La manifestation des 25 et 26 octobre 2014 contre le barrage de Sivens constitue le point d'orgue d'un mouvement de contestation du projet de barrage de Sivens envisagé sur le cours du Tescou, un affluent du Tarn dans le bassin de la Garonne. Elle a lieu sur le territoire de la commune de Lisle-sur-Tarn dans le Tarn.

Commencée dans le calme, la manifestation évolue dans la nuit du 25 au 26 en affrontements violents entre des activistes et les forces de l'ordre. Le 26, un tir de grenade offensive tue Rémi Fraisse, un militant écologiste de 21 ans.

Les conséquences immédiates sont la suspension des travaux et l'interdiction définitive de l'usage de ces grenades offensives dans l'exercice du maintien de l'ordre.

Manifestation de réoccupation

vignette|Camp de la Métairie Neuve, sur le haut de la ZAD. vignette|left|La forêt après le passage des abatteuses en septembre 2014.

Le week-end des 25 et , plusieurs milliers de personnes – parmi lesquelles José Bové (député européen du Groupe des Verts /ALE au Parlement européen ancien port-parole de la Confédération paysanne), Pascal Durand (député européen EELV) et Jean-Luc Mélenchon (député européen Parti de gauche) – se rassemblent au Testet pour s’opposer à la construction du barrage.

Avant le début du rassemblement, la préfecture décide d'évacuer le chantier ainsi que tout le matériel. Les gendarmes mobiles présents pour protéger le chantier sont retirés. Seul, à côté d'une cabane de chantier, un générateur électrique équipé de projecteurs reste sur place. Celle-ci est gardée par trois vigiles. Dans la nuit du 24 au 25, incendie cette cabane et ce générateur. Ceci provoque probablement le retour des forces de l'ordre.

Le samedi 25, Jean-Luc Mélenchon indique qu'il a été agressé par des manifestants cagoulés qui lui jettent des pierres. Jean-Luc Mélenchon réussit à s'échapper et affirme qu'il s'agit de militants d'extrême droite qui ont infiltré les manifestants. Cécile Duflot tient des propos similaires .

Autour de la cabane de chantier incendiée la veille, la gendarmerie revient sur le site alors que les CRS se retirent eux à 18 heures. L'avocat de la famille Fraisse s'étonne du déploiement de forces qui ne protègent rien. Selon la journaliste Louise Fessard, dans l'après-midi, plusieurs centaines de policiers antiémeutes sont présents sur le chantier, malgré la promesse du préfet : un policier syndiqué s'étonne de cette présence alors « qu'il n'y avait ni risque ni d'atteinte aux biens ou aux personnes » ; un haut fonctionnaire relève que cette zone était loin d'être vitale. Alors que dans leurs interventions publiques suivant la mort de Rémi Fraisse, le préfet du Tarn () comme le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (le , en réponse à une question du député François de Rugy) réfutaient avoir donné des consignes de fermeté. Selon Mediapart, les documents d'enquête indiqueraient le contraire : non seulement la préfecture aurait donné aux gendarmes des consignes « d'extrême fermeté », mais ils auraient aussi reçu de la direction nationale l'ordre de procéder à des interpellations.

Le lendemain, selon le commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, manifestaient pacifiquement, mais sur les forces de l'ordre.

Un journaliste de Libération évoque une cinquantaine d'individus et qui vont à l'affrontement, utilisant des cocktails molotov, malgré les consignes des organisateurs. Certains d'entre eux sont des black blocs..

Selon Mediapart, dans la nuit du 25 au , plus de 700 grenades de tous types ont été tirées, dont le journal donne le détail par catégorie, dont 42 de type « OF F1 ». Dans un premier temps, le journal avait annoncé 400 grenades dont 40 « OF F1 », ce qui avait amené une réponse du directeur général de la gendarmerie nationale Denis Favier, affirmant que seulement 23 grenades OF F1 ont été tirées. Selon le rapport officiel établi le par deux inspecteurs généraux respectivement de l'IGGN et de l'IGPN, . Ces centaines de tirs de grenades, offensives, assourdissantes, de désencerclement, lacrymogènes de tous types, causent un grand nombre de blessés chez les manifestants. Lorsqu'un opposant est blessé par une de ces grenades, puis évacué par les zadistes, les gendarmes prennent pour cible le groupe du blessé ; Tristan Berteloot, journaliste de Libération, commente : .

Denis Favier indique par ailleurs que des vidéos tournées par les forces de l'ordre durant la scène ont été versées au dossier, celles-ci attestent selon lui des violences envers les forces de l'ordre. Il affirme que les gendarmes et que deux gendarmes ont été blessés. Le rapport officiel de la nuit du 25 au 26, cependant, compte six blessés chez les CRS (dont une ITT de trente jours) mais aucun chez les gendarmes mobiles (un la nuit précédente). Selon Le Monde, d’après la commission rogatoire de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) déposée auprès de la juge Anissa Oumohand, les contradictions dominent : un gendarme du peloton n’a , un autre est d’en avoir vu, tandis qu’un troisième en a vu un éclater devant eux. Sur la vidéo filmée par les CRS, aucun cocktail Molotov n’est visible, note un enquêteur. Selon Le Monde, s'il y a eu quelques cocktails Molotov lancés, ils l'étaient loin des militaires, et d’après la commission rogatoire de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) déposée auprès de la juge Anissa Oumohand ceux-ci étaient bien protégés dans un endroit sécurisé et le seul blessé côté gendarme s'est fait mal au genou en trébuchant.

Mort de Rémi Fraisse

Rémi Fraisse (né le à Toulouse), militant écologiste et fils de Jean-Pierre Fraisse., élu de Plaisance-du-Touch, dans la banlieue de Toulouse, est tué par un tir de grenade offensive. Il était bénévole au groupe botanique de l'association Nature Midi-Pyrénées, affiliée à France Nature Environnement.

Selon les proches de Rémi Fraisse présents au moment du drame, c'est peu avant deux heures du matin, le dimanche , que ce dernier décide avec quelques amis d'aller assister aux affrontements entre un groupe de manifestants et des forces de l'ordre, en tant que simples badauds. Rémi Fraisse avait un peu bu, affirme son amie. Selon les informations d'Europe 1, Rémi Fraisse avait une alcoolémie de par litre de sang. Il rejoint le mouvement dans l'après-midi. Devant les affrontements, il réagit spontanément et se précipite, en criant , sans aucune protection ; il se trouvait alors près d'un « groupe de pacifistes » venus assister aux affrontements. Cette version des faits sera contestée lors des dépositions par des témoins lors de l’enquête judiciaire : certains aurait vu Rémi Fraisse lever les bras devant les gendarmes, d’autres l’auraient entendu leur crier « Arrêtez ! ».. L'avocat du gendarme qui a lancé la grenade indique : .

Entre 1 h 40 et 1 h 50 du matin, le maréchal des logis chef « J. » lance une grenade offensive « OF F1 » en l’air en direction d’un groupe de quatre à cinq jeunes, dont fait partie Rémi Fraisse, et qui d'après le témoignage des gendarmes "jettent des pierres et des mottes de terre". L'avocat du gendarme en question déclare que les gendarmes ont subi pendant des heures lancés par environ 150 manifestants. Selon Le Monde, s'il y a eu quelques cocktails Molotov lancés, ils l'étaient loin des militaires, et d’après la commission rogatoire de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), les gendarmes étaient bien protégés dans un endroit sécurisé et le seul blessé côté gendarme s'est fait mal au genou en trébuchant.

Le gendarme a aperçu un . Il renouvelle l'ordre de s'éloigner, .. La commission rogatoire de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) conclut que les sommations dites réglementaires ont été réalisées sans mégaphone, qui était en panne, tout comme le projecteur, tandis que les jumelles de surveillance nocturne n'ont, selon deux gendarmes, pas été utilisées.

Le Monde remarque que et suggère que l’objectif des gendarmes était de procéder à des interpellations et non de se défendre, ce que confirme le commandant, disant avoir reçu cette consigne du patron de la gendarmerie départementale. Le site d’information Reporterre a affirmé le mercredi . qu’un assaut des gendarmes avait précédé le lancer de grenade mais Le Monde remarque qu'aucun des témoins cités n’a été entendu par les enquêteurs.

Selon le directeur de la gendarmerie Denis Favier, la grenade est lancée en cloche à une distance de 10 à . Pourtant, la procédure d'utilisation de ce type de grenade impose de les jeter au sol, afin de diminuer les risques de blessures graves. En effet, les capacités mortelles de ce type de grenade avaient déjà été constatées par le passé : en , Vital Michalon, un professeur de physique de 31 ans, a été tué par l'explosion d'une grenade offensive, alors qu'il manifestait à Creys-Malville contre le surgénérateur de Superphénix.. Des gendarmes observent alors qu'un manifestant touché par la grenade s’effondre sur le coup.

À précise, un ordre est donné de stopper les tirs de grenades lacrymogènes instantanées « GLI F4 », et de laisser le manifestant inanimé là où il se trouve : .. À 2 h 00 il est décidé d'aller le secourir. Un peloton d'intervention fait alors une sortie pour ramener le corps inerte et des gestes de premiers secours sont donnés par l'infirmier de l'escadron. Selon l'avocat du gendarme qui a lancé la grenade, l'évacuation de Rémi Fraisse s'est effectuée sous les jets de projectiles. Dès , un gendarme s'écrie et en ajoute .

Interrogé à 4 h 30 du matin, le lieutenant-colonel Bertrand Loddé, commandant du groupement de gendarmes mobiles GGM IV/2 de Limoges, commandant ici le dispositif (composé de trois escadrons de gendarmes mobiles et un de CRS) explique alors la manière d’opérer de ses troupes au cours de la nuit : .

Selon plusieurs témoignages confirmés par les enregistrements des conversations des gendarmes, la gendarmerie mobile se rend immédiatement compte de sa mort, puis opère ensuite une sortie pour récupérer le corps, avant de l'évacuer et de continuer de s'opposer aux manifestants, notamment en tirant de nouvelles grenades moins dangereuses. Un autre témoin anonyme rapporte avoir vu Rémi tomber devant lui puis essayé en vain de le tirer par les jambes avec une autre personne. Les forces antiémeutes sont alors venues le récupérer (et lui ont donné deux ou trois coups de matraque) et l'ont tiré par les bras sur cent mètres, sa tête rebondissant sur le sol. Les premiers secours lui sont apportés, mais il est déjà mort.

Environ dix manifestants ne peuvent être soignés sur place par l'équipe médicale auto-organisée et sont évacués à l'hôpital. Trois sont touchés à la tête par des tirs de gomme-cogne. Plusieurs témoins affirment que les soignants volontaires secourant les zadistes blessés sont eux aussi pris pour cible par les gendarmes.

Communication du ministère de l'Intérieur sur la mort de Rémi Fraisse Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve affirme qu'à partir de l'instant où il a eu connaissance des faits, il s'est astreint à donner à la justice les éléments nécessaires à l'enquête et qu'il s'est interdit toute intervention pour éviter d'en perturber le cours. De leur côté, certains médias (dont Le Monde, Le Figaro et Mediapart) mettent en évidence un manque de transparence délibéré voire une et de ...