Le principat dAuguste ou principat augustéen est la forme de gouvernement instaurée par Auguste entre 31 et 27 et qu'il fait évoluer jusqu'à sa mort en 14 ap. J.-C. Il fait suite à une longue période de guerres civiles et marque la fin de la République romaine et le début de l'Empire romain.

Une nouvelle période de l'histoire romaine s'ouvre à l'issue de la campagne d'Égypte et la mort de Marc Antoine et Cléopâtre en raison de suicide. En effet, l'équilibre politique est de nouveau bouleversé par la disparition du maître de l'Orient. Auguste demeure seul maître de Rome et s'attèle à la réorganisation d'un Empire laissé exsangue après plusieurs décennies de guerres civiles. Les pouvoirs considérables qu'il accumule lui permettent d'établir un contrôle toujours plus strict sur la gestion et l'administration de l'Empire.

Les évènements passés et l'évolution des institutions depuis un siècle rendent impossible un véritable rétablissement des institutions républicaines. Il revient à Auguste de réformer ce système en profondeur pour que la république vieillissante gagne son statut d'empire. Fort de l'expérience de ses prédécesseurs Sylla, Pompée et Jules César qui s'en étaient déjà rendu compte mais avaient agi trop prématurément ou trop précipitamment, Auguste évite de créer de nouveaux conflits avec le peuple et le Sénat. Il impose un régime hybride, une monarchie qui ne dit pas son nom, veillant à ce que les changements induits progressivement paraissent naturels, se mêlant aux souvenirs diffus d'un régime républicain traditionnel. Auguste se présente habilement comme un restaurateur de la République quand bien même toutes les institutions républicaines passent dans les faits sous la tutelle du prince.

Instauration et évolution du principat De 32 à 27 av. J.-C. : vers le pouvoir suprême

Avant le tournant de 27 , les pouvoirs d'Octavien reposent sur son statut de triumvir reçu en 43 pour cinq ans puis renouvelé en 37 Il conserve ses pouvoirs malgré la disparition des deux autres triumvirs, Lépide et Marc Antoine. Aux pouvoirs triumviraux, il faut ajouter une partie des pouvoirs des tribuns de la plèbe, leur inviolabilité et leur ius auxilii (droit d'assistance à la plèbe face aux magistrats), qu'Octavien reçoit en 36 et qui lui sont confirmés en 30 .

Depuis 32 , Octavien a abandonné le titre de triumvir et évite dorénavant d'accepter les fonctions permanentes et les titres extraordinaires. Peut-être se souvient-il que Jules César n'a survécu que quelques semaines à son nouveau titre de dictator perpetuo. À partir de 31 , Octavien exerce la fonction de consul pendant cinq années consécutives, ajoutant à ses pouvoirs déjà considérables les pouvoirs normaux du consul. L'armée le considère comme légitime et des lieutenants loyaux comme Agrippa et Mécène jouent le rôle de sentinelles à Rome et en Italie en son absence alors même qu'ils ne gèrent aucune magistrature. La nature juridique de leur pouvoir est floue, ce qui ne les empêchent pas de se montrer efficaces en accomplissant de nombreuses missions pour le compte d'Octavien. Mécène, chevalier qui n'a pas suivi le cursus honorum, met à disposition son réseau pour recueillir des informations et éventer les intrigues comme celle de Lépide le Jeune tandis qu'Agrippa, qui bénéficie d'une plus grande autorité sur l'armée, gère le mécontentement des vétérans en Italie. En 30 , Octavien reçoit le pouvoir de réformer les jugements portés en appel devant lui et la lex Saenia votée en fin d'année lui donne le droit de nommer des patriciens, loi dont il se servira pour élever Agrippa au rang de patricien.

Au début de 29 , il est nommé au consulat pour la cinquième fois avec Sextus Apuleius pour collègue. Le janvier, le Sénat confirme toutes ses prises de décisions antérieures, lui évitant d'avoir à les défendre une à une à son retour à Rome. Le 11 janvier, les portes du temple de Janus sont refermées, mettant un terme symbolique à la guerre civile et associant Octavien à la paix nouvelle, bien que celle-ci ne soit pas encore établie sur les territoires frontaliers où une forte présence militaire reste nécessaire.

Les sénateurs et le peuple romain multiplient dès lors les plus prestigieux honneurs pour celui qui se pose comme le principal artisan du retour de la paix. Ces honneurs se traduisent par des constructions de monuments, des distinctions dans la façon de se vêtir ou pour compléter son nom, des célébrations diverses et l'octroi de privilèges. Il obtient par exemple la permission de porter la couronne du triomphe lors de n'importe quelle fête religieuse et le titre dimperator, qu'il a déjà utilisé sur des monnaies à l'époque du triumvirat, lui est dorénavant accordé de droit à partir du 16 avril. Octavien célèbre en août 29 un triple triomphe sur trois jours consécutifs les 13, 14 et 15 août, marquant l'apogée de sa carrière militaire. Dans le cortège triomphal, les sénateurs suivent Octavien triomphateur au lieu de le précéder comme le veut l'usage.

En 28 , Octavien et Agrippa sont nommés consuls, partageant des pouvoirs identiques, et demeurent en Italie durant tout leur mandat, ce qui n'a plus été le cas pour les consuls depuis plusieurs années. Le choix d'Agrippa comme collègue permet à Octavien de respecter le principe de la collégialité tout en écartant le risque que son collègue puisse s'opposer à lui ou lui faire de l'ombre. Ils s'attèlent au démantèlement définitif du triumvirat, annulant toutes les actions des triumvirs, et à la mise en place à Rome et dans les provinces d'un gouvernement effectif. Octavien souhaite ainsi montrer qu'il est soucieux de restaurer les traditions et l'ordre social. Octavien et Agrippa se voient confiés les pouvoirs des censeurs (censoria potestas) sans occuper officiellement la censure, ce qui leur permet d'amorcer une épuration du Sénat et s'assurer de son soutien. Octavien devient princeps senatus, pouvant prendre la parole en premier lors des réunions du Sénat.

27 av. J.-C. : Auguste pose les bases du principat thumb|Buste d'Auguste du type de Prima Porta, représentation typique à l'époque de son accession au pouvoir, en 27 av. J.-C. Une abdication apparente Le 13 janvier 27 , au début de son septième consulat, Octavien prend la parole lors d'une séance au Sénat pour annoncer son intention d'abdiquer de tous les pouvoirs accumulés depuis la fondation du second triumvirat, considérant qu'il a mené à bien sa mission de restauration de l'ordre républicain. Néanmoins, le Sénat, épuré l'année passée et majoritairement favorable à Octavien, ne reprend pas possession de toutes ses prérogatives et décide sur sénatus-consulte de prolonger les pouvoirs d'Octavien. À partir de ce moment, une sorte de partage des pouvoirs s'établit entre Octavien et le Sénat.

De nouveaux titres Le 16 ou 17 janvier 27 , le Sénat lui donne les titres inédits dAugustus et de Princeps, lui conférant ainsi une autorité morale incontestable. Le titre Augustus, qui dérive de l'infinitif augere (« accroître »), peut être traduit littéralement par « le plus illustre » ou « le vénérable ». Il s'agit d'un titre qui confère une autorité davantage religieuse que politique. Ce changement de nom permet de marquer la différence entre la période de terreur et de guerre civile et la nouvelle ère de paix instaurée pour l'Empire.

En ce qui concerne le titre de princeps, il dérive de l'expression latine primum caput qui signifie littéralement « la première tête ». Ce terme sert à l'origine à désigner le plus ancien ou le plus distingué des sénateurs et dont le nom est cité en premier à la tribune. Sous la République, princeps est devenu un titre honorifique donné à ceux qui ont bien servi l’État. Pompée, par exemple, a porté ce titre. Dans le cas d'Auguste, le fait que le Sénat lui décerne le titre de princeps, alors qu'il est déjà dans une position dominante avec de nombreux pouvoirs, donne à ce titre une signification quasi royale. En effet, pour les auteurs antiques, le titre de princeps va de concert avec la remise du pouvoir sur l'ensemble de l'État romainTacite, Annales, I, 1, 1-9. Selon leur point de vue, Auguste est devenu par ses actes le premier des citoyens romains (primus inter pares), celui à qui incombe naturellement la responsabilité des affaires publiques. C'est de ce titre que dérive le terme principat qui va dorénavant servir pour qualifier la nouvelle forme de régime.

Dans la titulature d'Auguste apparaît le terme imperator, qui lui permet d'inscrire son action de façon permanente dans la tradition républicaine célébrant la victoire. Auguste obtient le droit d'utiliser la couronne civique en chêne (corona civica) comme ornement au-dessus de la porte de sa maison et les lauriers comme symbole. La couronne est traditionnellement portée par un général romain lors d'un triomphe, maintenue au-dessus de la tête par un serviteur, permettant de rappeler au triomphateur que malgré ses exploits, il reste un mortel (memento mori). L'appropriation de ces deux symboles confère au principat une légitimité religieuse. En revanche, Auguste renonce à utiliser les autres insignes du pouvoir que portait Jules César comme le sceptre, le diadème ou la toge pourpre. Malgré tout, le Sénat fait placer dans la Curie un bouclier doré portant la mention virtus, pietas, clementia, iustitia, c'est-à-dire qu'il associe la personne du prince aux valeurs essentielles des Romains : la vertu, la piété, la clémence et le sens de la justice.

Enfin, Auguste se qualifie lui-même comme Caesar divi filius. Avec ce titre, il insiste sur les liens familiaux qui l'unissent au dictateur déifié Jules César. Le mot Caesar qui a été jusqu'à présent utilisé comme cognomen par les membres de la gens Iulia change de nature et devient un nom dynastique utilisé par la nouvelle famille que fonde Auguste.

Les pouvoirs du prince La stratégie de restauration politique, religieuse et sociale entreprise durant les cinquième et sixième consulats d'Auguste constitue un préliminaire à l'instauration du véritable principat. Le 27 janvier 27 , les pouvoirs traditionnels du Sénat lui sont officiellement restitués, Auguste semble relâcher son contrôle sur les provinces et l'armée. Ce retour apparent à l'ordre républicain (res publica restituta) est en fait calculée car dans les faits, le Sénat ne dispose que d'un pouvoir limité. Auguste sait qu'il est indispensable à la bonne marche de l'empire et qu'il bénéficie d'une solide popularité auprès du peuple. Dans un premier temps, il se contente d'initier de nouvelles législations en soumettant des projets de lois au débat. La somme des pouvoirs d'Auguste provient avant tout des pouvoirs de toutes les fonctions républicaines qu'il assume et qui lui ont été confiées progressivement par le Sénat et par le peuple.

Le contrôle de l'armée et des provinces Bien qu'Auguste n'ait plus en apparence un contrôle direct sur les provinces et l'armée, il bénéficie toujours de la loyauté des soldats en service ainsi que des vétérans. Son pouvoir repose donc pour une bonne part sur cette autorité militaire qui lui permet d'appuyer ses décisions étant donné sa capacité à recourir à la force armée. Cette capacité n'est pas mise en avant afin de ne pas passer pour un tyran. Ce contrôle indirect est validé officiellement par le Sénat lorsqu'il laisse à Auguste la gestion des provinces qui nécessitent d'être pacifiées. Auguste peut, en toute légitimité, accepter ce compromis, sans qu'il puisse être accusé de viser la dictature. Il accepte d'assumer cette responsabilité pour une durée de dix ans. Les provinces concernées sont celles où stationnent la majorité des légions romaines, renforçant encore le pouvoir militaire d'Auguste.