La révolte de est une rébellion militaire qui se déroula entre le 3 et le au Portugal. Elle éclata à Porto où se trouvait le poste de commandement des insurgés. Le général Adalberto Gastão de Sousa Dias en fut le principal meneur. Elle se solda par l'exil pour les uns, l'emprisonnement pour les autres, sans compter les nombreuses victimes : 80 morts et 360 blessés à Porto, plus de 70 morts et 400 blessés à Lisbonne. Ce fut la première réelle tentative de renverser la dictature militaire instauré par le coup d'état du 28 mai 1926. Les mouvements insurrectionnels nés en réaction à cette dictature, furent désignés sous le terme de "Reviralhismo". L'échec de cette révolte, l'exil et l'arrestation de ses organisateurs eurent pour conséquence de désorganiser et d'affaiblir l'opposition à ce régime pendant de nombreuses années. Elle donna néanmoins naissance à la Ligue de Défense de la République, plus connue sous le nom de Ligue de Paris.
Contexte Le succès du coup d'État du 28 mai 1926, neuf mois auparavant, avait conduit à l'instauration d'une dictature militaire, qui s'auto-intitula Dictature nationale. La constitution de 1911 ainsi que les libertés civiques avait été suspendues, le parlement fermé.
Malgré son caractère antidémocratique, le régime qui s'ébaucha était en phase avec les mouvements antiparlementaristes, en pleine expansion partout en Europe. Au Portugal, ce mouvement reflétait l'état d'esprit d'une population fatiguée de l'instabilité politique et des violences qui avaient marqué la dernière décennie. Les gouvernements tombaient les uns après les autres, la vie politique était rythmée par les révoltes, contre-révoltes, putschs militaires, coups d'état, grèves et attentats qui se succédaient sans fin. La première république avait montré ses limites en tant que régime politique viable.
Bien que le coup d'état du , bientôt désigné par ses partisans comme "Révolution Nationale", ait reçu le soutien de nombreux républicains et démocrates modérés, il restait contesté par la gauche républicaine. Celle-ci, bien que fragilisée par l'emprisonnement et la déportation de nombre de ses membres, décrétés par le gouvernement de Gomes da Costa, après le coup d'état, restait active et mobilisée, surtout parmi les militaires et les membres des forces de l'ordre. Ceux-ci, habitués aux révoltes et contre-révoltes, ne voyaient dans le coup d'état du , qu'une insurrection parmi d'autres, aussi éphémère que les autres, vouée à être renversée, comme les autres.
Il n'est donc pas étonnant que se soient trouvés, au sein de l'armée portugaise, de la Garde Nationale Républicaine et des autres forces de l'ordre, de nombreux officiers, sergents ou simples soldats prêts à restaurer les idées républicaines et à réinstaller au pouvoir le Parti Démocrate portugais afin de rétablir les libertés civiques.
Aux éléments des forces militaires et des forces armées, se joignaient les militants des organisations d'ouvriers, dont ceux de la Confédération Générale du Travail (CGT), ainsi que ceux des partis républicains. Ces institutions continuaient à fonctionner et à éditer leurs journaux, malgré les restrictions croissantes de la censure et de la police.
left|200px|thumb|Oscar Carmona Après une décennie de perpétuelles insurrections et une crise révolutionnaire qui atteignit son paroxysme entre 1924 et 1925Revoltas durante a I República, tous les responsables politiques envisageaient la possibilité de nouveaux épisodes révolutionnaires. L'imminence d'une révolte était palpable. Il était également évident qu'elle viendrait du nord, de Porto plus précisément.
Un événement précipita les choses. Dès la nomination du gouvernement de Fragoso Carmona, le , celui-ci avait évoqué la nécessité de réaliser un grand emprunt auprès de l'étranger. Dès , les partis républicains (l'Union Libérale Républicaine et le Parti Républicain) protestèrent contre cette décision. Ils la considéraient anticonstitutionnelle. Ils firent donc savoir par courrier, aux ambassades étrangères, qu'ils ne respecteraient aucun accord sur ce sujet s'ils arrivaient au pouvoir. Le régime fit arrêter les signataires de ce courrier ainsi que quelques officiers solidaires. Certains parvinrent à prendre la fuite. Les autres furent déportés vers le Cap-Vert. Le choix d'une révolte s'imposait"A primeira frente de oposiçao à ditadura militar portuguesa: a liga de defesa da republica ou liga de paris" de Antonio Luis Pinto da Costa in "Revista da faculdade de ciencias sociais e humanas", pp.256-257.
Fin janvier, le général Óscar Carmona, l'un des militaires les plus prestigieux du pays, Président de la République de l'époque, avait d'ailleurs fait une visite à Porto afin de s'assurer de la fidélité des unités militaires de la région et de prévenir une éventuelle révolte.
À la même époque, plusieurs ministres se réunirent dans les casernes du d'artillerie de Lisbonne, pour mesurer leur force et alerter le paysRicardo Santos Pinto, Memórias do «Reviralho» (II).
La révolte de commence donc comme une rébellion militaire de plus, succédant aux dizaines d'autres qui avaient rythmé les dernières années de la Première République portugaise, à une différence près : l'effet de surprise envers le gouvernement et les forces armées ne pouvait plus jouer. D'ailleurs, ce ne fut pas la première tentative pour renverser le nouveau régime. À Chaves, le , a eu lieu une rébellion dans une des casernes de l'infanterie ; mouvement sans suite et sans écho dans le pays qui reflétait néanmoins la persistance des idées révolutionnaires.
Ce mouvement qui s'insérait dans un processus antérieur au coup d'état de était donc prévisible. Il avait néanmoins un objectif bien déterminé : empêcher la consolidation de la dictature militaire issue du coup d'état de . Bien que récente, la dictature avait déjà rallié à elle de larges secteurs de la société portugaise, dont une partie des républicains et des démocrates modérés. Ils avaient fini par y voir un moindre mal face à l'instabilité et à la violence des années antérieures.
Malgré son échec et le prix en vie humaine, cette révolte marquera le début du Reviralhisme. Elle sera la première et unique rébellion à constituer une réelle menace pour la dictature et la consolidation du futur Estado Novo .
Les faits La planification L'organisation de la révolte de février 1927 fut le résultat de plusieurs initiatives venues de démocrates, originaires du nord, principalement de Porto. Ils avaient en commun d'être opposés à la dictature. Ils s'étaient regroupés autour du général Adalberto Gastão de Sousa Dias. Celui-ci s'était rendu célèbre par sa réaction au coup d'état du 28 mai 1926Le général Sousa Dias était depuis 1925 commandant de la division de l'armée de terre, installée à Porto.. D'autres militaires prestigieux composaient le groupe: le commandant Jaime de Morais, le capitaine Sarmento Pimentel ou le lieutenant João Pereira de Carvalho. Par ailleurs des figures du mouvement républicain tels que Jaime Cortesão, ancien médecin-capitaine du Corps expéditionnaire portugais et José Domingues dos Santos s'étaient joints au mouvement. Celui-ci comptait ainsi des militaires et des civils, républicains avant tout, "dont l'activité politique s'était développée jusque là hors de toute activité partisane”Jaime Cortesão, Memórias da Revolução de Fevereiro, in journal “A Revolta” du 21/05/1927.
Certains étaient déjà mêlés à l'organisation d'une révolte, qui devait se tenir le , soit un mois à peine après le coup d'état du 28 mai 1926. On parla à l'époque du groupe dit "de la Bibliothèque Nationale". Ce groupe était composé notamment de Raul Proença, Jaime Cortesão et de David Ferreira, fortement liés au mouvement Seara Nova.
left|200px|thumb|Jaime Cortesão Le général Sousa Dias, étant à l'époque emprisonné à l'hôpital militaire de Porto, ville, où existait par ailleurs un important noyau de républicains et de démocrates, connue pour l'attachement traditionnel de sa garnison au camp démocratique, il fut décidé d'y établir le quartier général de la rébellion. On espérait néanmoins que Lisbonne et le reste du pays suivraient rapidement. Le , Raul Proença partit pour Porto afin de servir d'agent de liaison avec les révolutionnaires de Lisbonne. Il participa ainsi à la planification et au déroulement de la révolte.
Une fois Porto tombée, la révolte était censée se propager à Lisbonne. Les unités militaires adhérant au mouvement, soutenues par les civils enrôlés par les organisations ouvrières et démocratiques, devaient empêcher l'envoi vers le nord, de renforts aux troupes gouvernementales. Il s'agissait de rendre le gouvernement impuissant, le temps de consolider la nouvelle situation politique à Porto et de permettre l'expansion du mouvement aux garnisons du pays.
La révolte était programmée pour éclater le jour des commémorations de la révolte du . Les retards et les hésitations des conspirateurs finirent par repousser son déclenchement au .
La révolte à Porto La révolte débuta vers 4 heures trente du matin le , avec la sortie du régiment des Chasseurs, rejoint par une grosse partie du régiment de Cavalerie de Penafiel, plusieurs éléments du régiments de la ville ainsi qu'une compagnie de la Garde Nationale Républicaine (GNR) en garnison dans le quartier de Bela Vista, à Porto.
Le commandement des forces fut confié au général Adalberto Gastão de Sousa Dias, appuyé par un chef d'état-major, le colonel Fernando Freiria, par un comité révolutionnaire ayant pour membres Jaime Cortesão, Raul Proença, Jaime Alberto de Castro Morais, João Maria Ferreira Sarmento Pimentel et João Pereira de Carvalho. José Domingues dos Santos, leader de la gauche démocratique, ayant dirigé la conspiration civile contre la monarchie du nord en 1918, soutenait le mouvement.
Jaime Cortesão fut immédiatement nommé gouverneur civil de Porto. Raul Proença, conspirateur, organisateur et combattant armé, servait de liaison avec les conspirateurs de Lisbonne.
Au petit matin du , les révoltés se dirigèrent vers la Praça da Batalha, où se trouvaient les sièges du quartier général de la région militaire et du gouvernement civil, ainsi que la plus importante station de télégraphe. Lors de cette première action, plusieurs gradés furent faits prisonniers : le général José Ernesto de Sampaio et le colonel João de Morais Zamith, respectivement premier et second commandants de la région militaire, Le lieutenant-colonel Luís Monteiro Nunes da Ponte, gouverneur civil de Porto, et son substitut, le major Sequeira Tavares, le commandant des forces qui gardait le quartier général ainsi que le président de la Commission de Censure.
Après quelques heures de cafouillage, les forces gouvernementales, s'organisèrent : elles regroupaient une partie du régiment d'Infanterie, commandée par le colonel Raul Peres, le régiment de Cavalerie et le régiment d'Artillerie, en garnison à Serra do Pilar. Dans l'après-midi du , sous le commandement du colonel João Carlos Craveiro Lopes, chef de l'état-major de la région militaire et gouverneur militaire de la ville, les forces pro-gouvernementales se concentrèrent dans la caserne de la Serra do Pilar. De ses hauteurs, ils ouvrirent le feu contre les révoltés.
Dans la matinée de ce , le ministre de la guerre, le colonel Abílio Augusto Valdez de Passos e Sousa, quitta Lisbonne dans un train à destination de Vila Nova de Gaia; preuve, s'il en est, de la confiance du gouvernement envers la loyauté des troupes de Lisbonne. Il prit aussitôt le contrôle opérationnel des forces pro-gouvernementales installées sur place, commandées par le colonel João Carlos Craveiro Lopes. Il se maintiendra à la tête des combattants jusqu'à la fin des événements.
Au matin du , le régiment d'artillerie d'Amarante se joint aux révoltés. Leur artillerie obligea les forces gouvernementales à reculer vers le Monte da Virgem. De là, ces dernières poursuivirent le bombardement des révoltés.