Le front roumain, composante du front de l'Est durant la Première Guerre mondiale, met aux prises les forces de la Quadruplice d'une part, qui comprend des armées bulgare armée bulgare, Ministère de la Guerre (1939), pages 779-783) (en bulgare : Министерство на войната (1939), )., austro-hongroise, ottomane et allemande, et d'autre part l'armée roumaine soutenue par l'armée impériale russe (jusqu'en ) et par la mission logistique française du général Berthelot. Après bien des atermoiements entre 1914 et 1916, notamment dus au fait que le royaume roumain appartient nominalement au système d'alliance mis en place par l'Allemagne, les responsables politiques du royaume rompent avec les puissances centrales durant l'été 1916, à la faveur de l'offensive russe sur le front austro-hongrois. Multipliant les erreurs, les militaires roumains se montrent rapidement impuissants à contenir l'offensive concertée des puissances centrales et à défendre efficacement la capitale. Ainsi, à la fin de l'année 1916, les unités roumaines, épaulées par des troupes russes, se maintiennent en Moldavie, mais, au fil des mois, ce soutien devient de plus en plus illusoire, et à la fin de l'année 1917, les Roumains sont obligés de demander l'armistice et de signer une paix de défaite avec les puissances centrales. La Roumanie est alors occupée par les puissances centrales durant la majeure partie de l'année 1918. L'effondrement du front de Macédoine en consommé, l'armistice avec la Bulgarie signé, l'avance alliée devenue impossible à stopper, la Roumanie reprend les hostilités le face à une Autriche-Hongrie en état de déliquescence avancée, occupant rapidement la Transylvanie. En 1919, à la faveur de la révolution en Hongrie, les armées roumaines reprennent les hostilités et écrasent l'Armée rouge hongroise, occupant pour quelques mois la Hongrie. Par ailleurs, le nom de front roumain désigne un front (groupe d'armées dans l'usage russe) formé des unités russes et roumaines dans ce secteur.

vignette|350px|droite|Le front roumain de la Première Guerre mondiale, août-décembre 1916.

Contexte

Neutralité roumaine

vignette|Fuyards autrichiens à la frontière roumaine pendant l'offensive Broussilov. Le Petit Journal, . Lors du déclenchement du conflit, la Roumanie reste d'abord neutre. Son irrédentisme concernant la Bucovine (perdue par la Moldavie au profit des Habsbourg en 1775) et surtout la Transylvanie la pousse vers un engagement aux côtés des Alliés tandis que son irrédentisme concernant la Bessarabie (perdue par la Moldavie au profit des Romanov en 1812) la pousse vers un engagement aux côtés des empires centraux : dans ce contexte, le gouvernement négocie simultanément avec les deux blocs d'alliance..

Au fil des mois, le Premier ministre du royaume, Ion Brătianu, répète que le maintien du Royaume dans la neutralité empêche la réalisation de l'unification des Roumains.

Les défaites austro-hongroises

Durant le mois de , les unités de la double monarchie, principal adversaire de la Roumanie aux yeux des responsables roumains, essuient des retentissantes défaites, en Russie et en Italie : ces événements encouragent le gouvernement roumain à sortir de sa neutralité..

Une fois levées les dernières objections, les Roumains annoncent aux Alliés leur intention de les rejoindre le , au moment où l'offensive Broussilov repousse les Austro-Hongrois vers la frontière des Carpates. Cependant, l'attaque roumaine, mal coordonnée et reportée jusqu'au , arrive trop tard pour que les Russes puissent en tirer profitYacha MacLasha et Jean Lopez, « Alexeï Broussilov, des Blancs aux Rouges », Guerres et Histoire, , avril 2016..

L'intervention roumaine

En 1915, puis au printemps 1916, les Alliés négocient avec la Roumanie son entrée dans le conflit, promettant au roi Ferdinand la possibilité d'annexer la Transylvanie et la Bucovine..

Parallèlement à ces négociations politiques, des échanges de vue ont lieu en entre les militaires français, russes et roumains pour réduire leurs divergences : les Roumains souhaitent s'engager uniquement contre l'Autriche-Hongrie et sont soutenus sur ce point par les Russes, tandis que les Français demandent que les Roumains interviennent contre la Bulgarie pour soulager le front de MacédoineLes historiens divergent sur ce point, Max Schiavon défend la position inverse.. Quoi qu'il en soit, pressés de disposer de ce nouvel allié, les Alliés donnent leur accord à la demande roumaine, se doutant que de toute manière, par le jeu des alliances, les Roumains se trouveront aussi engagés par les Bulgares et les Allemands, d'autant que les premiers revendiquaient aux Roumains la Dobroudja du Sud..

Le , la convention militaire est signée entre les Alliés et le royaume de Roumanie ; elle stipule une entrée en guerre aux côtés des Alliés, à la condition qu'une offensive Alliée soit lancée depuis Salonique le . Elle mentionne également de larges approvisionnements de l'armée roumaine, en armes, en munitions et en matériel de guerre.

Opérations Préparation

Rapidement, l'état-major roumain concentre le long de la frontière avec la double monarchie.. Dans un premier temps, les militaires austro-hongrois mettent en ligne une armée de , composée de troupes de seconde ligne et commandée par Arthur Arz von Straussenburg..

Les puissances centrales mettent en place une action concertée afin de parer le danger. Des armées sont ainsi rassemblées dans la région danubienne sous le commandement unique d'Erich von Falkenhayn, chargé de la coordination des opérations contre le royaume roumain.. La Bulgarie, liée aux empires centraux depuis l'invasion conjointe de la Serbie en 1915, n'attend pas que la Roumanie ait fini de rassembler ses forces : dès le , les unités bulgares passent à l'attaque en Macédoine grecque dans l'offensive du Strymon pour empêcher le déploiement de l'armée française d'Orient, basée à Salonique, qui devait opérer en coordination avec la progression roumaine.

Les attaques roumaines

vignette|Offensive des troupes roumaines en Transylvanie, 1916. Dès le , la commence par l'attaque des unités roumaines contre les positions austro-hongroises dans les Carpates, parvenant à occuper une partie importante de la Transylvanie austro-hongroise.

Ainsi, une armée de pénètre en Transylvanie mais les erreurs de commandement des généraux roumains, dont plusieurs donnent leurs ordres par téléphone depuis le Cercle militaire de BucarestC'est notamment le cas du général Mihail Aslan, qui sera tenu responsable de la défaite après la guerre. remettent en cause les premiers succès. En effet, le rideau défensif austro-hongrois freine les pointes roumaines ; rapidement, les objectifs roumains étant atteints, les troupes roumaines marquent le pas et, devant le renforcement constant des unités austro-allemandes dans la région, stoppent leur offensive le ..

Contre-offensive des puissances centrales

vignette|Les généraux Mustafa Hilmi Pacha (Empire ottoman) et Stefan Toshev (Bulgarie) sur le front roumain en Dobroudja, 1916. En , tandis que l'offensive Broussilov s'essouffle en Galicie, l'armée bulgare, au sud des Balkans, parvient à tenir en échec les unités anglo-franco-serbes du front de Macédoine et à les confiner autour du camp de Salonique. Les puissances centrales ont les mains libres pour attaquer massivement le territoire roumain.

La Bulgarie sert de base à une attaque en Dobroudja roumaine, obligeant l'état-major roumain à détacher contre la poussée bulgare une partie des unités déployées sur les frontières de la Hongrie. Les Bulgares, renforcés par les Allemands puis par les Ottomans, remportent la (5-), la bataille de Turtucaia/Tutrakan (5-), la (17-) et la (-), atteignant le delta du Danube. Une contre-attaque russo-roumaine, l'offensive Flămânda (-), appuyée par l' et franchissant le Danube près de Roussé, ne permet pas un succès durable.

Au milieu du mois de , les troupes germano-austro-hongroises passent à l'offensive en Transylvanie, repoussant les unités roumaines sur leurs bases de départ, puis au-delà. La (ou du , -) s'achève par un succès des Allemands qui arrivent à franchir le Jiu malgré une forte résistance roumaine.

Alors que les forces allemandes s'approchent de Bucarest, les Roumains, rappelant leurs troupes de Transylvanie, tentent une dernière contre-attaque, la bataille de l'Argeș (-). Le général français Henri Berthelot, conseiller de l'armée roumaine, espérait un succès comparable à celui de la bataille de la Marne, mais l'infériorité matérielle des Roumains et l'interception de leur plan d'offensive sur un messager à motocyclette entraînent l'échec de la manœuvre. Les fortifications de Bucarest n'opposent qu'une brève résistance tandis que le gros de l'armée roumaine bat en retraite vers le Siret. Le , les troupes venues de Bulgarie et celles venues d'Autriche-Hongrie font leur jonction ; elles occupent Bucarest le . vignette|Cavalerie austro-hongroise passant la Dorna près de Vatra Dornei, Le Miroir, 11 février 1917. En de campagne, l'armée roumaine a perdu et blessés, et ; elle n'a plus que en état de combattre. Sur lors de l'entrée en guerre, 6 ont été capturées, 9 sont pratiquement détruites. Les forces des empires centraux ont capturé , et d'artillerie ainsi qu'un butin considérable : un million de tonnes de pétrole, 2 millions de tonnes de céréales, de bétail et de bois, .. Cependant, avant de se retirer, les Roumains, aidés par des spécialistes britanniques, ont incendié les puits de pétrole de Ploiești pour ne pas les laisser aux mains de l'ennemi.

Stabilisation du front

vignette|Troupes roumaines entre deux combats, 1918. Les fortes pluies, la neige, l'embourbement des routes, les mauvaises conditions sanitaires et un réseau ferroviaire peu dense empêchent les forces des Empires centraux d'exploiter entièrement leur succès. L'armée roumaine commandée par Alexandru Averescu parvient à rassembler en Moldavie tandis que russes viennent renforcer le front. Le , après une série d'affrontements localisés, les Germano-Austro-Hongrois doivent arrêter leur avance sur le Siret.

La Russie, devenue une république démocratique à l'issue de la révolution de février 1917, est alors politiquement affaiblie et économiquement exsangue : l'offensive Kerenski, menée par les Russes en Bucovine en , échoue et laisse à découvert le nord du front roumain. De son côté l'armée roumaine remporte des succès partiels mais coûteux à la bataille de Mărăști (-) puis à celle de Mărășești (-), mais son état d'épuisement oblige la russe à intervenir brièvement en Roumanie (-).

Dislocation de l'Armée russe Le coup d'État bolchévik du change la donne : les bolcheviks promettent la paix, ce qui entraîne la dislocation de l'armée russe. Les désertions se multiplient : les troupes débandées et affamées vivent sur le pays. En , l'armée roumaine doit désarmer des détachements de bolcheviks qui tentaient de rallier les unités russes de Roumanie à leur cause. vignette|Dans Bucarest occupée, le siège du Ministère des travaux publics est devenu celui du Gouvernement impérial allemand : c'est principalement l'Empire allemand qui administre la zone occupée. Certaines unités russes se rallient aux Conseils bolcheviks, d'autres au gouvernement indépendantiste de la Rada centrale ukrainienne de Kiev, mais la plupart cherchent surtout à se nourrir et à rentrer au pays. D'après un rapport du général Henri Berthelot, chef de la mission française en Roumanie, au début de , 4 divisions d'infanterie, composées essentiellement d'Ukrainiens, sont en train de quitter le front pour rentrer en Ukraine : les ( armée russe), , et ( russe). Les , ( russe) et , en partie ukrainiennes, sont réduites à un ou deux régiments avec une .