfois été appelé Messy ; or, un fils aîné (d'après un graffito du temple d'Amon à Amada en Nubie) de Mérenptah et vice-roi de Koush est nommé Messouy, toutefois cet argument est réfuté par certains, dans ce même temple d'Amon à Amada, sur la façade et flanquant l'entrée, deux figurations de Messouy se faisant face le représentent agenouillé avec des insignes royaux dans l'une de ses mains, l'autre étant levée ; de plus, ces représentations ont toutes deux des traces au niveau du front faisant penser à des uræi effacés ; enfin, Amenmes a commencé sa rébellion depuis la Nubie, où il semble avoir une solide base le soutenant, dont son successeur au poste de vice-roi de Koush Khâemtéry, qu'Amenmès nommera par la suite vizir, avant de l'étendre jusqu'à une partie de la Haute-Égypte, Nubie où a exercé le fils royal Messouy.

Ces divers éléments permettent de conclure qu'Amenmes est probablement l'un des fils de Mérenptah et un demi-frère de , hypothèse de plus en plus partagée.

Épouse et enfant

La généalogie du roi Siptah, successeur de , est également sujette à débat, bien qu'assurément membre de la famille royale. Toutefois, certains éléments semblent pointer en ce sens. D'une part, Siptah a eu besoin du chancelier Bay pour monter sur le trône, et, une fois décédé, il subit, tout comme Amenmes, une damnatio memoriae de la part de Taousert puis de la part de Sethnakht, le fondateur de la , ces deux souverains successifs indiquant chacun l'un après l'autre être le successeur légitime de . D'autre part, un document conservé au Louvre est l'unique document attestant de Siptah (nommé Ramsès-Siptah) quand il était encore prince : il y est indiqué que Ramsès-Siptah est d'une part fils royal et d'autre part que sa mère se nomme Souteréry. Ce document est par ailleurs très certainement à dater de l'époque des règnes parallèles de et d'Amenmes. La jeunesse de Siptah lorsqu'il monte sur le trône permet d'exclure que le père puisse être Mérenptah. Ceci ne laisse donc que et Amenmes ; or, comme indiqué précédemment, le contexte d'accession au trône puis la politique d'effacement que sa mémoire subit permettent d'exclure : en cas d'absence de fils d'une épouse officielle, un fils d'une concubine peut accéder au trône d'Égypte tout en étant parfaitement légitime et ne pas subir de damnatio memoriae après sa mort. En conséquence, l'hypothèse la plus probable concernant Siptah est d'en faire le fils d'Amenmes, ce qui ferait Souteréry une épouse ou une concubine d'Amenmes.

Takhat et Baketourel de KV10

Dans la tombe d'Amenmes dans la Vallée des Rois (KV10) sont présentes deux reines, non seulement pas les décors de la tombe, mais aussi par des éléments de mobiliets funéraires : et . Il a été suggéré pendant un temps que ces deux femmes étaient liées à Amenmes, surtout que le nom Takhat est celui porté par la mère d'Amenmes. Toutefois, l'avis partagé aujourd'hui est qu'il s'agit plutôt d'une réinhumation de la , et plus spécifiquement de (sa mère portant par ailleurs le nom de Takhat également), époque pendant laquelle la réutilisation d'ancienne tombes royales était devenue courante.

Règne

Vice-roi de Koush ?

Rolf Krauss, suivi par Aidan Mark Dodson, suggère qu'Amenmes était autrefois un vice-roi koushite appelé MessouyThe Viceroy of Kush . En particulier, deux représentations de Messouy sur le temple d'Amida montreraient qu'un uræus royal avait été ajouté à ses sourcils d'une manière similaire à d'autres particuliers devenus rois comme Horemheb, Mérenptah et certains des fils de . Une inscription au temple d'Amada le qualifie également de « Fils du roi lui-même », mais il pourrait s'agir d'une simple figure de style visant à souligner la haute stature de Messouy en tant que vice-roi sous Mérenptah. Cependant, Frank Yurco note que diverses représentations de Messouy dans plusieurs temples nubiens n'ont jamais été délibérément défigurées par les fonctionnaires de , contrairement à la damnatio memoriae infligée à toutes les représentations d'un autre vice-roi de Kouch, Khâemtéry, qui avait été le vizir d'Amenmes, ce qui implique fortement que n'avait aucune rancune envers Messouy, ce qui serait improbable si Messouy était effectivement Amenmes. Yurco observe également que les seuls objets provenant de la tombe de Messouy qui identifient un roi ne portent tous que le nom de Mérenptah, le père de , ce qui amène à la conclusion que Messouy est mort et a été enterré dans sa tombe à Aniba, en Nubie, pendant le règne de Mérenptah, et ne pouvait pas être Amenmes.

Prise du pouvoir

Il est probable qu'il n'était pas l'héritier désigné de Mérenptah. Les chercheurs Kenneth Kitchen et Jürgen von Beckerath ont émis l'hypothèse qu'Amenmes aurait usurpé le trône à Séthi-Mérenptah, fils de Mérenptah et prince héritier, qui aurait dû être le prochain dans la ligne de succession royale. La façon dont cela s'est produit n'est pas claire. Kitchen a écrit qu'Amenmes a peut-être profité d'une faiblesse momentanée de Séthi-Mérenptah ou pris le pouvoir alors que le prince héritier était parti en Asie. Séthi-Mérenptah était très probablement le même homme que le roi , dont on pense traditionnellement que le règne a suivi celui d'Amenmes. Les cartouches de la tombe de en Haute-Égypte ont été délibérément effacés puis repeints, ce qui suggère que le règne de Séthi en Haute-Égypte a été temporairement interrompu par Amenmes. Une certaine confusion entoure généralement le règne d'Amenmes et sa position correcte dans la séquence de succession des souverains de la . Cependant, un nombre croissant d'égyptologues, tels que Rolf Krauss et Aidan Mark Dodson, soutiennent aujourd'hui que était en fait le successeur immédiat de Mérenptah sans qu'Amenmes ne soit intervenuErik Hornung, Rolf Krauss & David Warburton (editors), Handbook of Ancient Egyptian Chronology, (Handbook of Oriental Studies), Brill: 2006, .. Selon ce scénario, Amenmes n'a pas succédé à Mérenptah sur le trône d'Égypte et était plutôt un roi rival qui a usurpé le pouvoir entre les années 2 et 4 du règne de en Haute-Égypte et en Nubie, où son autorité est attestée de façon monumentaleRolf Krauss, Untersuchungen zu König Amenmesse (1.Teil), SAK 4 (1976): 161-99Rolf Krauss, Untersuchungen zu König Amenmesse (2. Teil)., SAK 5 (1977): 131-74Aidan Mark Dodson, Messuy, Amada and Amenmesse, JARCE 34 (1997): 41-48. Amenmes a été documenté comme étant au pouvoir à Thèbes au cours des troisième et quatrième années du règne de (et peut-être plus tôt en Nubie)Erik Hornung, Rolf Krauss & David Warburton, op. cit., .. Le traitement d'Amenmes en tant que roi rival explique également le schéma de destruction de la tombe de , qui a été initialement saccagée puis restaurée par les fonctionnaires de ce dernier. Cela implique que les règnes respectifs d'Amenmes et de étaient parallèles. a dû initialement contrôler Thèbes au cours de ses première et deuxième années, période pendant laquelle sa tombe a été creusée et partiellement décorée. Séthi fut ensuite évincé du pouvoir en Haute-Égypte par Amenmes, dont les fonctionnaires profanèrent la tombe de . Séthi finit par vaincre son rival Amenmes et revint à Thèbes en triomphe, après quoi il ordonna la restauration de sa tombe endommagée.

Il a également été suggéré que le récit du Conte des deux frères, attesté pour la première fois sous le règne de , pourrait contenir une référence voilée à la lutte entre Amenmes et .

Activités vignette|gauche|Jarre inscrite avec les cartouches d'Amenmes. Faïence. . Cimetière C à el-Riqqeh, Égypte. Petrie Museum of Egyptian Archaeology, Londres

Rive ouest de Thèbes, Amenmes est intervenu à divers endroits : il fait arrêter les travaux dans les tombes de (KV15) et de Taousert (KV14), y fait mutiler les cartouches de (bien que seuls les cartouches situés à l'entrée semblent concernés) et démarre le creusement de sa propre tombe (KV10), près de celles des premiers rois de la (KV16, KV17, KV7 et KV8) et loin de celles de et Taousert, il laisse deux stèles flanquant l'entrée de la partie la plus sacrée du temple des millions d'années de Séthi Ier, il usurpe une stèle située aujourd'hui à derrière le Ramesséum ainsi qu'un cartouche de Mérenptah dans le temple, il fait graver ses cartouches à l'entrée du petit temple de Djémê situé à Médinet Habou, il intervient également dans les chapelles consacrées à Ptah entre le village de Deir el-Médineh et la Vallée des Reines, dont la chapelle G, qu'il fait réaliser semble-t-il dès le début de son règne effectif sur la région.

Rive est de Thèbes, on ne retrouve des traces d'Amenmes qu'à Karnak : il est à l'origine de quatre statues en quartzite le représentant debout et placées à l'origine dans l'axe de la salle hypostylePatrick D. Cardon, Amenmesse: An Egyptian Royal Head of the Nineteenth Dynasty in the Metropolitan Museum, MMJ 14 (1979): 5-14Frank Joseph Yurco, Was Amenmesse the Viceroy of Kush, Messuwy ?, JARCE 34 (1997): 49-56 il est également à l'origine de deux statues le représentant agenouillé et placées à l'origine à l'entrée des chapelles situées au nord de l'Akhmenou, dans l'embrasure de la porte sud-est du , il laisse une inscription (plus tard usurpée par ) de chaque côté du passage devant des représentations d',