Le caractère théologique du chant grégorien désigne de la loi de la composition de ce chant fortement liturgique. Le texte sacré issu de la bible y contrôle non seulement la mélodie mais également les neumes, d'après le sens de chaque terme.

Caractéristique théologique du chant grégorien Histoire

Ainsi, les musicologues constatèrent que le premier copiste du graduel de Bellelay () avait écrit, tout d'abord, le texte. Puis, celui-ci avait ajouté les neumes, mais en vérifiant et corrigeant le texte, en faveur d'une perfection ainsi que d'une cohérence entre le texte et la mélodie. De même, il y existe un grand nombre de modifications tardives..

De surcroît, la diversité du chant grégorien demeure considérable :

Redécouverte depuis le Au milieu du , la restauration du chant grégorien vers la version authentique se commença, avec un certain nombre de découvertes des musicologues tel le Tonaire de Saint-Bénigne de Dijon. Puis, l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes devint centre de cette restauration dont Dom Joseph Pothier était le responsable ainsi que spécialiste du texte latin« On oppose souvent les écoles liées aux deux noms majeurs de la restauration grégorienne, Dom Pothier et Dom Mocquereau. Elles correspondent en effet à deux directions différentes. Dom Pothier fait découler tout le rythme du seul mot latin. Dom Mocquereau en musicien qu'il est plaide pour le primat du rythme musical, en dehors des passages syllabiques (donc dans les pièces ornées). Ces deux grands moines avaient chacun son tempérament : le premier avait une âme de chercheur et une grosse capacité de travail, mais approximatif et ennemi de cadres rigides, il procédait par intuition plus que par déductions rigoureuses ; » (Dom Hervé Courau, abbé de l'abbaye Notre-Dame de Triors, Quelques question sur le Grégorien, ). Lors du congrès international d'Arezzo en 1882, celui-ci présenta correctement aux religieux : « C'est le texte qui impose le rythme au chant [gregorien]http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/tires-a-part/08940484X . » Cependant, son successeur Dom André Mocquereau, sous influence de la musique classique, développa sa théorie rythmique grégorienne avec laquelle fut oubliée la composition théologique selon le texte sacré.

Même si la pratique des signes rythmiques était vraiment puissante et omniprésente, le rétablissement d'une bonne analyse naquit dans le même monastère. En s'apercevant que les neumes sans ligne cachent énormément de renseignements sur l'expression, Dom Eugène Cardine commença à retrouver la loi de composition selon le texte sacré que Dom Pothier avait laissée, d'abord tout seul. Après avoir établi une nouvelle science, sémiologie grégorienne, en collaboration avec ses collègues et élèves, il réussit à comprendre correctement la composition d'après le sens théologique du texte, grâce aux neumes anciens.

En résumant aisément ce caractère du chant grégorien, Dom Cardine prévoyait que même les musiciens distinguent cette caractéristique achevant le plus haut niveau de cohérence entre la musique et le texte :

Les disciples de Dom Cardine continuèrent à approfondir ce sujet. Ils distinguèrent que le dessin de parole contrôle non seulement la mélodie mais aussi les neumes. Dans le chant grégorien, la structure dirigée du texte est maintenant claire.

Pratique À un moment donné vint l'établissement de la sémiologie grégorienne : « Mais l'histoire ne s'arrête pas là. D'autres interrogations sont apparues, d'autres perspectives se sont ouvertes, de nouvelles problématiques ont émergé. Dans la laborieuse définition de la science sémiologique, les premières préoccupation touchaient les formes différenciées des neumes et leur signification. En conséquence, on chercha une réponse aux questions liées à la relation spécifique entre neumes et texte, en vue de stabiliser les modalités d'une réalisation musicale adéquate de la valeur neumatique. Progressivement, en outre, on prit conscience que la lecture « correcte » des neumes ne suffisait pas à donner toutes les garanties d'une bonne interprétation. Celle-ci, en effet, n'apparaît plausible que dans une confrontation globale des indications graphiques et rythmiques avec le contenu spirituel du texte ; elle suppose donc une étude approfondie du rapport entre ces indications et leur intention artistique et expressive. ».

Exemple I : notaton Texte en latin :

Traduction :

Ce chant respecte effectivement les règles principales de la composition du chant grégorien. D'abord, le mélisme est attribué aux syllabes accentuées telles gentibus, virtutem. Les dernières syllabes de deux derniers mots solus et tuam sont ensuite très ornées : « les accents et les syllabes finales assurent l'unité des mots. ».

Exemple II : jubilus

L'alléluia en grégorien est normalement le chant le plus développé du chant grégorien, selon le contexte théologique. D'une part, l'exécution de celui-ci est traditionnellement effectuée par le meilleur chantre, à savoir soliste, car ce chant est immédiatement suivi de la lecture de l'Évangile. D'autre part, depuis le chant vieux-romain, l'alléluia se distinguait de son mélisme amplifié. Alors que les alléluias des compositeurs protestants tels Georg Friedrich Haendel, Jean Sébastian Bach composaient les chants syllabiques simples ou attribuaient le mélisme à une des syllabes sans règle concrète, le chant grégorien donnait celui-ci sans exception à la dernière syllabe ia, qui n'est autre que le diminutif de Yahvé..

Exemple III : mélodie-type, soit leitmotiv théologique D'après les musicologues contemporaines, le leitmotiv musical est l'invention du compositeur Richard Wagner au . Pourtant, dans le répertoire grégorien, le leitmotiv théologique existait déjà, afin d'indiquer un sujet particulier intégrant plusieurs chants concernés. Alors qu'un leitmotiv de Wagner exprime musicalement un personnage, un sentiment tel l'amour, un objet tel un château, celui du chant grégorien représente une conception théologique.

Voir aussi Théologie catholique, Chant grégorien Latinité du chant grégorien Caractère liturgique du chant grégorien

Références bibliographiques Luigi Agustoni et Johannes Berchman Göschl, Introduction à l'interprétation du chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2001 288 p.

Eugène Cardine, Vue d'ensemble sur le chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2002 31 p.

Notes et références

Catégorie:Chant grégorien Catégorie:Église latine