Le Jardin colonial des Plantes était le jardin botanique de Saint-Pierre, situé le long de la route des Trois Ponts, à l'extrémité orientale du quartier du Centre, en Martinique. Après 1861 il est parfois aussi appelé jardin de Tivoli.

Il est détruit par l'éruption de la montagne Pelée en 1902.

Histoire En 1786 Jean-François Foulquier, intendant des Îles-du-Vent de l'Amérique et passionné de botanique, demande au roi Louis XVI l'autorisation d'établir un jardin botanique, sous le nom de Jardin du roi, dans le quartier de Saint-Pierre appelé Parnasse ; ce jardin servirait à envoyer en France des plantes des Antilles ou à acclimater des plantes européennes qui pourraient être utiles aux îles. Mais le roi n'accède pas à ce désir. « Nous ne pensons plus, précisent, en 1787, le gouverneur Damas et l'intendant Foulquier, à l'établissement d'un jardin botanique puisque vous ne l'avez pas jugé convenable. »

Peu après la paix d'Amiens (25 mars 1802) qui signe le retour de la Martinique dans le giron de la France, un arrêté de Napoléon du (30 pluviôse an XI) marque la création du Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre. Pour le préfet colonial Charles-Henri Bertin et l'amiral Villaret-Joyeuse (gouverneur de la Martinique 1802-1809), cette création est l'une des actions entreprises à Fort-de-France et à Saint-Pierre pour reprendre la main sur l'île après l'occupation anglaise ; c'est aussi le remplacement du jardin botanique de Saint-Domingue, dont la maîtrise est perdue suite à l'insurrection anti-esclavagiste de 1791 (début de la révolution haïtienne) et, subséquemment, la perte définitive de la colonie de Saint-Domingue ; enfin, il s'agit aussi de ne pas être trop en reste vis-à-vis des Anglais, qui ont un jardin botanique à Saint-Vincent, un autre en Jamaïque et un troisième à Trinidad.

Le jardin est établi le long de la route des Trois Ponts menant au Morne-Rouge, sur le morne Parnasse, dans l'habitation au bord de la rivière dite le Poirier, dépendante autrefois du couvent des Ursulines. L'accès au jardin depuis Saint-Pierre se fait en remontant la Savane du Fort le long de la Roxelane jusqu'au Boulevard, puis par la route nationale des Trois Ponts, en passant devant le grand morne Labelle, jusqu'au morne Parnasse situé sur la droite de la route et sur les pentes duquel s'étale le Jardin des Plantes.

Le jardin est conçu à la fois comme un jardin d'essai, d'acclimatation et un lieu de promenade où se développe et s'expose la riche production des îles. Dès l'origine et durant toute son existence, le Jardin botanique de Saint-Vincent, celui de Cayenne et le Jardin du Roi de l'île Bourbon l'enrichissent d'un grand nombre de plantes précieuses. Son directeur, Gabriel Castelnau d'Auros, entretient des relations suivies avec M. Anderson, directeur du Jardin des plantes de la colonie britannique de Saint-Vincent, riche aussi en productions des Antilles. Le principal but du Jardin des Plantes de Saint-Pierre est de naturaliser dans la colonie les plantes des Indes orientales, et principalement les épices ; de fournir au Jardin des Plantes de la métropole celles qui pourraient y manquer ; de rassembler des plantes indigènes ; et de former un dépôt de plantes médicinales.

En 1810, les habitants craignant une dégénération complète du caféier s'adressent à ce sujet au gouverneur anglais de la Martinique, John Broderick, qui fait venir de jeunes plants de cet arbuste de la Guyane néerlandaise pour former une pépinière dans le jardin de Saint-Pierre.

Le Jardin des Plantes est ceinturé d'un mur de clôture du côté de la route des Trois Ponts, construit en 1817 par l'administration coloniale pour la somme de francsCompte rendu au Roi, par le ministre de la Marine et des Colonies, des recettes et des dépenses faites pour le service intérieur des colonies, sur l'exercice 1817, Paris, Imprimerie royale, mars 1827..

La crise du sucre de 1838, associée à l'émancipation des esclaves dix ans plus tard, porte un coup sévère à la prospérité du jardin. Sa gestion est confiée à la Société d'Agriculture en 1840 et on procède, à cette date, à la réparation du mur de clôture. Après la restauration entreprise par son charismatique directeur Charles Bélanger en 1853, le jardin retrouve son rayonnement d'antan. En 1856, 1850 espèces y sont répertoriées et il fournit en plantes rares de nombreux jardins d'Europe et des colonies françaises. Le jardin est agrandi en 1861 par l'annexion de l'habitation domaniale de Tivoli. En 1886, le jardin acquiert sa dimension définitive, s'étendant alors sur six hectares. Devenu un établissement scientifique important, un laboratoire agricole y est rattaché la même année.

La renommée du jardin attire des visiteurs illustres, parmi lesquels Le botaniste Édouard Marie Heckel en étudie les plantes dans le début des années 1860..

Le Jardin des Plantes a fait partie intégrante du cadre de vie des Pierrotins pendant près d'un siècle. Ce vaste domaine naturel est devenu au fil du temps un site patrimonial à part entière, véritable conservatoire des richesses végétales originaires des quatre coins du monde. Si l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902, sonne le glas de ce bel édifice, l'œuvre accomplie pendant près d'un siècle se poursuit au sein des nouveaux jardins d'essai installés à Fort-de-France : celui de Tivoli dès 1902, pour relancer l'agriculture auprès des réfugiés de Saint-Pierre, et celui de Desclieux en 1918 où la multiplication des espèces végétales et l'expérimentation de nouvelles méthodes de cultures se poursuivent. Il faut attendre 1940 pour voir se créer en Martinique, au jardin d'essai de Tivoli, un enseignement agricole pérenne.

Directeurs

- fin 1814 : Gabriel Castelnau d'Auros fin 1814 - : Rolland Le Grand - : Artaud - : Monfleury de l'Horme - : Célestin Desravinières 1839 - : Mancet : arrêté donnant la charge du jardin à la Société d'Agriculture et d'économie rurale de la Martinique (fondée le ) - 1841 : Victor Segond - : Artaud - ? (après 1846) : Charles Barillet 1853 - : Charles Bélanger. ? 1902 : destruction du jardin par l'éruption de la montagne Pelée.

Description Le Jardin des Plantes s'étale sur les pentes du morne Parnasse. Il inclut des bassins, un château d'eau, une cascade, des canaux pour l'irrigation, un vivier, des lacs et des îlots artificiels. Des allées ombragées invitent à la promenade, et parmi elles, la célèbre allée des duels bordée de gigantesques palmiers aux troncs blancs, atteignant jusqu'à soixante mètres de hauteur, où les Pierrotins impétueux viennent y régler leurs litiges.

Précédant l'entrée, deux énormes fromagers appelés « les avant-gardes du Jardin des plantes » par la célèbre voyageuse Adèle Hommaire de Hell. Une partie du jardin est consacrée à une pépinière, « enceinte réservée à la culture des fleurs, des plantes, des arbrisseaux » non seulement de la région des Antilles mais des 5 continents ; on y trouve des bosquets d'arbres exotiques, des bassins où fleurissent des plantes aquatiques, des plates-bandes et parterres de fleurs avec roses de Caracas, hibiscus, lis de la Guyane, jasmin du Cap, etc. En dehors de cette pépinière, la végétation tropicale offre une grande variété. « Tout ce que l'Inde, la Chine, le Brésil, la Guyane ont de précieux s'y trouve acclimaté, nous dit encore Mme Hommaire de Hell, et s'y reproduit avec une fougueuse activité. » Il y pousse ainsi des acajous, palétuviers, balatas, pachiras de la Guyane, palmistes à colonnes, sabliers, frangipaniers roses, mombins, flamboyants, aréquiers, chênes d'Amérique, , roseaux d'une hauteur prodigieuse. Tous ces arbres sont souvent enlacés d'immenses lianes, très remarquées aussi des visiteurs.

.

Plantes du jardin Plantes de la Martinique Le Jardin des Plantes est riche d'une grande variété de plantes rares et exotiques, mais il est également le conservatoire des plantes et végétaux alimentaires (fruits et légumes) couramment utilisés aux Antilles. Quelques exemples de ses plantes :

Arbres fruitiers

Avocatier (Persea americana) Ananas (Bromelia ananas) Goyavier (Psidium guajava) Sapotillier (Manilkara zapota) Corossolier (Annona muricata) Grenadille (Passiflora edulis) Anacardier (Anacardium occidentale) Prunier mombin (Spondias mombin).

Végétaux alimentaires

Banane plantain (Musa paradisiaca) Capraire biflore ( biflora) Figue banane, variété de banane connue aussi sous le nom de Bacoba Manioc (Jatropha maniot) Igname ailée (Dioscorea alata) Pois d'Angole (Cytire cajan) Chou caraïbe (Arum esculentum) Patate (Convoluulits batatas) Melon d'eau Arbre à pain (Artocaipus)

Plantes de l'île Bourbon Par les soins de M. Boudin, négociant, le Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre s'enrichit en 1816 de plusieurs plantes rares de l'île Bourbon :

Litchi Longanier de la Chine (Dimocarpus longan) Mabolo des Philippines Prunier de Madagascar Arbre à l'huile de Madagascar Bibacier du Japon (Eriobotrya japonica) Bananier figue à fruits verts

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Jardin de l'État Jardin botanique de Saint-Vincent

Bibliographie .

Liens externes . .

Catégorie:Jardin botanique en France Catégorie:Saint-Pierre (Martinique) Catégorie:Monument détruit en Martinique Catégorie:Histoire de Saint-Pierre (Martinique)